SUR LA VIE DE DIEU
Qu'est-ce que la vie? Est-ce la même chose que rôlre, que l'action ? Non, car alors tout être, tout agent serait vivant. La notion de la vie est difficile à préciser, mais elle répond dans notre esprit à quelque chose de réel. En
face d'une pierre, d'un morceau de fer, nous disons sans hésiter : il n'y a pas lavie. Nous dislinguonsentrel'animal vivant et l'animal mort, le végétal vivant et le végétal mort. Quelle est la différence'? Le mouvement et l'immobilité? C'est le signe de la différence, ce n'est pas la cause. Une réaction chimique entre deux miaéraux produit un mouvement; les forces physiques, chaleur, électricité, pesanteur, etc. produisent des mouvements; et pourtant la vie n'est pas dans les objets ainsi mis en mouvement.
Pour qu'il y ait cie, il faut plus qu'un mouvement accidentel et passager; il faut un ensemble de mouvements spontanés, ordonnés vers une fin, contribuant à constituer et à maintenir l'être vivant dans les conditions d'existence qui lui sont propres.
Ainsi un être sera d'autant plus vivant qu'il aura une action plus spontanée, plus étendue, plus durable, plus une.
L'animal est donc plus vivant que le végétal, l'être intelligent plus vivant que l'animal.
Mais qui a une action plus spontanée, plus étendue, plus durable que Dieu?
Il se meut lui-même, il ne peut être mu par personne. Il est infini dans son action, un seul acte le complète et le réalise selon toute l'énergie de son être.
Ergo Deus est summe vivens.
Ainsi Dieu vit.
Mais de quoi se compose sa vie?
D'intelligence et de volonté.
Pourquoi?
D abord parce que la raison qui nous a forcés de reconnaître son existence, c'est la trace d'intelligence et de volonté qu'il a laissée dans les choses.
Ensuite parce que :
1° L'intelligence est la forme supérieure de raclioii. Echelle des êtres... à mesure qu'ils s'élèvent, ils se rapprochent de l'Intelligence; et parmi les êtres intelligents, la mesure de Tintelligence est la mesure du degré d'être.
Raison scolastique de saint Thomas. Immaterialilas alkujus rei est ratio rjuod sit cognoscitiva. Intellectus est quodammodo omnia ^ Mais nul plus que Dieu n'a cette propriété. Deus est in summo immaterialitatis : sequitur quodipse sit in summo cognitionis.
2° Volonté. La volonté suit l'intelligence -. L'objet naturel de l'intelligence, c'est l'être qui est vrai et bon. Elle ne peut se trouver en face de son objet sans le poursuivre si elle ne le possède ; ou se reposer en lui si elle l'a trouvé.
Ainsi la vie de Dieu comprend ces deux éléments.
N'en comprend-elle pas d'autres?
Non.
Car elle est complète ainsi. Quisscit in fine vi,luntas.
Mais la sensibilité?
Elle ne saurait convenir à Dieu.
P Parce qu'elle est une faculté passive; en Dieu tout est actif.
2° Parce qu'elle a pour objet des faiis particuliers qui ne peuvent être perçus qu'individuellement, un à un, et que par suite l'être sensible ne peut pas être un acte pur; il est en puissance par rapport aux sensations qu'il n'éprouve pas actuellement.
Du reste la révélation confirme sur ce point les pressentiments de la raison, par le dogme de la Trinité-