LA RAISON DE CET ÉCRIT
Le 15 mars 1879, M. Jules Ferry, préposé depuis six semaines à la direction de rinstruetion publique en France, apportait sur le Bureau de la Chambre des députés un projet de loi relatif à renseignement.
Ce projet ne pouvait évidemment pas être le fruit de longues méditations sur le côté technique des questions scolaires. Dans la pensée de son auteur, dans l'intention du gouvernement qui se l'appropriait, dans l'opinion du parlement et du pays, c'était avant tout un acte politique.
La loi du 13 juillet 1875 avait été combattue, à l'Assemblée nationale, par une minorité devenue la majorité dans la nouvelle Chambre : il semblait que ce besoin de revanche qui anime toujours les partis, au grand détriment du bien public, réclamât une satisfaction. Pour la donner totale, il eût fallu rayer de nos codes une grande liberté, celle de répandre la science. Le nouveau ministre n'osa pas faire une semblable proposition : il offrit donc, comme une satisfaction partielle aux ressentiments politiques de ses amis, non la destruction, mais la mutilation de la liberté.