‹ Mélanges médico-littérairesChapitre 68 sur 88 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

B.e iiii^dccln et le malade; la médccluc en général ehez le», poimlatlous africaines de l’Algcrlc.

Lu médecine a suivi les mêmes phases progressives que les autres sciences ses sœurs. Dès l’origine, partie intégrante du faisceau primitif qui représente les notions sciet^ifiques rudimentaires des sociétés naissantes, elle n’a que peu à peu acquis son individualité, par suite de l’œuvre de morcellement qui est la conséquence nécessaire du perfectionnement successif, ou, si l’on aime mieux, de l’éducation graduelle de l’iniclligence humaine ; œuvre qui dessine d’abord les sciences, les arts, les professions, leur donne une existence à part et limitée, et qui, plus tard, fait sortir de chaque individualité des spécialités distinctes.

Chez les peuples qui essaient le premier pas pour sortir de la barbarie, la médecine ne consiste, principalement, qu’en un certain nombre d’arcanes ; théoriquement, elle n’est qu’un des élémens du groupe peu homogène qui constitue les connaissances de cette époque ; politiquement, elle rentre dans les nombreuses attributions des chefs et des prêtres, et se mêle aux invocations cabalistiques dont ils déploient, en hommes habiles, l’appareil fascinateur devant les yeux de la foule superstitieuse. En Grèce, on consultait non seulement les prêtres d’Esculape, d’Hygie et de Machaon, mais les ministres de presque tous les dieux de l’Olympe : les antres de Trophonius et de Charonis rendaient des oracles médicaux à ceux qui venaient interroger leurs sombres entrailles; la pythie de Delphes lançait des paroles ambiguës, parmi lesquelles le malade cherchait à démêler l’indication du remède qui devait le guérir; tous les dieux envoyaient des songes révélateurs à ceux qui, après certaines préparations, s’endormaient sous le pérystile, et quelquefois les pi’êtres se chargaient de dormir et de rêver au lieu et place du patient. Les Romains ont eu pour premiers médecins les aruspices et les augures ; et, dans les temples de la déesse Febris, les prêtres possédaient de véritables pharmacies. Chez les Juifs, jusqu’à la captivité de Babylonc, la médecine a été pratiquée par les lévites. Dans l’Inde, elle était 1 apanage des Brahmes; en Egypte, jusqu’au temps de Psammétique, elle ne sortit poijil de la caste des prêtres. L’Europe nous a olfert le même spectacle

au moyeu-âge : jusqu’au xm* siècle, époque où l’on pcui saisir (iuel.|ues traces du rétablissement des sciences, le clergé a exercé la médecine, et quelquefois il a joint à scs superstitions des connaissances réelles, témoin les célèbres écoles de Montc-Carsino, et surtout de Salcrne.

Il n’est pas nécessaire de remonter ainsi dans les temps, jusqu’à 1 origine des peuples, pour trouver la médecine unie au sacerdoce ; cela s’observe chez toutes les nations qui commencent leur existence comme peuple civilisé. L’Algérie moderne va nous en offrir un exemple.

Chez les Arabes, on ne distingue guère que trois classes, sous le rapport de l’instruction : les uns vivent dans une entière ignorance ; les autres savent lire et écrire, ou lire seulement; enfin, il est des hommes qui se consacrent à l’étude des principes légués par leurs devanciers. La médecine fait partie de ces connaissances encore embryonnaires ; de de sorte que tout lettré est , à la rigueur, plus ou moins capable de donner des conseils aux malades, et de discourir sur les théories médicales. Mais il est des hommes qui s’occupent plus particulièrement de l’art de guérir, ce sont : le marabout, pour lequel néanmoins la médecine ne passe qu’après les choses du ciel, et qui a presque exclusivement recours aux amulettes, aux ablutions, aux exorcismes; puis le tébib, ou homme de l’art proprement dit, qui fait de la médecine sa spécialité, et la cultive en homme pratique (1).

Dans l’origine, le marabout est un solitaire passant ses jours dans la vie contemplative, et occupé uniquement des affaires du ciel, comme nos anciens anachorètes de la Thébaïde, La vie exceptionnelle qu’il mène, le prestige de sainteté qui l’entoure, les relations qu’on lui suppose avec l’Être suprême , ont naturellement porté l’indigène barbare et superstitieux à lui attribuer une puissance surnaturelle , le don des miracles, et partant le pouvoir de guérir les malades. De plus , comme il est admis qu’une grande partie des affections qui assiègent l’homme est produite par les djinouns (démons) qui se logent dans son corps, le marabout, qui commande aux génies du mal, est nécessairement appelé à exorciser le patient, pour le débarrasser de ses hôtes infernaux.

Quand le marabout quitte ce monde, on lui bâtit, pour dernière demeure, une sorte de chapelle sépulcrale surmontée d’un dôme, et les populations accourent de bien loin déposer leurs morts autour des reliques du saint homme , du grand médecin. Ses enfans héritent de son

(1) Chez les premiers Egyptiens l’exercice de ta médecine était également réparti à deux classes de prêtres : les uns ne s'occupaient que de ta partie théurgique, les autres administraient des médicainens et appliquaient des topiques.

nom, quand Oien môme, qiiillanl la solitude paicriiellc, ils rciurcnl dans la vie commune, et le peuple leur attribue les mômes pouvoirs miraculeux qu’au fondateur de la race.

