Luc. XII
exiger ; supposez-le assez fort pour vaincre la résistance, il pourra tout obtenir. Et ceux qui tenteront de soustraire à son étreinte quelciue chose de leur vie inlime passeront pour des séditieux et des rebelles.
Ainsi furent qualifiés les apôtres, la première fois que le sanhédrin voulut leur interdire d'annoncer le nom de Jésus. Ainsifurent traités pendant trois siècles les témoins héroïques qui ont soutenu dans les tourments leur droit de croire et de prier autrement que César. Et quand Thérésie^ au xvi^ siècle, et, plus près de nous, la Révolution ont ressuscité cette prétention de forcer le sanctuaire de la conscience^ c'est encore enqualité de séditieux que les meilleurs citoyens ontétédésignésauxdernièresrigueurs. Demandez à Henri VIII ou aux jacobins comment ils justifient leurs violences : l'Etat, diront-ils^ a tous les droits , nous avons puni des rebelles.
A cette formule du despotisme, de tous les despolismes, y compris celui de la multitude, la liberté chrétienne a toujours répondu : « Obéir à Dieu est plus nécessaire encore qu'obéir aux hommes. »
Obéir à Dieu ! Et comment Dieu parle-t-il? Il parle dans a conscience humaine, où il écrit les préceptes de la loi naturelle. Mais, puisque le chrétien a une fin surnaturelle, il a besoin encore d'un autre langage. Si sa religion demeure individuelle, il ne devra chercher qu'en lui même, dans un commerce mystique avec l'invisible, la révélation de sa destinée et des moyens d'y parvenir. Que de périls d'illusion !
Dieu y a pourvu. Il n'a pas laissé l'homme dans l'isolement de la religion privée, il a donné à la révélation, lès l'origine, la forme d'une institution sociale. Et quand 3St venue l'heure delareligion parfaite, celle dontleVerbe ncarné est le dispensateur, il a perfectionné cette forme sociale, il en a affermi les bases sur d'immuables pro-
messes, il en aégalé l'étendue à celle de Tunivers, ladurée à celle des siècles ; il a perpétué dans son sein tous les éléments qui font vivre une société, la doclrine, le gouvernement, la vertu, en établissant un pouvoir enseignant, dirigeant^ sanctifiant. Il a ordonné toutes ces institutions vers la fin surnaturelle de l'homme : connaître Dieu, le servir, l'aimer^ et par ce moyen obtenir la vie éternelle.
Cette formesociale de la religion révélée , c'est l'Eglise. Et parce qu'il n'y a pas d'autre christianisme que celui dont le Christ est l'auteur, c'est chimère de chercher le christianisme hors de l'Eglise. Si donc la société civile a des devoirs envers Dieu, envers la religion instituée de Dieu, c'est l'Eglise qui est ici-bas créancière, au nom de Dieu, de ces obligations religieuses.
C'est ainsi que 'a logique de l'action divine amène la société humaine en présence de cette autre société dont les membres sont hommes, mais dont Dieu est directement l'auteur. Et parce que toute société a pour représentant le pouvoir qui la dirige, les rapports des deux sociétés, naturelle et surnaturelle, seront déterminés par les rapports des deux pouvoirs : l'État et l'Église.
Quels sont ces rapports?
L'Encyclique les expose tout d'abord d'après le t\p^ normal qui se dégage de la conception chrétienne : lit tionem... quœ ab evangelica docfrina sponie efflorescit.
Avant tout, il faut bien connaître les deux termes de li relation.
L'Eglise est ce que les juristes appellentune^oczeïepm faite. 11 y a des associations qui ont quelques-uns dej éléments nécessaires à la vie collective, mais quineleî ont pas tous et doivent emprunter ceux qui leur manquenr] à unesociété plus complète, sur laquelle elles sont pou] ainsi dire entées. Telle n'est pas l'Église de Jésus-Christ Elle tient de son fondateur tout ce qui suffit à sa vie. Ellj
a une lin propre, assignée par Dieu même. Sa hiérarchie^ divinement instituée, assure à tous les chrétiens tout ce que réclame la vie surnaturelle, et cette hiérarchie n'emprunte rien aux pouvoirs humains Aussi, depuis quinze siècles, la voit-on traiter avec les États, échanger avec eux des relations diplomatiques, négocier les affaires spirituelles et même les temporelles en vue du bien des âmes ; en un mot, faire acte de puissance souveraine dans sa sphère, et cela de l'aveu des gouvernements avec qui elle traite. Il est même un lieu du monde où, durant plus de mille ans, Dieu a voulu que l'Église exerçât sur le même teriitoire la double souveraineté religieuse et civile.
La société politique est aussi une société parfaite. Sa fin est distincte de celle qui est la raison d'être de 1 Église. L'Église est faite directement pour procurer aux hommes les biens qui appartiennent à Tordre du salut éternel; l'autre sociéié a pour objet principal etimmédiat les avantages de la vie présente: « Quum alteri proxime maximequepropositumsit rerummortalium curare commoda, alteri cielestia ac sempiterna hona comparare. » La société politique a également ses organes propres et possède en elle-même tout ce qui est nécessaire à l'accomplissement de sa mission.
Chacune des deux sociétés est souveraine dans son domaine : Utraque est in suo génère maxima, et Dieu partage entre l'une et l'autre le gouvernement de l'humanité iDeus humani generis procurationeminter utramque partitus est.
Voilà, certes, à côté de l'affirmation des droits de l'Église, une reconnaissance formelle de Taulonomie du pouvoir civil, et les rédacteurs du premier article de 1682 auraient bien fait de s'en contentera