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LES RAPPORTS DES DEUX POUVOIRS

11 y a donc deux pouvoirs ? Deux pouvoirs coexistant sur un même territoire, commandant parallèlement aux mêmes sujets ? C'est là ce dont le droit moderne ne saitpas prendre son parti, et en cela il n'est que trop semblable au droit ancien, je veux dire au droit antique, au droit païen. L'antiquité, sans doute, repoussait l'athéisme social, auquel se laisse entraîner de plus en plus lapolitique moderne. Mais, en reconnaissant les devoirs de l'État envers la religion nationale, les anciens croyaient bien faire de placer cette religion sous l'autorité exclusive de l'Etat, faisant ainsi du sacerdoce une magistrature pareille aux autres quant à son origine, bien que différente par ses fonctions. A vrai dire^ ils ne pouvaient éviter cette confusion, faute de notions précises sur la destinée d'outre-tombe et sur la manière d'y atteindre. Autant était vivace parmieux l'idée d'une sanction de la loi morale postérieure à la mort^ autant était vague la notion qu'ils s'en pouvaient faire, placés qu'ils étaient entre des fables puériles, qui seules déposaient en faveui: de la tradition, et une philosophie sceptique qui la décriait. Or l'autorité ne se conçoit pas sans la certitude : une autorité religieuse indépendante suppose une certitude religieuse qui offre à la croyance

individuelle un appui solide. Il était réservé au cliristianisQie de donner à chaque vie humaine cette invariable orienlalion versla destinée ultérieure. «Ne craignez c( pas, dit le Christ, ceux qui peuvent tuer le corps, mais « qui, après cela, n'ont plus de mal à vous faire. Je vais c{ vous apprendre qui il faut redouler : craignez Celui qui, « après vous avoir ôté la vie du corps, a le pouvoir d'en- « voyer votre âme dans réternelle prison ; oui, je vous le « dis, voilà Celui qu'il faut craindre ^ »

Il y a donc deux fins de la vie humaine: l'une qui doit être atteinte dans les limites de l'existence terrestre, l'autre qui ne peut l'être qu'au delà ; l'une qui passe, l'autre qui demeure; l'une qui dépend des hommes, l'autre qui ne dépend pour chacun que de son libre vouloir et de Dieu.-

De celte distinction en naîtune autre ; il yadcux obéissances ; l'une qui soumet l'individu aux hommes chargés de lui faire atteindre sa fin terrestre ; l'autre qui, en vue de sa fin ultérieure, ne le subordonne qu'à Dieu. Et il faut observerces deux obéissances: ((Rendez donc à César ce qui dû à César, à Dieu ce qui est dû à Dieu. »

C'en est fait : Vordre spirituel a pris naissance, et il n'appartiendra désormais à aucune puissance humaine de le supprimer ou de le confondre avec l'ordre temporel.

Qu'on le remarque en passant: ce n'est pas une servitude nouvelle qui vient d'apparaître, c'est une liberté, et la plus précieuse de toutes, la liberté de l'âme. Quand tous les pouvoirs étaient confondus dans la main de l'État, c'est-à-dire dans la main d'un homme ou de quelques hommes, l'assujettissement de l'être humain à ses semblables ne rencontrait pas de limites. Supposez un gouvernement investi de cette omnipotence^ il pourra tout

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