Il n’est pas rare que le marabout, assailli par une foule de malades, et désireux de s’élever à la hauteur de sa mission, cherche à joindre au don prétendu des miracles les connaissances plus positives du véritable tébil). Aussi, entouré d’une haute considération; redouté à cause du mal qu’il peut accumuler sur la tête de ses ennemis ; recherché et fêté pour le bonheur qu’il lui est donné de répandre sur les familles, en rendant les moissons fécondes et en guérissant les malades ; consulté sur les plus importantes affaires, en vertu de la haute sagesse et de la science de divination qu’on lui suppose, le marabout-médecin passe fréquemment de la puissance spirituelle au commandement. De la sorte, chez les Arabes comme chez les Grecs de la guerre de Troie et chez les croisés, qui avaient leurs chevaliers hospitaliers, il peut arriver que les plus illustres guerriers prodiguent leurs soins, après la bataille, ou traitent, dans les temps d’épidémie , ceux qui ont été blessés dans l’action ou qui éprouvent les atteintes du fléau. Remarquable rapprochement, à travers les siècles et les mers, entre l’enfance des sociétés naissantes!

Agissant surtout dans le but de débusquer les démons logés dans le corps du patient, le marabout proprement dit néglige le peu de moyens que possède la thérapeutique indigène, et dirige contre les génies parasites des batteries d’amulettes et de talismans (hheurz). Le guérisseur griflbnne sur un petit carré de papier enjolivé, un verset du Coran contenant une allusion à la maladie de son client^ ou le nom de l’organe affecté, mais n’ayant quelquefois pas plus trait à l’état du malade que l'épigraphe de la moitié de nos livres n’a de rapport avec le sujet qu’on y développe. L’intention tient alors lieu du fait. L’eflicacité du verset sacré est souvent fortifiée par l’addition de figures magiques et de signes ou de lettres analogues à notre Abracadabra. Le précieux grimoire, enfermé dans un sachet en marocain doré ou dans une petite bourse bariolée de vives couleurs, est suspendu au cou du malade, ou placé sur sa coiffure à l’aide d’un cordon orné de glands de soie on de laine.

Si la guérison survient, le fétiche a chassé les démons qui avaient établi leur malfaisante nichée dans le corps du malheureux ; si l’affection continue, il faut en accuser la rage des génies qui ont lutté contre la puissance du talisman en demandant du renfort aux enfers. Le marabout, dans ce cas, délivre une amulette plus elDcacc et conséquemment plus chère.

Non seulement les merveilleux versets jouissent do la propriété de

guérir les malades, mais ils les gardent aussi conlrc les alleclionsà venir, ils jouissent, en un mot, de vertus préservatrices. 11 y a des amulettes contre la fièvre, contre les oplitlialmies, contre la variole, contre les balles de l’ennemi, contre la mort ou la souffrance sous tous les formes. Certains Arabes portent, suspendu sur leur poitrine, un long chapelet de talismans qui correspondent à la nomenclature complète des m.auxqui peuvent assiéger l’espèce humaine. Il est inutile d’ajouter qu’ils ne s’en portent pas mieux.

Un jour, un spahis tristement agenouillé près du cadavre de son cheval tué dans une afiaire, entonnait le champ de mort sur les restes de son fidèle compagnon ; un soldat, sans pitié pour sa naïve douleur, riait de ses plaintes et le narguait sur l’amulette pendue au poitrail du coursier qu’elle devait préserver de tout accident. Or, le soldat portait au cou une petite médaille fort connne à Lyon, et à son doigt verdissait une vieille bague de cuivre consacrée à St-Hubert et destinée à garer le fidèle de la morsure des chiens enragés. Plus d’une fois peut-être aussi il avait consulté le devin du village dont Vabracadabra délivre de la lièvre. Singularité de l’esprit humain ! la différence des lieux et des formes nous fait trouver de l’étrangeté dans des choses qui, chez nous, se passent journellement sous les yeux. Il faut bien qu’il existe naturellement au fond du cœur de l’homme l’idée d’un pouvoir providentiel et une croyance innée à son immixtion aux choses de ce monde, pour que, dans tous les pays et chez des peuples arrivés à tous les degrés possibles de la civilisation, oii rencontre le même besoin de se mettre sous sa garde et d’invoquer son intercession. Quelle que soit la légitimité de cette croyance, au point de vue philosophique, toujours est-il que ses résultats sont bienfaisans, lorsque, sans donner une fausse sécurité, elle sauve du tourment de perpétuelles appréhensions, et répand sur les esprits inquiets le calme et la sécurité si nécessaires au fonctionnement régulier de notre économie. Médailles, croix ou scapulaires, amulettes ou talismans, sont la traduction du même instinct du cœur. Il est si vrai que l’idée est toujours identique malgré les nombreuses métamorphoses de sa manifestation matérielle ; il est si vrai que c’est toujours au même pouvoir providentiel qu’elle s’adresse, quels que soient les attributs dont l’imagination de l’homme orne celui-ci, que nous avons vu des Européens, surtout des femmes espagnoles, avoir recours aux talismans des marabouts, à défaut de vendeurs de reliques chrétiennes et de scapulaires bénits. /

A propos des marabouts et des pratiques religieuses employées dans un but thérapeutique, nous sommes naturellement conduit à dire un mot

des sacrilices offerts à Allah pour obtenir la gudrison des malades. Cette coutume, spéciale aux Maures des villes, est à peu près inconnue aux Arabes et aux Kabyles. L’autel privilégié de l’holocauste est le bord de la mer, près de l’hôpital de la Salpétrière, à deux kilomètres d’Alger, et le jour consacré est le mercredi, depuis le lever du soleil jusqu’à ce que l’astre ail atteint le midi.La victime est un mouton, une chèvre, le plus souvent un coq (1), que l’on a auparavant puriGés par des ablutions et des onctions d'huile et de lawsonia inermis.

