‹ Mélanges (volume 3)Chapitre 8 sur 44 · T. II, p · texte numérisé non relu

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yeux de la science, dans Tintérieur de la masse du cerveau. Là commence une nuit profonde, que l'expérience n'a que peu d'espoir de dissiper entièrement.

« Celui qui voudrait suivre, par la pensée, la série des phénomènes, entrerait ici comme dans un tunnel obscur.

« Mais à la suite d'un nombre d'antécédents et de conséquents que la science ignore, voici que le jour reparaît et que la science sort du tunnel par son autre extrémité; voici que de nouveaux phénomènes, observables, non plus cette fois par le, dehors mais par le dedans, se manifestent.

« La modification physiologique des nerfs et du cerveau s'est transformé en sensation.

(( Sensation musculaire, sensation cutanée, sensation du fantôme rétinien, sensation oculaire d'accommodation, tels sont les résultats de l'action du corps extérieur et de la lumière sur nos organes.

« Mais la sensation n'est elle-même encore qu'un intermédiaire. Spontanément à l'origine, instinctivement et par habitude dans la suite, ces sensations se traduisent en notions. Les sensations musculaires et cutanées, les sensations rétiniennes ou oculaires, s'interprètent par les idées d'étendue, de corps, de mouvement ; et l'ensemble de ces interprétations forme une notion définitive, celle du corps vu et touché.

({ Or, chose étrange, incroyable si l'on veut, mais cependant réelle ! que représente cette notion ?

« Elle représente le corps extérieur qui a été la première origine de cette série de phénomènes. Elle saute d'un bond par-dessus tous les intermédiaires et présente à notre esprit le corps lui-même.

« Elle ne représente pas le faisceau lumineux. Les molécules d'éther sont invisibles.

« Elle ne représente pas les modifications de la rétine

ni du nerf optique. Les sauvages se servent de leurs yeux et ne savent pas qu'ils ont une rétine.

a Elle ne rpprésente pas les modifications de la masse cérébrale. Ces modifications sont à peine soupçonnées par les savants.

« Elle ne représente pas les éléments sensibles qui ont servi à la former, nous l'avons abondamment démontré. Entre les images à deuxdimensions et les formes enrelief, entre les sensations musculaires et les corps, il y a une profonde différence.

« C'est le corps extérieur lui-même, le corps éloigné, s'il s'agit delà vue, le corps contigu aux organes mais non au cerveau, que la notion nous dépeint et dont elle nous atteste lexistence ^ »

Tels sont les faits. Et déjà les sensu alistes triomphent. Puisque, dans la connaissance directe, il y a, entre la passivité de l'organe qui est impressionné et l'activité de l'esprit qui perçoit le corps, un tunnel obscur, comment la connaissance réfléchie pourra-t-elle tracer l'itinéraire ?

M. de Broglie reconnaît la difficulté, a Remonter, dit il, le long du circuit que nous venons de décrire, en sens inverse de la route que suit la nature, est chimérique et impossible. » Il va même plus loin, et, rapprochant de cetle tentative celle de Reid, il ne la trouve pas plus heureuse.

« Sortir entièrement du circuit pour chercher un autre passage, c'est-à-dire recourir au jugement spontané de Reid, est également contraire à la raison et à l'expérience. »

« Mais, ajoute -t-il, il y a un troisième chemin. Ce qui est naturel et simple, ce que la nature même indique, c'est d'achever le circuit, c'est d'extraire, par voie d'inter-

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