‹ Mélanges [microforme]Chapitre 17 sur 22 · BE POÈTE · texte numérisé non relu

BE POÈTE

Qui trouvent dans ton cœur leurs échos frémissants, O poète, étreignant ce cœur qui se déchire,

Tu fais le chant divin qui jaillit de ta lyre !

Toute joie ou notre âme ivre, vient s’abreuver,

Toute ombre de bonheur qui passe et fait rêver, Tous les-tressaillements d’amour, toutes les fièvres Dont les folles ardeurs montent du cœur aux lèvres, Tous les secrets désirs et les anxiétés,

Tous les doutes troublants contre l'âme ameutés, Tous les heurts de la vie où les forces s’épuisent, Tous les chagrins cachés et les douleurs qui brisent, Chaque jour, ô poète, ont battu dans ton sein ;

Et c’est pourquoi, portant plus haut son vol, l’essaim Immortel et rainqueur de tes strophes ailées

Est allé remuer les âmes réveillées

Où chaque son qui tremble et chante, où chaque pleur Dans ta voix palpitante a reconnu sa sœur |

Puis, sans jamais compter la force dépensée,

Tu t’élances, plus fort, au champ de la pensée,

Plus haut, toujours plus haut, plus loin, toujours plus loin: Ét pour j’aigle et pour toi, monter est un besoin |

Pas un point reculé de ce domaine inmense

Ne se dérobe au vol de tou intelligence ;

192 LE POTEË

Science, histoire, lois, religion, vertu :

Pas un champ où ton vers puissant n’ait combattu ! Partout où le pouvoir opprime l'âme humaine,

Où l’erreur vient jeter sa floraisor malsaine,

Pour voiler à nos yeux l’auguste vérité ; Partout où le méchant sème l’iniquité,

Où le juste, devant les épreuves, chancelle,

Le monde entend ta voix terrible qui flagelle,

Ou qui, cherchant ses sons les plus harmonieux,

Fait élever sa plainte ardente vers les cieux !

ÿ Oui, poète, tu peux marcher la tête fière

Et sourire, à ton tour, aux pitiés de la terre ;

Oui tu peux mépriser le passager affront

Qui ne saura jamais monter jusqu'à ton frout. Puisque Dieu t’a donné la grande voix qui chante, Au-dessus des clameurs, sa strophe triomphante ; Puisque Dieu t’a donné ces rayons surhumains Qui te font, comme un phare, éclairer les chemins Et percer les brouillards où la foule s’agite ; Puisque Dieu t’a donné cette âme qui palpite

A tout ce qu’il a fait de beau, de grand, de saint, Puisque son souftle ardent t’inspire et qne ton sein Est ce foyer toujours brûlant où le génie

Vient puiser la chaleur. la force et l’harmonie, Poursuis ta mission, ne t'inquiète pas

LE POËÊTE

De ces vagues rumeurs que soulèvent tea pas.

Laisse le flot montant de l’ineptie humaine

Te jeter sa pitié, son mépris ou sa haine ;

Laisse gronder autour de toi tous ces vains bruits Qui s’étendent ainsi que la brume des nuits : Qu'un rayon de soleil luise, et la brume passe ! De même, que ta voix chante, et le bruit s’efface ! Comme le voyageur qui s’avance, incertain, Reprend, hardi, sa marche aux lueurs du matin, Toi, poète, tu peux marcher : la route est dure Et semble, quelquefois, moine large et plus obscure,

Mais elle monte et va vers la blanche clarté

Où t’attendent la gloire et l’immortalité !

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