Correspondant du 10 février
ailleurs, qu'il s'est mis à recommander aux autres la dé couverte qu'il avait faite lui-même, celle de la morale clirélienne. A première vue, cette découverte a de quoi étonner chez un esprit cultivé qui s'est développé dans le voisinage du christianisme. Mais gardons-nous de railler cette candeur d'admiration. L'Évangile garde le privilège des choses divines, qui est d'être toujours jeunes et toujours nouvelles. Or, notre âge avait perdu jusqu'au souvenir de cette nouveauté si ancienne. Il l'avait reléguée au rang des choses vieillies et dépassées, qui ont pu rendre des services temporaires, mais qu'on ne regarde plus quand on les a remplacées. Auguste Comte avait séduit son siècle avec cette fameuse classification des périodes intellectuelles, qui met à l'origine des sociétés la superstition grossière et le fétichisme, puis l'ère théologique dont le polythéisme fournit la base et le monothéisme le sommet; plus haut encore la période philosophique, où la raison remplace la foi; enfin le stade final, l'ère scientifique, où l'observation remplace la spéculation abstraite et ramène toutes les réalités à la constatation des faits et à la détermination des lois. Ce fut là sa première œuvre, celle qui marqua d'une forte empreinte la pensée contemporaine pendant quarante ans. Au déclin de sa vie, cette œuvre cessa de lui suffire à lui-même. Les besoins mystiques, dont il avait tant médit, se réveillèrent en lui, alors que ses disciples continuaient de les combattre dans les autres et lui dictèrent la formule étrange d'une religion nouvelle, sorte de rénovation du bouddhisme, la religion sans Dieu, le culte de l'humanité. La seconde manière du fondateur du positivisme lui gagna peu d'adeptes de son vivant. Aujourd'hui, son action se fait sentir avec force, et la trace en est facile à reconnaitre dans la morale des néo-chrétiens. Ce qu'ils goûtent dans l'Évangile, ce n'est pas ce qui fait le fond de
IDÉES d'un NÉO-CHRÉïIEN SUR LA REFORME RELIGIEUSE 333
la doctrine de Jésus, c'est le rayonnement bienfaisant de cette doctrine, considérée comme foyer d'amour envers les hommes. Le Sauveur disait : « Cherchez avant tout le royaume de Dieu; le reste vous sera donné par surcroît. » Ce reste, ce n'est pas seulement le pain quotidien, c'est encore et surtout la charité envers nos frères. De quel droit, quand on prétend nous ramènera l'Évangile, ose-ton biffer le premier article du code sacré, la première demande du Pa/er, le culte du Père céleste, le zèle religieux qui nous intéresse à la sanctification de son nom, à l'avènement de son règne, à l'accomplissement de sa volonté sur la terre comme au ciel ? Si Jésus est vraiment le Révélateur qu'une impiété stupide a commis le crime d'insulter ou de méconnaître, comment admettre qu'il s'est trompé sur le point capital de son enseignement? La foi avant tout, disait le divin Maître : « Celui qui aura cru sera sauvé; celui qui n'aura pas cru sera condamné. » Nos modernes évangélistes disent: la foi importe peu; chacun se la fait à soi-même. « Il serait immoral que la
foi pût être formulée et contenue dans des mots La
foi est incommunicable, et elle doit l'être, comme le mérite moral dont elle émane... Le problème ne comporte pas une solution spéculative, mais pratique. Il ne s'agit pas de croire d'abord, mais d'aimer. Et ensuite que croirat-on? Ce que l'amour conseille et exige qu'on croie, simplement .. Il serait assez juste de dire: autant de religions, au fond, que de personnes, et un seul devoir pour toutes ensemble \ »
L'opposition ne saurait être plus flagrante. Sans doute le besoin d'amour donné et d'amour reçu est le grand besoin des hommes. Mais tant que Dieu n'intervient pas, ce besoin reste inassouvi. Et c'est pour cela que Jésus est