Le volatile est porté au sacriGcateur, qui lui arrache quelques plumes du cou, incise assez profondément avec son couteau, et précipite l’animal sur le rivage. Si, dans les convulsions de la mort, la victime se dirige vers la mer, le sacriGce est agréé, un rayon d’espoir déride le Iront des assistans, et les femmes poussent leur cri de joie accoutumé : iou, iou, iou.

Ce n’est là que le premier acte du sacriGce : on jette quelques dépouilles de l’animal, ordinairement les plumes du coq, dans l’une des fontaines du rivage, et de petits cierges allumés sont rangés autour du bassin. Dans la fontaine consacrée par le sacriGce , on puise de l’eau, souvent fétide et nauséeuse, qu’on apportera au malade comme un breuvage salutaire. On lui donne aussi quelquefois du bouillon fait avec la chair de la victime. Il n’est pas rare qu’on amène le patient lui-même, pour lui pratiquer des ablutions.

Tel est le marabout considéré comme guérisseur ; arrivons maintenant au tébib ou médecin proprement dit.

Le véritable tébib est un savant qui , possédant plus ou moins les connaissances générales, dirige spécialement ses études vers la médecine et la chirurgie. Comme le marabout, quoique à un bien moindre degréil passe pour avoir un pouvoir surnaturel et pour connaître des breuva, ges miraculeux ; mais ce qui lui attire surtout la conGance du public, c’est son expérience, son savoir, sa qualité de médecin proprement dit, en un mot. Sa profession n’est pas un métier , mais mieux qu’un art , mieux qu’une science ; c’est un sacerdoce. On ne lui paie pas ses visites comme on solde une marchandise qu’on achète ; on lui fait seulement des cadeaux en argent et le plus souvent en denrées , à titre de don et non pas de salaire. En outre , il est bien rare qu’il ne soit pas convié, quand il arrive chez son client, à s’asseoir à la table de l’hospitalité.

(1) Les Grecs immolaient aussi des coqs au dieu de la médecine. Nous devons un coq à Esculape, disait Socrate mourant .à son disciple Criton, pour indiquer que la ciguè allait le délivrer de ses maux.

1,0 tébib occupe, sur réclicllc de la hiérarchie sociale innsiilmane, tin échelon au moins aussi élevé (lue le médecin dans la société chrétienne moderne. L'ancimi gouvernement a liéslté à faire Double, pair de Franco, el l’illustre Lai rey (1) n’a pas obtenu cet honneur qu’il désirait vivement, tandis ciue Méhémet-Ali a décoré du titre de bey , Clôt et Gaétani, el que le scliah de Perse a accordé à un médecin français la plus haute distinction honorifique de l’Etat, l’ordre du Portrait. En Afrique, le tébib est entouré parla foule d’une véritable vénération, et les grands partagent à son égard le sentiment du peuple. Sidi-ben-Zergua nous a souvent conté toutes les attentions dont il était l’objet de la part d’Abd-el-Kader. L’émir s’informait souvent avec curiosité et bienveillance de l’usage de chacun des instrumens de son prolo-cliiruigien, et s’enquérait des causes et du traitement prophylactique des maladies. Il lui faisait donner des chevaux , des mulets et des vivres, alors ejue certains chefs allaient à pied et que la disette menaçait déjà la table princière. Il faut bien soigner, ré|)était Abd-el-Kader, celui qui nous soigne si bien tous.

Dès l’origine de l’islamisme et dans les siècles de sa splendeur, la médecine a toujours brillé h un rang des plus distingués. Le Prophète luimême célèbre l’habileté du médecin Hhareth-Ebn-Kaldaht. Le fils de Dschibrail, médecin et favori du grand calife Haroun-el-Raschid, s’éleva à une telle puissance sous le califat de Motawakkel, qu’il prétendit éclipser son souverain ; une chute bien méritée le punit de sa folle audace. En Andalousie, Averrhoës succéda à son père dans la double charge de grand-justicier et de grand-prêtre. Avicenne, médecin déjà célèbre à 16 ans, comme il nous l’apprend lui-même, Avicenne etEbn-Beithar furent élevés à la dignité de visir. Le calife Mulek-Adel, bienfaiteur de l’école de médecine de Damas , s’y rendait souvent, un livre sous le bras, pour assister aux leçons des professeurs, suivant en cela l’exemple d’Harounel-Raschid, qu’on avait vu s’asseoir aux cours de médecine.

