‹ MélangesChapitre 63 sur 104 · I. — Antinomies de la causalité transcendante · texte numérisé non relu

I. — Antinomies de la causalité transcendante

l""*^ Antinomie. — La créature sort de Dieu, car elle est l'œuvre de sa puissance.

Elle ne sort pas de Dieu, car Dieu reste le même après la création.

Réponse. — Elle sort de Dieu quant à l'existence. Elle reste en Dieu quant à l'essence. — Quod faclum est in ipso vitaeral. — Comparaison de l'œuvre et de larliste : la pensée de l'artiste reste la même après l'exécution de l'œuvre.

2^ Antinomie. — La création est libre, c'est l'hypothèse.

Elle est nécessaire, car elle l'acte d'un Etre qui n'a rien en puissance.

Réponse. — Je nie que la création soit nécessaire. Elle n'est pas l'acte essentiel de Dieu ; elle est son effet.

3^ Instance. — La création n'est pas l'acte essentiel de Dieu.

Elle n'est pas son acte accidentel, parce qu'il n'y a pas d'accident en Dieu.

Donc elle est son acte impossible.

Réponse. — Tout le contingent est dans l'effet, tl ne passe rien de l'acte de Dieu dans la créature.

A^ Antinomie. — La création commence, puisque l'effet lest contingent.

Elle ne commence pas, puisque la cause est éternelle.

Réponse. — Deux opiuions. : 1"" La création peut être éternelle, mais logiquement postérieure à la cause. Saint Thomas dit qu'on ne peut pas rationnellement prouver le contraire.

2° La création a commencé et alors une volonté éternelle a eu un effet temporaire. Pas de contradiction. Du sein de son éternité simultanée, compréliensive, Dieu veut que le monde commence et soit successif. La succession est dans l'effet sans être dans la cause. Donc aussi le commencement.

5^ Antinomie. — La création est l'œuvre d'un Dieu bon.

La création est l'œuvre d'un Dieu mauvais.

Trois solutions : le dualisme. — Absurde : Deux infinis.

L'optimisme. — Arbitraire.

Vraie solution : La création est d'un Dieu bon, dout l'œuvre nous est parfaitement connue.

IL — Contradictions de la causalité immanente.

i'*' forme : Unité de substance. — Ici, la contradiction est partout :

a) L'un est multiple. Unité de substance, supportant à la fois des modes divers et opposés, et les supportant nécessairement... Si la substance unique est nécessairement intelligente, elle ne peut pas être nécessairement inintelligente. Le seul moyen de la concevoir se prêtant ainsi aux contraires, c'est de lui ôter sa réalité, de retomber dans l'idéalisme. Une substance concrète ne peut f| pas être le fond commun de toutes choses, parce que ce fond commun contiendrait des choses qui s'excluent. ,,1

COURS DE THÉODIGÉE 197

h) Le changeant est nécessairCj ce qui revient à dire : le contingent est nécessaire.

c) Le parfait est imparfait, et réciproquement^ car cette substance unique^ épuisant toute réalité, est le seul substratum possible de l'idée de perfection, et cependant, elle est actuellement et essentiellement engagée dans toutes les imperfections de ses modes...

d] Le personnel est impersonnel . Je me sens une personne, et cependant, je ne suis pas même une substance, etc., etc.

2" forme: Emanatisme. — Doctrine séduisante, qui prétend éviter deux écueils : Técueil du positivisme qui, par l'évolution sans principe, tire le plus du moins, celui du Théisme^ qui tire tout de rien.

Mais au contraire, c'est cette doctrine qui tombe dans la contradiction.

La substance primordiale est parfaite, puisque tout dérive délie. Elle est imparfaite, puisque son développement nécessaire engendre l'imperfection.

(Dans notre doctrine, la production du monde imparfait est libre, elle n'accuse donc pas l'insuffisance de la perfection de la cause. Quand je n'épuise pas toute ma force, on ne peut conclure de la petitesse du résultat à la petitesse de ma force ; il en est autrement, si je l'épuisé. . .)

3^ forme : Idéalisme. — Ici tout paraît simple. L'idéal se prête à tout. Il est la plus commode des unités à mettre sous la variété.

Cependant aune condition : c'est qu'on ne lui demandera pas de jouer le rôle de cause (monisme pur). Alors tout va bien, sauf que tout demeure inexpliqué et inexplicable. Mais si l'on cherche la cause, l'Idéal ne peut la fournir que par une contradiction. Car l'Idéal, en tant que cause, a dû préexister a ses effets. Et cependant, il attend que le dernier de ses effets soit produit pour trouver une

intelligence qui lui fournisse une résidence et une réalité.

Ainsi, contradiction partout.

Comparons maintenant les antinomies du Théisme et celles du Panthéisme.

Le Théisme se prouve directement et, une fois établi, il présente deux graves difficultés (logique, morale) ; rapports de l'acte pur avec le contingent ; rapports moraux du Dieu bon avec le monde mauvais.

Ces deux difficultés portent sur le mode d'action de la cause première. Elles s'expliquent a priori par l'impossibilité d'expérimenter une semblable causalité.

