‹ Mélanges (volume 2)Chapitre 11 sur 54 · L ACTION INDIVIDUELLE DANS L EDUCATION CHRÉTIENNE · texte numérisé non relu

L ACTION INDIVIDUELLE DANS L EDUCATION CHRÉTIENNE

gea de plusieurs siècles, dans des conditions inespérées de dignité et de grandeur morale, la ci\dlisation vieillie de l'ancien monde; puis, sur les ruines amoncelées par les Barbares, elle éleva un édifice nouveau, la société chrétienne, dont la majesté remplit l'histoire de dix siècles. Comme elle avait fait l'éducation individuelle des croyants, elle fit alors l'éducation publique et collective des générations qui grandirent sous son influence. Mais si grand que fût le travail de cette transformation sociale, les forces de l'Eglise n'y étaient point tellement absorbées qu'elle oubliât de réserver une part de ses soins maternels à la culture individuelle des âmes. A côté des hommes qu'une vocation plus éclatante engageait dans les grandes luttes et les grandes entreprises de la vie publique, il y avait ceux qu'un attrait caché retenait dans l'intimité d'un commerce mystique avec Dieu, d'un commerce charitable avec les âmes. L'auteur de V Imitation n'appartient-il pas aux temps les plus troublés de l'Eglise'? Et ne dirait-on pas que tous les bruits de la terre viennent expirer au seuil de cette cellule, toujours ouverte néanmoins, depuis quatre siècles, aux âmes qui vont y chercher la lumière, la force et la paix? Mais c'est trop peu dire encore ; et la nécessité de cette formation intime ne paraîtrait peut-être point assez évidente, si la vie des plus grands hommes et des plus grands saints ne nous montrait l'alliance de cet humble ministère avec le souci des plus grandes affaires et des plus vastes entreprises. Presque tous les Pères de l'Eglise pourraient nous servir d'exemple ; ces grands évêques qui ont enfanté la société chrétienne, un Ambroise, un Augustin, un Basile, un Grégoire, se reposaient de leurs grands travaux par la culture de quelque âme préférée: l'austère Jérôme ne croyait pas cesser de travailler pour le Christ, lorsque, faisant trêveun instant à lacontemplation ou à l'étude, il écrivait à

Népotien et à Paulales lettres où respire une amitié si forte et si tendre. Mais quel homme fut plus mêlé aux affaires, plus accablé de travaux, iplus universel qu'un sa-int Bernard? Réformateur d'un ordre immense, apôtre de la foi, instigateur des croisades, conseiller des papes, arbitre des rois, il n'aspire, en ses perpétuels voyages, qu'à retrouver la paix de sa cellule, les loisirs de la contemplation et la douceur d'un commerce intime avec les âmes de ses enfants.

Un écrivain plein de finesse et de sagacité ' a fait des remarques analogues sur les plus grands noms de l'Eglise au xvir siècle. Il nous montre saint François de Sales, l'apôtre infatigable, le pasteur dévoué, à qui soixante-dix mille hérétiques durent leur retour à la foi, s excusant de faire des conduites particulières à la piété au milieu des embarras et des charges d'un vaste diocèse, ^introduction à la vie dévote, avant d'être le livre qui a charmé les siècles et conduit tant d'âmes à la perfection, a été la culture attentive donnée par le plus doux des hommes à « une âme pleine d'honneur et de vertu », par François de Sales à madame de Chantai. Bossuet, dans sa correspondance si longtemps entretenue avec la sœur Gornuau, révèle un côté de lui-même que ses plus fameux écrits ne nous auraient pas montré; côté certes le plus intime, mais qui n'est pas le moins noble et le moins fécond de sa vie. Quant à Fénelon, il suffit de le nommer pour rappeler ce qu'il y a de plus délicat et de plus dévoué dans le sentiment de l'amitié chrétienne et dans le ministère de la direction des âmes.

