‹ MélangesChapitre 87 sur 104 · ALLOCUTION AU R. P. DIDON · texte numérisé non relu

ALLOCUTION AU R. P. DIDON

s'éclaire les uns les autres par la mise en commun des travaux et des solutions.

Mon Révérend Père, la philosophie, je le sais, a eu vos premières prédilections. Après elle^ la théologie, l'histoire, la biologie, les sciences sociales ont participé tour à tour aux préférences d'un large esprit qui voulait sentir dans tous les domaines le contact delà Vérité. L'objet qui vous a définitivement attiré, c'est la vérité vivante habitant parmi les hommes. Tenter, après tant d'autres, une étude nouvelle de l'adorable figure du Sauveur, pouvait sembler une témérité. Tous n'avez pas reculé devant cette audace : heureusement pour nous. Dans le livre que vous venez de donner au public, la critique, l'érudition, la poésie, l'éloquence, l'histoire, la morale, le dogme, la théologie mystique se sont donné rendez-vous. En apportant aujourd'hui l'honneur de votre présence et de votre parole à une Société qui cultive le champ de vos premières études, vous trouverez des hommes prêts à vous suivre et à vous applaudir sur le terrain de vos nouvelles recherches. En vous lisant, ils se souviendront du témoignage rendu par une bouche divine à votre maître et au nôtre : Bene scrîpsisti de me, Thoma.

i'^^ Séance (4 avril). — Quelques mots sur le catéchisme de semaine. — Son importance. — Manière d'en bien profiter : observer le règlement. Explication du règlement.

2'' Séance 1 7 avril). — Sur le besoin de préparation à la première communion. — Vous connaissez, mes enfants, l'histoire du lièvre el de la tortue. Qu'est-ce qui a manqué au lièvre pour arriver à temps? d'être assez agile ? — Nullement. Il pouvait courir très vite; il a couru en effet comme le vent ; il avait sans doute un grand désir de ne pas se laisser battre par une tortue. — Mais rien ne sert de courir j dit le bon La Fontaine, il faut partir à point. Et pourquoi n'est-il pas parti plus tôt? Parce qu'il a cru n'en avoir pas besoin.

Pardonnez moi ce souvenir profane : vous aussi, mes enfants, vous avez une course à faire. La borne du départ, c'était lundi dernier : le but, c'est le grand jour de la première communion auquel vous vous préparez : auquel du moins vous devez vous préparer; qu'est-ce donc qui pourrait vous empêcher d'arriver à temps : c'est-à-dire

1. En 1862 l'abbé d'Hulst fut catéchiste de semaine pour la préparation prochaine à la Première Communion, devint au mois de novembre chef de catéchisme de Première Communion, chef de la Semaine en 1863, chef de la Persévérance des Allemands en 1863, et chef encore du catéchisme de Semaine on 1864. [Vie, par Ms^ Baudrillart, p. IJo.)

d'apporter à Notre Seigneur un cœur bien disposé, déjà purifié de ses fautes et corrigé de ses défauts? Ce n'est ni le pouvoir, ni le vouloir qui vous manque, j'en suis sûr : mais ce que je sais bien aussi, c'est que vous n'êtes pas encore prêtes, et que pour vous préparer, il faut avant tout être bien convaincues que vous en avez besoin.

Oui, je plains bien l'enfant qui se croit prête ; qui ne se dit pas bien humblement : j'ai besoin de changer dévie, de me préparer, de me convertir. Elle est aveugle, cette pauvre enfant, elle a un bandeau sur les yeux, elle s'en va tout de travers, comme quand on joue à colin-maillard. J'ai grand peur qu'elle ne donne du nez en terre, ou qu'elle ne tombe dans un précipice.

Mais est-il donc bien vrai que vous avez toutes besoin de conversion? Oui, certes, mes enfants. Et je vais vous le prouver.

Dans une réunion nombreuse comme la vôtre, il peut y avoir trois sortes de personnes : les unes sont amies de Dieu, ferventes à son service, pieuses en un mot. Les autres, sans avoir de grandes fautes à se reprocher, languissent dans la tiédeur; elles n'ont ni amour de la prière, ni application à leurs dévoilas, ni courage contre leurs défauts. — Entin, hélas ! puissé-je me tromper ici ! Dans une réunion de deux cents enfants il peut y en avoir qui aient perdu l'innocence de leur baptême^ qui aient chassé le bon Dieu de leur cœur par le péché mortel ! Ehbien^ ces trois classes d'enfants ont besoin de conversion.

