‹ Mélanges (volume 2)Chapitre 17 sur 54 · Voici la liste des membres · texte numérisé non relu

Voici la liste des membres

Président, M. Pelletan. — Vice-présidents, MM. Vacherot, Carnot, Ernest Laugier. — Membres : MM. Henri Brisson, Clemenceau, Taxile Delord, Despois, D^ Dujardin-Beaumetz, Emile Durier, Fr. Favre, Dr Hébert, Hérisson. Hérold, Lavertujon, Leblond, Alb. Le Roy, Mathias, Marguerin, Henri Martin, Morel, Mottu, Dr Bouchet, André Rousselle, Ch. Sauvestre.

bien connues d'une fraction considérable de la population.

En même temps qu'elle posait ces principes, la Commission nommait une sous-commission pour examiner la situation des écoles primaires de Paris. Les membres étaient MM. Garnot, Despois, Morel, Mahias et Albert Le Roy. L'examen ne fut pas long. Le surlendemain, 8 octobre, la commission se réunissait de nouveau, et M. Albert Le Roy lisait, au nom de la sous-commission, un rnmarquable rapport, d'où se dégagent clairement les faits suivants :

D'après le recensement fait en juillet dernier par les maires des vingt arrondissements, l'enseignement communal laïque occupe à Paris 195 établissements, l'enseignement congréganiste 141 (54 de moins).

L'enseignement laïque s'adresse à 40.640 élèves des deux sexes, l'enseignement congréganiste à 41.681 (1.041 déplus).

L'enseignement laïque est donné par 337 maîtres et maîtresses, l'enseigneraentcongréganiste par 548 (211 maîtres de plus).

Et cependant l'enseignement laïque, donné par moins de maîtres à un nombre d'enfants presque égal, coûte à la ville 966.300 francs par an, l'enseignement congréganiste 539.350 (426.950 francs de moins).

Cette différence tient au chiffre moins élevé des traitements alloués aux congréganistes, en raison des avantages de la vie commune et du célibat, au point de vue économique.

Pour remplacer les congréganistes par un nombre égal de maîtres laïques (et qui ne voit l'avantage de ne pas diminuer le nombre des maîtres 1), il faudrait ajouter plus de 500.000 francs au budget communal de l'instruction primaire.

Passant ensuite à l'examen spécial des écoles du XP arrondissement, le rapporteur y signalait un excès de 1.385 élèves des deux sexes en faveur des établissements congréganistes.

Il indiquait la situation particulière de trois grands établissements, que des clauses spéciales, annexées aux contrats qui les avaient fait passer aux mains de la ville, affectaient à l'enseignement congréganiste. « Les locaux « de la rue Servan, delà rue Oberkampf et de la rue Saintce Bernard, disait-il, ont été acceptés par la ville avec des « charges qu'il ne semble pas facile de repousser. »

Ainsi le seul arrondissement de Paris où les écoles congréganistes eussent été fermées était celui-là même où la chose paraissait plus qu'ailleurs impossible.

Aussi, malgré ses préférences ouvertement avouées pour l'enseignement laïque, et bien qu'il proposât à la ville de Paris de ne plus confier à l'avenir d'établissement communal à aucune congrégation, le rapporteur ne pouvait s'empêcher de conclure en ces termes : a Les diffi- « cultes qu'on vient d'exposer ont paru à la sous-commis- « sion de nature à ne pas être immédiatement résolues, c( et à empêcher l'application complète, pendant le siège, « du principe de l'enseignement laïque. »

Il est impossible d'exprimer plus clairement ses sympathies pour les idées et les tendances dont M. Mottu s'était inspiré dans ses actes irréguliers. Et cependant le droit était si fort qu'il arrachait au sympathique rapporteur, contre l'auteur de ces actes, une éclatante condamnation!

Évidemment, en face d'une injustice et d'une illégalité flagrante, le gouvernement allait parler.

Mais non. Les jours se passaient sans que l'autorité rompit le silence.

