‹ Mélanges médico-littérairesChapitre 80 sur 88 · II. — PÏRÉTOLOGIE · texte numérisé non relu

II. — PÏRÉTOLOGIE

La pjrélologie est bien arrêtée aux écoles de Paris et de Strasbourg, en ce sens, du moins, qu’on s’accorde sur le nombre des espèces à admettre dans le cadre nosologique ; ce sont les lièvres éruptives, variole, rougeole, scarlatine, suetle ; la lièvre éphémère et la fièvre inflammatoire; la lièvre typhoïde qui résume en elle tant d’entités diversement dénommées par les anciens; les fièvres à quinquina intermittentes, rémittentes, subcontinues, simples ou pernicieuses; des fièvres dont l’origine est étrangère, peste, lièvre jaune, choléra, typhus fever, lièvre bilieuse des pays chauds; le typhus des camps et des hôpitaux? enfin la fièvre hectique, la fièvre puerpérale, la lièvre de lait. Les elTorts de ces derniers temps ont surtout convergé vers ce but : faire rentrer dans la fièvre typhoïde les nombreuses fièvres essentielles, diversement nommées par les anciens.

A Montpellier, la centralisation de la fièvre typhoïde, qu’on me passe le mot, n’a point été aussi généralement admise, et des dénominations empruntées aux siècles passés, et que Paris considère comme surannées et oubliées, sont encore aujourd’hui dans la bouche de plus d’un professeur, Afl'aire de doctrine, réminiscence de l’ancienne école, dira-t-on ; nous avons marché pendant qu’ils restaient en arrière. A notre sens, ce reproche est infiniment trop sévère : les deux écoles de Paris et de Montpellier ne se rencontreront jamais et ne doivent pas se rencontrer. Ce que l’on croit n’être qu’une affaire de théorie est souvent fondé sur la nature même. Le règne pathologique dillère déjà notablement à Paris et à Montpellier, localités situées sous des ciels qui offrent plus de dissemblancs que d’analogies. Si les deux écoles s’entendaient jamais

compiétement, c’est que l'une d’elles ferait abstraction des faits et nierait îa nature.

Poursuivez votre course vers des contrées plus méridionales encore, non pas en voyageur d’un jour, mais en praticien exerçant pendant piusieurs années sur un vaste terrain, et vous verrez que le règne pathologique se modifie de plus en plus profondément. Tantôt ce sont les mêmes maladies avec des physionomies symptomatologiques et des exigences thérapeutiques plus ou moins différentes; tantôt ce sont des espèces nouvelles qui apparaissent pendant que d’autres s’évanouissent. Et notez bien que ces métamorphoses et ces apparitions nouvelles ne s’échelonnent pas seulement suivant la latitude, mais aussi suivant la longitude, comme il est facile de s’en assurer en envisageant le choléra, la peste et la fièvre jaune dont le berceau, ou au moins l’origine principaie, se trouvent dans trois parties du monde.

Un médecin qui n’a jamais exercé hors de son pays peut être un grand' praticien et un savant dans sa localité; mais vous compromettrez et sa réputation et la santé des hommes, si vous voulez étendre ses principes et faire appliquer rigoureusement ses méthodes sous des climats notablement différents.

Arriver de Paris en Algérie ou dans les États romains et vouloir y exercer la médecine comme dans cette ville, c’est courir à des revers ; essayer de faire rentrer toutes les espèces de maladies qu’on y observe dans les cadres (Je sa nosologie, c’est violenter la nature. '

Trois années de séjour en Algérie nous avaient mis en garde contre une telle conduite; mais cette expérience n’aurait pas encore suffi pour nous faire éviter compiétement l’écueil, si les inductions tirées de principes et de faits acquis n'étaient venus à notre aide. Il eût été imprudent de décréter à priori le règne pathologique de Rome, en prenant une sorte de moyenne entre celui de l’Algérie et celui de" la France ; ce procédé conduit sans doute à des résultats généraux exacts, mais il laisse échapper de grands ordres de faits tout entiers. Nous avons vu que la pathologie romaine diff'ère considérablement de celle de l’Afrique septentrionale, quant aux affections du foie et de l’intestin ; les considéralious dans lesquelles nous entrerons au sujet des maladies appeiées à Rome fièvre nerveuse et fièvre gastro-reumatique, montreront que les différences ne s’arrêtent pas là.

