Thess., V
Et la philosophie de courir de plus belle à la poursuite de la fuyante vérité.
Par malheur, à force de la poursuivre, elle s'en trouve plus loin que jamais. Quand on veut juger de la philosophie contemporaine par ses résultats, on ne saurait nier qu'elle a fait fausse route, car les résultats sont effrayants. La morale, cet aboutissement nécessaire du processus rationnel, suffit à nous faire juger de tout l'ensemble; elle a perdu à la fois sa base. Dieu ; son organe, le libre arbitre; son couronnement, la vie future. Devant cet effondrement universel, les vrais sages s'émeuvent : il n'est plus que temps de songer au sauvetage. Avant peu, la ruine serait irréparable.
Le beau livre dont nous allons rendre compte a été inspiré par cette pensée de salut social. Mais Tauteur, dans son avant-propos, nous montre par sa propre histoire à quelles conditions le sauvetage est possible. Au sortir de l'École Polytechnique, l'apparition d'un ouvrage original et de légère allure, qui sonnait la marche d'avantgarde devant le positivisme prêt d'envahir la pensée française', avait à la fois fasciné et troublé le jeune officier de marine. Profondément attaché aux doctrines spiritualistes, il s'était promis dès lors de faire face au nouvel ennemi qui se levait contre elles; mais plus d'une fois, ébloui par les brillants sophismes de la naissante école, il ne trouvait pas dans le spiritualisme éclectique de la philosophie officielle les armes dont il avait besoin pour triompher de l'erreur.
C'est plus tard, lorsque, changeant sa voie, il se consacra, tout entier, dans l'état ecclésiastique, au service de la vérité, que les études théologiques, préliminaire obligé de sa nouvelle carrière, l'initièrent aux doctrines