Ch. Douniol, libraire-éditeur, à Paris, 18T
2. On n'entend pas par là Y éducation particulière , mais cette éducation qui peut se donner à un groupe restreint de disciples, de telle sorte que chacun d'eux soit l'objet d'autant de soins et d'attention que s'il était seul.
3. 'L'Ecole industrielle catholique, fondéepar M. l'abbé Cheyojon.
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nous soumettrons au lecteur quelques réflexions sur remploi de ces procédés,
L'Eglise catholique mériterait d'être confondue avec les institutions purement humaines, si l'on pouvait ] dire d'elle avec justice qu'elle a vieilli.
Mais elle porte en elle-même, avec la présence du Dieu vivant, le principe d'une jeunesse et d'une fécondité immortelle.
Toutefois ses enfants et ses ministres auraient tort de se reposer sur les promesses dont elle est la dépositaire, pour s'endormir dans l'inaction ou s'attarder dans la routine.
Car c'est à eux qu'il appartient de mettre en œuvre les forces vives qui sont dans l'Eglise ; et leur activité prévue de Dieu, assurée d'avance du concours de la grâce, n'est pas la moindre garantie de l'efficacité de ces promesses.
La grande mission de l'Eglise est de faire la conquête d'abord, puis l'éducation des âmes.
Elle en a fait la conquête par ses apôtres, elle en doit faire l'éducation par ses pasteurs.
\J éducation^ mission maternelle par excellence ; donc, mission de l'Eglise ; cd^YV Eglise est une mère.
Mais l'éducation a deux formes principales. Il y a l'éducation publique et l'éducation privée. L'une réunit un nombre considérable d'individus pour les soumettre à une action collective. Son principe est la mise en commun : du côté des éducateurs, mise en commun ]des lumières, du zèle, des ressources intellectuelles, morales, matérielles ; du côté des élèves, mise en commun de l'attention, de^ l'ambition d'apprendre, du désir de bien faire ; trop souvent, hélas ! par une pente funeste de la nature déchue,
l'action individuelle dans l'éducation chrétienne 87
mise en commun des vices, des abstentions, des résistances. Voilà l'éducation publique, avec ses bienfaits incontestables, avec ce côté défectueux qui se retrouve en toutes les choses humaines.
L'éducation privée concentre son action sur un ou plusieurs individus ; elle ne regarde pas à la dépense d'efforts, elle ne recherche pas une proportion exacte entre la peine et le résultat ; elle a besoin d'un dévouement qui ne se puise qu'aux sources intarissables de l'amour. Voilà pourquoi elle est, de par Dieu, le lot des pères et des mères.
Elle a une efficacité de beaucoup supérieure à celle de l'éducation publique pour la formation de l'esprit, du cœur, de l'homme tout entier ; mais elle présente des difficultés plus grandes : elle suppose, de la part des éducateurs, un ensemble assez rare de préparations naturelles et acquises. Enfin elle laisse, dans la formation de l'être social, des lacunes que l'éducation collective est appelée à combler.
Quelle est en tout ceci la part de l'Eglise 1 C'est la part d'une mère dont l'autorité comme l'amour embrasse tous les hommes, toutes les conditions, tous les âges, toutes les époques, tous les lieux. Voilà pour le droit.
Quant au fait, la part de l'Eglise dans l'éducation a été grande toujours, dominante quelquefois, réduite par in tervalles ; notre devoir, comme notre espérance, est aujourd'hui de la fortifier et de l'étendre.
Dès le début de la prédication évangélique, nous voyons le ministère de l'action individuelle qui s'exerce sur des âmes de choix prendre sa place à côté du ministère de conversion qu'i s'adresse à la multitude. C'est le procédé des apôtres. Saint Paul voyageait de ville en ville, et, en même temps qu'il y fondait des Eglises, il y formait quelques disciples, leur communiquait son esprit,
sa foi, son zèle ; demeurait avec eux, en dépit de l'absence, dans des relations étroites d'affection, de direction, de conseil. Chacun de ces hommes, un Tite, un Timothée, un Luc, un Epaphras, devenait à son tour un centre, un foyer, un inspirateur. Marc occupait une place analogue auprès de saint Pierre, Polycarpe auprès de saint Jean ; la parole de Dieu allait se répandant comme une contagion salutaire ; et, pour avoir eu la patience de compter une à une leurs brebis, les disciples du Bon-Pasteur méritaient ce bonheur d'avoir à compter leurs troupeaux.
Trois siècles furent donnés à ce double travail : l'un hardi, éclatant, embrassant l'univers 5 l'autre humble, discret, concentrant toute son énergie sur quelques âmes; tous deux également nécessaires à l'accomplissement de l'œuvre évangélique. Dieu sait quels obstacles arrêtaient l'essor de l'Eglise naissante. Les eût-elle jamais surmontés, si elle n'eût possédé le secret de perpétuer dans son sein la race de ces hommes, disciples privilégiés, des apôtres, discernés par eux du milieu des croyants, initiés aux plus intimes profondeurs des mystères chrétiens ; capables à leur tour de jeter la semence que fécondait le sang des martyrs? Mais cette postérité d'élite ne fit jamais défaut : par elle, l'œuvre se poursuivit, sans empressement, sans fatigue, et le jour vint où le monde payen s'aperçut que la famille du Christ avait grandi jusqu'à devenir la multitude. Alors il fallut désarmer. La religion des individus fo. trouva, par la force du nombre, la religion de l'humanilé. Le travail de propagation se continua, mais dans des conditions nouvelles : l'Eglise, passant des Catacombes au Gapitole, prit en main, sans ambition comme sans timidité, le gouvernement des sociétés, qui venaient lui demander ou de retarder leur décadence, ou de leur rendre une jeunesse nouvelle.
Elle ne faillit point à cette double tâche : elle prolon-