‹ Mélanges (volume 2)Chapitre 12 sur 54 · L ACTION INDIVIDUELLE DANS L EDUCATION CHRETIENNE · texte numérisé non relu

L ACTION INDIVIDUELLE DANS L EDUCATION CHRETIENNE

duelle, et les esprits d élite qui ne manquent pas à l'Eglise d'Outre-Manche ont vite compris que le ministère de conversion ne serait fécond qu'autant qu'il aurait pour instruments des âmes qui auraient reçu la trempe vigoureuse d'un mysticisme véritable. Aussi voyons-nous en Angleterre ce qui manque parmi nous : des maîtres et des disciples, des Socrates chrétiens capables de former des Platons : l'illustre Newman a ses élèves; le docte Wiseman, le pieux Faber ont eu les leurs, enfants de leur parole et de leur cœur, s'inspirant de leur pensée, servant d'organes à leurs idées, d'instruments à leur action. Et sous l'impulsion de ces moteurs, dont le nombre va se multipliant tous les jours, la foi se propage, mais une foi ferme et active; le catholicisme s'étend, mais il ne compte pas dans ses rangs cette multitude d'indifférents que le hasard de leur naissance rattache à notre communion par un lien purement extérieur et nominal.

A cette forme particulière du zèle sacerdotal répond, en Angleterre, toute une littérature spirituelle, d'un mysticisme à la fois austère et affectueux, plein d'une métaphysique élevée et d'une psychologie intime, dont la juste réputation commence à franchir nos frontières, et qui vient enrichir, par des traductions multipliées, l'indigence de notre spiritualité nationale.

Ce n'est pas que nous manquions d'hommes capables de combler cette lacune ; non, certes : à côté de cette foule d'écrivains qui se donnent trop légèrement la mission d'enseigner ce qu'ils ignorent, et dont la plume tristement féconde inonde nos librairies catholiques des productions fades d'une prétendue mysticité, il y a des hommes remplis d'une vraie doctrine et d'une forte piété, qui pourraient nous enseigner la vie intérieure^ mais qui, frappés avant tout du besoin de convertir^ embrassent l'Evangile sous un regard trop général pour servir utilement les âmes

déjà converties. Et pour celai qui se sent pressé de connaître le don de Dieu % un chapitre de saint Jean de la Croix, une page de sainte Thérèse, une page du P. Surin, lui en diront plus long que les volumineuses collections de l'ascétisme contemporain.

Ainsi les publications suivent le même courant que la parole ; on dédaigne les petits auditoires comme les petits groupes de lecteurs. On craindrait que le temps ne rendît pas assez aux efforts du zèle, si le travail se concentrait sur un cercle étroit de disciples.

Cette persuasion qui se trahit partout, bien qu'elle ne soit formulée nulle part, nous semble erronée dans son principe, fâcheuse dans ses résultats. Ce qu'il y a d'erroné dans le principe, ce n'est pas d'apprécier les œuvres collectives, le zèle qui s'adresse à la masse ; non, car ses œuvres sont salutaires, ce zèle est couronné de succès. Mais l'erreur, selon nous, consiste à dire : il n'y a pas d'autre effort à tenter : les individus sont trop peu de chose pour absorber l'activité des ministres de l'Évangile. Voilà pour le principe ; et, quant au résultat, nous sommes loin encore de le contester ou de le rabaisser ; nous nous en faisons même les défenseurs contre ceux qui le jugent à la légère. A ceux qui nous diraient : Que faites-vous avec vos patronages, vos cercles, vos pensionnats de frères, vos établissements de Saint-Nicolas ? Quel bien produisent les cinq ou six mille francs qui composent le budget de ces réunions ouvrières, les quatre cents francs dépensés annuellement pour chaque élève de ces collèges du peuple? Nous répondrions : le bien est aussi visible que le déchet est incontestable; mais le bien est le fruit de l'œuvre, le déchet doit être mis au compte de l'infirmité humaine. Et trouve-t-on ailleurs que les fils de nobles ou

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