‹ Mélanges (volume 2)Chapitre 14 sur 54 · Caro, Nouvelles études morales, loc. cit · texte numérisé non relu

Caro, Nouvelles études morales, loc. cit

Si nous citons volontiers, sur ces sujets de spiritualité, un écrivain tel que M. Caro, ce n'est pas, bien entendu, que nous pensions à lui altribuer la découverte de vérités tant de fois répétées par tous les maîtres de la vie spirituelle; mais il nous semble que cet enseignement chrétien reçoit ici du témoignage indépendant d'un moraliste une confirmation philosophique qui n'est pas sans utilité pour certains esprits.

« soi, une noble joie (sans orgueil pourtant et sans préce somption, car cela gâterait tout) de se sentir plus cou- « rageux et plus fort; ou, ce qui arrive plus souvent, des c( tristesses salutaires, des hontes généreuses qui suivent « la découverte de nos infirmités cachées, l'humiliation c( de se trouver si loin encore du but entrevu ou espéré ; « et, pour conclure, une décision vigoureuse qui prépare « l'avenir en condamnant le passé, n'est-ce pas là une « merveilleuse hygiène de l'âme, et la pure morale philo- « sophique ne l'a-t-elle pas adoptée pour elle-même 1 »

Oui certes, et le besoin en est vivement senti de tous ceux qui s'intéressent à la culture des âmes. Les auteurs de ces lignes recevaient dernièrement, dans la maison d'apprentis qu'ils dirigent, la visite d'un protestant', membre de la grande société formée en Angleterre pour l'établissement des cercles d ouvriers. En homme d'expérience, le visiteur s'enquérait des moindres détails du règlement ; et quand on en vint à l'examen de conscience, il demanda avec le plus grand intérêt si cet examen était distinct de la confession sacramentelle et sur quoi il portait. Or, sur les explications qui lui furent données, il ne put refuser sa haute approbation à ce procédé, surtout lorsqu'il lui fut dit que, une fois par semaine, l'aveu public des fautes était librement pratiqué-.

C'est en effet, à cet aveu public, soit du moins privé. qu'il faut tâcher d'amener le disciple. Un des grands bienfaits de l'examen de conscience c'est que, en habituant l'enfant à la sincérité avec lui-même, elle le prépare à la franchise avec les autres. La franchise n'est pas naturelle aux enfants; mais elle s'acquiert, et il faut

1. M. fl. P., secrétaire de VUnio7i des Clubs ouvriers, à Londres.

2. C'est la cou-lpe ou le chapitre des religieux, atlempéré à la force morale des enfants, et dégagé prudemment de tout ce qui pourrait emprunter à la sincérité un prétexte pour le scandale.

l'action individuelle dans l'éducation chrétienne 111

l'exiger tout d'abord. Il est des natures foncièrement dissimulées : celles-là sont à peu prés incorrigibles, il faut les exclure. Les autres doivent être guéries du mensonge par une sévérité impitoyable. N'oublions pas qu'il s'agit de former des âmes qui trouvent en elles-mêmes la raison du devoir : si elles ne s'habituent pas de bonne heure à regarder comme suffisante la surveillance de leur conscience, indépendamment de tout contrôle extérieur, tout effort est perdu, toute peine stérile : on peut faire avec elles de la discipline, on ne fera jamais d'éducation. C'est trop peu même de cette sincérité qui exclut le mensonge : la loi morale s'en contenterait, la loi d'éducation est plus exigeante. Elle veut un luxe de franchise qui aille jusqu'à l'aveu spontané des fautes; elle demande à l'enfant ce scrupule d'honneur qui lui rend insupportable une approbation que dément sa conscience, un regard bienveillant qu'il sent n'avoir pas mérité. L'homme d'éducation devra toujours se tenir à portée de ces confidences, qui soulageront la délicatesse oppressée de cette jeune âme ; il sera prêt sans cesse à recevoir les aveux, à en deviner la préparation dans le cœur inquiet du jeune homme, à en faciliter l'expression sur ses lèvres, à en récompenser le courage par un accroissement d'estime, d'affection et de confiance.

Recevoir les confidences des enfants fait partie du ministère de la Direction^ qui est le côté actif àQ l'éducation chrétienne, et, comme on l'a bien nommée, \q gouvernement de la vie intérieure,

c( La Direction ^ n'usurpe aucun des droits réservés au tribunal de la pénitence. En toute occasion, les maîtres de la vie spirituelle rappellent cette distinction des deux ordres et des deux sphères d'action : la confession et la

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