Dictus projHerea venator animarum
L ABBE DE BROGLÎE 20O
maison de Sainte-Anne était vraiment une école d'apostolat.
L'abbé Planchât lui avait assigné comme principale occupation le soin des enfants : préparer à la première communion les sujets illettrés ou ceux que les nécessités du travail enfabrique avaient tenus éloignés des catéchismes de paroisses; réunir les écoliers pour le patronage du jeudi ou les apprentis pour le patronage du dimanche ; présider à leurs jeux, les confesser, les instruire, c'était là son département ministériel. Il se retrouvait, avec la grâce et les pouvoirs du sacerdoce, dans les mêmes travaux où s'était exercé son zèle de néophyte à Toulon et à Paris.
Mais tous les ministères se tiennent et l'un appelle l'autre. Comment s'occuper des enfants sans s'intéresser aux parents, sans prêter l'oreille aux plaintes des mères, sans prendre souci de la famille tout entière?
Et puis, c'était alors le siège avec ses tristesses, avec le chômage de l'industrie, le rationnement des vivres, les rigueurs d'un hiver implacable, aggravées parla famine et par la rareté du combustible. L'abbé de Broglie avait planté sa tente au quartier général de la misère et il vivait de la vie des pauvres, partageant leurs privations, s'épuisant à les leur adoucir par ses aumônes.
L'armistice, la paix, succédèrent à la lutte sans espoir. L'insurrection du 18 mars, l'élection de la Commune révolutionnaire, le 26 mars ; enfin, le 2 avril, l'ouverture des hostilités contre l'armée nationale vinrent faire une triste suite aux péripéties du premier siège. Le jeune apôtre ne se laissait pas distraire de sa tâche par ces sinistres événements. Mais voici que le gouvernement de la Commune vient d'entrer dans la voie des violences. Pour intimider le gouvernement de Versailles, on a décidé de saisir des otages. En quelques jours, l'archevêque de Paris, trois de
sesgrands vicaires, le curé de la Madeleine, le supérieur de Saint-Sulpice, des religieux éminents, le président Bonjean, sont arrêtés et mis en prison. Le choix des personnes montre assez qu'on a voulu s'assurer des gages. Le nom de l'abbé de Broglie le désignait aux poursuites ; et bientôt, en elîet, un ouvrier à qui il avait fait du bien^ vient l'avertir qu'on le cherche dans Paris. La police révolutionnaire ne connaît pas encore sa résidence. On a tenté de le retrouver à l'hôtel de Broglie, rue de 1 Université; on a perquisitionné chez les diaconesses protestantes de Reuilly, qui comptent sanièce parmi leurs membres ^ On ne tardera pas à le découvrir. C'est bien lui personnellement qu'on veut prendre, et non pas un prêtre ignoré; car nulle part, le culte n'est interrompu : à Charonne, comme ailleurs, les ecclésiatiques continuent d'exercer leur ministère. Plus tard, dans la dernière phase delà lutte, au milieu des horreurs de la semaine sanglante, ce sera autre chose : on arrêtera les prêtres au hasard, selon le caprice d'un caporal d'insurgés. J'en puis témoigner moi-même; car dans un quartier tout voisin de Charonne, après avoir rempli paisiblement mes fonctions durant deux mois. J'ai été traqué pendant les derniers jours.
Averti des recherches personnelles dont il était l'objet l'abbé de Broglie avait donc le droit et même ie devoir de se soustraire aux persécuteurs : c'est le conseil de l'Évangile-, et saint Athanase, qu'on n'accusera pas de timidité, adonné à ce conseil le commentaire de ses exemples et celui de ses enseignements^
Rien ne pouvait faire supposer qu'un autre serait saisi à la place de celui qu'on cherchait. C'est cependant ce