‹ Mélanges médico-littérairesChapitre 84 sur 88 · I.IVIAE . L. ORESTES STPRA . MED · texte numérisé non relu

I.IVIAE . L. ORESTES STPRA . MED

Gruler parle (Inscription dlxxî, 7) d’un antre superposé aux médecins de la cour d’Auguste: T. flavids poederos alchimianos adgüsti libertds sdperpositds

MEDICORDM.

A un médecin militaire, habitué à obéir humblement à des gens qui ne connaissent rien à son art, l’idée vient immédiatement de se demander si ces décurions et ces superposés n’auraient pas été des sortes d’intendants comme les nôtres, n’étant pas de la robe et commandant à la robe. Heureusement rien n’en étaiu Pœdr.ros, qualifié alchimianus, était évidemment un médecin, ou quelque chose de bien approchant. Quant à Boethus, le doute n’est pas permis, car. avant de trouver sa dernière demeure dans une oUa de ce columbarium, il avait généreusement donné un loculus à Speratus et à lole, et le tttu/M*'de celte pierre indique que le donateur était médecin :

M- LITIVS (OLE . L.

BOETHVS SVAE

MEDICVS . DAT

' M . LIVIO . SPERATO . ET

Dans ce même columbarium, on a trouvé les deux pierres suivantes, nous transmettant les noms d’autres médecins de la cour d’Octavien Auguste et de l’impératrice Livie : tyrannds liviæ medicds; -procdlds l. adg. l. hilards c MEDicos CHIRDRGÜS. Gruter a publié l’inscription d’un autre médecin-oculisiê appartenant à la maison impériale : ti. jdlics adg. et adgdstæ l. cutisonds MEDICDS ocDLARiDS. U. S. E. Si nous avons bien fait cette petite addition cela

(1) Dans Guther (De officiis domds adgdstæ, Paris, 1708) on ne trouvé un mot sur les médecins de la cour impériale. ^

nous donne, pour la cour d’Âiigusie, six médecins dont les noms sont parvenus jusqu’à nous. Nous devons ajouter, parmi bien d’autres, le plus célèbre d’entre eux, Antonius Musa, et cet Eudemius que Tacite dit médecin et ami de Livie. Mais quand on songe au titre de décurion, de supra medicos, superposiius medicorum, donnés à des médecins, quand on pense que ces inscriptions nous sont parvenues à travers les siècles et malgré les ravages des barbares du Nord, sans compter les profanations des modernes, qui emploient trop souvent de précieuses inscriptions comme moellons à bâtir, quand on réfléchit à tout cela, on trouve ces documents bien sufiisants pour établir que le personnel médical de la cour d’Auguste était fort nombreux et régulièrement organisé.

Comme preuve , rien n’est plus authentique que les inscriptions ; ce sont des originaux, et non des manuscrits plus ou moins altérés par les copies successives. Aussi est-il fort intéressant de chercher sur ces vieilles pierres historiques quelles étaient les différentes dénominations données aux médecins, selon qu’ils se livraient à telle ou telle spécialité. Nous avons vu le medicus, sans aucune autre appellation, le medicus chirurgus, le medicus ocularius, V alchimianus ; sur une pierre incrustée aujourd’hui dans le portail de l’église Sainie-Marie-dela-Minerve, à Assisi, on lit le nom d’un medicus clinicus chirurgicus ocu^ larius :

P. DECIUIVS . P. L. BROS MERVLA . MEDICVS CLINICVS . CHIRVRGVS OCVLARIVS . VI . VIR

HIC • PRO . L1BERTATE . DEDIT . HS . I33D .

Enfin, on sait qu’il y avait des chirurgiens herniaires et des dentistes. Nous dirons un mot des coloralores.

On n’a pas découvert l’inscription d’Antonius Musa. Au rapport de Gorius, qui ne l’a point vue, mais qui a recueilli ce bruit, on aurait trouvé dans la partie supérieure, la plus noble, du columbarium dont nous avons parlé, une pierre avec le nom d’ANTONius Musa discreptds a populo ; mais nous sommes porté à croire qu’un si haut personnage, qui avait une statue d’airain dans le temple d’Esculape, fut enseveli sur la via Appia, ou sur toute autre voie consulaire, sous l’abri d’un monument digne de sa fortune et de sa réputation.

On a disserté sur les médecin^ femelles dans l’ancienne Rome. Leur existence a paru prouvée à quelques savants par le mot medica, mais d’autres archéologues nous semblent avoir établi que cette expression ne voulait pas dire que les femmes auxquelles elle s’applique, pratiquassent la médecine en général; ce mot signifierait simplement obstelrix, accoucheuse. Vobstetrix de l’impératrice Livie était Antonia Thallusa, comme nous l’apprend l’inscription suivante, rapportée par Gruler (Inscr. dcxxxvi, 5) :

ANTONIAE : AVG. I.

TIIALLVSAË

OliSTETBIC

On doit supposer qu’à la cour de Livie, dans une organisation médicale aussi complète, on n’avait pas oublié le valetudinariiim, inlirmerie destinée, selon toute probabilité, à recevoir les gens de la maison, quand ils tombaient malades. Nous trouvons, en effet, à Florence deux pierres faisant mention de préposés

au valetudinarium : Helpis liviæ ad vaietudixar. — et PniLABGDRDS ad

VALETUD. La première est relative à une inlirmerie de la maison de Livie, la seconde à un infirmier dont le patron est inconnu, son nom, remplacé par des points dans notre citation, ayant été écorné par le temps.

Les bains, qui commencèrent à être en grande faveur sous Auguste, époque où l’édile Agrippa ouvrit pour la première fois des thermes au public, devaient également être, à la cour de Livie, l’objet d’un soin particulier. On a trouvé, dans le columbarium de ses gens, les inscriptions suivantes, qui nous transmettent le souvenir d’un baigneur et le nom d’un employé, chargé probablement de veiller sur l’aménagement et sur l’emploi des eaux : Liviæ adgdstæ l. TUERMOTARio ( le nom manque sur cette pierre brisée ); — Secündio liviæ

ADG. AQDARIUS DAT OLLA ADVENÆ CONJDGI PIÆ.

Voici une autre inscription qui mérite commentaire :

ANTEEOS

LIVIAE

COLORATOR

S’agit-il encore ici d’un médecin, ou bien d’un peintre, ou bien de l’enlumineur des joues impériales de Livie ? La question paraît étrange au premier abord. On se demande quels rapports il peul y avoir entre un peintre en bâtiments et un docte disciple d’Esculape. Mais il paraît qu’on appelait autrefois medici coloratores ceux qui, par des moyens surtout hygiéniques, aidés quelquefois de médicaments, et consistant surtout dans l’exercice, l’habitation à la campagne, l’insolation, rendaient au corps sa force, aux chairs leur fermeté et leur frais coloris^ colorem, d’où coloratores.