Pour les dernières que j'ai nommées, la chose est bien claire... Sans cela communion indigne. — Pauvres enfants, hàtez-vous 1 Le temps presse. En deux mois il faut changer, passer de la mort à la vie. Ne vous découragez pas pourtant : — mais surtout reconnaissez votre

malheureux état, ne faites pas comme le pharisien, mais comme le publicain.

Et les âmes tièdes, qu'en dirons-nous? Oh! que leur état déplaît à Notrc-Seigneur ! — Je vous vomirai de ma bouche! — Ce divin Sauveur brûle de s'unir à elles — Et il ne voit en elles aucun désir, aucun effort, aucun amour. — Oh! quel besoin de changer de vie.

Mais les ferventes, du moins, n'ont pas besoin de se convertir? — Oui, certes, elles en ont besoin. Ah, pauvres enfants, qu'est-ce donc que votre ferveur? — Votre ferveur est jusqu'ici un pur don do Dieu; il faut y mettre du vôtre. Votre ferveur est bien peu de chose; il faut l'accroître; votre ferveur est inconstante, il faut la fixer. Jusqu'ici dans votre piété vous avez donné place à la vanité, à la lâcheté^ à V inconstance. Il faut changer tout cela, il faut vous convertir.

Je termine par une histoire propre à encourager tout le monde et à effrayer les présomptueuses.

Il y a quelques années, deux enfants se préparaient dans un même couvent à leur première communion : — l'une bien douée, pieuse, etc. ^l'autre remplie de défauts. — La première crut n'avoir pas besoin de se convertir : ses défauts se développent; — première communion sèche; ensuite elle devint insupportable; il fallut la renvoyer. — L'autre — tout le contraire, parce qu'elle s'humilia devant Dieu.

Conclusion : qui que vous soyez, ne vous imaginez pas être de petites perfections. Dites-vous, en quittant cette chapelle : il faut que je me convertisse.

3^ Séance. — Avis sur la dissipation. — Nécessité de réfléchir. — Vous êtes persuadées qu'il faut vous convertir. — Que ferez-vous de cette persuasion? Beaucoup d'enfants la laissent dans l'armoire: ne l'appliquent nullement à leur conduite. — Elles sont légères et dissipées^ oWes ne

AVIS POUR LE CATÉCHISME DE SEMAINE 32o

réfléchissent jamais. (La dissipation n'est pas la gaieté.) Cette incapacité de réfléchir vous empêche : 1° de reconnaître, pratiquement et dans l'occasion, vos défauts; 2° de prendre les moyens de vous en corriger; 3° de vous repentir de vos péchés. — Remède: Confession de tous les quinze jours : la bien ^préparer ; la lien faire; en bien profiter (résolutions pratiques).

¥ Séance. — Avis sur la prière. — Il faut se conveitir; il faut y penser; en prendre les moyens : pouvez-vous tout cela? Non; rien du tout — sans la grâce; et la grâce s'attire par la prière.

Pourquoi prier? Condition voulue de Dieu : Petite et accipietis. — Pourquoi Dieu le veut-iH Plusieurs raisons : nous humilier ; l'honorer comme source de tout bien; exciter nos désirs. [E surventes impïevit bonis.)

Pour se bien préparer à sa Première Communion, il faut trois choses: 1° prier: 2° prier: 3° prier. — On peut juger de la préparation d'un entant, en demandant: prie-t-elle?

De quelle prière s'agit-iH De toutes; mais avant tout de la prière du cœur. — Je vous demande quelque chose de spontané dans l'occasion, — ou à tel moment de la journée — à la chapelle de la sainte Vierge, en sortant. — Histoire du P. Schouwalolf .

5^ Séance. — Avis sur la mollesse à l'égard de ses défauts. — Nécessité de se combattre. —

6*" Séance. — Avis sur les mauvaises habitudes. — Vous voulez donc combattre vos défauts. — Mais il y a bien des obstacles. L'un des principaux, c'est Yhabilude. Deuxièmement : la nature. — Eh bien, il faut vous faire des habitudes contraires. — (Histoire de Mathias, le forgeron).