Heureusement, la conscience publique se chargea de le rompre.

Dès le 5 octobre, une affiche étalait sur les murs la protestation de deux prêtres qui, s'inspirant uniquement des intérêts du peuple et de l'enfance, signalaient aux ouvriers du XP arrondissement la loi violée, les droits des familles foulés aux pieds : « Jusqu'ici, leur disaient-ils, vous avez « eu la liberté du choix entre les écoles laïques et les ce écoles congréganistes... Demain, si l'injustice triomphe, « vous ne l'aurez plus... Il faut des écoles laïques, mais « il faut aussi des écoles congréganistes, parce qu'il faut « la liberté, parce qu'il faut la justice, parce que nous ne « voulons accepter des lèvres de personne cette parole : « Vous haïrez ce que je hais, et vous n'aimerez que ce a que j'aime... ^ »

Ce cri de la conscience outragée ne demeura pas sans écho; divers organes de la presse ne tardèrent pas à y répondre. Du reste, M. Mottu se chargea lui-même d'attiser le feu de l'indignation publique, en poursuivant le cours de ses usurpations. Le 11 octobre, des maîtres et des maîtresses enlevés aux établissements laïques, où leurs services étaient nécessaires, venaient prendre possession des écoles et des asiles violemment enlevés aux Frères et aux Sœurs. On vit alors commencer l'étrange situation qui dure encore. Impuissant à révoquer des titulaires régulièrement institués, impuissant par là même à leur nommer des successeurs, M. Mottu avait pris sur lui de leur donner des suppléants, et^ sous les yeux des titulaires, nombreux et capables, que la force condamnait à se croiser les bras, les suppléants, en nombre insuffisant, venaient faire inutile et incomplète besogne, au détriment d'autres écoles où leur place demeurait inoccupée.

En même temps, des inspecteurs et des inspectrices commissionnés par le maire (nouvelle irrégularité) entrepre-

1. Voir le texte entier de la protestation dans l'Univers du 6 octobre et dans le Français du 7.

liaient dans la plupart des écoles une campagne odieuse et ridicule : les crucifix, les emblèmes religieux étaient enlevés des murailles; les maîtres et les maîtresses, convoqués à la mairie, recevaient des instructions, qui à l'inconvénient de heurter de front toute convenance joignaient celui d'être en opposition formelle avec la loi sur renseignement primaire et le règlement spécial de la ville de Paris K On interdisait aux instituteurs de faire apprendre, dans les classes, le catéchisme et l'histoire sainte, et de conduire les enfants à l'église pour la messe du dimanche, ou pour les exercices préparatoires à la Première Communion.

Si M. Mottu s'était proposé de mettre en évidence ce qu'il reste de croyances chrétiennes au cœur des populations ouvrières, ce qu'il survit de sentiments religieux dans la masse du public parisien, il avait, à coup sûr, pleinement réussi. Aucune mesure n'était mieux faite pour blesser au vif les pères et les mères de famille que cette guerre judaïque déclarée à l'image et à la doctrine du Christ. Ceux qui habitent le XP arrondissement, et que des fonctions de dévouement mettent en rapport journaliers avec le peuple, furent les premiers confidents des plaintes, les premiers témoins de l'indignation soulevée par l'impiété tracassière du maire iconoclaste. Mais bientôt, à la suite de deux lettres adressées à ce sujet aux journaux par M. le Curé de Sainte-Marguerite -, la protestation devint publique et universelle.

1. Voir, dans VUnive?'S du 16 novembre, un article sur ï Enseignement religieux dans les écoles primaires. — L'auteur, après avoir montré que l'enseignement de l'Etat et de la commune, en France, n'est pas athée et ne peut pas l'être ; que l'éducation morale et religieuse est classée, de par la loi, parmi les principaux devoirs de l'instituteur ; rappelle les dispositions du règlement pour les écoles publiques du département de la Seine, dispositions qui prescrivent aux maîtres ce que M. Mottu prenait sur lui de \eMV interdire.

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