LETTRE AUX ÉTUDIANTS CATHOLIQUES
Mes chers Amis
Vous voilà bacheliers es lettres, bacheliers complets. Je vous en fais mon compliment. Qu'allez-vous faire maintenant?
J'entends d'ici quelques réponses.
Les uns me disent : « Nous allons chercher à entrer dans Tune des écoles du gouvernement, à Saint-Cyr, à l'Ecole navale, à l'Ecole polytechnique, à l'Ecole centrale, à l'Ecole forestière. » — Très bien. Vous avez, pour vous frayer la route, d'exellentes écoles préparatoires. Bon courage et bonne chance !
Les autres pensent à la médecine. C'est une noble carrière, faite de science et de dévouement. Si vous voulez y réussir, assuroz-vous les avantages d'une initiation vraiment scientifique; mais, pour demeurer dignes de vos parents et de vous-mêmes, cherchez d'autres garanties, celles qui mettent en sûreté la croyance et les mœurs. Allez à Lille, vous y trouverez une Faculté de médecine qui peut rivaliser avec les plus belles écoles de l'Etat et dont l'enseignement est pur de toute contagion matérialiste ou athée. Ou, si Paris vous attire, venez demander à
1. Extrait d\i Bulletin de l'Institut catholique, imprimé à part. Imprimerie Mersch, Paris, 1891.
l'Institut catholique les ressources dont il dispose, en attendant mieux, pour aider les étudiants chrétiens dans leur travaux et patronner leur persévérance dans le chemin du devoir.
Enfin j'entends une troisième réponse. « Nous n'avons pas de goût pour les écoles spéciales; nous ne savons trop que faire. » — Vraiment, mes amis ? Alors, le moment est bien choisi pour vous donner un conseil. J'en ai plusieurs à vous offrir.
D'abord, si vous m'en croyez, vous allez vous préparer au baccalauréat es sciences. La culture scientifique est aujourd'hui si répandue que l'homme du monde qui s'en tient aux notions superficielles et vite oubliées que comporte le programme du baccalauréat es lettres demeure toute sa vie dans un état d'infériorité. Il y a des choses dont tout le monde parle et que lui seul ne comprend pas.
Avez-vous suivi mon conselH Oui? A la bonne heure. C'a été l'affaire d'une année. Vous avez fait ce travail au collège ou hors du collège. Maintenant il faudra prendre un parti.
Et si vous n'avez pas voulu devenir bacheliers es sciences, il faut également vous décider à faire quelque chose.
Il est probable que vous allez faire votre droit.
Faire son droit! Hélas! Pour beaucoup de jeunes gens, c'est une façon honorable de se résoudre à ne rien faire. Est-ce la faute du droit ? Non, c'est la faute de leur paresse. Car le droit est une science très haute et très noble qu'on n'acquiert pas en dormant.
Laissons donc de côté ceux qui prennent une première inscription de droit comme un brevet d'oisiveté patentée. Aussi bien, ceux-là sont incorrigibles et ce n'est pas à eux que je m'adresse.
Les autres veulent faire leur droit pour devenir magis-
trats, avocats, avoués ou notaires, pour se préparer de loin aux concours du Conseil d'Etat, de la diplomatie, des consulats, de l'inspection des finances, de la Cour des comptes, du commissariat de la Marine, de la Banque de France, etc., toutes professions pour lesquelles le diplôme de licencié en droit est ou une condition requise, ou un avantage sur les concurrents qui en sont dépourvus.
Enfin, un grand nombre de jeunes gens vont demander aux études juridiques cette connaissance des lois de leur pays qui leur sera nécessaire, pour gérer leur fortune privée ou pour se mettre à même de participer plus tard à la gestion des affaires publiques. Il n'est guère, en effet, de propriétaire rural ou d'industriel qui ne se trouve amené, un jour ou l'autre, à s'occuper de l'administration de sa commune ; et ceux qui ont fait preuve de compétence en même temps que de dévouement dans l'accomplissement du mandat municipal forment par là même la réserve précieuse où le corps électoral saura trouver ses représentants au conseil général ou dans le Parlement, lorsqu'un mouvement d'opinion, facile à prévoir et déjà commencé, aura fait cesser l'ostracisme qui frappe les gens de bien.