On ne saurait donc, sans une véritable injustice, reprocher à l'Eglise d'avoir jamais négligé le soin particulier des âmes de ses enfants. Au temps où elle régnait sur les

1 M. Caro, Nouvelles études morales : De la direction des âmes au XVW siècle.

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lois, elle n'oubliait pas de former les mœurs. Mais cette puissance sociale qu'elle avait conquise par son crédit sur les âmes devait un jour se transformer pour elle en danger. A l'ombre d'une domination incontestée, on vit peu à peu naître et croître les abus qui devaient la renverser : à la fin du xiv° siècle le grand schisme d'Occident, puis les hérésies du xv% la Réforme qui ouvre le xvi% le Rationalisme qui entre ensuite parla brèche, marquent les tristes étapes de ce mouvement général de révolte et d'apostasie qui devait aboutir à la Révolution française.

Et maintenant l'abîme est creusé, plus profond que plusieurs ne voudraient le croire, entre la société qu'ont vue nos pères et la nôtre. Jeune de cette jeunesse que les siècles et les hommes ne sauraient lui ravir, l'Eglise garde toujours le pouvoir de gagner les âmes ; elle a perdu, pour longtemps du moins, la direction des sociétés.

Si ce n'était pas sortir entièrement de notre sujet, il serait intéressant de chercher à expliquer l'illusion de ceux qui n'ont pas saisi le caractère irréparable de ce changement. Des hommes remplis des traditions du passé n'étaient-ils pas excusables de ne voir dans la Révolution qu'une tourmente passagère? Et quand la main d'un homme réussissait à refaire à TÉglise, hier proscrite et persécutée, une place considérable au sein d'une société hostile et jalouse, ne pouvait-on pas croire que les liens du passé se trouvaient renoués du même coup par-dessus le fossé d'une séparation transitoire? On ne songeait pas que le nouveau Constantin, bien loin d'honorer l'Eglise comme une mère et de la servir comme une reine, prétendait uniquement la plier à son service, et faire d'elle, comme de toute force au monde, un moyen de gouvernement.

Ainsi, l'illusion de la confiance préparait, avecd'amères déceptions, le péril d'illusions contraires. Désabusés d'une

protection menteuse, les hommes nouveaux^ du catholicisme ne tardèrent pas à se jeter dans les théories hasardeuses qui attribuaient à la liberté, à Tindépendance absolue de l'Eglise, toute régénération et toute puissance 5 C'était encore, sous une autre forme, le rêve de la domination sociale de V Église. La protection n'était rejetée que comme une armure gênante ; on pensait que, laissée à ellemême, l'Église, libre et fière, ne tarderait pas à redevenir, par sa puissance morale, la maîtresse du genre humain.

Il y avait dans ce système nouveau de christianisme social plus d'un péril d'erreur, si l'on regardait la doctrine, plus d'une espérance chimérique si l'on en venait aux faits. Peut-être son plus grand vice était-il d'être un système. A une époque de transition comme la nôtre, on perd son temps à chercher le dernier mot d'une situation qui change sans cesse; tandis qu'on s'épuise à fixer l'expression d'un rapport idéal, les événements marchent et déplacent les termes du rapport réel, et le philosophe attardé voit le cours des choses se précipiter en dehors de sa formule, La métaphysique sociale, surtout quand elle se complique de l'élément surnaturel, a de quoi déconcerter la plus profonde analyse; et peut-être, aujourd'hui plus que jamais, la vraie sagesse consiste-t-elle, de notre part, à prendre les faits pour ce qu'ils sont, nous efforçant de tirer parti, pour le progrès de la foi dans les âmes, de ce que chaque régime présente, au jour le jour, d'éléments favorables, multipliant, autant qu'il est en nous, les résultats partiels, et laissant à la Providence le soin de nous conduire, par des chemins connus d'elle seule, au résultat général dont la vue nous échappe encore.

