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SUR L'EXISTENCE DE DIEU

Introduction à la démonstration de l'Existence de Dieu.

{Début de la Leçon IX.)

Nous avons étudié méthodiquement le mouvement de l'esprit humain à la recherche de la cause première.

...Mais savoir comment un problème a été résolu dans le passé, n'est pas nécessairement la même chose que d'en posséder actuellement la solution.

D'abord les solutions antérieures peuvent être fausses, ou incomplètes, ou défectueuses par quelque endroit. C'est ce que nous avons constaté pour une partie du moins des preuves a priori de l'exislencede Dieu.

Ensuite les solutions justes d un problème ne sont pas toujours les solutions définitives, parce que la marche de l'esprit humain et le progrès des connaissances positives peuvent, sinon changer les termes essentiels de la question, du moins faire varier les points de vue et modifier en quelque chose la base expérimentale sur laquelle s'appuie l'induction métaphysique.

Pour rendre désirable un renouvellement de la démonstration, il n'est pas même nécessaire que ces modifications soient réelles et profondes ; il suffit qu'elles soient ^apparentes et préoccupent l'esprit. A vrai dire, les jpreuves de saint Thomas d'Aquin, non seulement n'ont rien perdu de leur force intrinsèque, mais fournissent .encore aujourd'hui tout ce qu'il y a d'efficace dans notre jargumentation contre les positivistes ou les panthéistes. iToutefois, si nous nous bornions à répéter ces preuves

dans les mêmes termes, il est certain que nous ne produirions aucun efîet^ nous ne serions pas même écoutés. Et cela pour trois raisons :

D'abord, entreprenant une démonstration rationnelle, saint Thomas se sert avec confiance des principes de la raison et ne parait pas même songer qu'on en puisse contester la valeur. Or nos modernes penseurs ont accompli ce triste progrès à reculons, et nous ne pouvons aujourd'hui nous appuyer sur le principe de causalité, sans nous préoccuper des sophismes par lesquels on s'essaie à le mette en doute.

Ensuite, l'esprit humain ne peut se soutenir dans les hauteurs métaphysiques qu'en revenant souvent frapper du pied les réalités sensibles, et en empruntant à leur contact des comparaisons, des images^ des exemples. C'est la connaissance qu'on a de la nature qui décide du choix de ces images et de ces exemples, et là où la science est à l'état d'enfance, on fait un choix qui devra paraître enfantin à ceux qui auront acquis une vue plus scientifique de l'univers. Le discrédit tend alors à passer de la comparaison à la vérité abstraite que cette comparaison devait éclairer. C'est ce qui arrive à beaucoup de lecteurs superficiels de saint Thomas. Un exemple emprunté à la Physique d'Aristote les met en défiance contre la valeur du principe métaphysique à l'appui duquel il est invoqué. On oublie que les comparaisons et les exemples ne sont pas des preuves, et qu'il est toujours possible de les remplacer par des images plus justes, sans toucher aux axiomes^ dont la vérité subsiste indépendamment de ces secours accessoires offerts à l'esprit pour le reposer plus que pour le conduire.

Enfin et surtout, la démonstration, sans jamais cesser de poursuivre la vérité totale, doit mettre plus particulièrement Cl) lumière les faces de la vérité qui sontleplus

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méconnues aux différentes époques. Ce côté relatif de la démonstration est destiné à changer sans cesse. La meilleure démonstration sera donc celle qui, solide en ellemême, répondra le mieux aux difficultés intellectuelles du temps où elle est formulée.

Voilà pourquoi nous allons chercher ensemble la formule qui convient le mieux à notre temps.

Quand on veut traiter un malade, deux choses sont à étudier d'abord : ses besoins et ses habitudes, le traitement qu'il lui faudrait et celui qu'il peut supporter.

Ce qu'il faudrait aux esprits do notre temps, c'est une bonne métaphysique, car c'est là ce qui manque partout aux hommes de science. Leur formation est trop spéciale. On ne développe qu'un côté de son esprit. On emploie ou Ton croit n'employer qu'une faculté. Et l'on est porté à traiter de chimère tout ce qui ne se trouve pas dans le champ de la lunette qu'on a 1 habitude de manier. La science expérimentale absorbe les meilleurs esprits. Et la métaphysique se réfugie chez ceux qui ont le tort de ne pas être des hommes de science.