I.a cosmétique touche de bien près à la médecine et à l’hygiène, quand il ne lui arrive jias d’aller tout à fait à leur encontre. La galante Livie n’a pas dû oublier ce que cet art était susceptible d’ajouter de charmes à sa personne, ni l’apparencemenleuse qu’ils pouvaient lui emprunler quand les années les eurent flétris. Aussi trouve-t-on des inscriptions d’ornatrices en général, une autre relative à une ornatrix auricularum, enfin des unclrices. Auguste lui-même avait des unctorei, expression qui ne représente pas seulement des parfumeurs, mais des individus, espèces de masseurs, dont les fonctions avaient une toute autre importance au point de vue médical.

liU

La cosmétique et eu général tout ce qui peut ajouter aux attraits et ralentir en apparence les ravages des ans, a été poussé à un plus haut point que chez nous, dans l’ancienne Rome, où la beauté physique, plastique, était l’objet d’un véritable culte! Notre époque n’a pas été témoin d’extravagances pareilles à celle de Poppée, femme de Néron, qui, en voyage, se faisait suivre par cinq cents ânesses nourrices, aGn de pouvoir prendre en tous lieux ses bains de lait 1! Pline rapporte qu’il était reçu de son temps que, pour entretenir la fraîcheur du visage, la souplesse et la douceur de la peau, il fallait se laver soixante-dix fois par jour avec du lait d’ânesse. On trouvera dans Desobry (Rome au siècle d’Auguste) une pittoresque description de la toilette d’une femme ; le boudo'r de nos plus raffinées courtisanes. n’a jamais vu rien de semblable.

R nous reste à faire connaître le degré de considération dont jouissaient les médecins du temps d’Auguste et sous les premiers empereurs, et à rechercher si cet art menait facilement à la fortune.

Il n’est pas douteux que les médecins, rangés dans la classe des chevaliers, ne fussent trés-considérés à l’époque dont nous parlons. Nous avons dit, d’après Tacite, (\\x' Eudemius était non-seulement médecin, mais encore ami de Livie. On sait qu’on éleva à ^nlonius Musa, qui venait de guérir l’empereur d’une grave maladie, une statue d’airain dans le temple d’Esculape. Il est bien certain que ce ne fut pas la seule qu’on lui érigea, car l’Esculape, belle statue de marbre du Vatican, dans le nouveau bras Chiaramonti, n’est autre, selon

toute probabilité, que Musa lui-même, représenté avec les attributs du dieu d’Épidaure. Si l’on peut juger des honneurs accordés aux disciples d’après le culte décerné au dieu leur patron, on ne peut nier que la médecine ne fût en odeur de sainteté, car les statues d’Esculape qui nous sont parvenues ûgurent dans les musées en nombre qui rivalise avec celui des effigies des grandes di-

vinités de l’Olympe. Les villas étaient sous la protection d’Esculape, qui y avait toujours un temple ou un simulacre. La moderne villa Borghèse, à la porte de Rome, a perpétué ce souvenir; on y voit une statue d’Esculape sous une belle arcade, bâtie au sommet d’un rocher d’où l’eau tombe en cascade, et un riche temple' dédié à ce dieu, au milieu d’une île plantée de rosiers et baignée par un lac entouré de grands arbres.

Ce qui fit la faveur des médecins au siècle d’Auguste, ce fut non-seulement la haute, protection accordée par ce prince aux lettres et aux sciences, mais probablement aussi le fréquent besoin qu’il avait de leurs secours. TranquilUs dit, dans la Vie d’Auguste, que cet empereur fut sujet pendant toute sa vie, ma'is principalement après ses victoires sur les Cantabres, à de graves et frequentes maladies, qu’il qualiüe de cette manière : Quasdam et anniversanas ao temporecertc récurrentes expertus est. Kam sub natalem suumpîerumque languebat; et initio veris prœcordiorum inflatione tentabatur; austrtnis autem tempestaiibus gravedine.

Oui, certes, letemps d’Augusteetde ses premiers successeurs était unbon terop

pourles médecins îCaiïim, médecin de l’empereur, recevait annuellement 260,000 sesterces ou 50,000 fr. Stertinius, également attaché à la famille impériale, di- 8Jit qu'il avait bien voulu se contenter du modeste traitement de 500,000 sesterces, ce qui veut dire près de 100,000 fr. par an, et il prétendait en gagner en outre 1)00,000 en ville, ou près de 120,000 fr. Lui et son frère, Napolitains d'origine, après avoir dépensé des sommes énormes à embellir royalement leur ville natale, laissèrent à leur mort 30 millions de sesterces' ou près de G millions de francs. Les chirurgiens gagnaient davantage encore: CAamts, jeune médecin marseillais, demanda 200,000 sesterces ou près de 40,000 fr. pour aller faire une cure à la campagne, et Alconte amassa en peu d’années 10 millions do sesterses ou près de 2 millions de francs; Que devait donc gagner Anlonius Musa, le médecin de l’empereur? Peut-être un million par an! Pline, car c’est lui je crois, avait donc bien raison de dire : L’art de guérir est devenu le plus lucratif de tous. Les orateurs paraissent, en effet, avoir fait de moins colossales fortunes; ainsi l’encyclopédiste cite deux orateurs de son temps Marcellus Epirus et p^ibius Secundus, (lui amassèrent chacun, dans leur profession, 3 millions de sesterses, ou à peu près 650,000 fr. Quelle misère!

Il est curieux de rapprocher ces chiffres des sommes gagnées par les acteurs à la même époque. Or l’humanité a toujours été aussi sotte et aussi injuste: on paye davantage son plaisir que son utilité, on est moins généreux pour la vaillante épée d’un grand capitaine que pour le larynx d’un sot chanteur ou pour la déclamation d’une tragédienne quelquefois sans cœur ! Le célèbre tragédien Roscius gagna jusqu’à 600,000 sesterces ou 122,750 fr. par an, et Æsopus, autre tragédien en renom, laissa à son fils, malgré de monstrueuses prodigalités, 20 millions de sestercesou 4 millions de francs, amassés sur la scène! Nous sommes, sous ce rapport, bien au-dessous des Romains, et c’est tant mieux; mais s’ils payaient bien leurs acteurs, ils payaient mieux encore leurs fonctionnaires, tandis que chex nous c’est tout le contraire, et c’est bien tant pis.

Ces sommes paraissent fabuleuses quand on se reporte à la rareté du numéraire à cette époque. Il est vrai que cette rareté était réelle partout hors de Rome, mais que la capitale du monde était comme un abîme où venait s’engoulfrer l’or de toutes les nations. Aussi voyons-nous les dépenses de tout genre en rapport entre elles quant à leur énormité, de sorte qu’on ne peut pas taxer d’exagération ce que nous avons dit relativement à la médecine. Auguste donne 20,000 fr. à un pauvre Grec qui lui avait remis quelques vers à sa louange; un simple particulier, JYomentanus, fait présentée près de 200,000 fr. à son chasseur, pour épingles sans doute; Lollia Paulina, qui devient plus tard femme de Caligula, avait sur elle pour plus de 8 millions de francs de pierreries, à un repas presque sans cérémonie. 11 y a quelques jours à peine, j’ai vu, dans les mêmes lieux, après dix-huit siècles, la princesse de Piombino porter pour un peu plus d’un million de diamants; la pauvre femme disait n’en pouvoir plus sous sa charge. Claudius, la victime de Milon, avait acheté sa maison

plus de 3 millions de francs; le consul Pison, gouverneur de Macédoine, recevait annuellement plus de 3,500,000 fr., sans compter chars, mules, vaisseaux, tentes, palais, lits, argenterie, équipage militaire, et cela avant Auguste, avant le faste impérial. Pompée, après ses conquêtes, versa au trésor près de 140 millions de francs, donna 1,228 fr. à chaque soldat, et dota sa patrie d’incommensurables richesses en vases d’or, pierreries, objets d’art, etc. César, le grand, le sage César, prétendit dépenser en un repas les revenus d’une province; lui et ses convives mangèrent en une seule fois 21 millions de francs! C’est là un appétit vraiment Impérial.