Il semble que, de plus en plus, cette sagesse devienne autour de nous la règle des meilleurs esprits ; heureuse-

1 Entre tous M. de Lamennais.

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ment, elle n'a point attendu si longtemps pour devenir la conseillère et l'inspiratrice des grands cœurs. En même temps qu'ils rêvaient : les uns le retour du passé, les autres l'avènement d'un glorieux avenir, vieillards et jeunes gens se mettaient à l'œuvre, et, laissant de côté, dans la pratique, tout esprit de système, abordaient avec joie toutes les formes du dévoùment. L'histoire de ce magnifique réveil de l'apostolat date de la chute du premier empire; rien de libre n'avait pu germer sur la terre de servitude; mais quand la nation fut rendue à elle-même, elle retrouva dans son sein la pensée chrétienne, qui, longtemps captive et comme pétrifiée dans l'inaction, s'échappa tout d'un coup en expressions vives, spontanées, fécondes. Le clergé n'en eut pas le privilège; il rencontra, dans les rangs laïques, d'alertes et vaillants auxiliaires. Les missions diocésaines ranimantlafoi dans les villes et dans les campagnes, la liberté de l'enseignement catholique s'afiirmant dans les mœurs, au mépris de lois oppressives, par l'élan qui entraînait les enfants des meilleures familles au delà des frontières françaises, pour leur faire trouver dans un exil volontaire le bienfait d'une éducation conforme à leur croyance; un peu plus tard, la société de Saint-Vincent de Paul, enrôlant les hommes de tout rang dans la milice de la charité; les conférences de Notre-Dame attirant l'élite des intelligences au pied de la chaire où le fils de saint Dominique et de la France moderne ramenait, avec l'habit religieux, la vieille foi et la jeune éloquence; les sociétés de Saint-François - Xavier, groupant tout un peuple d'ouvriers sous une parole ardente et sympathique, voilà certes de glorieux états de services pour l'apostolat catholique dans la première moitié de ce siècle; et, toutefois, pour continuer ce tableau jusqu'à l'heure présente, il faudrait montrer encore ce que vingt années d'efforts ont su ajouter aux

mérites des ouvriers de l'Évangile : la liberté de l'enseignement arrachée par la victoire de l'opinion aux résistances du pouvoir; à la faveur de cette justice tardive, les établissements d'instruction secondaire couvrant rapidement le sol de la France et créant à l'enseignement de l'Etat, malgré l'inégalité de la lutte, une concurrence sérieuse et salutaire aux deux parties; puis, dans une autre sphère, un mouvement spontané portant de toute part les esprits à se préoccuper de l'éducation morale et chrétienne de la jeunesse ouvrière; les œuvres du dimanche, les sociétés de patronage, les cercles de jeunes ouvriers ouvrant au zèle des prêtres et des laïques un champ nouveau, où la richesse de la moisson devait bientôt accabler les moissonneurs, tel est le sommaire à peine indiqué de ce qu'on pourrait appeler les annales de l'évangélisation contemporaine.

Il est temps de nous arrêter en face de ces belles œuvres, pour nous rendre compte de leurs procédés et de leurs résultats.

Le procédé commun à toutes ces entreprises semble être celui de V action collective; partout on s'adresse à la masse : c'est le festin de la parabole ; on va dans les rues et sur les places, on presse les passants d'entrer, com]jelle intrare. Blâmerons-nous ce procédé? Nullement; c'est un de ceux que nous enseigne l'Evangile. Mais il importe à notre sujet de bien constater qu'il fut à peu près exclusivement employé dans les œuvres de zèle. Un M. Allemand, à Marseille, quelques chefs d'institutions libres, en d'autres villes de France, font seuls exception à l'universalité de cette règle. C'est à la masse qu'on parle dans les missions, dans les sociétés de Saint-François-Xavier, dans les sociétés de secours mutuels ; si l'on fonde un collège, on aspire à en reculer les murs ; si l'on ouvre une maison de patronage, on veut qu'elle soit bientôt trop étroite ;

