‹ Mélanges médico-littérairesChapitre 67 sur 88 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Les nations mauresque et arabe, après avoir fleuri sous le règne tl’une civilisation avancée, sont retombées dans leur barbarie primitive. Expulsés d’Espagne, les Maures se sont réfugiés en Afrique, où la conquête des Turcs est bientôt venue leur imposer une dure servitude et a étouffé les dernières lueurs de leur antique civilisation. Chez les Arabes algériens, que leur vie nomade empêche toujours de suivre aussi rapidement le progrès intellectuel, la civilisation n’a pas survécu à celle de leurs voisins sédentaires ; elle est morte faute d’alimentation, pour ainsi dire, dès qu’elle a cessé de pouvoir puiser à ses sources habituelles, elles-mêmes taries, c’est-à-dire dans les villes autour desquelles gravitent les tribus errantes. L’Asie-Mineure n’a pas été plus heureuse que l’Afrique septentrionale ; elle a subi le même sort sous les mêmes vainqueurs. Aussi (pour nous restreindre de suite dans limites de notre sujet)

cbercherait-on vaineineiU aujourd’hui quelques débris qui rappeiassent les travaux de la brillante époque médicale qui nous a donné les arabistes ; il ne reste pas même un souvenir des écoles de Dschondisabour, de Bagdad, de Damas, de Kufa, de Bassora et de Cordoue ; la barbarie a tout englouti, et les modernes Algériens, semblables à un peuple qui sort des langes, n’ont qu’une médecine grossière, amas d’élémens que ne relie aucune idée de doctrine rationnelle et bien suivie, assemblage de pratiques superstitieuses ou empiriques, d’ignorance et de crédulité, au sein duquel brillent quelques rares méthodes heureuses.

Quoique ce préambule promette peu, il nous a semblé néanmoins que, sans parler de l’intérêt offert à la curiosité par l’histoire d’une science naissante, d’autres motifs plus graves légitiment l’entreprise de notre travail. Et d abord, au point de vue professionnel et politique, le rôle que le médecin joue dans la société arabe est de nature à donner lieu à des rapprochemens dignes d’attention, et l’importance de ce rôle nous révèle en outre tout le parti que le gouvernement pourrait tirer de nos confrères de l’armée d’Afrique, comme interprètes et propagateurs de notre civilisation. Au point de vue philosophique, les amulettes et les talismans arabes, que nous trouvons ridicules et barbares, à cause de leur forme étrangère, nous font naturellement reporter les yeux sur nos superstitions, auxquelles de semblables épithètes seraient sans doute appliquées par celui qui les considérerait avec un jugement frais que n’aurait point émoussé l’habitude. Enfin, notre science médicale pourra peut-être tirer parti de quelques lambeaux d’idées pathogéniques des tébibs (médecins) arabes, et surtout de quelques-uns des moyens qu’ils dirigent contre les lésions chirurgicales et même contre les affections internes.

Telle est, d'une part, la simplicité des rouages de la société arabe ; d’autre part, la pauvreté des connaissances thérapeutiques des tébibs, que nous pourrons resserrer dans les limites qui nous sont accordées notre sujet tout entier.

Il n’existe pas de travail qui réunisse tout ce qui concerne le médecin, la chirurgie et la médecine chez les Algériens.

M. Warnier, dans une thèse soutenue à Montpellier en 1839, n’a exposé que le traitement des plaies par armes à feu (1), et ce travail, remarquable d’ailleurs, est incomplet aujourd’hui, môme à son point de vue restreint.

La même année, M. Périer a inséré dans le Journal des connais-

(1) Pu traitement des plaies d'armes à feu chez les Arabes Bédouins de l'Algérie', 1839. Thèse n" 131.

sances médicales, deux leltres ayant surtout pour but de montrer le reflet jeté sur le médecin et sur le malade, par les moeurs et les croyances musulmanes.

Dansh Relation de ta carnpagne de Constantine, par M. Sédillol, on lit une description très exacte de l’appareil à fractures, appelé djebira par les indigènes. L’Académie de médecine de Paris a également reçu quelques communications à ce sujet.

Le Recueil de mémoires de médecine, chirurgie et pharmacie militaires contient aussi, épars çà et là, quelques rares documeiis consignés surtout par MM. Guyon, Fouqueron, Deleau, Lagger.

M. Furnari a terminé sou ouvrage intitulé Voyage médical dans l'Afrique septentrionale, consacré à retude de l’ophthalmie dans cette contrée, par un chapitre dans lequel on trouve des faits déjà connus et publiés, et des renseignemeiis nouveaux auxquels on peut reprocher d’avoir été quelquefois amassés avec précipitation et accueillis sansvéritication de la véracité du narrateur.

Nous avons nous-même publié dans nos Lettres d'Afrique (1) des détails tout à fait neufs sur le traitement des maladies internes, et nous avons spécifié brièvement la place que le tébib occupe dans la société arabe. Nos relations journalières et amicales avec Sidi-Ben-Zergua, ancien chirurgien en chef des armées d’Abd-el-Kader, et les nombreuses visites que nous faisions, soit chez les Maures et les Coulouglis de Tlemcen, soit chez les Arabes nomades, nous avaient misa même de recueillir ces documens nouveaux.

Enfin la thèse de M. Cabasse (2), prisonnier des Arabes pendant près de deux ans, nous a révélé quelques particularités dont nous ferons notre profit.

N’ayant pas cessé de diriger nos recherches dans le but de rassembler les élémens qui nous manquaient encore, nous sommes parvenu à amasser des matériaux qui, réunis à ceux dont la presse est déjà en possession, nous permettent de présenter aujourd’hui un travail complet.

Ce travail, au point de vue de l’intérêt et de l’invention, se divise en trois parties : 1° Résumé de ce qu’on trouve par fragmens, épars dans diverses publications ; 2° reproduction, sous une autre forme, de ce que

(1) Félix Jacquot. Lettres d’Afrique-, Gaz. méd. de Paris, 1846 et 1847, et brochure ln-8, chez V. Masson.

(2) Relation médico-ehirurqicale de ta captivité des prisonniers français rhes tes Arabes (1845). Traits sailtans de médecine arabe. Th. de Paris, 1848.

MOUS avons consigné ailleurs; 3® enfin , docuniens inédits ei originaux qui occupent la place la plus étendue dans ce travail.

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