LE POÈTE
C’est toi, l’insoucieux des choses d’ici-bas
Qui paraît mépriser la vie et qui n’a pas
D’état bien reconnu, de mét:- ou de place,
Toi, le déclassé, toi, l’inutile qui passe,
Imprévoyant, devant l’or sans le ramasser,
Près des puissants et près des grands sans te baisser
Si bien que, dans ton rêve et ta mélancolie
La foule ne croit voir qu’une douce folie !
Et pourtant, mieux que toi qui donc jamais comprit
Les tendresses du cœur, les élans de l’esprit !
Qui mieux que toi connut les secrets de la vie,
Ouvrant leurs profondeurs à ton” âme ravie ?
Ton âme ! n’est-ce pas cet immense clavier
Où tout ce qui sait plaindre, aimer, pleurer, prier,
Ou tout cœur qui soupire, où toute voix qui chante,
Tour à tour fait vibrer une nute éclatante?
Poète, tu t’en vas, recueillant tous les bruits.
Qui passent dans le souffle harmonieux des nuits,
Dans le pré qui fleurit, dans la feuille qui tombe,
Dans les pleurs répandus sur une chère tombe,
Dans la voix qui module, à la chute du jour,
. Au bord des nids, un chant de tristesse on d’amour,
Dans le vol de l’orage ou les cris de la guerre,
Dans les longs roulements lugubres du tonnerre, Et, de toutes ces voix, et de tous ces accents
ser
rit
te,