Ces faits, relatifs à la haute considération accordée à la médecine par les souverains, nous rappellent que des empereurs chinois, Chin-Nong

(t) Nous croyons que le litre de baron et le cordon de commandeur de la I.égiond’Honneur sont les titres et les distinctions les plus élevés que les médecins aient obtenus en France, pour services rendus dans i’exercice de leur profession. T.a muniticence impériale était plus large à Rome, où Valcus cl Valentinien comptaient le médecin Cœsarius parmi leurs amis, et où les archlâlres palatins, décorés du litre de dux, de perfectissimus vir marchaient à côté des princes et des premiers olllciers du palais, et jouissaient d’immunités toutes spéciales. (Codes de liislinlen, de Tliéudose, telires de I.ibanius,p(mtm.)

et Hoanfî-ti, par exemple, se sont non seulement initiés à la science médicale qu’ils considéraient comme la plus noble et la plus utile avec ragrirulture, mais ont même occupé leurs loisirs à écrire des traités de pathologie et de matière médicale. Selon la tradition, le plus éclairé et le plus savant de tous les rois des Juifs, Salomon, aurait aussi composé un livre dans lequel il enseignait à traiter les maladies non par les sortilèges et les prières, mais par des méthodes rationnelles. Ezéchias brûla ce livre qui nuisait aux lévites, jusqu’alors consultés seuls parles malades qu’ils prétendaient débarrasser de leurs affections en offrant des sacrifices.

La considération des Arabes pour leurs tébibs rejaillit sur nos médecins. On sait que l’Algérien, imbu d’idées égoïstes et absolues de nationalité et de religion, flétrit tous les chrétiens du qualificatif Roumi, qui veut dire étranger, mécréant, infidèle. Éh bien ! le médecin n’est pas pour lui un Roumi, c’est le tébib, une sorte de prêtre, le gardien de la santé des hommes par droit de science et par droit divin. C’est à leur titre de tébib que plusieurs de nos confrères de l’armée d’Afrique ont dû la vie ou un adoucissement aux souffrances de la captivité. Le collet cramoisi brodé d’or porte avec lui des privilèges et des immunités, dont les plus grosses épaulettes ont plus d’une fois été jalouses.

Il est fort remarquable que les seules sympathies un peu étroites qui se soient établies jusqu’ici entre les Arabes et les Européens, sont précisément celles qui lient les tébibs à nos médecins. Parmi les savans (tolba) indigènes de toutes les castes, si peu désireux d’agrandir le champ de leurs connnaissances en nous demandant des leçons, un groupe seul se distingue par sa tendance à fraterniser, par ses efforts d’imitation ; ce groupe, c’est celui des tébibs. Dans plusieurs villes, à Tlemcen (1) et à Alger (2), par exemple, des tébibs voient journellement nos confrères de l’armée, suivent les hôpitaux, observent les malades, assistent aux opérations, apprennent h manier nos médicamens. Nous avons montré ailleurs, en traçant l’histoire de Ben-Zergua, tous les progrès qu’ils sont susceptibles de faire, et tout ce qu’on trouverait de ressources et d’aptitude dans leur esprit. Il est incontestable, pour ceux qui ont étudié la question d’Afrique, qu’un des moyens de répandre la civilisation parmi les populations indigènes, et d’accélérer la fusion à laquelle nous devons tendre, serait, d’une part, de favoriser les relations des Arabes avec nos médecins, et de donner plus de poids aux efforts de ceux-ci en joi-

(I ) lien-Zcrgua.

(2) lliimct-bfii-Cliaoua.

ôll

Kiianl à leur mission (riiumaniléiles pouvoirs militaires, adniinislralifs pi politiques; d’autre part, en multipliant les points de contact entre 1rs médecins et les tébibs , qu’on engagerait facilement , par l’appât des honneurs et du bénéfice, à venir s’instruire aux leçons des premiers. L’autorité ne devrait pas oublier que, en remettant la propagande civilisatrice aux médecins, elle s’adresse à des gens capables et éclairés, et que les tébibs, intermédiaires de 1a diffusion des lumières, sont eux-nicmes des hommes instruits, progressifs et fort induens. Mais l’épaulelte est essentiellement exclusive et jalouse, et paraît peu disposée à appliquer le système que nous proposons, et dont M, de Salvandy avait compris toute l’importance et la haute portée.

Les tébibs n’exercent pas leur art en vertu d’un diplôme ou d’épreuves constatant leur aptitude. Il n’y a, en Algérie, ni écoles, ni professeurs de médecine. Les chefs de famille communiquent à ieurs enfans et à quelques adeptes les connaissances traditionnelles qu’ils ont reçues de leurs aïeux, et les moyens dont leur propre expérience leur a appris l’efficacité. Nous croyons pourtant que, dans quelques grandes villes, surtout dans le Maroc, certains tébibs renommés font queiquefois des espèces de cours de médecine ; mais cela est fort rare, l’àrt de guérir restant ie priviiége de certaines familles, qui se soucient peu d’en perdre le bénéfice et le monopole, en vulgarisant leurs secrets.

L’Algérie a, comme l’ancienne Grèce, ses familles dont les membres sont médecins de père en fils, ses Asclépiades en un mot. Il faut remarquer aussi qu’une anaiogie de plus consiste dans le mode de transmission des principes de la science médicale ; le serment d’Hippocrate semble une peinture de ce qui se passe aujourd’hui en Algérie.

