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La vigueur avec laquelle il poursuit le sophisme ne le rend jamais dur aux personnes ni sceptique à l'endroit de la bonne foi d'autrui. Le passage dans lequel il examine quelle peut être, de nos jours, la sincérité de l'athéisme, est remarquable et mérite d'être cité.
Après avoir rappelé l'erreur fondamentale du Positivisme qui n'admet pas de réalité en dehors de la donnée sensible, il poursuit en ces termes * :
« Ainsi se forment naturellement deux philosophies <( opposées, l'une fondée sur l'évidence, dans laquelle ce tout est réel, Dieu, l'âme et les corps; et l'autre fondée <( sur la vérification sensible, dans laquelle tout est <( apparent et abstrait, dans laquelle Dieu n'est qu'une « formule, les corps, des possibilités de sensations, le « moi, une illusion métaphysique.
c( ... La réalité attire la réalité, l'apparence attire c( l'apparence. Un Dieu vivant, réel et transcendant est le c( souverain naturel de personnes vivantes et indivi- <( duelles et de corps substantiels. De simples apparences « et de simples images se contentent plus aisément d'une c( loi suprême, et n'exigent pas un Créateur avec autant « de force que des corps et des esprits.
« Dieu est l'être suprême; on ne s'en croit pleinement « débarrassé que quand tout être, toute substance, sont « anéantis, et qu'il ne reste que des apparences.
« Dieu est le soleil dont les créatures sont les miroirs. c( Le désir instinctif de ceux que sa lumière éblouit est c( de briser les miroirs eux-mêmes.
« Peut-être l'explication psychologique que nous « venons de donner pourrait-elle servir à résoudre une « question de morale assez difficile, à savoir si l'on « peut être athée de bonne foi.
l.Ibid„Ul.
« Dans les anciens livres de morale, la réponse était « généralement négative. Aujourd'hui il semble très « évident qu'il existe des hommes pleinement convaina eus qu'il n'y a pas de Dieu.
« Peut-être pourrait-on dire qu'il est impossible d'être « athée de bonne foi, quand on croit à l'évidence, quand « la faculté de percevoir l'évidence n'est pas trop atroce phiée, quand on est encore habitué à distinguer le vrai « du faux par le critérium naturel, le critérium de l'évi- « dence.
« Mais quand, par l'association des idées, on a pris « l'habitude de ne plus juger que par le critérium de la « vérification sensible, quand les notions de vérité et de « vérification sensible se sont unies et confondues, alors « il devient possible de ne plus croire à l'existence de « Dieu, parce que cette existence n'est pas sensiblement « vérifiable. »
Ces lumineuses paroles formulent tout le programme que l'auteur s'est tracé en commençant son ouvrage. Rendre à la pensée contemporaine, hésitante et déconcertée, le critérium de la vérité, refaire aux intelligences un bon tempérament, les fortifier dans un commerce habituel avec la réalité, c'est un moyen qui peut sembler indirect, mais c'est de tous le plus efficace pour empêcher le mal positiviste de prendre sur la raison. Il y a des contagions qui n'atteignent que les organismes étiolés ; un corps sain et vigoureux se défend contre les influences morbides.
Après avoir conduit jusqu'au niveau sublime de la Cause première l'édifice restauré delà certitude, l'écrivain pouvait considérer sa tâche comme terminée. Mais,
comme il arrive aux capitaines qui ont mené la guerre avec art, il lui restait, après les combats décisifs, de beaux et faciles trophées à recueillir. C'est ce qu'il a fait dans son troisième et dernier livre intitulé : Critique du positivisme. Là, examinant tour à tour le principe général de cette philosophie, qui réduit toute la connaissance aux faits observables, puis les diverses fornules particulières aux différents chefs de l'École, Stuart Mill, Auguste Comte et Taine, il prend à partie chacun d'eux, montre en Stuart Mill un pur sensualiste, en Comte un sceptique doublé d'un mystique, en Taine un métaphysicien sans le savoir. Il y a un curieux chapitre où l'auteur fait honneur à M. Taine d'une théorie de l'abstraction qui lui appartient sans doute, puisqu'il l'a trouvée tout seul, mais qui appartient aussi aux scolastiques, parce qu'ils l'avaient trouvée six cents ans avant lui. Ce qui permet au critique de poser et de résoudre, dans une page pleine d'humour j la question suivante : ce qu'aurait été M. Taine • s'il avait vécu au xvi*" siècle et étudié la philosophie à Salamanque '.
i' C'est celte tentative de greffer une conception race tionnelle sur des données extraites de l'observation, qui « est le caractère vraiment original de la philosophie de <v M. Taine. Malheureusement il lui manquait un élément c( essentiel : la croyance dans le bon sens. Le bon sens c( est le seul ciment qui puisse joindre, efficacement et ft d'une manière durable, la logique à l'expérience. c( Faute de cette donnée, M. Taine s'est vu obligé de cons- « truire un système incohérent, allant d'une part jusqu'à ce l'extrême du phénoménalisme qui émiette l'univers en « poussière, pour revenir ensuite à l'extrême opposé, ce jusqu'à l'identité absolue de tout ce qui existe.