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la glorification du grand homme qui l'occupait depuis longtemps déjà.
Il y a près de Rouen un petit château du nom de Carqueleu. Dans les combles de ce château, il y avait un tas de parchemins et de vieux papiers. Un domestique nommé Bidault, homme intelligent, passait ses loisirs à épousseter ces paperasses, à les lire, à les classer. Un jour, il fit part à sa maîtresse, Mme de Moatruffet, des richesses qu’il avait découvertes. M. Margry en eut connaissance et demanda l'autorisation de les voir. Il vint à Carqueleu en plein hiver, au momentoù la comtesse faisait construire l'aile gauche du château. Plusieurs fois, Mme de Montruffet m'a dit : « Mon bon ami, il travaillait toute la nuit. I] a usé toute ma provision de bougies. Dieu ! que je lui en voulais! Mais il était galant homme, beau causeur, de tenue très correcte, toujours en souliers vernis ».
Or, la comtesse de Montruffet, née Guérard de la Quesnerie, représentait les deux grandes familles de Cavelier de la Salle et de Jean de Béthencourt, « conquesteur » et roi des Canaries.
M. Margry trouva donc, dans les papiers sauvés par Bidault, des documents de grande importance t.
Plus tard, des recherches laborieuses lui permettent de
1 Cette famille est aujourd'hui représentée par M. Mario de la Quesnerie, contrôleur central du Trésor public, officier de la Légion d'honneur ; par M. Paul de la Quesnerie colonel d'artillerie, officier de la Légion d'honneur ; par Me Emmeline de la Quesnerie, épouse d’un grand artiste, M. Fernand Lematte,
reconstituer la personnalité et de découvrir le lieu de | naissance de Belain d'Esnambuc. A force de démarches, | il obtient de faire placer, en grande solennité, dans l’église | d’Allouville-Bellefosse, une plaque de marbre qui rappelle [14 le souvenir de son héros.
Ce jour là, le 9 novembre 1862, il se rendit proces- 1 sionnelicuerii, avec l'évêque de la Basse-Terre (Guade- | loupe), au milieu d’une foule immense, du presbytère à l’égiisc d'Allouville pour inaugurer cette plaque. Il fut alors, bien sûr, l’homme le plus heureux du monde,
Cependant ce triomphe ne satisfait pas son ambition. Il veut davantage, va trouver le baron de la Reïnty et lui U demande de fonder, en l’honneur de Belain d'Esnambuc, | un prix bis-annuel de 500 francs. « — Eh! monsieur » Margry, lui répond le baron, c’est comme si vous me de- | » mandiez 6 000 francs. — Je Le sais bien, quoiqu'on dise » que je ne sais pas compter. Mais comme j'en ai dépensé » à peu près autant pour trouver la vérité sur les origines » de vos Antilles, tant en Normandie qu’en Touraine et 1}
» en Anjou, je croyais pouvoir demander le sacrifice de » cette somme à un homme de cœur qui est le descendant Al » d’un compagnon de d'Esnambuc, qui tire sa fortune du qe » pays colonisé par lui et en est le représentant. Il est 4 » vrai, je viens peut-être mal à propos; alors n’en » parlons plus. — Au contraire, parlons-en », réplique le baron. Ils en parlèrent si bien que le prix fut fondé, ainsi qu’une messe qui est dite alternativement à Allouville et à Saint-Jacques de Dieppe, en présence d’une
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délégation de l'Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Rouen, qui est chargée de décerner le prix !.
M. Margry jugeait ce moyen propre à resserrer les liens qui doivent unir la mère-patrie à ses colonies,
« Dans ma pensée, note-t-il, cette fondation devait » servir de modèle à une institution semblable pour » toutes nos colonies, afin que leurs noms ne fussent plus » chez nous sans quelque écho ».
Les La Reinty sont rares, hélas!
Dès avant cette époque, M. Margry a publié une série d'études qu'il considérait comme des essais. En réalité, elles sont de grande importance pour l'histoire de la géographie, Chacune d'elles est le résultat de longues recherches, la révélation d’un fait honorable pour la France. Bien que très réservé à l’égard des gens d'église, il dit toujours la vérité, ce qui lui a valu des désagréments.
Parmi ses œuvres, dont je donne la liste à la suite de cette notice, plusieurs sont de grande valeur et méritent une mention spéciale.
Les Relations et Mémoires in'dits pour servir à l'histoire de la France dans les pays d'outre-mer (1867) contiennent un mémoire authentique de Henry de Tonty,
1 En 1883, sous la présidence de M. O. Marais, j'ai fait partie de la délégation envoyée à Allouville-Bellefosse. On a carillonné, chanté cette grand'messe, Personne, personne n’a répondu à l'appel des cloches, Seuls les membres de l’Académie étaient présents. On pourrait peut-être trouver un meilleur emploi de la somme de 100 francs payée pour cette messe,
l'un des lieutenants les plus braves et les plus dévoués de Cavelier de la Salle.
Son grand travail sur Les Navigateurs français et la Révolution maritime du XIVe au XVI° siècle (1867) a été vigoureusement attaqué par M. Henry Major, conservateur du cabinet des cartes et plans au British Museum. En sa qualité d'Anglais, M. Major avait peu de sympathie pour les Français; comme historien du prince Henri le Navigateur, il était grand ami des Portugais. Tout disposé d'avance à nier les prétentions des Fran à la découverte des côtes occidentales de l'Afrique combattit avec passion, loyalement toutefois, un chapii du livre de M. Margry.
