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la colonisation anglaise à la colonisation française, puis établir que notre insuccès au Canada est surtout l'œuvre des jésuites. M. Margry sait mieux que personne que nous devons aux jésuites la perte du Canada, mais il ne lui convient pas de formuler, par ordre, cette accusation.
Enfin, par lettre du 16 janvier 1869, M. Victor Duruy lui demande de supprimer la première partie du manuscrit qui concerne les actes antérieurs au xvue siècle et les relations de voyage, pour s’en tenir aux actes officiels. Il ne reste plus grand’chose du plan de M. Margry.
Comme il tient à publier ces documents dont la collection lui a coûté tant de peines, tant de sacrifices, il soumet au ministre un plan sur ces nouvelles données.
Les négociations duraient depuis 1845, c’est-à-dire depuis près de trente ans.
Il est las de ces combinaisons stériles et n’éprouve pas le besoin d'en affronter de nouvelles. « Après tout », dit-il dans une note, « il ne s'agit pas pour moi de faire un livre, mais mon livre ».
Il pense d’abord à publier ses papiers en français et en anglais pour populariser, dans les pays de langue anglaise, nos découvreurs et nos pionniers. Un intermédiaire, qu’il ne nomme pas et que je crois bien connaître, fait manquer l'affaire.
Peu après il entre en relations avec trois citoyens des États-Unis : M. Orsamus Marshal, M. le colonel Charles Whittlesey, et M. Francis Parkman. Ils lui proposent d’abord d'acheter ses manuscrits, de lui donner un paquet de billets de banques assez gros pour couvrir ses frais.
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Après ? Il aura travaillé, peiné toute sa vie pour changer contre des bank-notes ses modestes pièces de cent sous. 1] n'accepte pas. Aux billets de banque, il préfère l'honneur de publier lui-même, sous son nom, les documents qu’il a recueillis et qui attestent la gloire de sa patrie.
Ses nouveaux amis apprécient sa délicatesse et font tous leurs efforts pour lui faciliter cette publication. En 1872, de retour d'un nouveau voyage en France, M. Francis Parkman obtient la parole d'un grand éditeur de Boston. Il n’y a pas chance de gagner des dollars, dit-on à cet éditeur. « L'entreprise, répond celuici, nous rapportera de l'honneur, cela suffit ».
Deux jours après, tout un quartier de Boston devient la proie des flammes, l'éditeur a bien d’autres pensers et renonce à l'affaire.
M. Margry retombe dans l'inconnu, mais MM. Marshal, Whittlesey et Parkman ne l’abandonnent pas. Ils s'adressent au Congrès, mettent dansleurs intérêts les Sociétés savantes, des hommes considérables, et le 3 mars 1873 la publication est décidée. Les docüments avaient d’ailleurs presque autant d'intérêt pour l'Amérique du Nord que pour la France.
Il se soumet aux conditions que lui impose le Congrès, mais sous la réserve expresse qu'il fera une édition pour la France. « Ce devait être là, dit-il, toute ma récompense, mais je m'en tins pour satisfait ».
Tout n’est pas dit, Il faut faire des préfaces et corriger les épreuves de six grands volumes dont plusieurs ont plus de 700 pages.
Il se met à l'œuvre, mais il lui faut conduire cette immense travail tout en faisant son service de bureau. Il se surmène tellement que de 1875 à 1881 il est constamment sous le coup d’une congestion cérébrale. En 1675, le médecin lui ordonne üe cesser tout travail. 11 ne tient compte de cette ordonnance et continue jusqu’à épuisement. « J'étais, dit-il, deux heures avant de m'endormir, » des visions me passaient devant les yeux. Je n'étais pas » moins de temps à voir clair et à reprendre possession » de ma tête, qui était comme vidée. Tout cela devait » amener une catastrophe ». Etilallait toujours, sacrifiant à son œuvre, sa santé, sa vie.
La grève des imprimeurs de 1878 lui donnant quelque répit, il arrive sans accident à la fin de son troisième volume de l'édition américaine.
En 1880, il garde le- lit pendant cinq semaines. Au mois de mars de l’année suivante, il est frappé par la limite d'âge et admis à la retraite comme fonctionnaire.
Un ami lui communiqua ses notes. Elles portaient : « Bon fonctionnaire, fait bien son service et le ferait » mieux encore si son état de santé ne l'en empéchait » momentanément. Sa tenue, ses fréquentations, sa » conduite sont excellentes ».
Il est à remarquer que l'Administration ne tenait aucun compte de ses travaux scientifiques. Il a été décoré de la Légion d'honneur en mars 1870 comme fonctionnaire, non comme savant.
Sa mise à la retraite arrivait bien à point. Il sentait l’affaiblissement de ses facultés intellectuelles et l'approche
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