et 14 octobre
Cette fois, ce n'étaient plus seulement de nombreux organes de lapresse, c'était la presse entière, si l'on excepte les feuilles de MM. Delescluze, Blanqui et Pyat;, qui, d'une voix unanime, bien qu'au nom de principes différents, flétrissait l'intolérance étroite et jalouse dont fait preuve un magistrat provisoire, au mépris de laloietdes consciences. Citons, pour mémoire ^, le Oaulois, V Opinion nationale, le Soii\ le Journal de Paris, la France, la Liberté^ le Constitutionnel^ le Paris- Journal, Y Electeur libre, le Journal des Débats, le Siècle, le National, etc., sans oublier le Figaro, qui s'était déjà distingué parmi les réclamants de la première heure.
Sans doute, quelques-uns de ces articles (celui entre autres de M. Sarcey, dans le Gaulois du 16 octobre) s'inspiraient de sentiments dont nous n'avons pas à féliciter leurs auteurs. En prenant le parti des crucifix, du catéchisme et des robes noires, ces messieurs tremblaient de passer pour bigots, et, par précaution sans doute, émaillaient parfois leur prose de petites impiétés de bon goût. Mais tous attestaient l'existence d'un sentiment religieux très vivace avec lequel il faut compter et reprochaient sévèrement à M. Mottu d'avoir blessé ce sentiment, en même temps qu'il violait la loi au profit de ses passions personnelles. M. Legouvé, dans les Débats (16 octobre), plaidant la cause du crucifix dans les ambulances-, signait sa lettre : Vice-président de la commission pour la statue de Voltaire. Bref, il devenait clair que la cause de l'enseignement religieux se confondait, dans l'opinion
1. Voir Siècle, 17 octobre; Gaulois, 16 octobre; Opinion nationale, 17; Liberté, 18; Soir, 18; National, 18 ; Débats, 16; Constitutionel, 13; Opinion nationale, 14; Paris-Journal, 14; Electeur libre, 16; Finance, 14; Figaro, S et 17; Patrie, 11; Français, Univers, Gazette de France, passim.
2. Le zèle de M. Mottu avait poursuivi l'emblème sacré jusque dans les ambulances municipales et les cantines de secours.
publique, avec le respect des consciences ; et 31. Mottu, réduit aux applaudissements du parti démagogique, se voyait classé parmi les ennemis de la liberté.
Le maire de Paris ne s'était pas attendu à tout ce tapage. Devant la violation de la loi, il s'était tu ; mais devant le soulèvement de l'opinion, il fallut, sinon parler, du moins agir. Le 18 octobre, M. Mottu fut révoqué et remplacé, comme maire provisoire, par M. Arthur de Fonvielle. Le public sut gré au gouvernement de cette concession, les gens de bien se prirent à espérer le rétablissement des droits méconnus : M. Mottu et ses assesseurs semblèrent vouloir eux-mêmes confirmer ces espérances, en soulignant, dans une protestation violente, la cause de leur révocation, a Citoyens, disaient-ils, nous sommes révo- « qués! Révoqués parce que nous avons voulu, dans nos « écoles communales, l'enseignement laïque qui fait les « citoyens, et parce que nous avons repoussé l'enseigne- « ment congréganiste qui forme les esclaves. »
Du reste, il était bien temps qu'un désaveu public de l'autorité vint arrêter des entreprises qui n'auraient pas manqué de se reproduire avant peu dans d'autres arrondissements. Le choix de M. Etienne Arago, comme maire de Paris, les choix faits par M. Arago pour les mairies d'arrondissement,demeureront, entre tant de côtés faibles, les actes les plus malheureux et les moins honorables du gouvernement du 4 septembre. D'^jà dans lelU^ arrondissement, M. Bonvalet avait eu lieu de montrer que les lauriers de Mottu l'empêchaient de dormir. A défaut d'une commission municipale ^ il avait formé une commission dts écoles, qui, dans sa séance du 8 octobre*, « prononçait « la suppression de l'enseignement communal congréga- « niste, et, sans vouloir en aucune façon gêner la liberté