INTRODUCTION A LEXPOSÉ DE LA DOCTRINE CATHOLIQUE
Il reste donc un vide à combler. Dans ce siècle agité, une contradiction violente semble opposer la vie humaine à elle-même. Si vous la regardez par le dehors, tout appartient à la matière ; la science même n'a pas d'autres visées que de deviner et d'exploiter la nature. Les découvertes du génie moderne ne font qu'accélérer la course impétueuse qui précipite les hommes à la conquête du bien-être physique. L'esprit ne rougit pas d'accepter ce rôle subordonné, il s'en fait gloire, et dédaigne, comme manquant de réalité, tout ce qui échappe aux étreintes de l'expérience. Oui; mais si l'homme peut s'ignorer, il ne peut pas changer le fond de son être. Regardez au dedans, et vous retrouverez, cliez les tenants les plus décidés de la philosophie positive, les imprescriptibles besoins de notre nature morale. Ayant rejeté d'avance la solution chrétienne, ils n'osent pas avouer qu'ils ont eu lort, et les voilà qui s'essayent à la remplacer par des créations rivales. Un Auguste Comte, un Littré se font inventeurs de religion et de culte. D'autres reculent devant la vanité d'une telle entreprise; mais il n'est pas en leur pouvoir d'apaiser la faim qui les tourmente. Peut-être accusent-ils le christianisme de troubler leur repos par le seul contraste de ses affirmations sereines avec leurs doutes inquiets. Alors ils rêvent de l'exterminer pour asseoir la paix de l'esprit sur les ruines de toute croyance. De là une guerre à mort, poursuivie à travers tout ce qui compose la vie d'un peuple, la littérature et la science, la finance et la politique, la législation et la jurisprudence. La foi menacée résiste,, le pays se parlage en deux camps, et l'on arrive à ce résultat inattendu que l'époque sceptique entre toutes, celle qui se flattait d'assister aux funérailles des dogmes, devient par excellence l'ère des luttes religieuses et des conflits de doctrines.
Par là les questions dogmatiques reprennent aux yeux
des plus indifférents une importance sans égale. On ne peut plus rester neutre : le suffrage universel, en nous faisant électeur, nous oblige d'appuyer, au moins d'un vote, persécutés ou persécuteurs. Un secret instinct avertit tous les hommes sages, tous ceux à qui l'expérience de la vie suggère des idées de conservation, que la cause chrétienne est liée aux intérêts sociaux: que la disparition du christianisme laisserait un //ia^w5 formidable dans les rapports des hommes entre eux ; que la paix publique a besoin de l'honnêteté individuelle, et que seule la religion du Christ donne à la morale les deux choses dont l'absence la laisserait sans force : une autorité pour fonder ses préceptes^ une sanction pour les faire respecter. Mais pour peu que les hommes qui font ces réflexions soient sincères, ils ne s'en tiendront pas à cette vue superficielle du problème; ils voudront savoir si la doctrine nécessaire est aussi la doctrine vraie ; ils rougiront de conseiller aux autres ce dont ils ne voudraient peut-être pas pour eux-mêmes, ils se trouveront ainsi ramenés à l'étude de la religion, mais dans quelles conditions tourmentées ! avec quelle impuissance d'approfondir! avec quelle hâte de conclure! En vérité c'est une situation étrange et qui appelle des secours appropriés.
Si la vérité chrétienne ressemblait aux théories philosophiques, je ne verrais aucun moyen de donner à ces chercheurs honnêtes, mais pressés, l'assistance qu'ils réclament. La conquête de la science ne se fait pas sur commande ; les procédés hâtifs y sont d'un médiocre usage, et les solutions auxquelles s'arrête le penseur valent d'ordinaire ce qu'elles lui ont coûté.