Les lébibs, quoique leur mission et l'exercice de leur art ne soient légalisés par aucun diplôme, n’en forment pas moins une classe parfaitement distincte. Aussi la société arabe ronsidère-t-elle comme beaucoup au-dessous d’eux , la sage-femme (kabha), l’ignorant médicastre qui prône des remèdes secrets (madouï), le barbier elle çana, espèce de rebouteur, bandagiste et vétérinaire. Les médecins sont rongés, en Algérie comme en France, par une autre plaie; nous voulons parler des bonnes femmes, dont chacune a son remède secret, son onguent mirifique, et qui affament le pauvre tébib, auquel on n’a souvent recours qu’après avoir épuisé toute la liste des commères du voisinage. Mais ils ont, de plus que nous, d’autres concurrens encore, ce sont les étrangers. Il est digne de remarque que, dans les pays barbares, tout étranger est consulté par les nmlades, quels que soient la position cl le genre d’études du visiteur. Le patient, qui a essayé tous les moyens connus dans son pays, pense sans

tlouU! que le voyageur pourra lui indiquer quelque remède nouveau,, employé* par les tébibs de sa pairie lointaine ; ou peut-être espère-t-il, comme les malades exposés sous le portail des temples grecs, que l’étraiigcr, guéri d'une maladie pareille à la sienne, le fera bénéficier de sa propre expérience.

Les tébibs ne connaissent pas même le titre des ouvrages de leurs illustres prédécesseurs, Rhazez, Avicenne, Ali-Abbas, Avenzoar, Ebn- Beitbrar, etc. Nous n’avons jamais pu nous procurer aucun livre moderne de médecine, mais nous croyons savoir qu’il existe, disséminés dans l’Algérie, quelques formulaires informes, contenant des recettes barbares, et des ébauches de pathologie ou le symptôme est plutôt décrit que l’affection elle-même. M. Furnari parle aussi de traductions espagnoles de Dioscoride, accompagnées de gravures qui, aux yeux du professeur, constituent le principal mérite de l’ouvrage ; il cite également des traités grossiers d’anatomie dans lesquels les planches d’ostéologie imitent seuls la nature avec un peu de fidélité.

L’ignorance des tébibs est complète en anatomie, et le peu d’idées physiologiques qu’ils possèdent sont bizarres ou ridicules. S’ils connaissent assez bien les os, ils donnent à peine un nom distinct aux principales masses musculaires. Les tébibs les plus instruits distinguent seuls les nerfs des vaisseaux, et ceux-ci, veines ou artères, sont confondus sous la dénomination de eurg on arong. Le mécanisme de la circulation est pour eux un mystère, et si quelques tébibs explorent le pouls, c’est probablement par suites de tratlilions dont l’origine remonte sans doute aux Espagnols. Le trajet des gros vaisseaux leur a été révélé, non par l’anatomie, mais par la gravité des hémorrhagies sur certainspoints. Dire qu’ils ne connaissent pas la circulation, c’est énoncer implicitement qu’ils n’ont jamais recours à la ligature, et qu’ils sont ainsi condamnés à une extrême timidité en médecine opératoire. Le k,oran, qui défend formellement la dissection, ne va pas j usqu’h anatbématiser celui qui étudie les os trouvés sans sépulture. Abdollatif nous apprend que les médecins arabes d’autrefois ramassaient déjà les ossemens dans les cimetières, les examinaient a\ec soin, et contrôlaient par ce moyen les descriptions données par Galien, leur auteur favori.

Deux croyances religieuses ont surtout entraîné la proscription des autopsies. D’abord, il f.ait que le corps reste intact pour se présenter dignement aux deux génies qui doivent présider au jugement dernier (1) ;

(1) C’est égatement par suite d’idées religieuses que l’anatomie fut si peu cultivée çlujz les Ci'QCS et cliez les Egyptiens. I.cs premiers croyaient que l’âme errait mal-

en second lieu, disséquer un cadavre serait une horrible cruauie et une profanalion, parce que l’âme ne quitte pas brusquement le corps, mais l’abandonne partie par partie, et persiste longtemps dans la poitrine, e mômes idées religieuses avaient déjà eiftrcé une semblable influence sur les arabistes, mauvais anatomistes et craintifs opérateurs, comme on le sait.

Les tébibs ont une sorte de système de pathogénie générale. Nous avons vu qu’ils font consister beaucoup de maladies dans l’envahissement de notre corps par tes génies malfaisans ; mais ils attribuent aussi un grand rôle au froid, au vent, qu’ils accusent de produire la plupart des autres aCfections (1). Nous avons entendu bien souvent des malades nous dire : j’ai un froid dans la poitrine, dans la tête, etc., pour nous indiquer que ces parties étaient affectées ou douloureuses. Nous signalons, en passant, la concordance de ces manières de parler avec celles que le peuple emploie journellement chez nous. A Lyon, par exemple, il n’est pas rare d’être consulté par des gens qui se plaignent d’un chaud et froid, et ne veulent pas entendre parler de saignée, quoiqu’ils soient réellement affectés de maladies qui réclament cette opération, sous le prétexte que la sueur sufllra pour faire cesser un mal produit par sa rétrocession. Ce n’est pas là, du reste, le seul rapport qui existe entre les erreurs et les inexactitudes de la populace française et celles de l’indigène algérien. Les Arabes confondent le cœur et l’estomac, et appellent, comme chez nous, mal de cœur, les envies de vomir, le malaise épigastrique et les difficultés d’une laborieuse digestion.