Ainsi, il faudrait donner aux intelligences de notre temps de la métaphysique. Mais comment la leur faire acceptera Elle ne peuvent pas la supporter. — Elles le croient du moins. — Et cependant elles en font sans le savoir. Il y a une dose nullement homœopathique de métaphysique dans leurs procédés d'observation. On peut donc les amener d'abord à en convenir^ à reconnaître par laque la vérité métaphysique est aussi une réalité, et les décider à nous suivre dans la voie où nous voulons les introduire.

De là, la nécessité de commencer, non par le point décisif de la démonstration, mais par le côté le plus accessible à des intelligences pliées aux habitudes de la méthode expérimentale.

Dieu, avons-nous dit, est connu par ses effets. Or^ les choses que nous voyons et dans lesquelles il s'agit de rendre visible à tous les yeux ce caractère d'effets divins, ces choses peuvent se décomposer en deux éléments : leur manière d'être et leur être. Leur manière d'être présente un certain arrangement; nous pouvons montrer que cet arrangement offre un caractère téléologique^ accuse une finalité. — Leur être à toutes est soumis au changement et pose naturellement devant notre esprit la question d'origine; nous pouvons y faire remarquer un caractère de contingence.

De là deux procédés possibles de démonstration^ par la finalité et par la contingence : la fioaiité nous conduisant à reconnaître qu'une intelligence première a présidé à^ l'arrangement des choses, la contingence nous persua-| dant qu'une cause première motive seule leur existence.

De ces deux procédés, c'est le second qui est le pluS' parfait, qui pousse la preuve jusqu'au fond et qui se sufht à lui-même. La finalité, à elle toute seule^ ne nous conduit pas jusqu'à la cause : arrrivé à l'Intelligencei ordonnatrice du monde, l'esprit a encore besoin d'un| effort nouveau pour atteindre à la notion du Créateur. D'ailleurs le principe de finalité n'est qu'une applicatioD partielle du principe plus général de causalité ; la preuve! par la contingence implique l'autre et n'y est pas comprise.

Il semble donc qu'il serait plus simple et plus scientifique tout ensemble d'aborder tout de suite l'argumen de causalité. Mais par là nous heurterions de front le; préjugés do l'école expérimentale, et nous risquerions di n'être ni suivis, ni même écoutés. Nous ferons donc biei d'acclimater tout doucement nos adversaires à l'atmos phère métaphysique^ en commençant avec eux par le rai sonnement téléologique.

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Réponse aux objections contre l'argument de finalité.

(Fragments des Leçons AU et XIIl.)

...Je le répète, ce quelqu'un qui avait plus d'esprit que Voltaire, et qui a aussi plus de sagesse que tous les savants, le bon sens, l'esprit humain au naturel, mis en présence de l'être vivant, s'écrie : Il est fait pour vivre !

Que répondra, Messieurs, le sophisme obstiné? Que répondra l'esprit de parti, l'intelligence forçant et faussant son naturel ?

Ah ! elle répondra d'abord une foule de petites choses qui pourraient nous préoccuper, si nous n'avions d'abord regardé la question dans son nœud décisif ; l'unité suhordinatrice da la vie ; mais qui, j'ose l'affirmer, vues de cette hauteur, nous paraîtront tellement mesquines qu'elles produiront plutôt en nous, par une sorte de réaction, un affermissement de nos convictions téléologiques.