Mais ne l'oublions pas : pour nous chrétiens (et celui qui doute encore peut bien accepter cette donnée comme une hypothèse), la foi n'est pas la conclusion d'un théo-
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rème^ ni le terme d'une induction. La foi est une adhésion de rame à une vérité vivante qui agit sur elle et la meut tout entière. Les raisons de croire ne sont pas la croyance; elles la rendent raisonnable^ elle la font possible, elles ne la créent pas. La foi est une vie surnaturelle de la pensée. Comme toute vie, elle a son germe, principe latent qui dort enveloppé jusqu'à l'heure où les circonstances favorables l'appellent à la lumière. Déposé dans l'âme par le baptême, ce germe delà foi trouve dans l'éducation chrétienne un premier développement. Mais trop souvent le vent du siècle ilétritla jeune plante, l'atmosplière,glaciale d'une société sceptique devient pour cette vie supérieure un milieu mortel. Toutefoislamort spirituelle n'est jamais définitive ici-bas. Replacée dans des conditions propices, l'âme endormie sentira s'éveiller dans ses profondeurs le frémissement oublié de la vie divine.
Quelles seront ces heureuses conjonctures? Il faudra les chercher de plusieurs côtés à la fois. Les dures expériences de l'existence humaine, les démentis sévères donnés par l'événement aux illusions des systèmes, l'intuition des périls effroyables où l'irréligion précipite les sociétés, voilà autant de préparations salutaires qui inclinent l'âme vers la vérité révélée. Vienne alors l'ami véritable, celui qui possède le trésor de la croyance et qui a connu le mal du doute, celui qui sait compatir aux tourments de la pensée inquiète et qui peut lui offrir un aliment solide! Qu'il se présente, non dans l'appareil du critique qui discute, mais sous les traits du guide bienveillant qui montre la route ! Qu'il dise avec clarté ce que la religion répond aux interrogations de l'esprit et aux appels désespérés du cœur ! Qu'il précise le détail et qu'il fasse apparaître l'ensemble ! Qu'il montre les harmonies admirables de l'enseignement divin! Que surtout, à la rencontre des sublimes excès de l'éternel amour, il ne
craigne pas d'appeler la bonté de l'homme au secours de la raison pour lui faire accepter les inventions delabonté infinie! Oh! alors la cause de la foi sera bien près d'être gagnée. L'âme sentira que la vie rentre eu elle, et ce ne sont pas quelques arguties de critique qui l'empêcheront de s'épanouir au soleil de Dieu.
Lecteur, je crois pouvoir vous le dire, cet ami, cet introducteur, c'est le livre que je vous présente. Ouvrez-le avec un désir sincère do mieux connaître cette grande religion du Christ, qui est avant toutes choses la religion de l'amour. Un habile écrivain se complaisait naguère à nous raconter comment il avait perdu la foi; il en donnait au public ébloui toutes sortes de raisons spécieuses. Il y a uneexplication qu'il n'a pas fournie, et qui me venait à chaque instant sur les lèvres, en parcourant ces pages séduisantes et perfides : cet homme n'a vu dans la religion de son enfance que des doctrines et des pratiques; il n'a jamais été chrétien avec toute son âme, parce qu'il ne la pas été avec son cœur. Malheur, disait Bossuet, à la connaissance stérile qui ne se tourne pas à aimer ! Du temps de Bossuet, dans un milieu tout imprégné de surnaturel, une telle façon de croire pouvait n'être que stérile ; aujourd'hui, elle est impossible.