Jusqu’ici nous nous sommes contenté d’observer, d’étudier^ de décrire; après trois ans, il nous est peut-être permis de juger. Nous avons commencé par la critique de l’école romaine, relativement aux maladies des organes thoraciques ; la tâche n’était pas difficile ; mais ici elle devient beaucoup plus vaste, car si, dans les pays froids, les inffammations et les localisations résument une grande partie de la pathologie, dans les pays plus chauds ce sont les fièvres qui dominent.

Nosologie pïhétologioüe a l’école de Rome. — Déclarons-le tout d’abord et- nettement : tout n’est qu’obscurité et confusion dans celle nosologie; on

atlend encore la main qui débrouillera ce chaos, dégagera les éléments simples de ces amalgames informes, et fera enlin sortir des êtres et des espèces de ces épaisses ténèbres. Toute la classilication repose sur les symptômes, le plus souvent même sur l’examen d’un groupe incomplet de symptômes, de sorte que tantôt la même espèce morbide est éparpillée dans trois ou quatre classes, selon que ses symptômes peuvent affecter trois ou quatre physionomies, tantôt des maladies essentiellement distinctes sont réunies en une seule espèce, quand il leur arrive éventuellement de présenter des analogies dans leurs phénomènes.

Cette critique générale sera justifiée à chaque pas, si l’on veut bien nous suivre.

Ouvrons le livre classique étudié à l’école de Rome (1), et faisons remarquer que ce livre est officiel, car le règlement universitaire impose un ouvrage à suivre à chaque professeur. Il fait loi, fournit son texte au maître et nourrit les élèves; ses doctrines sont dans la bouche de presque tous les médecins de Rome, dont la pratique est également en rapport avec ses indications. Il est d’ailleurs conforme à d’autres ouvrages consultés concurremment (2). Il est

(1) iNSTITimoNES MEDICINÆ PRATICÆ QOAS AO USÜM JUVENTUTIS DIGBESSIT PE- TBDS Aloïsios Valentini, etc. — 10 vol. in-8°. — 1827 à 1847. — Le dernier volume, postérieur de vingt ans au premier qui traite de la pyrétologie, s’arrête, tout comme celui-là, à un demi-siècle ou à un siècle en arrière de nous. Pas un mot d’auscultation ni de percussion; les maladies du cœur vont jusqu’à Corvisart, c’est-à-dire que leur étude s’arrête à Rome là où elles commencent dans le reste du monde médical. L’encéphalite n’est pas isolée de la méningite.Il n’est pas question delà maladie spéciale appelée ramollissementcérébral. Le cancer ne semble pas un produit à part ; le cancer de l’estomac est décrit avec la gastrite, dont il est un accident. La phthisie est tuberculeuse, pituiteuse, ulcéreuse, consécutive à diverses maladies, aux scrofules, à l’asthme, à la syphilis. Le croup est confondu avec l'angine striduleuse ; il est fort difficile de le dégager du fouillis dans lequel il se trouve perdu. Les symptômes sont décrits comme des maladies; on voit figurer les maladies coma, crampes, aphonie, à côté de l’apoplexie. Pas un mot des hydropisies produites par la gêne de la circulation veineuse, ni sur les recherches micrographiques indispensables pour saisir les premiers phénomènes de l’inflammation. La cirrhose et l’albuminurie sont inconnues. On admet encore l’érysipéle du poumon, mais c’est à peine si on distigue la pneumonie de la pleurésie, etc., etc. Il n’y a guère à Rome qu’un seul médecin, le docteur Pantaleoni, qui pratique plus ou moins la percussion et l’auscultation.

(2) Entre autres à Borsieri, qui est dans les mains de beaucoup d’élèves. La pyrétologie de M. Valentini est à jieu près la répétition de celle de Borsieri. Depuis que M. Valentini a quitté la chaire de pathologie interne, le professeur a un peu délaissé .son livre pour celui de Pierre Franck. C'est un progrès ma-

dû à un médecin laborieux, consciencieux, très érudit, digne de toute estime, mais savant, bien savant, comme on l’était il y a cinquante ou cent ans, et dont le vaste appétit n’a jamais mordu aux productions ni aux découvertes dont se glorifie notre siècle.

Voici la classification acceptée par ce livre :

Onno. I. Febres intermittentes.

Genüs I. Febres intermittentes puræ.

Species I. Quotidiana intermittens.

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