Je suis ébloui, ébahi ! Les pierreries, les couronnes d’or, les banquets sardanapalesques, les triomphes et les millions tournoient dans ma tête! Grâce, en voilà bien assez! Nous sommes à dix-huit siècles de ce bon temps. Oui, Cassitts, Slertinius, Chamis, Alconte, vous avez gagné des millions; mais arrière votre souvenir; car comment ferai-je pour suivre pédestrement dans la boue, sans murmurer, mon régiment d’infanterie , et que deviendrait la philosophie du médecin de village, réveillé la nuit durant la tempête, pour aller chercher, bien loin dans la campagne, une malheureuse pièce de cent sous, juste le qüabante- MiLLiÈME de la bagatelle demandée par le jeune Chamis ?

CIVITA-VECCeiA. — 1“ TOPOGRAPHIE MÉDICALE.

A »l. Bandcns, laspocleur médical, membre du conseil de suulé

des armées.

Sainl-Dié (Vosges), lO mai l85i.

Médecin en chef à Civiia-Vecchia pendant huit mois de l’année 1850, nous avons consacré nos loisirs à recueillir nous méme l’histoire de nos malades et à suivre pas à pas les diverses phases de l’endémo-épidémie. Nous avons également pris les observations météorologiques, de manière à pouvoir établir un rapprochement entre leur règne et celui de l’endémo-épidémie.

Mais avant d’entamer cette relation médicale, il est nécessaire de tracer en quelques mots la topographie de Civita-Vecchia. Nous n’insisterons que sur les points qui offrent une connexion étroite avec le sujet qui nous occupe, c’està-dire avec le genre paludéen considéré dans ses causes et dans ses manifestations. Donner une topographie complète serait d’ailleurs impossible; les documents ofüciels manquent; la municipalité s’occupe à les rassembler au moment où nous écrivons. Aucune table météorologique n’existe; nos observations personnelles portent heureusement sur août, septembre et octobre, époque la plus intéressante de l’endémo-épidémie.

Nous ne nous appuyons pas seulement sur notre propre expérience, mais nous empruntons au livre de Torraca (1), à la notice topographique de M, Orsi, à divers travaux de M. Gerolami (2), savant modeste et obligeant, enfin au travail manuscrit si consciencieux que M. Dussourd, notre prédécesseur à Civita-

(1) Torraca, Delleanticue terme Taurine m Civita-Vecchia... e delle native ED AVVENTIZIE QCALITA DI SUA ATMOSFERA. Roma, 1761.

(2) Gerolami, Considerazioni sopra.il clima di Civita-Vecchia ed alcunb

PRINCIPALI 0 ENDEMICHE MALATTIE CHE VI DOMINANO. — I.NTORNO AD UNA COSTITU-

zione epidemica servata in Civita-Vecchia, stagione estivo-aütünnale Dell’ anno 1850. In COBRisp. scient, di Roma, 1850.

Vecchia, a adressé au conseil de santé des armées. Torraca, M. Gerolami et moi, nous arrivons à celte conclusion, que le site de Civita- Vecchia et les circonstances palustres qui y sont accumulées, constituent un foyer miasmatique sullisant pour se rendre compte de l’endémo-épidémie annuelle. MM. Orsi et Dussourd ne sont pas de cet avis. Repoussant l’étiologie miasmatique, ils font résider les causes des fièvres à quinquina dans les agents météorologiques, notamment dans les perturbations thermiques. M. Dussourd conclut à peu prés ainsi ; Deux causes principales contribuent au développement des fièvres : la qualité particulière du liquide sanguin (appauvrissement, anémie), les vicissitudes de la température et surtout la froide humidité des nuits.

Nous espérons démontrer que les causes miasmatiques sont très-nombreuses, et qu’il n’existe dans ia météorologie de Givita-Vecchia que des conditions communes à un grand nombre de localités où la fièvre n’est pas endémo-épidémique.

Givita-Vecchia a succédé, après les vicissitudes des temps et des événements, à l’ancienne Gentumccllæ, qui remonte à l’époque étrusque. Son lustre ne date guère que de Trajan, qui y fonda des thermes et une villa impériale, et fit établir un port dont les modernes ont à peu près conservé le dessin, puisque les murs actuels reposent sur les vieilles constructions réticulaires romaines. Au moyen âge, Givita-Vecchia subit le sort commun des villes latines ; ruinée bien des fois, elle se releva péniblement. En 1G32, elle ne compte que 54b habitants; en 1761, elle en nourrit déjà 4,000; elle est peuplée aujourd’hui de 7,500 âmes.

Par 42° 5' 24" lat. nord et 29° 17' long, est, sur les dernières ondulations de collines qui viennent mourir dans la mer, Givita-Vecchia est assise le long du rivage, qui court du N.-N.-O. au S -S-E. Les collines s’élèvent rapidement, en s’enfonçant dans les terres, et ne tardent pas à se grouper en une chaîne dont la direction est à peu près celle du rivage. Le résultat capital de cette grande disposition, c’est de frustrer presque entièrement la ville du bénéfice des vents salubres de l’est. Quelques chaînons se détachent du massif principal et se projettent vers la mer; mais, vu leur peu d’altitude et leurs interruptions, ils ne constituent pas un rempart contre les vents qui viennent, d’une part, du nord et du nord-est, d’autre part, du sud-ouest, après avoir balayé le rivage bas et palustre de la mer tyrrhénienne. Les vents terrestres du nord se font plus sentir que les vents terrestres du sud. En effet, la côte mareramatique de Toscane, en courant du sud-est au nord-ouest, empiète sur la mer, s’étale sur Givita qu’elle couvre, et multiplie ainsi les terres au nord, tandis qu’au sud, celles-ci fuient et font retrait vers le sud-est, abandonnant pour ainsi dire la place à la mer, sur laquelle passent les vents du sud et du sud-ouest, si fréquents dans ces contrées.

Une chaîne de collines, qui s’allonge au sud-est de Givita et va se perdre dans la mer, contribue également à- sa protection de ce côté. Ainsi l’on ne devra pas

«'étonner que la partie sud de Civita-Vecchia ne soit pas la plus malsaine, puisque les vents méridionaux sont surtout marins, et partant relativement plus salubres, et les vents du nord, surtout terrestres, c'est-à-dire moins sains.

Les vents marins du sud, peu miasmatiques par eux-mêmes, ont une autre influence mallaisante, comme nous allons le voir.

Nous avons dit que la ville de Civila est couverte à l'est par une chaîne montagneuse; elle reçoit, au contraire, directement tous les vents du snd et du sud-ouest, de l’ouest et du nord-ouest. Si une large coupure existait dans le rempart montagneux, ces vents, y trouvant une issue, établiraient ainsi un courant continu d’air marin et salubre qui passerait par Civita pour se perdre dans les terres ; mais il n'en est pas ainsi ; leur écoulement se trouve gêné dans l’est, les montagnes les arrêtant en partie et les repoussant vers le rivage.

Quand les vents du sud et du sud-ouest, marins et peu miasmatiques par euxmêmes, viennent à souiller, ils agissent néanmoins défavorablement à la santé publique, en favorisant, parleur chaleur et parleur humidité, la dissolution des miasmes charriés par les vents terrestres, soit dit sans préjudice de leur action énervante, due à la chaleur humide.