Vous lirez donc ce livre avec toute votre âme : avec votre raison d'abord; et vous y apprendrez, dans la première partie, ce que c'est que la foi; comment Dieu parle aux hommes; quelle est pour des catholiques la valeur des Livres sacrés, quelle est l'autorité de l'Eglise, sa mission, sa situation parmi les sociétés humaines et sa façon d'entendre envers celles-ci ses devoirs et ses droits. Que de préjugés tomberont à cette lecture! Qu'il vous arrivera souvent d'avouer en secret que vous ignoriez ce que vous pensiez savoir ! Une seconde partie vous fera parcourir tout le cycle de la vérité révélée. Vous trouverez sur votre
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chemin une belle philosophie, élevée et pratique, familière avec l'idéal et amie de l'expérience. Vous vous étonnerez d'apprendre, eu passant, que l'abime chaque jour plus profond, qui s'ouvre entre le spiritualisme classique et la science, a été creusé par des mains imprudentes en dépit des avertissements de l'Eglise, el que les conceptions spiritualistes, auxquelles elle a de tout temps réservé ses préférences, sont les seules aujourd'hui qui se prêtent sans éclater aux nouvelles façons d'envisager la nature. Une troisième partie fera passer sous vos yeux, en quelques pages, le tableau complet de la morale chrétienne : merveilleux ensemble où la conscience reconnaît, avec une joie profonde, la raison de toutes les dictées intérieures qu'elle répétait sans les comprendre. Ce dernier morceau est peut-être celui où l'auteur a le moins mis du sien; c'est une table des matières bien faite, où vient se résumer la doctrine des théologiens moralistes. Pour cette raison même, j'appelle sur ce bref traité de morale toute l'attention des hommes de bonne foi : qu'ils comparent cet enseignement ferme et précis, vigoureux et sage, aux déclamations de ceux qui rêvent une morale d'instinct, de sentiment et d'habitude, et qu'ils disent, en fermant le volume, de quel côté sont les garanties de la vertu individuelle et de la paix sociale !
Mais l'esprit ne suffit pas à cette lecture. Il faudra lire aussi avec votre cœur. Et vous le ferez naturellement, parce que l'ouvrage vous réserve de ces surprises où le cœur, saisi au dépourvu, ne sait pas se défendre et se livre à l'écrivain qui a laissé parler le sien. On ne vous démontrera pas l'existence de Dieu, mais on vous dira comment on s'exhortait soi-même, aux heures poignantes du doute, et par combien de chemins convergents on revenait sans cesse à la Raison suprême et au souverain Amour. On ne vous détaillera pas les preuves théologi-
ques de la présence réelle ; mais on vous parlera de la divine Eucharistie de telle façon, qu'il vous semblera plus facile d'y croire que de concevoir un degré possible où n'aurait pas atteint l'amour de Dieu pour les hommes. On ne suivra pas, en remontant de siècle en siècle, les traces de la tradition qui établit lïnstitution divine de la confession auriculaire ; mais on entrera dans votre conscience, dans votre cœur, et l'on vous forcera d'avouer qu'il fallait avoir créé l'un et l'autre, pour inventer cette merveilleuse façon de punir le péché et de pardonner au pécheur.
J'ai fini ; car je ne dois point oublier que je n'ai à faire ni l'éloge ni la critique de l'ouvrage, mais à y introduire le lecteur. Nous lisons dans l'Évangile de saint Jean * qu'un jour Jean-Baptiste, voyant passer Jésus, dit à deux de ses disciples : Voiri l'Agneau de Dieu. Les deux disciples quittèrent alors leur maître^ s'attachèrent aux pas de Jésus et, l'abordant enfin, lui demandèrent où il demeurait. Jésus leur répondit: « Venez et voyez. » Ils vinrent, ils virent, ils passèrent avec lui tout le jour; et l'un d'eux, qui était André, rejoignit ensuite son frère Simon et lui dit : jXous avons trouvé le Messie.
Et nous aussi, lecteur, nous vous adressons la parole de Jean-Baptiste : Voici VAgneau de Dieu. Peut-être n'avez-vous jamais connu Jésus-Christ. Peut-être, et c'est le plus probable, l'ayant connu, vous l'avez oublié et vous avez fini par le méconnaître. Vous avez redit à la légère ce que d'autres disent de parti pris et comme pour écarter un rival : Jésus est un homme comme les autres. En êtes-vous bien sûrs? Hommes du monde, hommes d'affaires ou de plaisirs, hommes de la vie positiAC, qui ne jugez guère par vous-mêmes, qui vous en rapportez à la