1" Danger. — 2° Remèdes des mauvaises habitudes.

l'' Leur danger. Ce sont des plans inclinés, des chemins

de fer qui font glisser eu enfer. Il y a deux sortes de mauvaises habitudes : celles des petites fautes et celles des grandes. Il faut fuir également les unes et les autres.

a] Habitude de^ petites fautes (par exemple : de la distraction dans les prières; delà paresse au travail ; des petits mensonges; des petites bouderies, impatiences — i. Ces fautes-là nous font beaucoup de tort; elles nous éloignent de Dieu, de la vertu. — Pourquoi ne nous en corrigeons-nous pas^ Souvent nous en aurions envie; mais il faudrait changer de peau^ faire aujourd'hui ce qu'on n'a pas fait hier : (combien de pécheurs n'ont que celte raison de ne pas se convertir!) Et alors on s'enracine de plus en plus dans ces habitudes. La grâce s'affaiblit dans nos âmes. On arrive à la tiédeur: on glisse quelquefois jusqu'aux grandes fautes.

h] Habitude des grandes fautes. — Ah! faut-il en parler ici? Vous avez vu souvent de ces vieux pécheurs tyrannisés par l'habitude de l'ivrognerie, du blasphème, de l'indifférence religieuse. Hélas! Plût a Dieu que ce mal fut inconnu parmi les enfants! Mais eux aussi, ne peuvent-ils pas commettre de grandes fautes, et en prendre la triste habitude? Quels ravages dans ces pauvres âmes ! Elles perdent l'horreur du mal et le désir du bien. Elles s'endorment (comme ces voyageurs qui s'endorment sous des arbres vénéneux). Il est bien plus commode de dormir : mais d'aller en enfer. — Hora est jam nos de somno sur gère.

2° Remèdes. — La prière et l'examen de conscience — ; Je vous en ai parlé. — Mais joignez-y les pénitences spéciales pour chaque faute. — Histoire de l'officier blasphémateur et de la sœur de Bon Secours.

7® Séance. — Avis sur le respect humain.

1° Sa nature;

2° Ses dangers;

3° Sa folie et sa malice ;

A" Les remèdes.

1" Qu'est-ce? — Ce n'est pas le respect des hommes. C'est la crainte de déplaire aux hommes qui nous entraîne àdéplaire à Dieu. Cas des apôtres : Obedire oportet Deo magis quam hominibus. — Ibant gaudentes : voilà des hommes qui n'avaient pas de respect humain.

2° Ses dangers. — Que le respect humain soit très dangereux, en général, c'est évident. C'est un tyran. Des milliers d'âmes seront damnées pour cela. — Soit, direzvous^ c'est bon pour les garçons, mais pour nous? — Pour vous, tout de même. Les demoiselles sont tout aussi susceptibles de respect humain. Il ne s'agit pas pour elles de refuser un duel; — mais, est-ce tout? — Non : avant votre Première Communion — après, plus tard dans la vie, mille occasions de respect humain. — Après : persévérer dans la piété, l'éloignement du monde, les œuvres de charité; quelquefois même, dans l'essentiel de vos devoirs ; voilà qui exigera de vous un grand courage. Vous trouverez des contradicteurs, des railleurs, des railleuses (une jeune fille d'atelier, une jeune fille du monde : fi des dévotes! etc.). — Mais pensons au présent. Quelles qu'aient été vos fautes, vos mauvaises habitudes, graves ou non, vous avez eu des compagnes : si vous voulez changer, peut-être elles se moqueront de vous. — Mais vous n'attendrez pas qu'elles le fassent ; vous le craindrez à l'avance : Si je change, que pensera-t-on de moi? etc.. Donc, c'est pratique.

3° Folie et malice. — Quelle folie, régler sa conduite sur un sourire, sur un blâme d'une personne peu estimable, dont je n'ai aucun besoin, — sur la simple présomption de tout cela. — Et pour cela, risquer son éternité : Qui me eruiuerit erubescam et ego illum — Nescio vos. — Quelle malice, quel outrage à Jésus-Christ! — Votre plus sincère

îl

ami. — Péché de saint Pierre. Puisse Notre Seigneur vous regarder comme il l'a regardé ! Alors vous ferez comme lui : Egressus foras, flevit amare. Vous pleurerez une telle ingratitude — mais surtout, vous sortirez d'un péril aussi grand; vous aurez recours aux remèdes.

4° Remèdes. — Réflexions surtout ce qui a été dit: (penser au jugement dernier. — Courage : il n'y a que le premier pas qui coûte; Irait du polytechnicien — ). Prière.

