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A PROPOS DE 89 CONFÉRENCE AU CERCLE CATHOLIQUE A BRUXELLES

28 janvier 1889.

Messieurs.

Jélais venu à Bruxelles pour prêcher un sermon de eh a ri lé.

Votre honorable président m'a demandé de rester quelques heures de plus, pour parler au Cercle Catholique. J'avais compris avec quelque peine que Bruxelles ait besoin de faire venir de Paris un prédicateur. Toutefois il y avait une raison: l'œuvre qu'il s'agissait de recommander, venait elle-même de Paris ; elle était dans la charité belge, si riche par elle-même, une importation française.

Mais quand on m'a demandé de faire une Conférence dans ce Cercle, je n'ai plus compris du tout. Quand un Français catholique vient à Bruxelles, ce qu'il a de mieux à faire c'est de regarder et d'écouter, pour apprendre comment une minorité opprimée peut devenir une majorité triomphante, comment elle doit triompher avec mesure et sagesse pour faire vie qui dure et assurer pour longtemps, avec la liberté religieuse, le bien de son pays.

Cependant j'ai accepté. A une offre courtoise je ne pouvais faire une réponse maussade. Je vous parlerai donc ; et si, dans ma parole, peu familière avec les libres débats auxquels votre virile éducation politique vous a formés,

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VOUS trouvez des traces d'iQexpérience, vous accorderez à mon insuffisauce le bénélice des circonstances alténuanles.

Toute conférence veut un litre. Votre président m'a demandé le titre de la mienne. Gomme je ne savais pas du tout de quoi il serait bon de vous parler, j'ai confié au télégraphe une formule élastique : A propos de^9. Le titre a été accepté. Il est clair qu'à propos de 89 on peut dire n'importe quoi. Mais maintenant le titre ne suffit plus: il faut mettre quelque chose dessous. Qu'allons-nous y mettre?

Cette date de 89 provoque dans tous les partis un examen de conscience. Les catholiques ne sauraient demeurer étrangers à la nécessité de faire le leur.

Il ne s'agit pas tant aujourd'hui de juger 1789 que de prendre position en 1889. Sans doute l'un ne va pas sans l'autre. Ceux qui trouvent qu'on a bien fait en 1789 doivent conclure qu'il n'y a aujourd'hui qu'à continuer dans la même sens. Il faut avouer que ceux là ont la foi robuste. D'autres chercheront, dans les fautes commises il y a cent ans, l'indication de celles qu'il faut éviter à présent. C'est ce qu'a fait avec une grande autorité; un merveilleux talent, une mesure, une clarté, une force persuasive sans égale, M"^ Freppel, évêque d'Angers, dans son admirable brochure sur la Révolution française. Mais c'est précisément parce qu'il l'a fait, que je n'ai pas à le refaire. J'ose dire que, dans ces 150 pages, il a dit le dernier mot sur les leçons que contient le centenaire. En disant à tous ceux qui n'ont pas lu ce puissant écrit: hâtez-vous de le lire, j'aurais déjà fait une excellente conférence.

Mais vous l'avez tous lu, cet écrit. Il faut donc que je vous dise autre chose.

Je vais supposer présentes à votre esprit toules les

notions si précises et si lumineuses qui se dégagent de cette lecture; par exemple : la distinctioQ nécessaire non plus entre 1789 et 1793, mais entre le 1789 des Cahiers qui allait à réformer la France chrétienne et le 1789 des sectes qui menait tout droit à 1793 et à cent années d'agitation stérile, d'avortcment^ d impuissance.

Mais tout cela étant admis, j'ajouterai : Gomme catholiques^ qu'avons-nous à faire à l'heure présente?

Précisément parce que la réforme de 1789 aboutit à une faillite, la transformation sociale inaugurée, il y a cent ans, n'est pas achevée.

Quels que soient les avantages que la constitution belge, avec ses cinquante-cinq ans de durée, vous donne sur notre chère France, avec ses constitutions renouvelables tous les quinze ans par la voie de l'émeute, je n'aperçois pas entre vous et nous do différence substantielle au point de vue où je me place. Les maux qui nous rongent vous menacent aussi : mal intellectuel, mal moral, mal social. Et la même question se pose devant les catholiques des deux pays. Dans la lutte qui se poursuit, plus ardente que jamais, quelle position doivent-ils prendre, non pas comme serviteurs de tel ou tel parti politique, mais en leur qualité de catholiques?

Les amateurs de formules simples (c'est-à-dire la plupart du temps de formules incomplètes) se partageront en deux camps. Les uns diront : que les catholiques restent sur leur terrain dans l'affirmation intégrale de la vérité^ dans la pratique austère de la morale, dans le culte fidèle des traditions. A ce prix ils sauveront du moins l'honneur; et si plus tard le monde désabusé revient à eux^ ils pourront lui offrir les éléments régénérateurs qu'ils auront tenus en réserve.

Les autres diront : rien n'est mpins sûr que ce retour vers le Christianisme, surtout si l'attitude morose, les

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