Les facultés de droit ont donc une importance considérable, à cause du grand nombre de jeunes hommes qui viennent y chercher leur initiation aux affaires. Et il ne vous reste plus, jeunes gens, qu'à choisir une bonne école pour y commencer vos études juridiques.
Ici vous n'avez plus seuls la parole, et c'est avec vos parents surtout que nous devons discuter ce choix.
Jusqu'en 1875, le choix n'existait qu'entre une ville et une autre, entre la Faculté de Paris et telle ou telle Faculté de province, plus rapprochée du domicile de l'étudiant.
En 1875^ un grand fait s'est produit. La liberté de
l'enseignement, établie par la loi de 1850 au profit des écoles primaires ou secondaires, a été étendue à l'enseignement supérieur. Des Facultés libres ont été fondées en face des facultés de l'Etat. C'est entre celles-ci et celleslà qu'il faut choisir.
Pour des parents, pour des étudiants catholiques, il semble que le choix ne puisse être douteux. Tous ont dû, n'est-ce pas? saluer avec joie la fondation des Facultés libres, où l'enseignement juridique est distribué par des maîtres pénétrés des vrais principes du droit chrétien.
Et cependant l'histoire des dernières années présente un singulier contraste. Les mêmes personnes qui attachent le plus grand prix à choisir le collège où leurs fils feront leurs études secondaires témoignent une indifférence surprenante à l'égard des écoles supérieures fondées pour continuer à la jeunesse, à travers les années les plus critiques, le bienfait d'une formation chrétienne. On s'indigne, avec raison, des mœurs qui chassent Dieu de l'école primaire, et l'on ne se demande pas si l'enseignement supérieur est à l'abri d'un danger analogue. Ou plutôt on admet l'existence de ce danger dans l'enseignement médical, mais on tient pour établie la parfaite innocuité de l'enseignement juridique dans les Facultés de l'État.
La vérité est que le péril est moindre de ce côté, mais qu'il est réel ; et, pour en juger, il ne suffit pas de se reporter au souvenir qu'on a pu garder de l'enseignement du droit, tel qu'on l'a reçu il y a vingt ou trente ans. Une transformation s'opère dans l'ordre des idées juridiques, et le mouvement des passions et des intérêts politiques ne peut que l'accélérer et en aggraver les conséquences. Si l'on veut sauver les saines notions du droit naturel, de la priorité de la loi éternelle sur la loi écrite, des préro-' gatives de la conscience individuelle en regard de ce qui
représente dans la société la force ou le nombre, il n'est que temps d'opposer une digue à l'invasion de ces doctrines qui vont demander l'origine du pouvoir et la détermination de ses droits, soit à l'hypothèse frivole du contrat social, soit à la théorie fataliste et brutale de l'évolution. Ajoutons que tous les droits de la société religieuse, les exigences morales, les nécessités matérielles du culte, le droit d'association lorsqu'il est exercé en vue delà prière, de l'enseignement ou de la charité, tout ce qui, dans le droit privé ou public, intéresse la constitution de la famille, le maintien de l'autorité paternelle, linfluence légitime et salutaire de l'Eglise^ l'exécution des legs pieux, les sépultures, en un mot ce vaste ensemble de questions mixtes où la conscience du chrétien mêle ses revendications aux justes prétentions du citoyen, que tout cela est aujourd'hui l'objet de discussions passionnées, trop souvent inspirées par la haine de tout ce qui nous est cher et sacré ; dans le passé, on poursuit par la calomnie et le mépris les institutions qui faisaient une place au christianisme: dans l'avenir on salue et l'on prépare un remaniement législatif qui effacerait les derniers vestiges de l'influence chrétienne dans la société. On habitue les jeunes esprits à voir le progrès partout où la religion recule, où son action se paralyse, où son prestige disparaît.
Aux parents chrétiens de dire s'il leur est indifî'érent que l'initiation de leurs enfants à la science juridique soit confiée à des jurisconsultes qui partagent leur foi, ou à des maîtres imbus des doctrines, dirigées par les tendances qu'on vient de signaler.