8^ Séance. — Avis sur les mauvaises compagnies. — Mes enfants, il y avait une fois une pomme et une autre pomme, — la mauvaise a gâté la bonne, etc. — 11 y avait une fois une petite fille et une autre petite fille. — Appelons-les Thérèse et Françoise. — Elles allaient ensemble à l'école — au catéchisme ; — elles s'étaient rencontrées sur le même banc, sans se connaître; — elles s'étaient liées d'amitié. Ce n'est pas qu'elles fussent faites l'une pour l'autre. Thérèse^ sage, pieuse, docile ; — Françoise, espiègle, insolente, sans piété. Un jour la mère de Thérèse la vit rentrer trop tard — elle la gronda, — avis mal reçu; — cependant, le soir, elle vient lui demander pardon — mauvaises notes à l'école; — grondée de nouveau — ne demande pas pardon. Sa mère pleura ce soir-là. — On se plaint de sa conduite au catéchisme; — la mère, désolée, la surveille : elle découvre sa compagne, la lui défend; l'autre n'en tient compte; — elle lui ôte les moyens de la voir; — l'enfant crie, s'indigne et ne se convertit pas. — La Première Communion approche; — confession générale. Thérèse trouve moyen de revoir sa mauvaise amie : Ah çà, est-ce que tu vas tout dire à ton confesseur? — Mais, il te grondera, il le défendra de me voir. Ne lui dis pas cela. — L'enfant se trouble, elle hésite. — Cependant, elle va se confesser. — Dieu seul sait ce qui se passa. ~ La Première Communion se fit:

mais ce ne fut pas pour Thérèse un jour de bonheur. Sa mère, tout émue, courut embrasser sa fille; mais elle la trouva sèche et mélancolique. — Et après qu'arriva-t il? Dieu le sait, ce qui peut arriver à une enfant qui a mal fait sa Première Communion.

Pauvre Thérèse! Elle était la victime d'une mauvaise compagnie.

Cette histoire est-elle vraie? — J'ai dit : il y.a\aii une fois. — Il y avait cent fois. —En effet il y a des enfants qui se font les instruments du démon pour perdre les autres, etc.

Remède : rupture. Histoire du diable rouge.

Application des mêmes conseils aux compagnies moins mauvaises — mais qui nous détournent du bien,

9® Séance. — Avis sur la confession générale. — Qu'estce? — Est-ce la confession de ses péchés en général? (Mon Père, c'est toujours la même chose). — Au contraire, c'est une confession très particulière. — Mais qui s'étend à toute la vie, ou à toute une période de la vie.

Bon, si c'est ça, la confession générale a trois principaux avantages :

/ inutile.

Elle est l impossible.

( ennuyeuse.

1** Cela ne sert à rien. — Puisqu'on s'est déjà confessé, à quoi bon recommencer? Cependant, si on n'avait pas reçu l'absolution, cela pourrait servir à quelque chose; car alors on n'a pas reçu le sacrement de pénitence. Suppos"ons une enfant qui n'a jamais reçu l'absolution, ou qui l'a reçue il y a un an. Avant sa Première Communion elle renouvelle en abrégé l'accusation de toutes ses fautes; elle en conçoit une nouvelle horreur; elle en reçoit le pardon tout d'une fois. — Ce n'est donc pas inutile. — Et si on s'était mal confessé? Oh! alors ce ne serait plus utile, ce serait nécessaire. Rappeler la doc-

trine sur ce point. — Histoire d'un sacrilège qui a eu enfin le courage de tout dire. — Etait-ce inutile à celui-là?

2° Mais au moins c'est impossible. — Evidemment jugez donc un peu : si le juste pèche 7 fois par jour, en un an cela fait 2.o5o péchés. Et moi qui ne suis pas juste! [en 10 ans, 25.550 péchés). — C'est vrai ; si on nous demandait cela, c'est impossible. — Mais il n'en est rien. D'abord vous n'êtes pas obligés d'accuser vos moindres petites fautes : or ce sont les plus fréquentes. En outre, pour les autres, ou vous les avez faites rarement, ou souvent; si rarement, pas difficile de les compter; si souvent, alors c'est une habitude, il suffit alors d'accuser l'habitude (à peu près tant de fois par mois, etc.).

Comment donc s'y prendre? Partagez votre vie en deux ou trois périodes, s'il y a eu des époques dans votre vie.

— Et puis examinez-vous selon la méthode du cantique, pour chacune de ces époques. — Ecrivez si vous voulez.