Les tébibs acceptent franchement les conséquences de leur système.

liciircuse sur 1rs bords du Styx , jusqu’à ce que le corps fût enterré ou consume par les flammes. Les Egyptiens avatent une telle horreur de toute opération faite sur les cadavres, que te paraschiste était obligé de s’enfuir précipitamment , dès qii il avait achevé l’incision nécessaire pour l’embaumement, sous peine d’être accabié de pierres par les assistons.

(1) C’est sur les bords du Gange que parait avoir pris naissance, dans une antiquité fabuleuse, la médecine théurgique, c’est-à-dire les pratiques superstitieuses, les purillcations et les exorcismes ayant pour but de chasser les démons qu’on accuse de produire toutes les maladies. De l’indoustan , ces idées ont pénétré en Perse , en Syrie, en Egypte, où elles ont surtout été en vigueur à Alexandrie.

Les Brahmes comme les Arabes , volent dans les vents une source féconde de maladies; comme eux, ils ont recours aux échauITans dans presque toutes les affections, même dans celles qui les contr’indlqiient formellement. Les médecins cliinois, selon Staunton (lielation de l’ambassade anglaise en Chine, Londres, 1792), font aussi jouer aux vents un rôle patliogéuiquc important. C’est là conséquemment une croyance répandue dans tes pays les plus divers.

en ayaiil surloul rctoiiis aux moyens amagoiiisles du froid, r’esi-à-dii e aux excitans, et à la provocation de la sueur à l’aide d’une surcharge de tapis et de bournous, sans oublier les boissons diaphorétiques chaudes. Les espèces aromatiques, telles Ifue la lavande, la sauge, l’absinthe, lé thym; les épices et les condimens, tels que le poivre, la cannelle, le gingembre ; enfin le pyrèthre, le safran, le henné, etc., sont administrés sous toutes les formes possibles, en infusion, en masticatoire, en poudre à priser, en cataplasmes. 11 n'est pas rare de rencontrer un patient qu’on stimule ainsi par tous les pores et par tous les sens. Les femmes dont les menstrues Huent dilficilement, les hommes dont les corps caverneux se congestionnent mollement, vivent au milieu des ombellifères et des labiées, se saturent d’aromates et d’épices de haut goût. Mais la plante la plus usitée, la panacée universelle à laquelle on a recours pour tous les maux, c’est le henné {Lawsonia inermis de Desfontaines, Cyprus des anciens), arbrisseau (1) cultivé avec beaucoup de soin dans quelques localités du Tell, et dont les feuilles, chargées d’un principe colorant très abondant, jouissent d’énergiques propriétés astringentes. C’est avec la décoction rapprochée de henné que les femmes se teignent en rouge orangé, les ongles, la plante des pieds et la paume des mains. Ce cosmétique tanne véritablement la peau et la rend bien moins impressionnable aux vicissitudes atmosphériques.

En général, les tébibs alfectionnent les applications externes, aux dépens des modificateurs médicaux introduits dans les premières voies. Ils s’expliquent bien comment un topique peut agir sur la partie avec laquelle on le met en contact, mais leur ignorance de l’absorption ne leur permet pas de se rendre compte de la diffusion dans toute l’économie d’un médicament confié à l’estomac. L’expérience leur a pourtant enseigné qu’il en est ainsi, et leur a appris les vertus électives de certaines substances auxquelles ils ont recours, sans s’inquiéter de ces lois physiologiques à la recherche desquelles nous sommes si passionnés.

Après avoir nommé les excitans, aromatiques ou âcres, on ne trouve plus guère, en fait de médicamens internes actifs administrés par les tébibs, que le datera, la salsepareille, l’alun, les cantharides, le mercure, etc., agens employés seulement dans certaines localités et par quelques tébibs. Sans doute chaque guérisseur a souvent des remèdes secrets auxquels il accorde une confiance spéciale; de même que, chez nous.

(1) Panacée pour panacée, j’aime mieux le henné des Arabes que te chou des pytliagoricicns , encore vanté par Caton-ic-Ccnscur ( De re rttslicâ), et par Pline l’Ancien.

les médicastres el les charlalans vantcnl une plaïue par dessus touies les mures; niais comme ces remèdes sont employés a peu près conlie tous les maux, c’est-à-dire sans diagnostic et sans discuter l’indication, et que, d’autre part, ils restent dans la pratique de certains individus, sans entrer dans la thérapeutique des tébibs en général, nous ne devons pas en tenir compte ici.

C’est par exception que les tébibs sollicitent des évacuations alvines en administrant de la coloquinte ou du turbith (l) ; il est plus rare encore qu’ils poussent l’estomac à se débarrasser des matières qu’il contient. Les anciens arabistes avaient déjà une antipathie bien prononcée pour les purgatifs.