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aux conférences il faut un vaste auditoire, aux associations de charité une multitude de membres. Je le crois bien, il s'agit de sauver; se plaignit-on jamais que la chaloupe de sauvetage fût trop vaste au jour du naufrage? Et n'est-ce pas un véritable naufrage qui menace les âmes? Naufrage de la foi, naufrage de l'honneur, naufrage du bonheur. Sans doute, dans cette société charitable, tout n'est pas vertu, perfection, vie exemplaire ; mais, en dehors de là, quel sera le soutien de la jeunesse livrée à toutes les séductions du plaisir? Sans doute, dans ce collège chrétien, tout ne respire pas le plus pur esprit du christianisme; mais, en dehors de là, que deviendra cet enfant, livré à des maîtres sans foi, à des compagnons sans conscience ? Sans doute encore, dans cette maison de patronage, il y aurait bien un choix à faire ; plus d'un membre s'y trouve qui n'honore pas la réunion, qui n'en relève pas le niveau, qui n'en améliore pas l'esprit; mais enfin, au delà de ces murailles, ne savez-vous pas que c'est la rue, la rue avec ses entraînements, ses misères, ses hontes? Et prendrez-vous gaiement le parti de laisser l'apprenti dans la rue?

Et puis, le nombre est si grand ! Ah ! c'est le nombre qui nous dévore I Quand il s'agit du peuple surtout, du peuple de nos grandes villes, sachez que les enfants d'une seule paroisse se comptent par milliers ; sachez que chaque première communion qui se fait dans nos églises est le signal, pour une légion d'enfants, de quitter l'école; que cette légion, recueillie et pieuse aujourd'hui, demain turbulente, indocile, va inonder les ateliers pendant la semaine, et, le dimanche, remplir les places publiques de son désœuvrement gros de périls. Et l'enceinte de nos maisons ne s'ouvrirait pas toute grande, pour accueillir ces flots de jeunesse et de vie ?Elle se fermerait, au contraire, et, par une sévérité intempestive, livrerait ces

ondes blanchissantes au mélange impur des flots déjà souillés par le vice ? Mais la foi, mais la charité ne sauraient y consentir. Non, non, il faut appeler le grand nombre.

Ainsi le procédé est bon et légitime. Le résultat répond au procédé. En s'adressant à la masse, on a fait du bien à la masse. Si la prédication s'est arrêtée longtemps aux abords de la vérité révélée sans presque oser en franchir le seuil, c'est que peut-être une génération sceptique et railleuse avait besoin d'être réconciliée avant d'être instruite, désarmée dans ses préjugés avant d'être éclairée dans ses jugements. Si les associations chrétiennes ont mis à bon marché les conditions de la solidarité qui unissait leurs membres, c'est qu'on avait besoin d'appuyer sur le nombre le courage chancelant des néophytes. Si les œuvres d'éducation se sont montrées indulgentes, c'est qu'il fallait préserver d'un plus grand mal la multitude de ceux qui n'étaient pas capables d'un plus grand bien. C'étaitlà un bienfait réel, et ce bienfait on l'a prodigué à la jeunesse*. Qui dira combien d'apprentis pauvres, battus, vicieux, abrutis, ont dû à la fréquentation d'un patronage la vie, la santé de leur corps, la culture de leur intelligence, la réhabilitation de leur âme, leur avenir en ce monde, leur salut dans l'autre? Oui, le nombre en est grand, et, à cause de cela, nous le répétons, on a bien fait de s'adresser au grand nombre.

On a bien fait : mais a-t-on fait tout le bien? Le procédé fut bon : l'est-il encore au même degré ? L'est-il, à l'exclusion de tout autre? Le résultat fut salutaire : n'y a-t-il pas lieu de le compléter ou de le dépasser? Questions graves assurément, qu'on peut bien perdre de vue dans

1. V. le dernier rapport sui' les cercles de jeunesse, lu par M. Maurice Maignen, à la réunion générale des conférences de Saint-Vincenlde-Paul, le 8 décembre 1869.

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l'ardeur de l'action, mais qu'il suffit d'énoncer pour sentir tout d'abord ce qu'elles contiennent d'importance et ce qu'elles provoquent de sérieuses réflexions.

