I. — Position de la question
Le xix*^ siècle est plein des querelles du Libéralisme. Qu'est-ce donc? R y a des gens qui ne veulent pas qu'on prononce ce mot, parce qu'il est équivoque. Mais ce sont là des consignes que personne n'observe. Mieux vaut définir. Et pour cela diviser.
Libéralisme vient de libéral.
Au vrai sens du mot, libéral veut dire enclin à la bienfaisance. (Etymologie: liber, car il faut être libre, maître de son bien, pour en disposer: nemo liberalis, nisi liberatus.)
Ainsi le nom de liberté se trouve au fond de ce mot pris dans son vrai sens et son vieux sens.
Sens moderne : libéral veut dire : partisan de la liberté.
Au xvu^ siècle, on disait libertin (Bossuet, oraison funèbre d'Anne de Gonzague).
Ce mot a fini par ètro pris en mauvaise part.
L'analogie de la formation des mots aurait conseille de ! créer le mol libertaire, comme autoritaire, humanitaire.
Le mot libéral a prévalu au commencement du xix^ siècle. Sous la Restauration, il est devenu d'un usage courant.
Le Libéralisme est l'état d'esprit des libéraux.
Il est à la fois une doctrine et une tendance.
En outre, il peut se mouvoir dans deux domaines bien distincts : l'un exclusivement politique et l'autre politicoreligieux.
a) Dans le domaine purement politique, qu'est-ce que la doctrine libérale, qu'est-ce que la tendance libérale?
La doctrine, c'est la théorie du pouvoir pondéré, limité par une constitution et des lois. Cette théorie est opposée à l'absolutisme. On lui a souvent donné pour formule : le gouvernement du pays par le pays. Formule équivoque; car enfin, les mêmes personnes ne peuvent pas être, à la fois et dans le même acte, souverain et sujet. Si même la ; souveraineté émane du peuple, il faut bien qu'elle soit déléguée pour être exercée. Et alors le péril d'oppression existe toujours : on dira qu'il est moindre, lorsque le pouvoir est délégué à plusieurs que quand il l'est à un seul ; quand la délégation est temporaire et à courte période