‹ Mélanges (volume 2)Chapitre 45 sur 54 · Examen de conscience philosophique · texte numérisé non relu

Examen de conscience philosophique

la mise en œuvre de la théorie qu'il révélera ses qualités personnelles. Sa philosophie est moins une doctrine qu'une forme de pensée ; cette forme, il l'appliquera librement à tout ce qu'il touche, à l'histoire comme à la science, à la religion comme à la morale. On lui reprochera des contradictions perpétuelles; il répondra en y montrant avec orgueil la preuve de l'unité qui préside à toutes ses conceptions, unité bizarre qu'on ne peut reconnaître de dehors, mais qui prend conscience d'elle-même à travers le conflit des assertions opposées.

Dans cette philosophie, il y a ce qu'il appelle des certitudes, il y a des probabilités, il y a des rêves ^

Les certitudes^ ce sont l'impersonnalité de Dieu, l'inutilité de la prière, l'impossibilité du surnaturel, le caractère enfantin et provisoire des religions positives avec leurs prétentions parallèles à une origine révélée.

Les probabilités développent un système d'optimisme fort différent de celui de Leibnitz ou de Malebranche ; car ici le triomphe du bien, ou du moins sa prédominance sur le mal, n'est pas l'œuvre d'une Providence prévoyante, loin de là. Si Dieu existait depuis l'origine, le pessimisme serait irréfutable ; car on a le droit d'être sévère envers une intelligence infinie qui pouvait éviter les combinaisons fâcheuses, et qui les a laissées se produire. Mais si les choses se poussent par hasard, on ne saurait leur imputer les chocs douloureux qu'elles causent et les résultats mal venus qu'elles amènent. Il faut, au contraire, admirer que cette force, primitivement inconsciente et qui l'est encore en grande partie, s'en tire avec si peu d'accidents et laisse ressortir déjà un actif à la balance du bien. On le voit, l'optimisme de M. Renan ne déroge pas à son naturalisme athée. Toutefois, par ce temps d'idées

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