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samment servi par rintelligence des citoyens et le sentie ment de l'utilité *? En êtes-vous bien sûrs? Est-ce là un axiome ? Si cela est seulement douteux, votre raisonnement s'écroule : la question reste entière.
2^ argument. — Si l'instruction primaire n'est pas évidemment un intérêt général du premier ordre, elle est au moins, dit-on, un intérêt particulier fort grave ; elle est un besoin pour l'homme civilisé ; donc elle est un droit pour l'enfant ; donc, elle est pour le père un devoir.
On répond à cela :, Laissez le père remplir ce devoir, et facilitez-lui en l'accomplissement.
C'est trop peu, disent les obligatistes. Le droit de l'enfant est tel que, si le père néglige d'y satisfaire, la loi doit l'y contraindre. Et ici l'on invoque l'article 203 du Code civil, qui énumère pafmi les obligations du père de famille, celle de nourrir et d'élever son enfant; on établit un parallélisme entre la nourriture du corps et celle de l'esprit; et l'on conclut que, si l'Etat peut intervenir pour contraindre un père qui refuse les aliments à son enfant, la contrainte n'est pas moins légitime en face d'une négligence ou d'un refus qui n'est pas moins coupable.
Ici encore les adversaires répondent par leur éternelle question.
Quelle est cette instruction si nécessaire à l'enfant qu'on puisse la comparer au pain qui nourrit le corps? Est-ce l'instruction morale, qui fait l'homme civilisé? D'accord, mais vous criez bien haut que le père doit en rester seul chargé. Est-ce la connaissance de la lecture et de l'écriture ? Alors nous nions énergiquement qu'elle ait ce caractère. Elle est utile à l'enfant, comme il est Utile d'être adroit, d'être fort, d'être propre. Faudra-t-il donc déclarer l'adresse obligatoire, la gymnastique obligatoire, le bain obligatoire? Oui, l'instruction primaire est utile, et l'Église a plus que personne le zèle qui la propage. Mais
elle n'est pas, non, mille fois non, elle n'est pas le pain de l'intelligence. Le pain de l'intelligence, c'est la vérité ; on peut le manger sans savoir lire, on peut en être privé en sachant le grec.
Tel paysan illettré, mais fortement imbu des principes religieux, est cent fois plus digne du nom d'homme qu'un scribe sans conscience et sans foi. Si donc vous croyez devoir laisser au père de famille le soin de l'instruction morale, vous pouvez sans scrupule lui abandonner le souci de l'instruction primaire.
3* argument. — On insiste et l'on dit: L'enfant est un mineur : or, la loi protège les mineurs contre la négligence de leurs tuteurs ; mais quelle négligence lui serait plus préjudiciable que celle qui le jetterait illettré et inculte dans le courant social ? Le taux de son salaire, le bien-être de son existence, la considération dont il jouira, sont en rapport direct avec les connaissances qu'il aura pu acquérir dans son enfance.
Soit ; mais combien d'autres soins entrent, pour une part importante, dans les conditions de son bonheur à venir : l'apprentissage par exemple, s'il s'agit d'un enfant d'ouvrier. Qui ne sait que l'enfant de fabrique, qui apprend en trois jours à faire une charnière ou un bouton et à gagner quarante sous, mais qui de sa vie ne saura autre chose et ne gagnera davantage, est dans une condition très inférieure à celui qui, par un bon apprentissage, se met dans les mains un métier lucratif? Allezvous pour cela décréter l'apprentissage obligatoire ? Et si l'enfant de fabrique a d'ailleurs fréquenté l'école, obligeréz-vous son père àleretirerdel'usinepour le placera l'atelier? Quand on commence à transformer tous les intérêts en droit pour l'intéressé, en devoirs pour celui de qui il dépend, on ne peut plus s'arrêter dans cette voie qui par une pente glissante nous conduit au communisme.
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4*^ argument. — Mais du moins, disent les partisans de la sanction indirecte, la loi a le droit de mettre à certaines conditions les avantages sociaux. Si donc on juge qu'il est d'intérêt général que tous les électeurs sachent lire, la loi peut dire : a Instruisez-vous, ou vous ne voterez pas. » S'il est d'intérêt général que la classe laborieuse soit éclairée, la loi peut dire : a Instruisez-vous, ou au lieu de vous favoriser par des exemptions de charges, je vous imposerai une aggravation d'impôts, de service militaire, etc.» Ainsi leprincipe de l'obligation, mitigé par la sanction indirecte, se réduit à une détermination des conditions à remplir pour jouir de certains avantages ; et sous cette nouvelle forme, il est du moins incontestable.
Les adversaires de l'obligation se divisent en présence de ce dernier raisonnement. Les uns se montrent disposés à transiger avec le principe ainsi transformé. Les autres persistent à le rejeter en disant : Votre sanction n'est pas juste, elle punit l'enfant de la négligence du père. On répond : mais le plus souvent le fils a pu combler entre 15 et ^0 ans les lacunes de sa première éducation ; et s'il y voit son intérêt, il sera stimulé à le faire. Soit ; mais il reste que la loi pénètre là, en vue d'un intérêt éloigné et sans qu'il y ait nécessité évidente, dans le domaine de la liberté individuelle. Or, en fait d'ingérence de la loi, tout ce qui n'est pas nécessaire est nuisible.
5« argument. — On allègue encore l'exemple des pays où le principe de l'obligation est en vigueur, l'Allemagne, la Suisse, etc.. La chose existe, donc elle est possible. Elle produit de bons fruits, donc elle est bonne.