M. Margry, toujours si prudent, avait accepté, comme authentique, de M. Lucien de Rosny, la copie d’un manuscrit du xvue siècle, qui était la copie d’un manuscrit plus ancien et contenait le récit du séjour qu’un « Roenois » du nom de Jehan Prunaut avait fait, en 1364, sur les côtes de Guinée,
Comme ses amis les Portugais, M. Major ne voulait pas reconnaître que les Normands avaient fréquenté les côtes de Guinée en 1364. Il rechercha très activement M. Carter, propriétaire du manuscrit en question. II ne le trouva pas; il ne trouva même pas la trace de “on passage au British Museum. Il demande des renseignements à M. Margry, qui ne peut que l’assurer de sa bonne foi et le renvoyer à M. de Rosny. Il s'adresse à M. de Rosny qui lui donne des raisons faciles à réfuter. M. Major, enchanté, critique ce manuscrit tout à son aise,
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longuement, vigoureusement, et conclut victorieusement à sa non authenticité !.
Hélas! il avait raison. M. d’Avezac, avec qui je m'en suis entretenu plusieurs fois, m'a toujours dit que la langue du texte publié n’était pas celle du xrve siècle, et que M. Margry avait été victime d'une mystification.
Ce travail de M. Margry comprend cinq dissertations. La troisième est intitulée : « La navigation du capitaine » de Gonneville et les prétentions des Normands à la dé- » couverte des terres australes sous Louis XII ». Elle a pour base une copie donnée cor me complète, en 1783,, par le baron de Gonneville au maréchal de Castries, de 12 déclaration faite par le capitaine de Gonneville et ses principaux compagnons, en 1505, à l’amirauté de Honfleur, au retour du navire l'Espoir. Or, cette copie était simplement un extrait du livre de l'abbé Paulmier, avec restitution des pages initiales contenant le récit de la navigation jusqu’à l'arrivée chez les sauvages de l’Amérique du Sud, et addition finale des signatures. Le baron ne donnait ainsi qu’une partie de la relation authentique.
Cette découverte était précieuse néanmoins. M. Margry en tira le meilleur parti possible et détermina, avec beaucoup de sagacité, la route suivie par l'Espoir.
Malheureusement, la solution qu'il donne du problème est celle donnée douze ans plus tôt dans les Considé-
r Henry Mason, The life of Prince Henry of Portugal surnamed the Navigator ; London, 1868, pp. XXXIV-LI.
rations géographiques sur l'histoire du Brésil, par M. d'Avezac, qui réclame de la façon la plus courtoise, mais formellement, son droit de priorité.
Une découverte non moins désagréable pour M. Margry fut celle, par M. Paul Lacroix, dans les manuscrits de la bibliothèque de l’Arsenal, et l'envoi à M. d’Avezac, par lettre du 12 janvier 1869, d’une copie authentique et complète de la déclaration faite au siège général de Rouen, par Binot Paulmier de Gonneville, à son retour en France.
M. d’Avezac a publié cet acte, avec une savante étude, dans le courant de la même année !.
Ainsi, de deux pièces qui tiennent une place importante dans le livre de M. Margry, l’une est rejetée comme inauthentique, l’autre est condamnée comme incomplète.
Cette double mésaventure a beaucoup affecté M. Margry. Il est juste de dire que personne, même ses ennemis, n’a mis en suspicion sa loyauté, contesté la valeur de son œuvre.
En 1863, il n’avait encore publié, selon son expression, que des « Essais ». IL était néanmoins très connu du monde savant. Michelet ne trouva rien de mieux que de
1 Campagne du navire l'Espoir de Honfleur (1503-1505). Relation authentique du voyage du capitaine de Gonneville ès nouvelles terres des Indes, publiée intégralement pour la première fois avec une introduction et des éclaircissements, par M. d'AvEzac, membre de l’Institut. Paris, Challamel aîné, 1869. Cette publication a d'abord été faite dans les Annales des voyages, en jui ce: juillet 1869.
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l'appeler, quand il écrivit son xve volume de l'Histoire de France, « la Régence ». Il présente et interprète les choses à sa façon; mais sous sa forme poétique et son franc parler, on sent l'intervention de M. Margry. Michelet ne pense pas d’ailleurs à la dissimuler et manifeste ainsi sa reconnaissance : « Je laisse à M. Margry, » qui en a réuni les pièces, l'honneur de reconstruire la » superbe épopée de cette vie extraordinaire » (celle de Cavelier de la Salle).
Ce n’est que seize ans plus tard, en 1870, que M. Margry commencera cette publication capitale qui perpétuera son nom.
Il aurait commencé beaucoup plus tôt sans les exigences du Comité de publicité des « Documents inédits sur l'Histoire de France ».
Dans une lettre du 27 octobre 1875 au ministre de l'Instruction publique, il fait l'historique des déceptions successives que lui a fait subir ce Comité.
M. Margry demande cinq volumes. Le Comité lui en offre trois, avec promesse, s'ils plaisent, d'en ajouter deux autres. On lui demande ainsi de reporter, dans des volumes de supplément, des pièces dont la place est dans les premiers. Plus tard, le Comité lui accorde les cinq volumes, mais à ccadition d’y faire entrer l’histoire de notre action sur la découverte et la colonisation de la Guyane et des Antilles : cela ne convient guère à M. Margry ; il se soumet pourtant et se met à l’œuvre. Tandis qu’il travaille, le Comité réfléchit et lui fait de nouvelles conditions. I] devra, dans sa préface, comparer