A côté des personnes qui croient nos facultés libres inutiles, il y en a qui doutent de leur valeur ou qui même en connaissent à peine l'existence. On a bien entendu dire, il y a quinze ans, que les évêques de France s'étaient réunis en quatre ou cinq groupes pour créer des Univer-
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sites catholiques ; que chacun de ces centres universitaires contenait une Faculté de droit ; mais, depuis, on n'en a plus guère entendu parler, si ce n'est pour apprendre que ces Facultés avaient perdu, par la loi du 16 mars 1880, une partie de leurs privilèges, notamment la participation aux examens dans les jurys spéciaux ; et l'on s'est hâté d'en conclure qu'elles devaient être mortes ou bien malades. Mais ce qu'elles ont fait depuis leur fondation, quels professeurs les ont soutenues de leur savoir et de leur talent, quels succès leurs élèves ont obtenus dans les examens, voilà ce qu'on ignore et ce dont on ne songe pas à s'informer.
C'est à cette seconde catégorie d'indifférents que je m'adresse pour leur faire connaître en particulier l'existence d'une faculté de droit à l'Institut catholique de Paris et les titres qui la recommandent.
Fondée en novembre 1875, elle a vu venir à elle, dès l'origine, des maîtres d'une haute valeur et d'une grande notoriété ; la Cour de cassation, le Parlement, le barreau, les Facultés de TÉtat, elles-mêmes, lui ont apporté leur tribut. Depuis, les cadres de cette école se sont encore ouverts à de brillantes recrues parmi lesquelles on peut citer un ancien avocat général à la Cour de cassation, ancien directeur des affaires criminelles au ministère de la Justice. Elle compte quinze professeurs, deux professeurs suppléants, trois maîtres de conférences. Après la Faculté de l'État à Paris, aucune Faculté de droit, officielle ou libre, ne possède des cadres aussi complets, tant pour le nombre des maîtres que pour celui des cours. Tous les enseignements facultatifs indiqués par le Conseil supérieur de l'Instruction publique y sont donnés. Les résultats des examens ont toujours été satisfaisants; la suppression du jury spécial n'a exercé aucune influence fâcheuse sous ce rapport. Cela était facile à prévoir, car
au temps où cette institution fonctionnait parallèlement au jury d'Etat, c'était ce dernier qui se montrait le moins sévère. Enfin la Faculté libre s'est fait, dès l'origine, une honorable spécialité de l'enseignement approfondi qui conduit au doctorat et les succès soutenus remportés par ses étudiants dans ces difficiles épreuves ont établi sa réputation à cet égard.
Pour achever de caractériser la Faculté libre de Paris, il faudrait ajouter que tous ses professeurs sont des chrétiens fermes et convaincus, pour la plupart mêlés aux grandes œuvres catholiques, habitués à s'y rencontrer avec l'élite de leurs élèves ; qu'ils se sont fait une douce obligation d'entretenir avec les étudiants, en dehors des heures de cours, d'amicales relations, bien précieuses pour ces derniers; qu'en un mot la Faculté libre représente, à côté d'un enseignement juridique sain et fort, une véritable œuvre d'éducation. Yoilà ce qu'il y aurait à répondre à ceux qui doutent qu'elle existe ou qu'elle serve à quelque chose.
Vous n'avez jamais été de ceux-là, mes amis. Du moins j'espère que vous n'en êtes plus à présent. 31ais une autre difficulté peut-être vous arrête. Gest très bien, dites vous, de soutenir de sa confiance les Facultés libres; encore faut -il que cette confiance ne coûte pas trop cher. Si l'on fait son droit sans aucune intention de s'ouvrir une carrière, à la bonne heure ! On serait inexcusable de ne pas préférer l'école catholique. Mais si l'on veut par les études juridiques arriver à quelque chose, c'est se fermer toutes les portes que de s'inscrire chez vous. Ainsi le veut l'intolérance de ceux qui détiennent le pouvoir.
Voilà l'objection qu'on entend partout. Voulez-vous que nous la regardions en face'?
