CONFÉRENCE AU CERCLE CATHOLIQUE A BRUXELLES
idées arriérées, l'abstention systématique des catholiques a permis pendant longtemps d'identifier leur cause avec un passé mort à jamais. Non, non, il ne faut pas rester sur la montagne : laissons-y tout au plus les contemplatifs, quelques rares Moyses occupés à demander pour nous la victoire : quant à nous, descendons dans la plaine, mêlons-nous à tous les combats, respirons l'air embrasé du siècle, obligeons nos adversaires à compter avec nous sur le terrain de la science, de la politique et des affaires. L'influence est à ce prix.
Quel choix allons-nous faire entre ces deux formules? Si vous m'en croyez, nous ne choisirons pas : nous essayerons de les fondre en une seule ; car chacune d'elles est vraie dans ce qu'elle affirme et fausse dans ce qu'elle exclut.
Commençons, si vous le voulez bien, par la seconde.
Oui, il est très vrai que le devoir des catholiques est de se mêler à la vie du siècle.
Trois forces principales régissent aujourd'hui le monde : la science, la richesse, le pouvoir politique sous sa forme moderne qui est la démocratie.
Depuis cent ans, les catholiques ont bien compris la nécessité de se faire une place dans le jeu des institutions démocratiques, pour influencer le pouvoir dans un sens favorable aux droits sacrés, aux intérêts supérieurs qu'ils représentent. L'alliance de la religion éternelle avec des institutions vieillies a été dénoncée, dès le premier quart de ce siècle, par cetle brillante école dont La Mennais fut le chef.
La liberté politique parut à ces hommes généreux le moyen nécessaire et suffisant de faire prévaloir ks
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revendications catholiques. Que ce moyen fût nécessaire, nul ne songe à le contester. N'étant plus les maîtres, les catholiques devaient avant tout faire en sorte de cesser du moins d'être esclaves. Mais si la liberté est la condition de la lutte, elle ne suffit pas à assurer la victoire. Tout dépend de l'usage qu'on en fait. Imaginez la constitution la plus libérale du monde : les catholiques ne trouveront devant eux aucune barrière pour arrêter l'expansion de leur influence; encore faut-il qu'ils soient capables de l'exercer. Or c'est à quoi ils ne paraissent pasavoir assez songé. On peut être libre et indigent, libre et déconsidéré. La liberté est une forme dans laquelle il importe de mettre quelque chose.
Tandis que se poursuivait entre catholiques et incroyants l'interminable débat de la liberté politique, les catholiques croyaient avoir tout fait, en dépensant, au service de leurs revendications, des trésors d'éloquence et do passion généreuse. Pendant ce temps-là que faisaient nos adversaires? Ils s'emparaient de la richesse et de la science. Ils usurpaient contre nous ce double monopole ; ils réduisaient par là notre liberté à l'impuissance.
Je serai bref sur la richesse : c'est un sujet qui n'est pas de ma compétence. J'ai ouï dire qu'il y a deux formes principales de la richesse : celle qui vient du sol et celle qui vient de l'industrie, le commerce étant moins une source qu'un moyen d'échange. L'a richesse territoriale est demeurée, en partie, aux mains des catholiques; mais en même temps, elle a subi une crise redoutable qui ne peut être surmontée qu'à force de travail [et de savoir. Les détenteurs catholiques du capital agricole ont-ils compris cette double nécessité? On me dit qu'en Belgique, ils commencent à s'en pénétrer (Louvain, école d'agriculture I. Tant mieux; mais c'est déjà tard. En France, tout est à faire. Les fils de famille ne voient dans