Caractérisons en peu de mots les vents qui soufflent à Civita-Vocchia : le nord est froid; le nord-ouest froid et humide; c'est un mistral modifié par son passage sur la mer; le nord-est froid et sec, souvent impétueux pendant l’hiver, on l’appelle tramontana; l’est est assez doux et sec; l’ouest, zéphyr, favonien, doux et humide. Tous les vents du sud sont chauds; le sud-est s’appelle scirocco; le sud-ouest amène des tempêtes; la ün de l’été et l’automne sont leur époque de prédilection. Nous ne parlons pas du jeu alternatif bien connu des vents de terre et des brises de mer; il n’offre point de particularité qui le fasse sortir des lois générales indiquées par la physique et par l’expérience.

La campagne de Civita-Vecchia est désolée, nue, inculte ; on peut aujourd’hui encore l’appeler desolata campagna, qualificatif que Torraca lui donnait il y a près d’un siècle. Si on en excepte quelques villas éparses et quelques fermes rares dout les clos sont égayés par des arbres, on ne rencontre que terrains incultes, pentes ravinées, landes dépouillées et sèches, maquis sauvages, parsemés de quelques parcelles où la main du laboureur sème des céréales, chaque trois ou quatre ans. Si la nature ne faisait crcHtre, sans le secours de l’iiomme, de l’herbe sur les collines nues et dans les plaines, la campagne de Civita-Vecchia offrirait l’image du désert.

Il suint, dit Torraca, qu’un territoire soit inculte et inhabité, surtout quand il est bas, pour que l’air y soit mauvais et fiévreux. C’est là une observation qu’on a pu répéter maintes fois en Algérie. Sans chercher nos exemples ai loin, nous en trouvons aux portes mêmes de Civita-Vecchia. Corneto, dit M. Gerolami, est beaucoup plus salubre depuis que l’industrie agricole, inconnue à Civita, a entouré la première de ces deux villes d’une large zone de culture et d’arbres.

Toute la plage de Civita-Vecchia, en allant au nord et au sud, est si basse que.

pendant l'été, par les mers calmes, on peut parcourir trente à quarante pas entre le rivage etl’eau, en foulant une litière formée d’algues accumulées, de débris en putréfaction, et coupée, d’espace en espace, de flaques où pullulent des myriades d’animaux maritimes et d’insectes terrestres en décomposition. Quand le flot se soulève, ou seulement par le flux léger de la Méditerranée, celte bande est noyée par l’eau j puis la mer basse la laisse de nouveau à l’air, pénétrée d’une nouvelle humidité.

Torraca et M. Gerolami ont déjà insisté sur ces dispositions. Le fait est que le rivage se trouve comme ourlé d’une bordure de plantes maritimes si épaisse qu’en certains endroits, cette couche, incessamment battue par l’eau, atteint jusqu’à un mètre et plus de hauteur-(l). Dans quelques petites anses, ces amas d’algues constituent de véritables marais-types, par exemple, sous la ville même, dei- Tière la Darsena et le Lazaret. Ajoutez que, vers le même point, un marécage d’eau douce s’accumule dans les fusses des fortifications et répand une odeur des plus pénétrantes.

Thouvenel, dans son livre sur le climat de l’Italie, a décrit des criques qui s’enfoncent dans la terre du rivage tyrrhénien, et sont encaissées de teile sorte par les rochers, les monticules et même les bois, que non-seulement les eaux y croupissent, mais que l’atmosphère stagnante peut y être considérée comme un véritable marais aérien, idée qui a été ressuscitée par ie professeur Puccinotti, sous le nom de marais aérostatique. Or, de pareilles anses déchiquètent la plage tyrrhénienne, au nord et surtout au sud de Civita-Vecchia.

Ces nombreux foyers palustres ne sont pas les seuls qui existent autour de la ville; nous avons à en signaler d’autres encore; mais quelques données sont préalablement nécessaires sur la contrée que nous étudions.

L’ossature des montagnes est volcanique; les tufs de même origine s étendent en vastes couches sous la campagne. Cette couche est quelquefois si superficielle que, sur la route de Corneto, en quittant Civita, les berges de la roule sont taillées dans le tuf vif. Les tombeaux étrusques qu’on trouve à peu près au même endroit, et les innombrables hypogées de l’ancienne Tarquinies, sont également creusés dans la même matière rocheuse. Nous ajouterons qu’on trouve des pierres ponces tout le long du rivage. Nous tenions à établir ces faits, parce que M. Dussourd, dans son bon travail, a contesté, après M. Orsi, la nature volcanique de ce territoire (2). L’origine plutonienne est encore établie par d’autres faits géolo-

(1) Ces fnonceaux de plantes marines accumulées le long du rivage, sont un phénomène si remarquable, qu’un auteur qui a traité de la géographie en général, a arrêté son attention sur ce petit coin du globe, pour signaler cette particularité. Christophorus Cellarius, Notitia orbis antiqüi, sive geographia plenior, Lipsiæ, 1701, 1. 1, p. 88.

(2) M. Vuillet, chirurgien-major du 32% dans son rapport sur l’état sanitaire de ce régiment, travail qu’il nous a obligeamment communiqué, signale,.

glquos. Dans les maquis qui bordent la route de Civita à Corneto, entre celle première ville et la Torre-Orlando, et au delà môme, de nombreuses sources fortement sulfureuses sourdent de terre, et s’étendent en flaques dont les eaux louches et opalines et les vives exhalaisons trahissent assez la nature. A quelques milles de Civita-Vecclila, existent, en outre, des sources thermales salines et sulfureuses très-abondantes, sur l’une desquelles Tnijan avait établi les thermes auxquels nous consacrerons un chapitre spécial. Cervetri a ses sources minérales. Strabon dit de l’antique Thuscia, dont le territoire de Civita fait partie : Thuscia nec minus abundat quam Baice, en faisant allusion à sa richesse en eaux thermales.

Dans le territoire de Civita, tout indique que le sol, poreux et volcanique, est travaillé par des élaborations incessantes et profondes, qui se manifestent au dehors sous forme d’exhalaisons sulfureuses. On sait quel rôle important on a fait jouer, dans ces derniers temps, aux émanations de cette nature, considérées comme agents fébrigènes.

On reconnaît trois couches dans le sol de Civita. Les profondeurs sont occupées pir des dépôts océaniques; entre ces gisements et les couches superficielles, s’étendent des produits volcaniques, notamment des tufs dont les longues plaques horizontales non interrompues retiennent les eaux en les empêchant de filtrer dans les entrailles de la terre. Enfin on foule aux pieds un sol gras alluvial, dans lequel on rencontre de longs gisements argileux, qui s’opposent à l’écoulement des eaux et perpétuent ainsi l’humidité à la surface de la terre. Ajoutons que le sol est souvent déprimé en godets sans issue, comme cela arrive communément dans les terrains que la main de l’homme n’a pas aménagés pour les besoins de la culture. C’est là une cause évidente de stagnation aqueuse temporaire.