— Préparez cela en plusieurs fois : ' — par exemple : à partir du moment où voire confesseur vous aura averties de vous y préparer, consacrez-y par exemple une demiheure par jour, ou un quart d'heure. Pendant ce temps-là donnez-vous y sérieusement, après avoir invoqué Dieu.

— Mais en dehors de cela, ne vous cassez pas la tête. — Ainsi la confession générale n'est pas possible, elle est très facile.

3^ Mais du moins vous conviendrez bien que c'est ennuyeux. C'est ennuyeux, mes enfants. — Eh bien, quand même? Sommes-nous en ce monde pour nous amuser? Il y a des gens qui croient avoir tout dit, quand ils ont dit : c'est ennuyeux. Mais demandez au marchand si c'est amusant le comptoir; au menuisier si c'est amusant le rabot; au magistrat si c'est amusant l'audience; au confesseur même si c'est amusant le confessionnal? Ils vous répondent : non, mais c'est nécessaire et cela

suffit: C'est ennuyeux de faire une confession générale;

c'est ennuyeux de la préparer, d'y consacrer quelques

minutes pendant quelques jours. Mais ce sera bien plus

ennuyeux de rester dans son péché, d'aller en enfer. —

îjMais non, mes enfants, ce n'est pas ennuyeux. Une chose

:;qui pour une petite peine nous procure un grand plaisir^

lest-elle ennuyeuse? Eh bien! la peine est petite, je vous

il'ai montré. Et le plaisir? — Histoire du cardinal de

Cheverus.

10° Séance. — Consacrée à la Sainte Vierge (fêle de l'Ascension).

11^ Séance. — Sur la sincérité en confession. — Allégorie : un malade empoisonné par la jalousie d'un ennemi ; — remèdes tournés en poison. — Cet ennemi, c'est le démon; ce remède, c'est la confession; ce poison-là, confession mal faite. —

Voyons aujourd'hui qu'est-ce qui doit nous faire craindre ce malheur. — La prochaine fois, les moyens de le prévenir.

Deux grands motifs de le craindre : c'est un mal bien grave; c'est une grande folie.

1° 31al bien grave. — Injure faite à Dieu; au sang de Jésus-Christ (bon et mauvais larron) — mal difficile à réparer. — Histoire de saint Antonin. — Est-ce un mal irréparable? Non, rien ne l'est ici-bas. On peut y remédier quand on veut; mais le difficile c'est de le vouloir : la honte qui a retenu la première fois va toujours croissant.

2° Grande folie. — On n'y gagne rien, on y perd tout.

Que veut-on gagner? Eviter un peu de honte? On ne l'évite pas : on s'accumule un trésor de honte au jugement de Dieu. Ou y perd souvent son âme. — Au moins et à supposer qu'on se convertisse, on perd en attendant la paix de son àme; — l'espérance; — tout le fruit de ses bonnes œuvres.

Prions Dieu qu'il nous préserve ou nous retire de cet abîme. — Invoquons Marie.

12^ Séance. — Suite du même sujet. — Sur l'ouverture envers le confesseur.

Pour prévenir ou guérir ce mal, il faut : 1^ en connaître la cause ; t° y appliquer le remède. I

1° Cause. — Elle est double : la honte et le trouble.

La honte : Je vous ai montré l'autre jour que c'est une folie d'y céder. Il y a plus; c'est une folie d'en avoirr (Histoire de la restitution). — A qui dites-vous vos péchés? Vous les dites tout bas — à un père — qui tient la place : de Dieu — qui n'en peut rien dire — qui ne vous adressera point de reproches — qui vous en estimera davantage— (Histoire de saint François de Sales et du pécheur).

Le trouble : c'est plus excusable. Embarras de s'exprimer; on croit qu'on est le premier à avoir commis cette faute; on diffère de moment en moment; — quand le confesseur dit: je vais vous donner l'absolution, on n'ose plus rien dire.

2" Remède. — Une ouverture simple et parfaite envers votre confesseur. Elle aura sa source dans la foi; vous verrez en lui Jésus-Christ. Ah! si c'était Notre-Seigneur qui fût au confessionnal, quelle confiance (la femme adultère). Eh bien, c'est la même chose. Oh ! si je pouvais vous inspirer ce sentiment! Le prêtre ne vit que pour tenir auprès de vous la place de Jésus-Christ. — Pourquoi s'enferme-til au confessionnal? se prive-t-il des joies du monde? — Aimez vos confesseurs ; ayez pour eux un sentiment filial. — Dès lors plus de honte — et aussi plus de trouble. Quand quelque chose vous embarrasse, ne le dites pas; mais faites comme ces enfants qui disent : j'ai un secret, mais je ne vous le dirai pas. Le confesseur se chargera de tout.

