EAtrait delà Semaine religieuse de Paris, septembre
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titre de directeur des OEuvres diocésaines. Au commencement de l'année dernière, M»"" Richard, qui appréciait de plus en plus ses rares qualités, le nomma son vicaire général en le maintenant dans son emploi.
A Saint-Philippe comme à rarchevêché, M. de Courcy se fit remarquer par sa piété, sa douceur, une maturité précoce, une sagesse qui devançait Texpérience et qui savait la mettre à profit, une modestie qui n'avait rien de feint et qui ajoutait à son mérite par Fhumble persuasion où il était de la supériorité d'autrui. Initié par M. de Borie à rOEuvre des catéchismes dont il avait fait au séminaire de Saint-Su Ipice le premier et fécond apprentissage, il avait, Jeune encore. Part de gagner les âmes et de les attirer au bien. Sa parole se distinguait plus par la délicatesse et la netteté que par l'éclat et la puissance; la piété surtout s'y fait sentir,- en même temps qu'un tact exquis lui faisait éviter toute imprudence et tout excès. 11 avait un grand discernement des caractères et, sans cesser de se donner à tous, il ne se livrait qu'à bon escient.
Une fois entré dans l'administration, il partagea ses soins entre les communautés religieuses dont il était le supérieur et les œuvres générales dont l'importance auourd'hui ne cesse de grandir avec les difficultés des temps, et auprès desquelles il représentait à la fois le patronage et le contrôle de l'autorité diocésaine. Le nombre des communautés dont la direction lui fut confiée s'élevait en ces derniers temps à dix. Il n'en est pas une seule qui n'ait expérimenté la sûreté de ses conseils et la solidité de son dévouement. Les Dames anglaises du Saint- Enfant Jésus, les Augustines de Meaux, les Bénédiclines du Saint-Sacrement, les Sœurs de Saint-André, les Sœurs de la Croix, trois congrégations distinctes de Dominicaines, les Sœurs de Marie-Réparatrice, disent assez haut
par leurs regrets d'aujourd'hui l'étendue de la perte qu'elles font en sa personne. Mais les Sœurs de Sainte- Marie, qui furent le premier objet de sa sollicitude, gardèrent, semble-t-il, comme un droit d'aînesse dans son cœur; elles lui conservent une place privilégiée dans leur reconnaissant souvenir. La charité en lui n'excluait pas la fermeté et, bien qu'il ne trouvât son bonheur qu'à faire plaisir, le sentiment du devoir le rendait inflexible.
Pour rendre compte en détail de l'autre partie de sa mission, il faudrait énumérer toutes les grandes œuvres catholiques. Citons de préférence la première en importance dans les luttes actuelles, l'OEuvre des écoles chrétiennes. Chargé par le cardinal Guibert de seconder et de régler le grand cifort que les laïcisations imposaient au Paris chrétien, il fut l'un des premiers à concevoir la nécessité d'un comité diocésain superposé aux comités paroissiaux. Plusieurs avaient cru tout d'abord que l'action de ce rouage central devrait être transitoire et limitée à l'effort du début. Il insista pour la rendre permanente, prévoyant que l'inégalité des ressources locales laisserait péricliter les écoles dans les quartiers où les besoins sont les plus grands. L'événement lui a donné raison. Le Comité diocésain, après avoir aidé partout à la création des écoles, continua de subvenir à Tindigence des plus pauvres. Deux millions, répartis en dix ans entre les différents établissements créés par la charité, disent assez qu'il avait vu juste dans une question où les meilleurs esprits étaient partagés. L'honorable M. Chesnelong, président de ce comité, nous a déclaré plus d'une fois que la bonne marche de cette grande œuvre et les résultats admirables qu'elle a produits, devaient être principalement attribués à la conduite ferme et sage du directeur diocésain.
Après l'OEuvre des écoles chrétiennes, nous pourrions
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nommer rOEuvre de Saint-François de Sales dont M. de Courcy présidait le comité parisien, celle de la Propagation de la Foi où il représentait M^' l'Archevêque au sein du Conseil diocésain, celle des écoles professionnelles de jeunes filles, POEuvre des Tabernacles dont il était le directeur, l'OEuvre des petits noviciats des Frères, placée sous l'invocation du bienheureux de la Salle, etc. Après les OEuvres générales, nous devrions encore faire une place à d'importantes oeuvres particulières, telles que celle des jeunes économes, ou Tadmirable OEuvre du Calvaire que Paris a emprunté à Lyon et que Bruxelles a imitée de Paris.
La grande piété de M. de Courcy ne se fût pas accommodée d'un travail purement administratif. Le Gardinal-Arclievèque avait su donner un aliment plus consolant à son zèle, en le chargeant de la confession ordinaire des relii^ieuses du Sacré-Cœur. Successeur, dans cette fonction, dii vénérable M^'" de Girardin, il ne laissa pas moins de regrets que lui dans cette illustre et sainte communauté.
