Voy. l'édition de Maynard, déjà citée, passim
2. Plusieurs de ces condamnations, mais non pas toutes, ont été portées par Innocent XI, postérieurement à la publication des Provi?iciales.
relève celle qui autorise un gentilhomme à se battre en duel pour n'être pas traité de lâche. N'est-ce pas la doctrine communément reçue dans la société, non seulement entre gentilshommes, mais entre journalistes? L'Église ne l'admet pas et les gens du monde le lui reprochent; ils ne font pas le même reproche à Pascal, qui cependant est ici de l'avis de l'Église. X'est-il pas convenu que Pascal a toujours raison?
Entre ces deux groupes extrêmes, il y a le groupe intermédiaire; il comprend les solutions un peu larges concernant des cas insignifiants, quelques restrictions mentales sans gravité, un défaut de scrupule dans l'observation des lois fiscales, un mensonge léger destiné à éviter un grand malheur. Aucun moraliste ne dit : il est permis de mentir ou de voler l'État; mais quelques-uns disent : dans le cas présent, il n'y a pas mensonge, il n'y a pas vol; d'autres, plus sévères, refusent d'innocenter ces subterfuges. Nous sommes ici dans le domaine des opinions libres, et celui qui jette les hauts cris au simple énoncé de la solution indulgente mérite qu'on évoque à son occasion l'image de Tartuffe :
Cachez ce sein que je ne saurais voir.
Un bon janséniste ne saurait lire des choses aussi scandaleuses.
Et dire que la tourbe des libres penseurs, des libres viveurs et des pornographes fait chorus avec ce janséniste pour jouer de concert la comédie de l'effarouchement :
Reste la question du probabilisme. Elle réserve à M. Bertrand ses plus beaux triomphes. L'un des plus
UNE NOUVELLE APPRECIATION DES PPiOVINCIALES 283
grands reproches que fait Pascal aux Jésuites, c'est leur morale probabiliste. M. Bertrand prend leur défense ; mais comment, juste ciel : Écoutez plutôt : « Qu'est-ce que le probabilisme, si ce n'est le nom extraordinaire de la chose du monde la plus ordinaire : le culte de Topinion, la préférence donnée à l'autorité sur la conscience individuelle, aux personnes sur les idées, aux hasards des rencontres sur les oracles de la conscience? L'esprit du temps. V opinion publique, la marche des idées^ qu'est-ce que tout cela, sinon le probabilisme encore, sous des noms modernes et populaires? » Ces paroles, il est vrai, ne sont pas de M. Bertrand, elles sont de Yinet. Mais M.Bertrand n'en paraît pas surpris; s'il se sépare de Yinet, c'est sur un point particulier. Yinet excusait Pascal d'avoir attribué aux seuls Jésuites « l'honneur ou la honte d'une invention qui ne leur appartient pas )), le probabilisme ayant eu avant eux d'autres parrains illustres et continuant d'en trouver en dehors de leurs rangs. Cela serait impardonnable, si Pascal était un juge; mais il est un accusateur, et le ministère public n'est pas tenu à l'impartialité du président d'assises.
M. Bertrand trouve avec raison l'excuse mauvaise, et il ne fait pas grâce à Pascal de sa trop grande habilel(L
Mais, sur la définition du probabilisme, il n'élève pas la moindre objection, et comme lui-même n'en donne pas d'autre et semble s'en référer à celle de Yinet, nous sommes en droit de dire qu'il se l'approprie.
Or, cette définition est véritablement stupéfiante. Pour mettre le lecteur à même d'en juger, rappelons sommairement les principes de la théologie morale sur cette épineuse question. On verra que les casuistes ne subtilisent pas toujours à plaisir et que, là où ils tâtonnent, c'est que les difficultés sont réelles.
Après avoir déterminé, dans le Traité des actes humains, les conditions de l'acte libre et responsable, les moralistes étudient, dans le Traité de la conscience^ les différentes situations où peut se trouver Thomme soucieux de faire son devoir.
La conscience est, dans l'individu, l'écho, ou, si l'on veut, l'empreinte de la loi éternelle : impressio divini Iwninis in nobis. Elle est la morale subjective, la connaissance pratique du devoir pour chacun.
Le premier principe qui régit la matière, c'est que, quand la conscience est formée, c'est-à-dire quand l'agent moral est certain ou se croit certain de connaître son devoir, il doit suivre la règle intérieure qui lui trace sa voie sans laisser place à l'hésitalion. Sans doute, il peut se tromper, et l'erreur qu'il commet peut être innocente ou invincible; elle peut avoir pour cause une faute, une négligence à s'instruire, un préjugé dont l'origine est imputable à celai qui en est l'esclave. Dans ce cas, l'erreur est dite vincible; il y a eu péché — plus ou moins grave — à la laisser naître et s'établir. N'importe : dans le moment précis où nous considérons l'agent, il ne doute pas ; sa conscience, bien que mal formée, est formée. Il doit la suivre, comme si elle était conforme à la vérité objective; car, actuellement, elle ne se distingue pas pour lui d'une conscience bien formée ; elle est la seule lumière intérieure qui puisse éclairer son action. S'il ne la suivait pas, s'il omettait ce que cette conscience lui prescrit, s'il faisait ce qu'elle condamne, il ne serait pas de bonne foi: et tout ce qui n'est pas fait de bonne foi est coupable, dit saint Paul : Onine quod non est ex fide peccatum est *.
Mais la conscience n'est pas toujours formée : elle