Les adversaires répondent : Nous ne contestons pas la possibilité. Quant aux bons fruits, il s'agit de savoir si c'est l'arbre de l'obligation qui les a portés. Les pays qu'on cite en exemple sont ceux où l'instruction est le plus répandue : il est vrai, mais les départements fran-
çais limitrophes de ces contrées ont donné des résultats analogues, en dehors de l'obligation. C'est donc affaire de mœurs, de traditions plutôt que de législation.
6^ Argument. — On essaie enfin d'établir un parallélisme entre la diffusion de l'instruction primaire et la diminution du nombre des crimes et délits. Mais les adversaires trouvent ces rapprochements arbitraires et ces statistiques contestables. D'ailleurs, quand le niveau moral s'élève avec celui de l'instruction primaire, c'est que l'instruction n'est pas seule : elle est doublée d'une éducation fortement religieuse.
Il nous semble avoir fait connaître la substance des arguments apportés en faveur de l'obligation, et la manière dont on peut y répondre. Il reste à indiquer les raisons directement opposées à l'obligation par les adversaires du principe.
La première et la principale a déjà été touchée plus haut. C'est l'inconvénient grave d'introduire une nouvelle immixtion de la puissance publique dans les affaires privées. On ne nie pas que cette immixtion ne soit parfois légitime ; l'homme qui ne veut admettre aucune limitation de sa liberté doit renoncer aux avantages de la société. Mais ce que l'on conteste, c'est la mesure; on ne voit pas que l'intérêt général demande cette immixtion en matière d'enseignement\ On voit même toute sorte d'inconvé-
1. C'est vainement qu'on chercherait à autoriser cette immixtion par une analogie tirée de la loi de 1841. Cette loi interdit aux chefs d'usine d'employer des enfants au-dessous de douze ans, à moins que leurs parents ne justifient qu'ils fréquentent actuellement une école. Les enfants au-dessus de douze ans doivent prouver qu'ils ont reçu Tinstruction élémentaire. Mais cette obligation très indirecte s'appuie sur des motifs tout à fait étrangers au principe de l'instruction ol3ligatoire : la situation de ces pauvres enfants qui sont presque sans famille, leurs parents, d'ordinaire, travaillant de leur côté dans des fabriques ;le danger que courent leur santé et leur moralité, dans les conditions anormales où ils sont placés ; la nécessité de tempérer les inconvénients d'un travail précoce qu'il n'est pas possible d'empêcher, etc., etc..
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nients à ce que l'Etat s'en mêle, à moins de réduire l'enseignement aux éléments de la lecture et de l'écriture ; mais alors si les inconvénients s'atténuent, l'utilité disparaît à son tour, et la place demeure acquise à la liberté.
Voilà la grande objection théorique au principe de l'obligation.
Les objections pratiques sont multiples. La plus grave est tirée du danger que l'obligation fait courir à la liberté de conscience. On a beau vouloir séparer de l'enseignement primaire celui de la religion et de la morale^ cette séparation est pratiquement des plus difficiles à maintenir. Les mots expriment des pensées et les maîtres ont des opinions et des tendances. Dans les grands centres, le père de famille pourra facilement choisir les maîtres qui auront sa confiance. Dans les petites localités où il n'y a qu'une école, l'enfance sera livrée sans défense à l'instituteur public : car l'idée de ces petits groupes d'élèves réunis autour d'un maître improvisé, cette idée peut servir à calmer les scrupules d'un législateur ingénieux, mais elle fera sourire tout homme qui sait ce que c'est qu'un village. Voilà donc le père obligé de faire instruire son enfant, et pratiquement obligé de le confier à tel maître, et d'autre part voilà ce maître institué seul représentant de la loi qui oblige, seul dispensateur de l'enseignement qui s'impose, libre de donner à ses leçons tel caractère qu'il lui plaira, sous le bénéfice de cette puissance publique dont il se sent investi. Il y a là, pensent les adversaires de l'obligation, pour l'enfance un péril de perversion, pour l'instituteur une tentation d'infatuation et d'abus de pouvoir.
D'autres objections pratiques se tirent encore : 1"^ De l'impôt onéreux prélevé sur le pauvre par une loi qui l'oblige à se priver du travail fructueux de son enfant.
Sans doute, il ne faut pas encourager l'égoïsme des parents qui exploitent, avant l'âge, les bras de leurs îlls au détriment de leur formation intellectuelle et de leur avenir; mais on ne saurait condamner absolument le concours que les enfants même très jeunes donnent à leurs parents nécessiteux; et cela est si vrai que plusieurs partisans de l'obligation proposent, en ce cas, d'indemniser le père de famille, ce qui sent terriblement le socialisme ; 2° des difficultés de la sanction, surtout si elle est directe, et de son caractère odieux; des difficultés plus grandes encore de l'inspection ; 3° de l'aggravation énorme de dépenses qui serait, dans le budget, la conséquence de l'obligation; 4° de l'injustice qu'il y a à faire payer le pauvre pour le riche, ce qui arrive dans l'hypothèse de la gratuité absolue, ce qui se réalise partiellement du moins dans l'hypothèse inévitable d'une notable extension donnée à la gratuité par suite de l'obligation.
Du reste, bon nombre d'adversaires de l'obligation se montrent disposés à passer par-dessus ces inconvénients : ils accepteraient de bon cœur l'application du système qu'ils combattent, s'ils ne voyaient, dans le principe qui en est la base, une erreur philosophique, et dans le mouvement qui le patronne, une tendance fâcheuse à étendre sans nécessité l'ingérence envahissante de la puissance publique.