D'abord je suis charmé de vous entendre dire qu'on est
inexcusable de négliger la Faculté catholique quand on n'aspire à aucune fonction publique. Cette vérité, pour évidente qu'elle soit, n'est pas reconnue de tous. Je sais des jeunes gens qui ont fait leur droit pour occuper utilement leurs premières années de liberté : ils sortaient d'un collège catholique, et ils allaient se faire inscrire à la Faculté de l'Etat. Quand on leur demandait pourquoi, ils répondaient : « C'est pour avoir plus de chances de succès aux examens »; ou bien : « J'ai des camarades dans cette Faculté »; ou encore : « J'ai peur d'être trop tenu à la Faculté catholique »; ou enfin : « Je n'y ai pas pensé. »
Que dites-vous de ces raisons? Les examens? Mais il est tout à fait faux que les juges soient plus sévères pour nos étudiants. Notre proportion d'admis est au moins égale à celle de la Faculté officielle. — Les camarades? iMais si tous vos pareils font comme vous leur devoir, vous les retrouverez chez nous; et si quelques-uns manquent, vous ferez parmi nous des amitiés meilleures. — Une discipline trop sévère? C'est un pur préjugé. Il n'y a pas de discipline qui tienne en face de la liberté des étudiants. Il sont ce qu'ils veulent être. Et pourquoi leur déplairait-il de se trouver avec des condisciples qui partagent leurs convictions, avec des maîtres qui s'occupent d'eux paternellement, suivent de près leurs études et s'intéressent à leur avenir?
Avouez donc que toutes ces raisons ne valent rien. La plus sincère est la dernière. On ny avait pas pensé. On avait eu tort sans doute, mais on y pensera maintenant.
Voilà donc toute une catégorie d'étudiants en droit qui ne courent aucun risque en venant s'inscrire à notre Faculté : ce sont ceux qui n'ont en vue aucune carrière. Mais les autres? Ah! c'est ici que l'objection reprend sa force et s'apprête à triompher. Vous conviendrez bien.
nous dit-on, que tout candidat aux fonctions publiques doit fuir vos facultés, s'il veut échapper à la disgrâce.
C'est encore parler trop vite. Une distinction est nécessaire : il y a fonctions et fonctions.
Les unes, non seulement dépendent du gouvernement, mais supposent même, chez ceux qui les remplissent, une certaine communauté de vie avec les représentants du pouvoir. J'accorde qu'une Faculté catholique de droit n'est pas la porte qui donne accès à de tels emplois. Mais si vous êtes chrétien et conservateur, vous avez bien d'autres titres à la défaveur. Pourquoi avez-vous été élevé par des prêtres, peut-être même (horreur!) par des Jésuites? Pourquoi allez-vous à la messe? Pourquoi faitesvous partie d'une conférence de Saint-Vincent de Paul ou d'un cercle catholique? Pourquoi êtes-vous fils d'un père qui a été député de la droite ou qui vient d'être élu conseiller municipal et maire de sa commune sur une liste réactionnaire? Voilà bien des péchés originels. Le fait d'appartenir à une faculté libre sera sans doute une tare de plus. Mais croyez-vous qu'en l'évitant vous ferez oublier les autres? Non, non; si vous voulez à l'heure présente forcer l'entrée de certaines fonctions, abjurez votre foi, reniez vos origines, désavouez vos parents et allez ensuite sonner à la porte, tout parés des trophées de vos apostasies... Et si cela ne vous convient pas, renoncez pour un temps à devenir substitut ou sous-préfet. On n'en meurt pas, allez. Et puis la roue tourne : et ce qui était un grief hier peut devenir un mérite demain.
Mais quoi? Est-ce que les carrières dont il s'agit sont les seules carrières? Est-ce qu'il n'y a pas aussi des professions administratives, mais non politiques, comme celles que j'énumérais en commençant, l'enregistrement, l'inspection des finances, la Cour des comptes, la Banque de France, les consulats, le commissariat de la marine, etc.
Or il s'en faut que toutes ces avenues soient fermées aux licenciés sortis de nos facultés. Des faits nombreux viennent chaque année prouver le contraire. Là encore vous me direz que vous ne saviez pas. C'est pour cela que vous avez besoin qu'on vous le dise. Venez donc et, non contents de vous le dire, nous vous en fournirons la preuve.