Ainsi, on nous dira avec Bacon que la recherche des causes finales a longtemps nui au progrès des sciences, arrêté même leur éclosion. Je répondrai que la recherche mal entendue des causes finales, parlant de Va priori et séparée de l'observation, a pu arrêter la marche des sciences ; mais que l'idée de finalité impliquée, comme nous lavons vu, dans toute recherche expérimentale, et très particulièrement dans les recherches physiologiques, a fourni seule aux grands expérimentateurs, notamment à Claude Bernard, le moyen de leurs découvertes ; si bien qu'ils ont avoué ne pouvoir rien trouver qu'à la lumière d'une idée directrice. Or, pour que l'idée directrice du savant, au lieu de l'égarer, le conduise à la vérité, il faut et il suffit qu'elle coïncide avec l'idée

directrice de la nature, c'est-à-dire avec la finalité. Je répondrai en outre avec M. Janct que, si le savant croit que la préoccupation finaliste le gêne^ il est parfaitement libre de l'écarter, mais que cela ne lui donne pas le droit d'ôter la finalité de la nature qui la contient et de l'esprit humain qui la découvre et d'interdire au philosophe tout ua ordre de recherches, sous prétexte qu'il ne rentre pas dans les procédés de laboratoire.

— Que nous dira-t-on encore? Que nous occupons un troppetitcoin de ce monde pour connaitreles fins générales et dernières de la nature. Je répondrai : Daccord! Est-ce une raison pour que je ferme les yeux à l'évidence, quand elle me montre des fins prochaines et immédiates? Je ne sais pas à quoi servent les mouches, mais je sais qu'il y a des mouches, que ces mouches ont des yeux bien faits et que ces yeux sont faits pour voir. . .

— On médira que nous rapportons arbitrairement les êtres les uns aux autres et tous les êtres à l'homme dans nos explications de l'univers. Je répondrai que nous avons évité ce défaut et que nous nous bornons pour le moment à la finalité immanente, sauf à voir, quand nous saurons si Dieu existe, jusqu'où on peut pousser sans témérité l'interprétation de ses desseins.

— On nous objectera les monstres, comme donnant un démenti à la finalité de la nature. Je répondrai que les monstres m'embarrasseraient, s'ils constituaient des types spécifiques, naturels, dépourvus des adaptations convenables des organes aux besoins. Mais les monstres ne sont pas cela: ils sont des êtres naturels qu'une cause accidentelle a fait dévier du type ; ils sont victimes du | conflit entre la cause efficiente et la cause finale. Et il eût fallu un miracle pour les soustraire à la déviation.

— On nous objectera les organes rudimentaires qui [ ne servent à rien. Je répondrai que c'est parce qu'ils ne j

servent à rien qu'ils restent à l'état rudimentaire; et que si la nature poursuit la symétrie de son plan un peu au delà des utilités que je puis constater, ce n'est pas une raison de nier les utilités évidentes...

Tout cela, Messieurs, avouez-le, c'est la bagatelle de la porte. N'y a-t-il donc pas une seule objection sérieuse et notre triomphe va-t il donc être trop facile ?...

Darwin s'est essayé à rendre (à l'hypothèse antifinaliste) un petit regain de vraisemblance K..

D'abord son système est séduisant : il s'appuie sur des observations curieuses^ vraies pour la plupart, et qui, prises dans un ordre de faits faciles à étudier puisqu'ils sont l'ojet de l'industrie humaine, préparent favorablement l'esprit aux inductions audacieuses qu'on veut lui faire accomplir.

Ensuite il arrondit les angles de la théorie de Maupertuis. Quand ce dernier vient vous dire brutalement que le hasard avait fait des animaux sans bouche, qui n'ont pas pu vivre et que ceux-là seuls ont vécu et ont fait souche qui, par hasard, avaient un trouau bon endroit, il ne ménage vraiment guère les susceptibilités de notre bon sens.

Darwin y met plus de façon. Il vous montre une jument, robuste mais mal conformée pour courir, accouplée par les soins de l'homme à un étalon, agile mais frêle et délicat, produisant ainsi un demi-sang qui réunit les qualités du père et de la mère et qui, par un nouveau choix de l'éleveur, continuera de relever la race et d'accumuler dans ses produits des qualités jusque-là séparées.

Voilà votre esprit disposé ! Maintenant on va voustransportcr dans la savane, au milieu de ce chaos du règne

1. Le lecteur peut constater un hiatus entre les objections précédentes (t cet examen du darwinisme. C'est que noire manuscrit présente ici une lacune de dix pages, v. n. l. iî.)

animal où, par hypothèse, le hasard essaie follement les formes possibles et les formes impossibles de l'organisation. On suppose que déjà quel-jues essais ont réussi, les uns mieux, les autres moins bien. Il s'agit maintenant d'appliquer les procédés de l'éleveur. Qui les appliquera, puisqu'il n'y a pas d'éleveur?