Ainsi consacrée au service de Dieu, honorée par la confiance de ses supérieurs et par l'estime de tous^ embellie par des amitiés fidèles et par de pures et chaudes affections de famille, il semble que la vie de ce jeune prêtre dût être une des plus heureuses qui se puisse concevoir. Elle l'eût été, en effet, si une grande épreuve ne fût venue, de bonne heure, mêler son amertume à toutes les joies que la Providence lui avait ménagées. Sa santé, faible dès son jeune âge, devint tout à fait mauvaise à la suite des souffrances du siège de Paris. On peut dire que depuis lors il n'a fait que languir. Tout d'abord, il espéra que ce serait une altération passagère, et ses supérieurs le ; crurent longtemps après qu'il avait perdu lui-même cet espoir. Atteint de plusieurs côtés à la fois, il sentait ses forces dépérir et la conscience de son état d'infirmité
devenait pour lui un tourment que rendaient plus sensible encore à son âme délicate les marques de confiance qu'on lui prodiguait. Quand le Cardinal-Archevêque, pour accroître son autorité dans la direction des œuvres, lui conféra les pouvoirs de Vicaire général, à l'expression •de sa gratitude il était tenté de joindre une plainte. Il craignait de ne pouvoir justifier son élévation par ses services. Une maladie aiguë qui l'atteignit, il y a deux ans, €t le conduisit aux portes du tombeau, acheva d'abattre son tempérament. Que de fois nous l'avons entendu ^émir, non sur ses continuelles souffrances, mais sur les -entraves qu'elles apportaient à son zèle ! « Ce ne sont pas des titres et des honneurs qui me conviennent, nous disait il, c'est un coin obscur pour cacher mon impuissance. )) C'est cette humble pensée qu'il exprimait sur son lit de morl au cardinal Richard, accouru de Vendée pour le bénir, ce De grand cœur, lui dit-il, j'offre à Dieu mon inutile vie, pour qu il ajoute à la vôtre, si précieuse pour 3'Eglise, les années que je ne saurais pas employer. »
Ce fut là, nous le savons, la croix de son existence, et, nous n'en doutons pas, la source de ses plus grands mérites. L'humilité qui grandissait en lui, chaque jour, y trouvait son compte. Silencieusement, sans murmurer, il •offrait à Dieu le sacrifice de ses plus grands désirs et nourrissait le dessein d'une retraite volontaire qui l'eût fait oublier des hommes. Celui qui mesure le mérite à la valeur des intentions secrètes et des vertus cachées a épargné à notre pieux ami une nécessité si douloureuse. Au lieu de prolonger son épreuve dans l'exil, il l'a appelé jeune encore à la récompense.
Au retour d'un voyage de vacances qui semblait avoir -été favorable à sa santé, M. de Courcy s'apprêtait à reprendre le travail, lorsque, le 6 septembre, une indisposition mal définie l'oblige de prendre le lit. La gravité de
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son état fut bientôt reconnue. En quelques jours le mal parut sans remède. Seule une opération des plus périlleuses semblait ouvrir une chance de salut. Il fallut lui faire connaître la réalité de la situation. Cette nouvelle le trouva calme et serein. Le vendredi 13 septembre, il recevait avec une piété tranquille le saint Viatique et lExtréme- Onction des mains de M. Caron, archidiacre de Notre- Dame, et se faisait transporter chez les Frères de Saint- Jean de Dieu. Le lendemain, le chirurgien, venu pour l'opérer, dut renoncer à une tentative sans espoir. Le pieux malade comprit le sens de cette abstention et ne songea plus qu'à offrir à Dieu ses derniers instants.
L'asphyxie le gagnait : durant trois jours et trois nuits la terrible angoisse de l'homme à qui le souffle manque ne lui laissa pas un instant de repos. Mais son âme, détachée de tout espoir terrestre, ne perdit rien de sa sérénité. D'une voix entrecoupée, il ne cessait de répéter à haute voix les plus touchantes invocations : « Inter oves locum prœsta... Eecordare. Jesu pie, quod sum causa tuœ viœ, ne me perdas illadie... Sanda Maria, Mater Dei, ora pro me; il ne faut plus dire : aune et in hora ; l'heure est venue; nunc in hora mortis mese. n II renouvelait à haute voix l'offrande de sa vie. Il rappelait toutes les grâces dont Dieu Pavait comblé, a Dieu a été trop bon pour moi», disait-il. — « Vous nous édifiez » lui disait un confrère. — a Vous vous édifiez à bien bon compte », reprit-il; puis, regardant ses deux frères et ses amis : « La vérité est que Dieu m'a donné de biens bons frères, selon la nature et selon la grâce. »
Entièrement désoccupé de lui-même, il n'avait de pensées que pour Dieu et pour ceux qui l'approchaient. Il laissait entrer tous les confrères qui venaient prendre de ses nouvelles et leur parlait de leurs affaires, non de ses souffrances. A l'un d'eux qui venait d'être promu à un
poste de confiance : ce Je me suis bien réjoui, dit-il, de votre nomination. A un jeune diacre de Saint-Sulpice, son parent : « Je me faisais une fête d'assister à votre première messe, mais j'y assisterai de là-haut. »
Dans ses trois jours d'agonie, nous n'avons pas surpris en lui une défaillance. Les plus délicates expresssions de l'amitié alternaient sur ses lèvres avec les invocations de la piété ; les plus charmants sourires succédaient sur son visage aux altérations causées par la douleur et récompensaient de leurs peines tous ceux qui lui prodiguaient leur dévouement.
îi ne perdit la parole que deux heures avant son dernier soupir. Même dans le silence de ce redoutable tête-à-tête avec la mort, il conserva jusqu'au bout le plein usage de ses facultés. Le lundi 16 septembre à i h. 1/4 de l'aprèsmidi, il s'endormit dans le Seigneur, laissant à sa familJe désolée et à tous les témoins de sa mort une pensée, un même désir : que Dieu nous fasse la grâce de mourir comme lui !