Le territoire de Civita-Vecchia n’est pas riche en sources ni en cours d’eau ; mais, comme nous l’avons établi ailleurs (1), l’humidité atmosphérique, qui est à son maximum sur les rivages, les pluies, les rosées nocturnes si abondantes quand un sol nu rayonne vers les espaces planétaires, suffisent à fournir aux matières végéto-animales les particules aqueuses qui leur sont nécessaires pour entrer en putréfaction. Les rosées sont telles, à l’époque fiévreuse, qu’en se promenant le soir au bord de la mer, on sent ses babils tout poisseux d’humidité saline.

Au nord et au sud de la ville, plusieurs cours d’eau se jettent dans la mer.

comme nous, la nature volcanique du sol, et des gisements d’argile d’une grande puissance qui retiennent les eaux à la superficie.

(1) Félix Jacquot, Rechebcues sua les causes des fièvres a quinquina en fiÉNÉRAL, ET EN PARTICULIER SUR LES FOYERS QUI LEUR DONNENT NAISSANCE EN AL- GÉRIE; mémoire présenté à l’Académie le 28 juillet 1846. — De l’origine miasmatique DES fièvres a quinquina ; deuxième mémoire présenté à l’Académie en mai 1851.

Au nord, la Mignone, rivière assez forie, a son embouchure à 3 lieues de Civiia-Vecchia; ses bords sont bas, et les plaines souvent inondées au loin par les eaux gonflées : c’est encore là une source de dégagements miasmatiques. A un mille de la ville, une petite rivière, qui passe sous le vieux pont Trajan et au pied du Campo-Sanlb (cimetière), cesse d’être courante pendant l’été, mais conserve toujours des flaques fétides et croupissantes , notamment sur les deux points que nous venons de nommer. Au sud de la ville, on rencontre trois ruisseaux, dont le premier, à un mille des murs, garde de l’eau une partie de l’été, tandis que les deux autres se dessèchent vers les derniers jours du printemps. Ces trois cours d’eau recèlent toute l’année de petites mares croupissantes, éparses, entretenues par des sources, et des espaces humides et fangeux couverts de végétation palustre.

L’embouchure des cours d’eau voisins de Civita présente une particularité qu’il ne faut pas perdre de vue. Pendant l’été, quand les eaux sont basses, la barre est si forte qu’elle forme, entre la bouche et la mer, une digne non interrompue limitant une sorte de mare, dont les eaux ne se rendent à la mer qu’en filtrant entre les galets de cette digue; mais le ûot marin soulevé franchit aisément cette barre, et mêle ses eaux salées aux eaux douces qui stagnent dans le petit lac. Cette particularité est surtout évidente sous le Campo-Santo. Ce mélange, comme on le sait, est généralement considéré comme des plus délétères.

Dans les deux mémoires cité.®, nous avons établi qu’il existe, outre le marais type, une foule de conditions palustres qui engendrent la fièvre à quinquina, A chaque pas, en Afrique comme en Italie, on s’aperçoit qu’il était indispensable de bien établir cette doctrine, basée sur l’expérience. Les marais types ne figurent effectivement qu’en seconde ligne parmi les foyers d’intoxication dont l’influence se fait sentir à Civita-Vecchia ; on ne trouve guère que trois marécages dans les environs de Cervetri, à plusieurs lieues au sud de la ville, et quelques autres au nord, à une distance à peu près pareille. Nous ne parlons pas de la vaste saline située au bord de la mer, sous Corneto, à quelques lieues au N.-N.-O. de Civita-Vecchia, parce que nous n’avons pas étudié son degré de nocuité, qui parait faible du reste. Nous ajouterons qu’on pourrait parfaitement considérer comme marais-type certaines parties du rivage et ies criques de la côte, où les matières organisées s’accumulent et se décomposent, ainsi que les flaques en chapelet qui persistent l’été dans le lit des rivières.

Nous ne pouvons passer sous silence certaines sources miasmatiques dont le siège est éloigné, mais qui présentent une surface telle et une puissance si grande, que ieur influence ne saurait être révoquée en doute.

Pline disait de la côte : Toia pestilentia, qualification fort exagérée à cette époque (l). En effet, le long de la mer on trouvait des villes considérables, par

(1) Strabon, d’ailleurs, spécifie très nettement les localités insalubres semées

fxemple Oslie, qui parait avoir contenu 30,000 âmes ; les marais Poniins nourrissaient le peuple volsque ; aux environs de Civila-Vecchia, aujourd’hui déserts et incultes, Dorissaient cinq villes étrusques ; enQn,vers l’embouchure du Tibre, aujourd’hui empestée, Pline lui-même avait une splendide villa , et non loin de celle-ci s’étalaient d'autres propriétés sénatoriales, appartenant aux Hortensius, aux Scipion, aux Lælius, etc. Mais de nos jours rien de plus vrai que le mot de Pline : La côle est fiévreuse et mortelle, de la Toscane aux confins du royaume de Naples.

Le comte de Tournon (1) établit que les surfaces aqueuses (notons bien qu’on n’y trouve pas un seul lac limpide) occupent 1/27' de la superficie du littoral, tandis que, dans la Sologne, elles ne figurent que pour 1/32' (2). Les marai» types proprement dits occupent, entre le rivage toscan et la plage napolitaine, 22,600 hectares, vaste étendue qui n’est rien encore comparativement aux autres surfaces palustres de tout genre rentrant dans les catégories que nous avons décrites ailleurs.

Au sud de Civila-Vecchia, on trouve entre la frontière de Naples et le Tibre ; d’abord les marais Poniins ; les terrains humides de Porio-Anzio ; les flaques de la forêt de Nelhuno; les surfaces palustres de Salzane, auxquelles Folchi (3) attribue 750 hectares environ, de grands marais désignés sous le nom dePantana, non loin des embouchures des Rio-Torto et Rio-Felto ; enfin le marais si insalubre d’Oslie (Stagno ostiense). Après avoir passé ce fleuve, en s’approchant de Civita-Vecchia, ville éloignée de 12 lieues de l’embouchure, on trouve le petit marais de l'ancien port de Trajan, Porto Trajano, et le grand marais de Maccarse; l’antique Fregenæ, dont Silius disait déjà : Obsessœ campo squalente Fregenœ. Enfin nous ne pouvons passer sous silence le Campo-Salino, Campus Salinus major des anciens, où les Véiens allaient récolter du sel, surface marécageuse de l,à00 hectares, d’après Folchi.

On comprend qu’on puisse, qu’on doive même nier l’influence d’un petit marécage situé à une certaine dislance : ses dégagements se diluent dans l’atmosphère et sont dispersés au loin; mais, quand un pays tout entier est marécageux, la masse de l’atmosphère s’empoisonne, et les colonnes d’air que déplacent les vents pour les transporter ailleurs, sont évidemment saturées d’effluves.

sur l’Aeureua: Latium : « Omne Latium felix est, et omnium rerum ferax, ex- » ceplis locis, quæ palustria sunt, atque morbosa, qualis est ardeatinus ager B inter Anlium et Lavinium, usque ad Pomœtiam, et Selini agri quædam, et » circa Terracinam. »

(1) Comte de Tournon, Études nisToniQUEs sua Rome. Paris, 1831.

(2) Travaux de M. Mâchât, ingénieur en chef des ponts et chaussées.

(3) Folchi. Voy. ses deux mémoires sur l’étiologie des fièvres de Rome, le premier inséré au JounNAL AitCADiouE DE ROME, t. XXXIX, année 1820; le second, brochure. Rome, 1845.