Nos philosophes fatalistes disaient tout à l'heure : le temps et la nécessité, Darwin a compris que cela ne suffisait plus, il ajoute : la lutte pour l'existence, autrement dit la raison du plus fort. Gd n'est pas plus solide, mais c'est plus ingénieux et moins grossier. On imagine alors un conflit des forts et des faibles, dans lequel les faibles disparaissent toujours, et les forts, s'unissant aijx forts^ se fortifient toujours. On apporte à l'appui de cetle hypothèse des observations très intéressantes sur les mœurs des animaux dans leurs rapports sexuels, les luttes entre les mâles^ l'élimination des moins vigoureux, la femelle appartenant au plus fort. C'est ainsi, nous dit-on, que les races fortes se perpétueni ; c'est ainsi que les races faibles disparaissent. Or, ce qui est possible des races est possible des espèces. Gomme il y a des traits communs entre les races, il y en a entre les espèces. Donc on peut admettre aussi les souches communes (genres), puis, au-dessus des genres, des souches plus générales encore. On arrive ainsi au protoplasma. Et comme dans la même espèce la lutte pour la vie et la sélection ont fait dépérir le type faible et fiiit prévaloir le type fort, et par là élevé le ! niveau de la race, l'induction permet d'attribuer aux: mêmes facteurs l'ascension de certaines espèces aumi-î lieu des genres, l'ascension de certains genres au milieu | de l'embranchement. I

Eh bien! je veux être accommodant. Je vais accorder | tout cela. Ce ne sont que des hypothèses. Mais elles ne i me gênent pas, pourvu qu'on me laisse poser uneques-j

tion. Y a-t-il ou n'y a-t-il pas, au fond de cette lutte pour

la vie, une tendance à vivre ? Y a-t-il ou n'y a-t-il pas, au

fond do celte sélection, un plan, une idée, qui trace la

) direction du moins fort vers le plus fort, du moins viable

j vers le plus viable?

! Si oui, c'est la finalité. L'intelligence ne sera pas dans jles vivants, soit! Elle sera dans le système qui les 1 entraîne vers la vie. Avec cela je veux bien être darwi- I niste.

I Si non, c'est impossible, c'est l'effet sans cause^ c'est le I plus qui sort du moins.

I Et remarquez-le ! Nous n'avons encore vu que la I moindre partie de la difficulté.

! Pour s'élever des organisations inférieures aux supérieures, il faut une tendance et un plan. Et la lutte et la sélection ne peuvent pas eu tenir lieu. Toutefois^ je reconnais qu'elles sont des facteurs importants. Mais il y a un commencement à tout. Si la vie supérieure est née I de la vie inférieure par la lutte et par la sélection, comi ment est née la vie inférieure? Gomment s'est fait le pasj sage de l'inorganique à l'organisé, de l'inerte au vivant ? I Qai a lutté pour vivre, quand nul ne vivait? Qui a fait la I sélection des formes les plus favorables au développe- ! ment vital,quand la force vitale n'apparaissait nulle part? i Dans la sélection artificielle, dans l'industrie de l'élevage, > ce soQt des qualités qui s'ajoutent les unes aux autres < par le rapprochement des sujets bien choisis : rien d'étonnant à ce que le produit soit supérieur aux facteurs. Dans la soi-disant sélection naturelle, si on l'admet, c'est la même chose; on suppose que les sujets rapprochés par le hasard et par l'instinct de la lutte pour la vie sont réellement pourvus des qualités vitales qu'ils doivent transmettre et accumuler. Mais quand la vie n'existe pas, aucun rapprochement de facteurs non vivants ne peut la

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produire. On a beau mettre en contact deux arrangements moléculaires plus savants que les autres, mieux préparés pour faciliter la vie; la vie ne sera pas engendrée. La génération est un acte vital, l'acte suprême de la vie. Faire sortir la génération de ce qui est inorganique, c'est manifestement tirer le plus du moins et poser un effet sans cause.