Le Panthéisme ne se prouve pas, il s'affirme, c'est une hypothèse cosmogonique. Et ce qui implique contradiction, c'est le principe même de cette hypothèse, qui identifie dans un même fond d'être les attributs opposés. . .

L'Être divin. Synthèse de l'Idéal et du Réel

{Conclusion, Leçon XXI II et dernière du "^ juin 1881.)

Messieurs,

Voici plus de quatre mois que nous nous occupons de l'existence de Dieu. Si le travail de cette démonstration s'est prolongé au delà de nos prévisions, pour ma part, Je n'y ai point de regret. Je vous disais, en commençant, que l'existence du Dieu créateur, du Dieu personnel et vivant, est la grande question du jour... Quand une vérité est à labasede la raison humaine et qu'elle est mise en doute au nom de la science et du progrès, il n'y a rien de plus important au monde, il n'y a rien de plus pressé que d'affermir cette base, ou plutôt d'en montrer la fermeté.

Je n'ose me flatter, Messieurs, d'y avoir réussi, et pour-

tant il est une conviclion qui^ je l'espère, se dégage pour

1V0US tous de ce que nous avons dit ici : c'est que la doctrine du Dieu Créateur et personnel, qui a été un progrès manifeste par rapport aux cosmogonies antiques, est et demeure un progrès par rapport aux formes modernes de la philosophie séparée. En face des positivistes qui désespèrent du problème des origines, en face des matérialistes de l'école mécanique qui le résolvent par la plus infirme des explications, en face des panthéistes de toutes nuances qui le résolvent par la causalité immanente^ la solution théiste n'a rien à craindre du contrôle de la science, ni des sévérités de l'analyse rationnelle. Appuyée sur l'expérience, conduite par l'induction, la raison humaine entre légitimement en possession de cette vérité : il existe, en dehors du système cosmique, une cause préexistante, principe de l'ordre qui groupe les faits et de l'être même qui les supporte. Si son mode d'action demeure obscur, son action même est indéniable et atteste la réalité de son être. L'esprit humain est à la fois attiré et ébloui par sa lumière. Et quand, fidèle à reconnaître ce que Dieu révèle de Lui-même, il prend humblement son parti d'adorer, sans le comprendre, ce que ce Diea lui cache encore, il est payé de son sacrifice par de nouvelles clartés. Une seule cause lui donne la clef de tout ce qui est, et toutes les apparentes antinomies qui faisaient le tourment de sa pensée trouvent leur solution et leur synthèse dans le rapport de toutes choses à l'Être qui les contient et qui les dépasse.

Je voudrais. Messieurs, en terminant ce cours, vous laisser sous l'impression de cette supériorité delà solution théiste. Et pour cela je m'efforcerai de serrer, du plus près possible^ la notion qu'elle nous donne de l'Etre divin.

Il est un mot que nous avons prononcé souvent quand

nous cherchions la cause première : c'est le mot transcendant. C'est en effet le mot caractéristique de l'Être divin dans la solution théiste.

Que le monde soit une échelle immense où Fêlre, la force, la vie, la pensée, la perfection relative marquent des degrés divers à l'infini, c'est ce qu'un coup d'œil jeté autour de nous suffît à constater. Mais quand on cherche la cause de tout cela, la question est de savoir si, pour la trouver, il suffit de monter jusqu'au degré le plus haut de la série, ou s'il faut sortir de la série même. Les panthéistes disent qu'il est inutile d'en sortir, que la cause est dans le système même. Nous avons montré que le système ne peut ni être sa propre cause, ni la contenir, et que dès lors il faut, par une ascension suprême, franchir les limites du système, monter au delà {ascendere trans) pour trouver la raison d'être qui suffit à tout.

C'est donc par un procédé de transcendance que nous découvrons la cause première, et voilà pourquoi, la désignant par le procédé qui la découvre^ nous l'appelons transcendante .

Par la même induction qui nous apprend quelle est, nous savons que son être ne peut pas être engagé dans le cercle d'actions et de réactions réciproques qui constitue l'être des choses cosmiques. Et nous formulons avec sûreté cette assertion : L'êlre de Dieu est iranscendantal.

Il faut maintenant nous emparer de cette formule et en tirer tout ce qu'elle contient de lumière sur 1 Etre divin.

Remarquons d'abord que par là nous demeurerons lidèles à la méthode que saint Paul et après lui toute la tradition patrologique et scolastique nous ont léguée, et d'après laquelle il faut chercher Dieu à travers ses œuvres. Cette fois, ce n'est plus le fait de l'existence de Dieu que nous cherchons, c'est sa nature; et nous la f cherchons encore à travers ses œuvres, tantôt par voie de

ressemblance, tantôt par voie de contraste. Nous ne perdons pas le contact avec la réalité observable, et si nous la dépassons, ce n'est pas pour entrer dans le pays des rêves.

Dieu est transcendant : cette vérité est féconde. Elle contient des significations à l'infini. Ramenons les à quatre principales.

Dieu est transcendant: c'est-à-dire Acte pur, perfection éminente, en dehors et au-dessus de tout enre, synthèse vivante de l'Idéal et du Réel.

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