‹ MélangesChapitre 79 sur 104 · JoAN, I · texte numérisé non relu

JoAN, I

INTRODUCTION A l'EXPOSÉ DE LA DOCTRINE CATHOLIQUE 255

science d'aatrui quand il s'agit de nier l'Invisible, pourquoi n'écouteriez-vous pas un témoignage qui, d'avance, n'apparait pas plus méprisable, car il est le témoignage des siècles, il a pour organes privilégiés les plus désintéressés, les plus purs et les meilleurs parmi les hommes ? Ce témoignage, c'est celui du Précurseur, celui qui, au lieu de nier, affirme l'Invisible, celui qui vous désigne Dieu caché sous les traits de l'homme et vous fournit de ce déguisement étrange la mystérieuse et ravissante explication de l'amour. D'ailleurs, je ne vous demande pas de nous croire sur parole; je vous supplie seulement d'y regarder un peu. Imitez André et son compagnon. Allez trouver celui qu'on vous désigne, demandez-lui où il demeure, en quel pays il transporte ceux qui s'attachent à ses pas. Est-ce, comme le prétendent ses adversaires, au pays de la chimère et du mythe, parmi les enfantillages de la superstition et les naïvetés de l'ignorance ? Est-il nécessaire, pour le suivre, d'abdiquer sa raison et de I tourner le dos à la science ? Est-il vrai que, si le passé est plein de lui, l'avenir le repousse et que le présent lui signifie son congé? Pour juger de tout cela, il faut savoir au juste ce qu'il enseigne, et connaître aussi ce qu'il donne. Jésus vous attend, et il vous dit comme autrefois : Venez et voyez.

Répondant à cette invitation, les deux disciples de Jean-Baptiste passèrent avec lui tout un jour. Faites donc, vous aussi, un essai de vingt-quatre heures. Il ne vous faudra guère davantage pour achever ce livre, qui vous aura fait vivre pendant ce temps en la compagnie du Maître. Et je serais bien surpris si plusieurs parmi vous, en revenant de ce colloque avec Celui qui a tant aimé les hommes, ne redisaient aux anciens compagnons de leur incroyance ou de leurs doutes la parole d'André à Simon : Nous avons trouvé le Sauveur !

La lutte entre les deux cités dont saint Augustin s'est fait l'immortel historien, se poursuit à travers les âges.

Au xvi^ siècle, elle s'était concentrée entre le Catholicisme et la prétendue Réforme ; au xvii'^ siècle, entre le vrai Catholicisme et le Jansénisme; au xvm^ siècle elle s'élargit, c'est la Révélation elle-même, c'est le surnaturel tout entier qui fournit à la secte des philosophes encyclopédistes l'objet de ses attaques. Cependant les fondements de la Religion surnaturelle tiennent encore : l'incrédulité prend Ja forme du Déisme.

Au XIX' siècle, la négation devient plus radicale. La philosophie allemande ouvre le feu contre la notion du Dieu créateur, et soit en absorbant la divinité dans la nature, soit en la reléguant dans un idéal sans réalité, elle sape par la base toute religion positive. Presque en même temps la critique allemande prétend ravir à la Révélation chrétienne la propriété des documents historiques qui l'appuient. Bientôt après, le Positivisme fait son apparition en France et en Angleterre et, par une voie parallèle, aboutit aux mêmes conclusions : la connaissance humaine ne dépasse pas les apparences : plus de substances, plus de causes, donc surtout plus de cause première, plus d'intervention volontaire dans la chaîne des phénomènes. Le surnaturel n'est pas seulement irréel, il est impossible.

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