D'ailleurs, l'arrangement moléculaire n'a rien à voir avec l'origine de la vie. S'il en était ainsi, un cadavre serait plus près de vivre qu'un embryon, et le mannequin de M. Auzoux serait mieux préparé à la vie qu'un germe. Quand Darwin nous fait remonter par les traits communs des espèces aux genres et des genres aux grands embranchements, il élimine dans cette marche ascendante un nombre toujours croissant de conditions organiques de la vie, pour arriver à ce protoplasma élémentaire où rien ne trahit au dehors l'aptitude à vivre. L'aptitude vitale de la cellule amorphe n'est pas une aptitude organographique, puisqu'elle n'a pas d'organes; ce n'est pas une aptitude de combinaisons, c'est une aptitude immanente, qui n'a de réalité que dans son rapport idéal avec le développement qu'elle doit opérer un jour sur elle-même en s'assimilant l'extériorité. Le passage de \ l'inorganique à l'organisé ne se fait pas du plus com- j pliqué des cristaux au plus humble des organismes. Il ' n'y a aucune communication de l'un à l'autre. Un beau ' cristal de soufre est un savant assemblage, mais impropre à la vie ; un germe caché dans la matrice d'une femelle est une cavité rudimentaire, mais qui a la vie en puissance. Pour lui donner la vie en acte, il faut que ce germe soit fécondé par un vivant. Concevoir une cavité inorganique qui lutterait sourdement pour devenir une cavité cellulaire, c'est concevoir l'absurde.

En résumé, l'hypothèse de Darwin peut être essayée

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pour expliquer la conservation et le progrès de la vie dans les espèces déjà constituées. Elle faiblit quand il s'agit d'expliquer l'ascension des formes spécifiques. Quand on veut s'en servir pour expliquer la genèse de la vie, elle aboutit à l'impossible.

Je crois, Messieurs, avoir montré clairement : 1° que les conditions d'existence, bien loin d'exclure la finalité, s'harmonisent merveilleusement avec elle; 2° que les conditions d'existence sans la finalité sont impuissantes à expliquer l'ordre là où il est complexe, par conséquent et surlout la vie; 3' que les perfectionnements de Darwin n'ajoutent pas à cette théorie des conditions d'existence ce qui lui manquait, ce qui lui manquera toujours pour rendre compte sans unité de ce qui ramène lout à l'unité, sans intelligence de ce qui est scientifique, sans intention de ce qui est intentionnel.

Le contact permanent de la Métaphysique et de l'expérience.

[Conclusion de l'étude préliminaire sur la Causalité» Leçon XVI.)

...Les lois disent comment les causes agiî^sent, elles n'expliquent ni pourquoi elles agissent, ni d'où leur vient cette énergie...

Donc les lois ne suffisent pas à expliquer les phénomènes.

Les phénomènes sont des actions, les actions supposent des agents ou des causes, et ces agents ou ces causes ont eux-mêmes besoin d'être expliqués.

Gela posé, il n'y a plus que deux explications possibles : ou la série des causes cosmiques suffit à expliquer tous les termes qu'elle contient, ou il y a en dehors de la série

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uno Cause traiisceiidantale, première, isolée, de laquelle procède toute la causalité dérivée.

Nous voici arrivés au vif du problème, el nul de ceux qui nous ont suivis ne peut plus se soustraire à la nécessité de l'examiner avec nous... Nous chercherons la solution la prochaine fois.

Aujourd'hui, remarquons en terminant que nous sommes parvenus à ces hauteurs métaphysiques, sans avoir perdu le contact avec l'expérience.

Sans doute nous avons analysé des concepts de notre esprit, mais qui s'éveillaient en nous à l'occasion des réalités perçues; nous avons manié des notions abstraites, mais dont nous pouvions toujours vérifier la correspondance avec les faits.

Quand nous affirmons contre les idéalistes la réalité des substances, nous avons pour nous le témoignage de notre sens intime qui nous atteste l'identité du moi sous la succession de nos modes, et nous prépare à reconnaître en dehors de nous la même permanence delà substance. Nous avons également pour nous la science qui construit §ous le regard de notre esprit un monde objectif et dynamique, fort différent des apparences phénoménales qui affectent nos sens.