Nous avons étudié les conditions palustres du rivage, au sud de Civila ; faisons la môme opération pour la plage qui court au nord de celte ville. Ce rivage se trouve dans d’aussi mauvaises conditions à peu près. Civila n’est séparée des maremmes toscanes, dont on connaît l’insalubrité, que par 8 ou 9 lieues d’un rivage bas, inondé, encombré d’algues amoncelées. I,a Mignonne, la Maria et la Fiora parcourent cette plage, couvrent souvent la campagne, et produisent des stagnations aqueuses. De Tournon (t. II. p. 220) compte 184 hectares de maraistype entre ces deux dernières rivières. On n’a pas oublié qu’aux frontières toscanes, vers l’embouchure de la rivière Chiarone, un peu avant laquelle on entre dans les maremmes, la côte avance fortement vers l’occident, et charge ainsi d’eflluves les vents du N.-O. fréquents à Civita-Vecchia.

Nous sommes convaincu que. les éludes de topographie médicale doivent ainsi embrasser un vaste espace, pour y saisir les causes qui, pour être lointaines, exercent cependant une influence puissante. Si, en Algérie, on ne se fût pas contenté d’explorer un voisinage restreint, on n'eùt pas à priori décrété salubres des localités, sur lesquelles on a bâti des postes dont l’expérience a subséquemment démontré l’insalubrité.

Résumons-nous. Les sources d’intoxication paludéenne sont nombreuses autour de Civita-Vecchia et suffisent pour se rendre compte de l'endémo-épidémie annuelle : marais immenses sur le littoral, inculture et nudité du territoire, inondation de la plaine par les rivières, stagnations temporaires, amas de matières végélo-animales le long de la mer, abondance des rosées et humidité constante de l’atmosphère.

A Civita-Vecchia, la température est beaucoup plus égale qu’à Rome, soit qu’on la considère dans l’espace d’une année, soit dans un nycthémère. La moyenne hivernale est plus élevée de 3“, la moyenne estivale plus basse de 2® à 3®. Ce bénéfice est dû au voisinage de la grande nappe méditerranéenne, qui réchauffe l’atmosphère en hiver, et la rafraîchit en été (f).

Cette égalité de température existe également dans le cours de chaque nycthémère, ainsi que nous Pavons dit. On peut s’en assurer par le tableau suivant, où les mesures sont prises à l’aide du thermomètre centigrade.

Août. Septemb. Octobre.

2'quinzaine. l"quinzaiae.

Oscillation thermom. nycthémérale moyenne. 6,00 8,00 7,50

— maxima. . 11,00 11,00 10,50

— — minima. . 2,00 2,00 2,00

Température moyenne 24,50 22,60 18,50

maxima 30,00 29,00 25,00

minima 19,00 16,00 12,00

(i) 11 y a les mêmes dilïérences météorologiques, à peu près, entre les maremmes du littoral toscan et Florence, qu’entre la côte de Civita-Vecchia et Rome. (Salvagnoli Marchetti, Statistjca medica delle maremme toscane.)

N-ayant pas de thermomètre è minima, nous avons fait nos otiservations tous les jours vers quatre heures et demie du matin, de sorte que le point le plus bas de la colonne thermométrique n’a peut-être pas toujours été saisi, et que, autre conséquence importante, la température moyenne de chaque mois, extraite de la moyenne des maxima et des minima absolus, est probablement trop élevée. Nous avons dû indiquer ces causes d’erreur.

Les registres de l’Observatoire romain, de 1843 à ISiiO, donnent les résultats

suivants ;

Température Oscillation nycthémérale moyenne ceuligr. moyenne centigr.

Juillet 23, '12 12,09

Août 22,92 12,00

Septembre.. . . 20,30 11,31

Octobre. . . . 16,9l 10,65

Ou bien la cause d’erreur que nous avons indiquée a eu une influence considérable, ou en 1850 l’été a été plus chaud à Civlta qu’à Rome; car la moyenne de chaque mois est supérieure de près de 2 degrés dans la première localité. Cette dernière supposition est très- admissible, et expliquerait la gravitéviaiment insolite de l’endémo-épidémie de Civita-Vecchia en 1850.

Maintenant que le territoire et la météorologie de Civita-Vecchia nous sont connus, un mot sur la ville elle-même.

Le port de Civita est formé par deux jetées qui, partant de la terre, s’avancent au large. Sur l’étroite jetée du nord est bâti le lazaret, tandis que la citadelle, appelée aussi fort Michel-Ange, s’élève à l’origine de celle du sud. Une autre jetée, Y ante-murale, surmontée d’un phare, s’étend entre les deux extrémités libres des premières, laissant une passe entre elle et chacune de celles-ci. Le port est salubre, aéré, les eaux s’y renouvellent facilement. Un point seulement laisse à désirer, c’est l’angle qui se trouve entre la Santé et la petite porte du quai ; les eaux y sont basses, les algues s’y accumulent, et un égout y vomit des résidus fermentescibles qu’agitent sans cesse des myriades de petits poissons attirés par cet appât. Dans le port, entre le lazaret et le palais des papes, s’ouvre par un goulot étroit le bassin appelé Darsena, darse. Des murs élevés l’entourent, empêchent les courants d’air de brasser son atmosphère, concentrent 1 humidité et s’opposent aux rayons solaires. L’eau de la Darsena n’a pas non plus la transparence de celle du port. C’est là qu’est situé le bagne, où sont enfermés 1,400

1,500 forçats. Le scorbut et les (lèvres putrides y ont fait quelques apparitions, devenues plus rares aujourd’hui.

Les rues neuves de Civita sont larges, renflées par des places, embellies par des palais; les autres, notamment l’artère principale, sont étroites, humides. L’enceinte fortifiée est trop resserrée, malgré l’extension qu’on lui a donnée en joignant le saillant de deux bastions, opération qui a nui à la défense, mais a permis de construire le nouveau quartier dit Guetto. Pour loger la population

exubérante, il a fallu gagner en liauteurce qu’on ne pouvait prendre en superficie; anssi voit-on des maisons de cinq étages. La hauteur des constructions fait paraître les rues plus étroites encore et empêche le renouvellement de l’air. Les logements sont fort rares I Civita pour les étrangers, et les habitants peu aisés s'accumulent par familles dans d’éiroites pièces. La malpropreté exagère encore ces vices dans l’hygiène; les rues sont médiocrement propres, mais les escaliers des maisons sont surtout de véritables fumiers. Les appartements laissent aussi à désirer, et les personnes bien plus encore.

L’eau douce n’est pas en rapport avec les besoins de la ville. Les vaisseaux dont l’équipage est nombreux, sont quelquefois obligés d’aller chercher une aiguade à quelques lieues plus loin. Un vieil aqueduc de Trajan, restauré et presque refait parle papeClémentXt, amène de la montagne une eau d’assez médiocre qualité. Elle n’a pas cette saveur fraîche, légèrement piquante, qu’on trouve à beaucoup des eaux consommées à Rome. Elle est un peu lourde et a quelque chose de sirupeux, de sorte qu’agitée et tournoyant dans un verre, elle laisse une mince couclie qui persiste quelques instants sur les parois, au lieu de retomber immédiatement au fond du vase. En une nuit d’été, cette eau prend souvent une odeur repoussante, à cause de la quantité de matières végéto-animales qu’elle contient. Elle ne dissout pas non plus parfaitement le savon.