Avis SUR LA coNTRUiON. — 1° Néccssité. — Ne pas trop

AVIS POUll LE CATECHISME DE SEMAINE 333

çjse préoccuper de l'examen. — Ne pas négliger la partie principale. — C'est votre cœur qui a péché — c'est votre cœur qui doit réparer.

i^ Si vous aviez offensé votre mère, suffirait-il de le lui (iavouer? Maman^ je vous ai fait de la peine. — Mon (lienfant, je le sais bien; mais tu m'en fais encore. >| Ainsi c'est chose principale. Histoire de Saprice et de Nicéphore. — Dieu veut la conversion du cœur ; si vous ne la lui donnez pas, il ne veut pas du reste.

2° Obstacles à la contrition. Deux choses surtout : — d'abord et principalement les attaches au péché. — Ingratitude énorme — comment, après tant de lumières? — Autre obstacle plus commun : la dissipation habituelle, qui empêche d'apprécier la gravité du péché. On ne pense qu'à jouir, qu'à s'amuser : tout ce qui ne touche pas à notre plaisir nous est indifférent. On est tenté de dire : noiis avons péché et que nous en est-il arrivé? — 0 aveuglement, si la lumière du jugement de Dieu nous éclairait ! Prévenons ce jour terrible.

3° Moyens. — Puisque nous avons à combattre l'aveuglement et la dissipation de l'esprit, les attaches du cœur, toutes choses très vivaces, il faut de la grâce, de l'effort et du temps. — La grâce s'obtient par la prière; l'effort consiste à s'exciter à la contrition par la méditation des motifs. — Le temps aussi est nécessaire; ça ne se fait pas en un jour. Voilà pourquoi le premier acte de contrition. — Il n'est pas trop tôt (Histoire de Fanny). Résolution. Ne jamais se confesser sans contrition. — S'exciter à la contrition dès maintenant.

i¥ Séance. — Avis sur le désir de la Communion. — Jusqu'ici je vous ai tenu un langage sévère. J'ai cherché à vous inspirer une haute idée de la Première Communion, des dispositions qu'elle exige : il le fallait pour purifier vos cœurs. Mais cela ne suffit pas. La purifica-

tion du cœur se commence par la crainte; elle s'achève par l'amour. Ce serait pour vous un vrai malheur, si vous ne saviez que craindre et respecter Jésus-Christ; il faut l'aimer, — si vous ne faisiez qu'estimer ce don précieux qu'il vous prépare ; il faut le désirer.

l*' Nécessité. 2° Motifs. 3° Fruits. 4° Moyens d'acquérir ce désir.

1° Nécessité. — Je dis qu'il faut le désirer. Pourquoi ? Parce que sans cela vous ne vous y préparez pas comme il faut. S'il s'agissait de vous préparer à la visite d'un Dieu terrible, la crainte et le respect pourraient suiïîre, comme au Sinaï. Mais pour la visite d'un Dieu d'amour, il faut un cœur plein d'amour. Jésus vient à nous avec un ardent désir [desiderio.,.].l\ faut aller au devant de lui par le même chemin. Esurientes imptecit. C'est le vrai moyen d'honorer Dieu dans ses dons. (Une mère n'a pas de plaisir à faire un don qui n'est pas désiré de son enfant.) D'ailleurs le désir, c'est la prière du cœur ; c'est lui qui attire la grâce. Histoire de Marie Ange.

2° Motifs. — Il faut le désirer pour s'y bien préparer : il faut surtout le désirer parce qu'il est souverainement désirable. Yavez-vousbien pensé? Vous, pauvres enfants, recevoir le ciel dans votre cœur! Etre plus plus grandes^ plus heureuses, plus puissantes que tous les rois! Pouvoir prier avec assurance d'être exaucées, et honorer Dieu] avec assurance de lui payer tout ce qui lui est dû I

3"" Fruits. — Oh! quelle sera la conduite d'une enfai qui désirera sa Première Communion? Elle pourra avoii beaucoup à réformer ; mais elle fera tout pour Jésus; c( sera un aiguillon perpétuel. On la verra plus attentive^ à ses prières, fidèle à ses examens de conscience, appliquée à tous ses devoirs, docile à tous les conseils: tout cela en vue de Jésus Christ. '

4** Moyens. — S'exciter à ce désir, en méditant ce

bonheur. Communion spirituelle. — Octave de la fêteDieu.