Quand nous affirmons la réalité et l'activité des causes, nous avons pour nous la conscience de notre propre causalité, et le témoignage de la science qui ne se contente pas de lier les phénomènes par des lois, qui détermine la capacité d'action des causes en mesurant leurs forces, et qui soumet cette mesure au calcul sous le contrôle de l'expérience.

Ainsi nous montons de la région physique à la région métaphysique, mais nous ne nous perdons pas dans la chimère. Nous ressemblons à un aéronaute prudent qui, en s'élevant dans les airs, déroulerait un fil conducteur

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par où il se maintiendrait en communication télégraphique avec le sol.

Si cette méthode sûre et sévère nous conduit à la Cause première, nous aurons fait, quoi qu'on dise, œuvre scientifique, pourvu qu'on veuille conserver au mot science son grand sens et désigner sous ce beau nom, non pas tel ou tel procédé de laboratoire, mais l'effort de l'esprit humain déployant toutes ses ressources dans la conquête de la vérité.

Comment nous connaissons la Cause première.

{Conclusion de l'argument de causalité.

Fragments de la Leçon XVIII.)

...Il est donc vrai, Messieurs, nous sommes contraints d'affirmer Dieu... L'emploi combiné dos procédés empiriques et rationnels nous conduit forcément jusqu'à cette proposition : Dieu est, qui est l'abrégé de cette autre : // existe une Cause transcendante de tout ce qui est.

Ainsi le point do départ est l'expérience, le processus est l'indaclion rationnelle, le terme est un jugement — un jugement et non pas une idée.

C'est par là que nous nous distinguons des idéalistes, d'une part, des Cartésiens, des ontologistes de l'autre. Dieu me garde de les confondre. Les premiers nient Dieu concret et personnel, les seconds le proclament et l'adorent comme nous. Mais il nous semble que le procédé de ceux-ci ne diffère pas assez du procédé de ceux-là et ne leur donne pas logiquement le droit de conclure dans le sens de leurs croyances. Eneil'et, pour les idéalistes, Dieu est l'idée du monde, ce que la raison pense tandis que les sens observent le monde. Pour les métaphysiciens de l'école intuitive, Dieu est l'Etre parfait dont la notion,

toujours présente à notre esprit, devient réflexe et consciente à l'occasion des réalités perçues au dehors. Dans l'un et l'autre systèmes^ Dieu est l'objet direct d'intuition rationnelle, la donnée empirique ne fournit que le stimulus...

Pour nous, fidèles à la méthode que nous a tracée saint Paul, qu'ont suivie avant nous tous les Pères de l'Église sans exception, que saint Thomas a préconisée comme la seule bonne, ne craignant pas de se séparer en cela de son illustre émule saint Bonaventure, enfin qu'a consacrée le Concile du Vatican, nous n'avons pas montré Dieu^ nous l'avons induit, comme l'explication nécessaire et seule : suffisante de l'ordre du monde (c'est l'argument de finalité) et de l'être du monde (c'est l'argument de causalité). Notre point d'arrivée est un jugement : Il existe une Cause transcendante de tout ce qui est. Et dans cette proposition^ le sens que nous attachons au sujet est déterminé par le rapport de ce sujet avec ce qui nous est connu par l'expérience. Quelle est celte Cause transcendante? Je rignore. Je ne La vois pas. Elle est derrière la toile. Elle est le peintre invisible dont j'admire le chefd'œuvre. Elle est la main puissante mais cachée qui soutient l'univers, le moteur inaperçu qui met en branle toutes les forces de la nature. Que sais-je de celle cause ? Rien, sinon qu'Elle est^ puisque je vois son ouvrage, puisque sans Elle ce qui est serait inexplicable. Ou, si je puis esquisser quelques uns des traits qui la caraclérisent, ce ne seront pas des traits de ressemblance, mais des traits de désignation. Sachant par les effets l'existence de la Cause, je sais du même coup qu'Elle possède tous les attributs sans lesquels Elle ne sufiirait pas à son . rôle de Cause première : je sais ainsi qu'Elle est nécessaire, parfaite, infinie, intelligente, librc^ puissante, etc.. \ Nous aurons, JMessicurs, à retracer cette série des per-

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fections divines telle qu'elle se déduit, par voie d'analyse, de la notion de Cause transcendante. Mais ici encore, comme lorsqu'il s'agissait de son existence, nous affirmons, nous jugeons, nous ne voyons pas.