Des égouts solides et sulTisamment multipliés courent sous la ville. L’abattoir et le Campo-Santo (cimetière) sont hors des murs, au nord de Civita-Vecchia.

On compte deux hôpitaux romains à Civita-Vecchia : l’un, destiné aux femmes, contient trente lits; l’autre, qui reçoit les hommes, civils et militaires, peut loger 300 malades. Dans le premier (Orsi cité par M. Dusourd), la mortalité a été, pendant dix ans, de 5 p. 100, et dans le second de 4 l/l6. La mortalité à l’hôpital du bagne serait la même qu’à l’hôpital des hommes. Notre hôpital militaire a occupé jusqu’en 1851 le Quartierone, fort belle caserne que nous avons dû céder à la troupe à cette époque. Le soldat valide y a gagné beaucoup ; on peut mettre 900 hommes dans le Quartierone. Auparavant, la troupe était disséminée sur plusieurs stations, dont quelques-unes, notamment près delà Chitsa délia Morte (1), laissaient à désirer pour la salubrité. Mais le soldat malade a beaucoup perdu, par sa translation dans l’aile de l’hôpital civil destinée autrefois aux militaires romains. Ce bâtiment présente les inconvénients qui suivent: situation à la périphérie de la ville, dans une région moins saine que celle du Quartierone; voisinage des terres du rempart dont il n’est séparé que par une étroite tranchée; humidité provenant de ce voisinage et d’un lavoir public mai entretenu; salles du premier obscures et sans air; les salles du second sont

(1) L’insalubrité de cette caserne, qui a fourni les cas les plus nombreux et les plus graves, était peut-être temporaire, et aurait tenu alors à ce que les fenêtres manquaient de châssis et de vitres.

ni

Itdles; un boul de rempart a été converti en promenoir, avantage quen’offiait pas le premier hôpital.

La salubrité do Civlta-Vecchia doit être considérée à un double point de vue : sou» le rapport des fièvres endémo-rpidômiques palustres et sous celui des autres aiVections.

Les piemières atteignent surtout la périphérie de la ville, du côté de la terre; la face septentrionale est aussi fiévreuse que la face méridionale. L’insalubrité de la périphérie est un fait acquis à l'histoire médicale; en voici un nouvel exemple frappant. Au sud et en dehors de la ville, à cent pas du rempart, existe une maison spacieuse dont les jardins servent d'entrepôt de charbon; en peu d’années, le père, la mère et quatre enfants y sont morts de la üèvre. De l’autre côté du rempart, dans la ville, l’insalubrité est incomparablement moindre. L’ermite qui dessert la chapelle de François de Paule, à un miile de Civita, près de la villa Guglielmotti, n’échappe à la fièvre qu’à la condition de venir coucher chaque nuit en ville, pendant la saison d’été et d’automne.

Les quelques fermes et villas situées autour de Civita cessent d’étre habitables à la ün de juillet; il n’y reste que le nombre d’hommes strictement nécessaire pour les besoins les plus urgents des cultures et de l’habitation. Ces malheureux, en proie à des rechutes de fièvre qui se reproduisent à courts intervalles, ne peuvent travailler la moitié du temps; au bout de quelques années, ils deviennent pourtant plus réfractaires auxmiasmes, maisleur constitution resteprofondément modifiée et altérée.

Beaucoup de campagnards finissent par être si intimement imprégnés par le poison paludéen, leurs liquides sont tellement modifiés, leurs organes si lésés dans leur jeu et dans leur texture, que leur vie n’est plus qu’une longue maladie et une perpétuelle souffrance. En mars, avril et mai, époque la plus éloignée de l'endémo-épidémie passée, nous avons encore rencontré, par ’es campagnes, des espèces de spectres qui se traînaient tremblants pour chercher un rayon de soleil ; leur teint anémique et jaune, leur maigreur, leur ventre proéminent et la gracilité de leurs membres, disaient assez qu’ils étaient frappés par cette cachexie paludéenne presque incurable qui ne finit guère que dans la tombe ou par l’émigration dans un autre climat.

On peut vérifier à Civita-Vecchia cette loi, qu’il faut une certaine altitude pour garantir une localité des miasmes de la plaine ou du rivage. Sur une colline de peu d’altitude, mais tournée vers la mer, à un mille à peu près de Civita, e.st bâti le couvent des capucins. 11 est si insalubre que les religieux sont obligés de le quitter à l’approche de l’endémo-épidémie, pour venir occuper le petit couvent du lazaret. En 1755, d’après Torraca, douze capucins ayant passé l’été dans le grand couvent, ont tous eu la fièvre.

La Talfa et Allumiera, bourgs situés dans la montagne, à plusieurs centaines de mètres d’altitude, sont préservés de l’endémo-épidémie.

L’endémo-épidémie, au dire des habitants et des médecins du pays, et d’aprè.s

noire propre expérience, suit ù peu près la même marche chaque année. Son maximum de gravité arrive lors des premières pluies de la lin de l'été. L'abondance des rosées favorise également le dégagement miasmatique. L’année 1860, dont nous allons tracer l’histoire, n’a, sauf peut-être son intensité et son maximum un peu tardif, pas fait exception à la règle; c’est dans les dix prehiiers jours d’octobre qu’il faut placer l’apogée des fièvres pendant cette année. En Algérie, les fièvres pernicieuses sont également nombreuses, et surtout extrêmement graves en septembre et octobre (Cas. Broussais, Bertherand, Sonrier et Jacquot, etc., etc.). Ces faits s’expliquent très-facilement par l’étiologie miasmatique; ces pluies et ces rosées détrempent la terre, à une époque où la chaleur est encore assez vive pour activer les élaborations qui se passent sur la ferre et dans son sein. L’hypothèse météorologique n’a, au contraire, rien à faire ici.

Il n’est pas facile de comparer rigoureusement Civita-Vecchia à Rome, sous le rapport de l’intensité de l’endémo-épidémie. Certes on ne rencontre pas dans l’enceinte de Civita, habitée sur tous les points, des régions aussi insalubres que certains quartiers qui, pour être dans les murs de Rome, n’en sont pas moins presque déserts ; paais, d’autre part, je ne pense pas qu’il existe, dans n’importe quel endroit de Civita, une presque immunité pareille à celle dont on peut se flatter dans quelques lieux privilégiés de Rome. Aussi l’adage suivant a-t-il cours à Civita : Jusqu’en août et septembre, une bonne habitation et un sage régime préservent de la fièvre ; mais à partir de cette époque, personne ne peut se flatter d’y échapper. Somme toute, et en tirant une sorte de moyenne de salubrité, on peut, je crois, avancer que Civita-Vecchia est moins insalubre que la capitale. Cependant, d’après les statistiques officielles que M. Philippe, chirurgien-major à l’hôpital militaire de Civita-Vecchia, a eu l’obligeance de compulser pour nous, la mortalité, de 1841 à 1851, aurait été de 2,71 p. 100, tandis que, d’après monseigneur Morichini (1), à Rome, de 1831 à 1841, elle n’aurait atteint que 2,68 p. 100. 11 est nécessaire de faire remarquer que les périodes d'observation ne sont pas les mêmes, et que la comparaison n’est conséquemment pas rigoureuse.

Nous avons parlé de la salubrité des différentes parties de la ville au point de vue des fièvres paludéennes; livrons-nous à la même investigation au point de vue de toutes les maladies considérées en bloc.