Il ne faut pas perdre de vue que la chirurgie, mais surtout la médecine arabe, offrent de grandes différences selon les lieux dans lesquels on les considère : ainsi, la civilisation des villes, les relations avec l’Espagne et l’Italie ont enrichi la thérapeutique et peuplé l’arsenal de certains tébibs, tandis que les tribus nomades et les Kabyles des montagnes éloignées, n’ont pu suivre ce progrès. Notre conquête a aussi agrandi le champ des connaissances des tébibs; mais il estbien entendu que c’est du vieux guérisseur indigène que nous faisons l’histoire ici : un tébib arabe badigeonné d’une légère couche de médecine française, être de transition qui a perdu son originalité et n’a pas encore acquis de. véritable savoir, n’est intéressant à étudier qu’au point de vue de l’aptitude des Algériens à recevoir notre civilisation.

Ici le tébib actuel n’a pas proQté des travaux des arabistes ; il a hérité des entraves que la loi de Mahomet a toujours imposées aux croyans. L’excessive pruderie des Musulmans met presque toujours obstacle à l’exploration des parties génitales de l’homme ; et, quand il s’agit des femmes, il n’est pas même permis d’interroger. C’est dire que le médecin n’intervient jamais dans les accouchemens, qui sont abandonnés à d’ignorantes matrones, dont nous décrirons plus loin les procédés dégoûtons et barbares.

Du temps d’Albucasis, c’est à-dire au xii" siècle, les médecins étaient exclus d’une manière aussi absolue du traitement de certaines maladies du sexe féminin. Le célèbre chirurgien décrit l’opération de la taille chez la femme ; mais il nous apprend que les sages-femmes seules sont appe-

(1) Le turbith n’est pas la racine d’une plante de la famille des convolvulacées, comme on l’a cru longtemps , mais d’une ombcllifère, tapsia garganica. Desfontaines, dans sa Flora atlantica, ne parle pas des propriétés purgatives de ce lapsia, mais seulement de son emploi en cataplasmes maturalils.

l<5es à la pratiquer, les hommes ne pouvant, dans aucun cas, se permettre un pareil attentat à la pudeur du sexe.

Pour en terminer avec riuQuence des idées religieuses sur le domaine de la médecine, constatons que certaines maladies sont considérées comme une juste punition du ciel, de sorte que les malheureux qui en sont atteints deviennent un objet de réprobation et n’obtiennent nas môme de secours de leurs proches parens.

Le tébib confectionne lui-même ses drogues et ses appareils; il se rend chez son malade avec tout ce qu’il juge nécessaire pour le traiter. Mais, lorsqu’il s’agit de médicamens simples, de sels minéraux, par exemple, ou de plantes aromatiques, le client s’approvisionne lui-même chez le premier boutiquier venu qui tient ces articles. On lui livre sans formalité tout ce qu’il demande, cantharides, mercure, arsenic, sans s’informer de l’usage qu’il veut en faire, sans mesurer, sans peser exactement les substances actives et toxiques. Le plus souvent, les médicamens se trouvent pêle-mêle dans la boutique (el hanoul) avec les objets les plus divers, parmi les marchandises les plus hétérogènes ; mais il existait, lors de notre conquête, quelques véritables pharmacies dans la ville d’Alger. I^ous ne savons pas si elles étaient soumises à une police spéciale.

Après avoir parlé du médecin, il importe de dire un mol du malade ; en effet, les croyances religieuses, la tournure d’esprit, le genre d’instincts el de passions du musulman, communiquent' aux ravages de son économie une marche spéciale qui influe puissamment sur les phénomènes physiologiques et morbides.

Chez le musulman, où le fatalisme règne en souverain despotique, la passive résignation est sœur de l’adversité et de la douleur. Quand un malheur l’atteint ou frappe un des siens, la maxime fatique : Allah ! c’était écrit ! s’échappe de sa poitrine ; et, sans accuser personne, sans se révolter contre le sort, il se plonge dans une mélancolique et silencieuse rêverie. Pour le malade, point de terreurs, point d’appréhensions sinistres : son arrêt est écrit dans le livre du destin ; ni ses efforts, ni ceux de l’homme de l’art ne peuvent reculer le terme irrévocablement flxé pour son départ de ce monde; l’allégement de ses souffrances est tout ce qu’il ose espérer. Il quitte la terre sans regrets, parce que rien ne l’y attache bien étroitement, et qu’une foi robuste lui montre les joies du paradis. Il était aimé tièdement des siens, et l’aUeclioii qu il leur rendait n’avait rien de passionné. La bière sera porlée à la mosquée, et tous ceux qui s’y trouveront par hasard l’accompagneront au cimetière, on courant, au murmure de quelques versets sacrés. A sa mort, ses fem

messe iléchireronl le visage, puis, quekiuefois, elles viendront s’accrour pir anioiir de sa lombc en poussant des plaintes modulées; mais ces démonsiniiions sont plutôt commandées par l'usage, que l’expression d'une douleur véritable. Il ne laissera qu’un vague souvenir, et quand les siens parleront de lui, ils répéteront ce qu’il disait Ici-méme de ses ancêtres décédés : Dieu l’a voulu!

Cette indifférence de l’homme pour le monde et du monde pour rhomme, ce silence des passions, ce fatalisme aveugle, répandent dans le cœur du malade une sérénité qu’on est bien loin de trouver chez l’Européen, assiégé par la crainte, parles regrets, par le doute. Aussi, délivré des complications que font naître les préoccupations d’un malade inquiet, le médecin trouve-t-il plus de chances de réussite chez le musulman que chez le chrétien.