Non, certes, le procédé collectif n'est pas le seul qui puisse conduire au bien; car jamais, dans l'Eglise, il n'a été seul employé. LQ'^vocéàé individuel d, commencé, nous Tavons vu, la conquête du monde ; et, plus tard, il n'a jamais cessé de poursuivre en silence, à côté des grandes manifestations de la vie sociale de l'Eglise, son œuvre de formation intérieure et cachée. Or, ce procédé fécond, nécessaire au développement de la religion chrétienne, a manqué presque entièrement à l'apostolat de ce siècle. Pouvait-il en être autrement ? Il est permis d'en douter; trop d'obstacles encombraient la voie, pour laisser à ceux qui la déblayaient le loisir et la paix dont cet art des arts ne saurait se passer. Parmi tant d'hommes de foi et d'amour qui se donnent à l'évangélisation de la jeunesse, en compterait-on beaucoup qui aient su, comme l'abbé Allemand ^, travailler avec calme à la formation des âmes? La plupart sont entrés dans la mêlée humaine, ils ont parlé pour la foule, ils ont voulu gagner la foule; et, dans le tumulte où leur zèle les avait jetés, ils n'ont pas trouvé un momentpouraborder une âme en particulier, la diriger, la marquer d'une vigoureuse empreinte -.

1. Vie deM.Allemand,^Q.v^l.\'ah\ié Gaduel, vicaire général d'Orléans.

2. Avec l'obstacle du nombre, peut-être convient-il d'en signaler un autre qui n'a pas peu contribué à diminuer l'effet utile des œuvres de jeunesse. Joseph de Maistre a dit avec raison qu'il faut amuser les jeunes gens, de peur qu'ils ne s'amusent; mais le mal est que cette préoccupation d'amusement devient bien vite dominante ; elle absorbe le temps, les forces, l'argent, la pensée de ceux qui se dévouent à l'œuvre ; elle les entraîne peu à peu dans une rivalité fâcheuse avec les divertis-

Un indice frappant de cettepréoccupation des choses du dehors, c'est le caractère de la spiritualité contemporaine. Tandis que les siècles précédents avaient vu les plus admirables enseignements de la vie intérieure naître spontanément du soin affectueux des grands serviteurs de Dieu pour quelques âmes choisies; tandis qu'à cette voix douce et pénétrante du christianisme spirituel qui avait trouvé jadis d'aussi fameux organes, les temps troublés de la révolution et la terre de l'exil avaient su fournir encore, dans les écrits du P. Grou, un écho plein de noblesse et de charme, notre siècle, si fécond en productions littéraires, si habile à comprendre, si capable d'apprécier tous les genres, n'a pas vu naître une seule œuvre ascétique vraiment originale, ni qui résumât, en l'exprimant, la direction personnelle d'une âme. Ici, bien entendu, nous ne parlons que de la Franse ; on n'a le droit de juger que ce qu'on connaît quelque peu. Si nous portions nos regards au dehors, du côté de l'Angleterre, par exemple, peut-être trouverions-nous une intelligence plus parfaite du besoinquenous signalons. Là, le catholicisme constituant une minorité longtemps opprimée, il a bien fallu renoncer à l'espoir de convertir en masse une majorité hostile et tyrannique ; à la faveur des lambeaux de liberté que la force montante de l'opinion et de la conscience publique arrachait successivement au pouvoir, il a fallu étendre de proche en proche l'action indivi-

séments du dehors; on se croit obligé de faire concurrence aux soirées et aux théâtres ; les jeunes gens qui fréquentent la maison s'habituent à considérer comme un droit les récréations variées qu'ils y trouvent ; ils ont des exigences toujours nouvelles ; en attendant, le but principal, le but moral et religieux perd de son importance, sinon aux yeux des directeurs qui se tuent à la peine, du moins aux yeux de cette jeunesse égoïste qui semble ne plus venir à l'œuvre que pour y faire l'apprentissage du plaisir, en attendant qu'elle s'aperçoive que le plaisir est encore plus attrayant au dehors, et que plusieurs se décident à franchir la porte, oubliant du même coup la foi, la reconnaissance et l'honneur.

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