LES BIENFAITS DU DROIT CHRETIEN
Nous venons d'exposer, d'après l'Encyclique, la théorie catholique touchant les rapporis des deux pouvoirs. Certaines personnes, plus soumises de volonté qu'éclairées intellectuellement par une doctrine qui heurte d'anciens préjugés, sont portées à croire que si la thùse est spéculativement vraie, elle n'est susceptible d'aucune application, et que pratiquement l7i?/po^/zèse est toujours préférable, parce qu'elle est seule possible.
C'est sans doute à cet état d'esprit que s'adressent les développements consacrés par le Souverain Pontife aux bienfaits d'une civilisation qui prend pour base les principes prédédemment formulés. Non, il ne vaut pas mieux pour une société sortir de la conception la plus; conforme cà l'idéal chrétien, pour entrer dans la voie des exceptions et des anomalies. Sans doute, ces exceptions peuvent devenir nécessaires ; elles peuvent être désirée?,; voulues, comme un bien relalif ou unmoindre mal; mais il n'est pas permis de les appeler un bien absolu. D'ailleurs il suffît, pour en juger, de se rappeler ce qui les rend nécessaires : c'est l'affaiblissement de la foi, c'est la multiplication des dissidents au sein dune société chrétienne; cela est évidemment un mal. Le mal une fois fait^ il y a des tempéraments à garder. Mais ne vaudrait-il pas mieux que de tels ménngoments fussent inutiles?
Pour riiommc dont la santé est délabrée, les précautions d'hygiène sont un bienfait; mais ne serait-il pas plus heureux d'être en état de s'en passer?
C'est là, si nous ne nous trompons, le point vraiment délicat du litige entre les catholiques appelés libéraux et leurs coniradicteurs. Sur la question de principe, l'autorité de l'Église a fait l'unité. Après l'encyclique de GrégoireXVJ; on s'attardait encore à des distinctions qui laissaient un refuge à la théorie libérale. On disait : a Le Pape a condamné une liberté illimitée et licencieuse : plena illa atque immoderata libertas opinionum \ Du moment que nous admettons que la liberté ait des bornes par où elle se distingue delà licence^ nous pouvons approuver, môme en principe, un élat de choses où la vérité ne bénéficie que du droit commun qui patronne toutes le> opinions honnêtes; nous pouvons préférer ce régime à celui qui assure des privilèges à la vérité; nous pouvons croire que la vérité même en retire plus d'avantages que d'un système de protection qui la compromet. »
L'encyclique Quanta cura a coupé court à ces dislinctions. Depuis vingt ans^ pas un catholique n'a osé soutenir ex piofesso la thè^e libérale. On se réfugiait dans Yhypothèse, et c'était là un expédient légitime, l'hypothèse n'étant, après tout, que celte sagesse pratique qui consiste à n'exiger d'un temps et d'un pays que ce qu'il peut donner. Mais, dans la manière de faire valoir l'hypothèse les tendances contraires se manifeslaient de nouveau. Les uns ne parlaient de ces concessions nécessaires que sur un ton acerbe et presque menaçant, donnant à entendre que c'était, delà part des gouvernements modernes, plutôt faiblesse ou complaisance pour l'erreur que nécessité