I Dès lors, Messieurs, ne voyez-vous pas quelle est i notre force? Aux matérialistes qui nous disent : On n'a j jamais vu Dieu, nous répondons : C'est vrai, mais on j voit ce qui L'atteste. Aux positivistes qui nous disent: I La Cause est insaissisable, nous répondons : Dans son i opération, soit! mais non dans ses effets. Aux empij ristes qui nous disent : Vous actualisez des hypothèses; I vous objectivez de pures conceptions de votre esprit, i nous répondons : Nullement ! Pas plus qu'en affirmant ! la présence d'un ami caché dont j'entends la voix. Aux i idéalistes qui nous disent : Votre Dieu est comme le I nôtre, c'est la Catégorie de laPerfection, nous répondons: j Point du tout ! Notre Dieu est parfait sans doute, mais d'une perfection concrète et que notre esprit n'atteint ' pas -, seulement nous avons des raisons décisives d'affirmer qu'il la possède, faute de quoi II ne pourrait pas être la Cause de tout ce qu'il a fait.

Ainsi, Messieurs, et ainsi seulement peut être sauvée la vérité objective de notre affirmation touchant l'existence de Dieu. Le monde existe : voilà une vérité objective. Donc existe aussi Celui sans qui le monde ne pourrait exister. La conclusion n'est pas moins objective que l'antécédent. Le Dieii de la. raison, c'est le Créateur, et tout ce que nous savons de son Être, c'est ce qui est impliqué dans la notion du Créateur... Et cela est si vrai que, si l'on dépasse la sphère des rapports réels ou possibles de Dieu avec la créature, la raison devient absolument muette. La Révélation seule peut nous dire quelque chose de la vie divine.

Et ce qui fait l'objectivité de notre affirmation touchant

l'existence de Dieu^ maintient la pureté du concept que nous nous formons de Lui. Dieu est créateur, donc personnel : point d'idéalisme... Dieu est Créateur, donc supérieur à son ouvrage : point d'énianatisme... Dieu Créateur^ doue distinct et indépendant : point deSpinozisme... Il me faut cela pour adorer. Si Dieu est dans le monde, c'est encore moi qui suis ce que je vois de meilleur au monde. Mais le Dieu qui m'a fait est plus grand que moi. Il me domine, Il me supporte. Il fait de même pour tout être. 11 est le Seigneur ; c'est le Seigneur qui est Dieu : Dominus ipse est Deus.

Comparaison de la doctrine de la Création avec les autres systèmes cosmogoniques. Antinomies apparentes et contradiction réelles.

[Leçon XXII.)

On peut, en présence du monde :

Ou ne donner aucune explication : Positivisme.

Ou en donner une grossière et manifestement insuifisante : Mécanisme Epicurien.

Ou admettre une causalité immanente : Panthéisme.

Ou admettre une causalité transcendante : Théisme,

Le choix n'est à faire qu'entre les deux derniers systèmes. Et ce choix nous l'avons déjà fait.

Seulement le Théisme repose sur l'idée de Création. Et cette idée est obscure. On lui reproche même d'impliquer contradiction. Nous avons vu que non.

1° Parce qu'on entend mal le ex nihilo ;

2° Parce que la contradiction n'est, ni dans l'agent, ni dans le terme, ni dans le rapport;

Pas dans l'agent (Il possède éminemment tout ce qu'il donne).

Pas dans le terme (Aucune résistance du néant).

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Pas dans le rapport (C'est la causalité à sa plus haute puissance).

Mais nous ne nous contenterons pas de cette réponse. Puisqu'on nous oppose les antinomies de la causalité transcendante, nous avons le droit d'examiner celles de la causalité immanente. D'un côté, simple apparence d'antagonisme ; de l'autre, contradiction réelle.

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