Et si, Qialgré tout, nos étudiants rencontrent des difficultés véritables à se frayer un chemin dans la vie, ces difficultés tiennent à des causes générales, économiques et sociales; elles leur sont communes avec les étudiants de l'État qui veulent garder leur foi et respecter leur drapeau. Il reste donc, et c'est ma conclusion, qu'aucune incapacité spéciale ne frappe les jeunes gens qui ont demandé à l'enseignement libre l'acquisition du savoir juridique. Si quelques faits isolés semblent déposer en faveur de l'hypothèse contraire, c'est que les circonstances particulières et toutes personnelles soit aux candidats, soit à leurs parents, désignaient ceux qui ont été victimes de l'arbitraire à l'animosité de certains agents du pouvoir.
Il me reste à faire connaître brièvement les ressources particulières que notre Faculté de droit offre aux étudiants, au double, point de vue du progrès dans les études et de la persévérance dans le bien.
1^ Ressources intellectuelles .
La Faculté de droit de l'Institut catholique de Paris donne à ses étudiants un enseignement dont la foi est l'inspiration supérieure. Elle se propose en même temps de ne rien négliger pour que cet enseignement donne satisfaction, sous le rapport scientifique, aux exigences les plus rigoureuses. Elle veut faire de ses élèves des hommes sérieusement instruits.
Elle ne peut atteindre ce but que si les étudiants sont
animés d'un généreux amour du travail, et s'ils sont disposés à profiter des divers moyens d'apprendre offerts à leur bonne volonté.
La Faculté demande aux parents de surveiller le travail de leur fils et la participation aux divers exercices organisés pour eux. Dans l'enseignement supérieur, en effet, le concours de la famille est indispensable. La discipline du collège, avec l'ensemble des moyens qu'elle combine, n'est plus applicable à des jeunes gens qui ont à faire Fapprentissage de la liberté. Le travail est, avec la religion, la force qui peut les soutenir dans cette difficile épreuve. C'est aux parents qu'il appartient de réveiller et d'encourager le zèle de l'étudiant.
De son côté, la Faculté appelle plus particulièrement l'attention des familles et des jeunes gens eux-mêmes sur les points suivants :
L'assiduité aux cours. Jamais élève n'a pu faire sérieusement son droit sans suivre les cours; car rien ne peut remplacer la parole du professeur pour mettre en relief les principes.
Lorsque les familles désirent se rendre compte de cette assiduité, des mesures sont prises pour répondre à leur vœu et permettre à l'étudiant de faire constater sa présence. Dans ce cas, un bulletin périodique fait connaître aux parents la manière dont il a fréquenté les cours. C'est à eux ensuite qu'il appartient d'apprécier.
Si des leçons particulières prises chez un répétiteur sont parfois utiles, elles ne peuvent tenir lieu de l'enseignement public. La Faculté, d'ailleurs, ne veut accepter à aucun point de vue le responsabilité de l'enseignement donné par des maîtres qui lui sont inconnus ou qu'on choisit sans son avis.
L'assiduité aux leçons supplémentaires ou conférences par le professeur. La leçon supplémentaire est une
sorte de conversation juridique entre le professeur et ses élèves sur les matières enseignées au cours. Elle a lieu tous les quinze jours et se distingue des cours ordinaires en ce qu'elle est plus familière et plus simple d'allures. Son utilité est incontestable en vue de la préparation aux examens. Son but est d'éclairer une seconde fois les points difficiles, de permettre au professeur de s'assurer s'il a été bien compris et de revenir sur ses pas, pour donner de plus amples développements s'il le juge nécessaire.
Elle offre encore cet autre avantage de rapprocher le professeur des étudiants. Elle lui permet de mieux connaître ses élèves et de s'intéresser d'une manière plus suivie à leurs efforts et à leurs succès.
Les conférences facultatives. Elles sont organisées comme dans les écoles de l'Etat. Elles diffèrent de la leçon supplémentaire en ce qu'elles ne sont pas faites par le professeur lui-même, mais bien par un maître de conférences. Interrogés par une autre personne, lès élèves s'accoutument à reconnaître les mêmes notions sous une forme différente.