Les quartiers les moins sains sont les rues étroites dans lesquelles s’entasse une nombreuse population. La nouvelle rione du Guetta, ou Sanl'Antonio, habitée par des gens peu aisés, est pourtant, grâce à ses rues spacieuses, plus saine que les autres quartiers plus riches, mais plus resserrés. La Grande rue, qui part de la place de la Cathédrale et se termine à la place d’Armes, le Corso de Civita- Vecchia, rue commerçante et si populeuse, pèche par la salubrité, ainsi que les

(1) Morichini, Degli instituti m caiuta pudblica in Roma, etc. 2 vol. in-8*. Rome, 1842.

ruelles élrollcs qui se reiulenl dans celle arlère piinclpule ou qui la suivent purallèlenient. Élreintc par de liantes maisons, humide et privée de soleil, elle exhale souvent une insupportable odeur provenant des cuisines, des denrées alimentaires qui encombrent les boutiques et des monceaux de morues accumulés dans les magasins. Nous avons déjà parlé des conditions également défavorables qui se rencontrent au bagne et à la Darsena. Or ces deux derniers lieux, la rue principale et les aboutissants, appartiennent aux deux rioni Sanla-Maria et San Francesco, relativement insalubres, comme on va bientôt le voir. Ce dernier quartier a été récemment assaini par l’établissement des deux vastes places dont l’une porte son nom, et dont l’autre conserve celui du fondateur du port de Civita-Vecchia (piazza Trajanaj. La statistique suivante, puisée par M. Philippe dans les registres ofllciels, mettra en évidence ces différences de salubrité selon les quartiers :

MOOVEMENT DE LA POPULATION A CIVITA-VECCHIA, DE 1841 à 1861.

Localités.

Population.

Naissances.

Décès.

Mariages.

Paroisse Sant’Antonio ou Guetto

584, ou

181, ou

Paroisse San-Francesco. .

2,78 p. 100 1,102, OU

2,08 p.lOO 769, ou

284, ou

Paroisse Santa-Maria. . .

4,23 p. 100 894, ou

2,96 p. 100 666, ou

1,09 p. 100 244, ou

Moyenne pour toute la ville.

D’après M. Orsi, chez les militaires romains, les décès seraient de 2,00 p. 100, et de 3,60 chez les forçats.

Nous ferons simplement remarquer, à propos de cette statistique, que, par une sorte de prévoyance de la nature, qui semble avoir réellement horreur du vide en fait de population, dans les quartiers où la mortalité est la plus élevée, les naissances et les mariages se multiplient également, de manière à combler les lacunes.

Avant que la ville ne fût agrandie et percée de nouvelles rues et de places spacieuses, l’entassement, aujourd’hui limité à certains points, existait presque partout. Nous concevons que Torraca ait parlé, à cette époque, du scorbut, des affections cutanées pustuleuses, de la difllcile résolution des tumeurs, de la tendance aux suppurations et à l’état putride. Aujourd’hui, M. Gerolami met encore au nombre des affections fréquentes, la chlorose, la leucorrhée, etc., et d’autres maladies qui trahissent la débilité.

Nous ajouterons que les tempéraments lymphatiques outrés, les scrofules, le rachitisme, ne sont pas rares à Civita-Vecchia. La race est néanmoins assez belle, et le tempérament dominant se rapproche du bilioso-sanguin. Le tempérament

sanguin est rarement sans mélange, l’élément lymphatique intervenant presque toujours.

Torraca signale déjà la fréquence des affections nerveuses; c’est un point commun à Rome et à Civita-Vecchia. Les phlegmasies pures et franches rre sont pas nombreuses, et ne se manifestent guère que pendant trois mois de l’année, ou quand viennent à régner des conditions météorologiques accidentelles. Le bagne semble être l’endroit de la ville où les affections inflammatoires sont le plus fréquentes ; mais cela tient peut-être davantage au genre de vie des forçais qu’au site qu’ils occupent. On rencontre à Civita-Vecchia un nombre fort notable de phthisiques, mais cependant moins qu’en France. M. Gerolami regarde la fièvre typhoïde comme extrêmement rare. Gardons-nous de précipitation dans nos conclusions, car les Romains éparpillent la dothinentérie dans la classe des fièvres nerveuses, des fièvres gastriques, ét parmi les sinochi; cette affection n’en existe pas moins, pas commune il est vrai, comme nous nous en sommes assuré nous-même , et d’après les autopsies pratiquées par M. Gerolami luimême.

C’est en vain que, pour établir la fréquence relative et même la simple existence des diflérentes maladies, on feuilleterait les registres des hôpitaux. Le diagnostic local est fort négligé par les médecins italiens, et leur manière de considérer la pathologie diffère essentiellement de la nôtre. Voici quelques diagnostics pris à l’hôpital du bagne :

Fièvre gastrique dégénérée en nerveuse ;

Fièvre gastrique dégénérée en intermittente ;

Fièvre réumatique dégénérée en lente nerveuse;

Fièvre gastro-reumatique dégénérée en péripneumonie.

Dans une de nos Lettres précédentes, nous avons fait la critique de ces dénominations et de la doctrine romaine.

L’histoire de 1850, objet de la Lettre suivante, pourra, jusqu’à un certain point, combler cette fâcheuse lacune, mais non pas complètement ; en effet, nos soldats, qui ne subissent les influences du climat que depuis quelque temps, ne peuvent point servir d'étalon pour étudier la pathologie Indigène de Civita- Vecchia.

Nous avons dit un mot du caractère général de la population de la ville ; complétons le tableau en consacrant quelques traits à une classe importante, aux mariniers. C’est la race la plus robuste de Civita-Vecchia ; si les travaux de la campagne déserte sont dangereux autour de la ville, en revanche la vie maritime est profitable à la santé. Malheureusement le séjour à terre vient trop souvent détruire une partie des bénéfices dus à la vie de mer. Malgré cette circonstance, et nonobstant la frugalité de leur nourriture, les mariniers sont pleins de vigueur, et sous la peau hâlce de leur torse et de leurs membres presque toujours nus, l’œil sent le relief de muscles bien charnus attachés à une solide charpente.

Il est fort heureux qu'une topographie médicale ne soit pas tenue à tracer le caractère moral des habitants. Nous ne serons ainsi pas obligé de dire que ce sont des gens sans aménité, sans hospitalité, et si peu sociables qu’ils ne se fréquentent pas môme entre eux.

Le médecin qui retrouve dans sa mémoire un peu de chimie ne manque pas de visiter, pour compléter l’exploration de Civita-Vecchia, les fumeuses mines d’Allumiera, d’où l’on extrait l’alun dit de Rome. On sait que ce sel double doit sa juste réputation à sa pureté ; il ne contient pas de fer, ce qui le rend précieux pour la fixation des couleurs employées en teinture. Cette exploitation a beaucoup perdu de son importance depuis qu’on fait de l’alun de toutes pièces, à 1 aide des doubles décompositions. Les procédés d’exploitation sont d’ailleurs assez grossiers; avec une meilleure entente delà fabrication, on produirait davantage et à moindre prix.

Dans ces montagnes salubres de la Tolfa et d’Allumiera, on trouve une source ferrugineuse qui n’est pas exploitée et que nous ne faisons que signaler en passant. Importantes sont au contraire les sources qui alimentaient les thermes dO: Trajan ; nous consacrerons une Lettre à leur étude.

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