RÈGLEMEiNT DE VIE. — Préambule : — Il est déplacé d'en parler maintenant. Rêve d'un objecteur). — Au contraire, c'est pendant la retraite qu'il faut battre le fer puisqu'il est chaud.

Trois parties :

1° Un règlement de vie^ c'est inutile (nous ne sommes ni légères, ni inconstantes, ni capricieuses, ni paresseuses ; — et puis le temps gaspillé vaut bien mieux).

S*" Un règlement, c'est impossible : car maintenant nous

sommes des enfants,incapables d'être réglées ;— plus tard

qui sait ce que nous ferons. Comment le régler d'avance?

( l'un trop serré 2 modèles - ,,

( l autre trop large

a) Aujourd'hui et toute ma vie, je me lèverai à 6 h. 3. Je déjeunerai à 8 h. 10, je travaillerai une heure un quart, quarante sept minutes de piano, dîner, promenade de cinq quarts d'heure dans l'allée qui longe l'orangerie.

b) Lever entre 5 heures du malin et 2 heures du soir.

3° Un règlement, c'est ennuyeux. (Le temps passe bien plus vite quand on baye aux corneilles; quand on a conscience de perdre sa vie.)

Dispositions a la confirmation. — \.° Effets de ce sacrement. — C'est un sacrement de force, de perfection. Il vous rendra parfaites chrétiennes : qu'est-ce à dire? Comparaison avec l'âge adulte. — Vous aurez tout ce qu'il faut pour vivre en parfaites chrétiennes; comme des soldats armés en guerre : ils ne sont pas encore vainqueurs, mais ils sont munis.

2° Besoin que vous en avez. — Vous n'êtes plus des enfants : vous allez avoir bien des occasions d'appliquer celte grâce de la conûrmation. Quelques unes tout de suite; elles vont entrer dans la vie : en apprentissage par exemple; elle auront affaire peut-être à des personnes

difficiles qui les gêneront dans les pratiques de leur religion-, à de mauvaises compagnes. ~ Elles seront exposées à mille dangers qu'elles ne connaissent pas, et tout de suite il faudra être fort. — Mais comment voulez-vous que je sois forte, direz-vous, moi qui ne suis qu'une enfant? Ah! ne dites pas cela; vous n'êtes plus enfant; c'est la gloire et la grandeur des chrétiens d'être forts à tout âge, quand il s'agit du devoir. Dieu sera avec vous^ et voilà pourquoi vous avez besoin de recevoir sa force (Histoire de deux petits chrétiens esclaves en Barbarie). Celles qui en auront moins besoin tout de suite,en auront besoin plus tard. — Ah oui, mes enfants, vous avez besoin du Saint- Esprit; besoin du don de sagesse^ pour bien comprendre cette vérité: Qaid prodest homini? — besoin du don d^ntelligence, pour demeurer fermes dans la foi; besoin du don de conseil pour vous diriger dans les circonstances difficiles de la vie ; besoin du don de force, pour fouler aux pieds le respect humain, pour vaincre le démon et vous vaincre vous-mêmes avec vos mauvais penchants, et vos mauvaises habitudes; — besoin du don de science, pour conserver legoûtde l'instructionchrétienne qui seulepeut vous éclairer et vous soutenir; besoin du don de piété, pour adoucir ce qu'il y a de pénible dans les luttes de la vie; besoin du don do crainte de Dieu, pour apprendre à faire comme Saint Basile qui a ne craignait que le péché. » (Histoire de Constance Chlore.)

3° Dispositions. Grand désir; — pureté du cœur; bonne confession; humilité, reconnaissance, amour et bon propos.

Année 1863-1864.

Avis sur l'esprit de foi. — Jésus habite en nous. Qu'y fait-in II y est principe de vie. Il y produit les vertus. Unité des vertus en Jésus-Christ. — Sans entrer dans le détail de toutes, parlons de quelques-unes plus fondamentales dans la piété chrétienne.

Jésus est en nous Prîjicipe delumière et Principe d'action.

Comme source de lumière, il nous donne la foi^ nécessaire au salut \ l'esprit de foi nécessaire à la piété. Parlons de l'esprit de foi.