Les examens. Vers le mois d'avril, tous les étudiants doivent subir devant les professeurs de l'école un examen officieux dans des conditions conformes à l'examen légal de fin d'année.
Cet examen a un premier avantage : il oblige les élèves à travailler dès le début; à revoir, au milieu de l'année, les matières déjà enseignées, au lieu de les négliger pendant de longs mois et de préparer à la hâte, dans un manuel, des réponses peu satisfaisantes.
En même temps que la perspective de l'examen du milieu de l'année détermine l'étudiant à se mettre immédiatement au travail, cette épreuve elle-même l'habitue aux examens et lui fait acquérir la présence d'esprit nécessaire pour y réussir.
Le résultat de ces examens officieux permet aux profes^ seurs déjuger des progrès des élèves, et parfois de rectifier, par un conseil opportun, leur manière d'étudier.
Les dispenses. Les élèves pourront être dispensés de suivre les cours et de subir les examens intérieurs. Il est à désirer que ces demandes soient fort rares et motivées par une véritable nécessité. Elles devront être adressées ou appuyées par les parents eux-mêmes : c'est à eux qu'il appartient d'attester l'exactitude des motifs allégués et d'apprécier l'utilité pour leurs enfants d'occupations étrangères, qui amènent trop souvent l'insuffisance des études juridiques.
Les concours. A la fin de chaque année, des concours sont ouverts pour récompenser les efforts des étudiants laborieux. Le résultat de ces concours fait l'objet d'un rapport présenté dans une séance solennelle que NN. SS. les archevêques et évêques fondateurs de l'Institut catholique veulent bien honorer de leur présence. Des récompenses consistant en diplômes, livres, médailles, sont distribuées aux lauréats.
Les exercices de parole publique. Dans ces séances, qui sont présidées par un professeur, les étudiants s'organisent en une sorte de petit tribunal et s'exercent, par l'imitation des débats judiciaires, à l'art si difficile de parler en public. Il est inutile d'insister sur les avantages que peut offrir cet exercice aux jeunes gens, lorsqu'il est sagement dirigé.
Le patronage. Chaque étudiant à la faculté de choisir, dès son arrivée, un professeur qui sera son patron pendant tout le cours de ses études de droit, près duquel il trouvera des renseignements sur le choix des ouvrages qu'il doit acheter et des conseils pour la direction de ses études.
Jusqu'ici nous n'avons parlé que des études juridiques.
Il s'en faut pourtant que ce soit le seul stade ouvert à l'ambition des jeunes esprits avides de féconder le loisir par l'acquisition du savoir. Les études littéraires, philosophiques, historiques, qui forment le fond de l'instruction secondaire, ont été à peine ébauchées au collège. Les études scientifiques ont été plutôt entrevues qu'abordées. Et cependant n'est-ce pas dans ces domaines si vastes et si divers que s'exerce plus que jamais aujourd'hui cette prodigieuse activité d'intelligence qui est l'honneur et le péril de notre temps'? Fils de famille, ne vous y trompez pas : il n'y a plus de classes dirigeantes; il y a des individualités dirigeantes et ce sont celles qui ont su conquérir la supériorité. Si ne voulez pas vous résigner au rôle d'inutiles et d'impuissants, si vous prétendez influencer le mouvement contemporain pour empêcher qu'il se prononce contre vos intérêts et vos croyances, il faut prendre votre parti de prolonger les années de travail bien au-delà des années de collège. Après la culture générale, la formation spéciale. Choisissez une branche de savoir, un filon de l'his'ioire, une province de la philosophie, des sciences exactes, physiques ou naturelles, et cherchez à y exceller. Ce sera l'honneur et la joie de votre vie^, le charme des heures paisibles,, la consolation des heures troublées, le moyen tout ensemble de vous préparer à la vie publique ou de vous en passer sans devenir la proie de l'oisiveté et la victime de l'ennui. Mais pour cela il vous faut une initiation, et vous la trouverez dans notre école des Hautes Études, sous la forme de cours et de conférences préparatoires à Tune des trois licences de l'ordre littéraire ou à l'une des trois licences de l'ordre scientifique'.