A côté de ces avantages , signalons quelques inconvéniens. Persuadé que son sort est fixé d’avance, l’Arabe se décide bien dllicilement à supporter des opérations, et même à suivre un traitement long et pénible. Il préfère les amulettes, les secrets, les exorcismes, dont il croit l'effet plus rapide. Mais, une fois qu’il a consenti à subir ce traitement ou cette opération, il montre une docilité exemplaire.

Quand on considère l’absolutisme de l’empire du fatalisme (1) sur les musulmans, loin d’être étonné de l’indifférence qu’ils ont quelquefois pour la médecine, on est au contraire fort surpris de leur trouver autant de confiance. En acceptant les conséquences de leur système, ils devraient refuser tout secours de l’art ; mais l’instinct de la conservation est plus puissant encore que le fanatisme émané d’une théorie religieuse. D’ailleurs le Prophète lui-même a compris qu’il devait cette concession, et a im|)Iicitemenl autorisé le recours à la médecine, quand il a écrit cette parole, sur laquelle celle d’Ambroise Paré semble moulée : Allah guérit, le médecin coopère.

Envisagé au point de vue physique, l’Arabe se trouve également dans

(1) La philosophie des musulmans, puisée aux leçons des Nestoriens et des Juifs, qui professaient à Dschondisabour, et empruntée primitivement aux péripatéticiens et à l’école d’Alexandrie , se spécialisa bientôt par le fatalisme qui la domine et par l’immixtion deladivinité dans tous ies phénomènes du monde anorganiséet organique. D’après l’école dont le chef est Aboul-Hassan-al-Aschari , de Bassora, et selon le célèbre philosophe Abou-Bekk-Ebn-Thopliail , qui vivait en Espagne, au xip slètle, la cause de tous les piiénomènes de l’univers n’est point dans le monde matériel, dans des lois, dans des forces, mais dans la divinité qui intervient partout et toujouré. On rêverait difflcilemcnt un panthéisme plus absolu, et, comme corollaire, un fatalisme plus tyrannique et plus exclusif.

(le meilleures conditions que l’Européen, pour que les forces médicatrices travaillent efficacement à la solution favoi able de-la maladie : peu de sympathies entre les divers systèmes d’organes; absence de ce perpétuel éréthisme morbide , fruit d’un régime de vie artificiel et désordonné ; jeu synergique des organes dans leur lutte contre l’agent morbifique, et rareté des accidens ataxiques qui surchargent et entravent si souvent chez nous l’évolution régulière de la maladie ; enfin, privilèges spéciaux de l’organisme, en vertu desquels certaines maladies ou complications ne se manifestent pas dans les cas où elles se montrent ordinairement chez nous. C’est ainsi, pour prendre un exemple, que l’inflammation traumatique qui suit les blessures et les opérations chirurgicales, ne dépasse presque jamais, chez les Arabes, le degré strictement nécessaire pour amener la cicatrisation, et que la réaction générale ou lièvre traumatique se maintient communément entre de très justes limites. C’est encore ainsi que beaucoup de blessures qui, à vos yeux, commandent évidemment l’amputation immédiate, sont suivies de guérison chez les indigènes. Ce dernier fait a été surabondamment mis hors de doute par une expérience de dix-neuf ans. Nous devons ajouter qu’on ne doit pas attribuer ces bénéfices exclusivement à la constitution de l’indigène, mais aussi au climat, car les succès opératoires sont bien plus brillans sur les Européens en Afrique qu’en France. A Paris, la pratique de MM. Guyon, Poinlis, Baudens, Saiget, etc., etc., passerait à juste titre pour inouïe et fabuleuse.

On se figure à tort, en France, que tout Arabe atteint d’une blessure un peu grave, périt toujours, à cause du manque de soins, de l’insuffisance des transports, de l’éloignement des habitations, de la nécessité de suivre les mouvemens rapides de la troupe. 11 n’en est point ainsi : un tiers des réguliers d’Abd-el-Kader portaient des traces de blessures; et, sur A,000 douairs armés pour notre cause, M. Varnier a compté plus de 800 hommes couturés par les balles, par le sabre ou la baïonnette.

Quand une troupe armée est contrainte à des marches précipitées, les blessés, quelle que soit la nature de leur lésion, n’ont que la selle de leurs chevaux pour moyens de transport ; mais, quand les mouvemens ne sont pas si pressés, quand on se trouve dans un pays de ressources, quand un douar se déplace pour changer de pâturages, on a recours à de plus commodes véhicules : tantôt ce sont des tapis roulés en couronne et placés sur le dos d’un mulet (micen). D’autres fois de véritables brancards (naacls) posés sur deux sacs remplis de paille et fixés sur chaque liane d’un mulet; on dispose la litière de manière à coucher la malade soit en travers, soit en long. Quand la bête de somme

esi un (Iromadaire, on peul consiniii e sur son dos une plato-fonne pouvant porter deux ou trois personnes qu’on recouvre d’une sorte de grande cage en osier ou en branchages, r'evêlue de tapis ou de toiles. Ces carcasses, appelées basour et dyeresa, sont représentées dans le tableau de la prise de la Smala, par Horace Vernel.

Maintenant que nous connaissons le médecin et 1e malade, et que nous avons une idée générale de la médecine chez les Algériens, abordons la pathologie et la thérapeutique chirurgicale et médicale, sujet que nous espérons traiter complètement en deux chapitres.

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