1" Sa nature. — Différence avec la foi. Le chrétien croit et suit les lumières de la foi dans les choses essentielles; l'âme pieuse règle toute sa vie par la foi ; s'inspire en tout des motifs de foi. L'habitude d'agir ainsi, c'est l'esprit de foi [comparaison : un homme enfermé dans une chambre obscure, ouvrant quelquefois les volets — ou les tenant toujours ouverts.)

2*> Motifs de l'acquérir.

j raisonnable

Il est souverainement | sanctifiant ( doux

a) Raisonnable. — Dieu nous donne une lumière plus pure que celle de la raison et des sens : quoi de plus raisonnable que de s'en servir ? Folie de ceux qui disent : au point de vue de la foi, vous avez raison; mais, etc. — Pour un chrétien, c'est le point de vue dominant. — Nous

abusons de la bonté de Dieu qui met ses lumières à notre disposition, sans exiger rigoureusement que nous les suivions toujours.

h) Sanctifiant. — On est d'autant plus saint qu'on l'ait plus d'actes surnaturels et méritoires ; or pas d'acte semblable sans un motif de foi; donc pour en faire beaucoup, il faut avoir Yhabitude de s'inspirer des pensées de foi. — Que de trésors on perd faute de cet esprit! Parallèle de deux journées remplies des mêmes actions faites par des motifs purement naturels ou par des motifs de foi. L'une est vide : nescio vos. L'autre est pleine : dies Idleni invenienlur in eis.

c). Doux. — Commerce ravissant de i'àme avec Dieu. — Semence continuelle de mérites : (quoi de plus consolant?; Soutien contre Y affliction, l'ennui^ le découragement dans l'insuccès, la contradiction ou le mépris des hommes (Dieu me voiti.

3° Moyens d'acquérir l'esprit de foi : — La prière, la méditation, V examen.

Avis SUR l'espérance chrétienne. — On ne songe pas assez à se servir de cette vertujdans la vie chrétienne. On n'y a guère recours que dans les grandes épreuves. Cependant c'est une vertu théologale, essentielle à la vie de la grâce. 11 faut en user constamment et surtout pour trois choses.

1" Pour nous détacher des biens présents;

2° Pour nous consoler dans nos peines;

3" Pour nous exciter à faire sans cesse des progrès dans la vertu.

1° Jamais peut-être vous n'avez songé que Tespérance chrétienne nous obligeât à cela. Quand nous sommes heureux, nous remettons au lendemain la pensée du ciel. On voudrait une vie douce et le paradis au bout^ mais le pjustard possible (souhait des bonnes gens : et le Paradis

à Pâques). — C'est une sorte d'injure faite à Dieu. — Ou plutôt aveuglement déplorable. Si nous y voyions clair comme les saints I

2° Dans les grandes épreuves, nous songeons bien à respéran.ce du ciel. Mais trop tard et trop peu. Trop tard ; nous cherchons d'abord les consolations humaines; nous n'y trouvons que le dégoût. — Trop peu; nous nous lassons vite de l'effort du Sui'sum corda. Nous retombons sur la terre; nous cédons au murmure, au découragement, etc.

Mais surtout dans les petits chagrins, les ennuis, les contradictions, nous croyons que cela ne vaut pas la peine de penser au ciel. — Grande erreur. Il faut beaucoup de patience pour supporter tout cela; et la patience se nourrit d'espérance.

3"^ Si nous aimions Dieu comme on l'aime au ciel, nous n'aurions pas besoin d'autre chose pour nous stimuler dans les voies de la vertu. Mais surla terre les plus grands saints ont eu besoin de l'espérance. Sainte Thérèse aurait consenti à souffrir tous les tourments jusqu'à la fin du monde, pour obtenir un degré de gloire de plus au ciel. Soyons ambitieux de cette manière. — Soyons jaloux des saints. Ne disons pas celte mauvaise parole : pourvu que j'arrive au Paradis en accrochant la borne, c'est tout ce qu'il me faut. — Songez vous que ces degrés supérieurs de gloire que vous méprisez ont coûté à Jésus-Christ tout son I sang? Travaillez donc sans cesse à les acquérir; et quand l'effort de la vertu vous semblera dur ; quand vous serez tentées d'orgueil, d'impatience, de mollesse, de malignité, etc., songez que chaque victoire ajoute une pierre précieuse à votre couronne.

(Trait d'une pauvre vieille femme aveugle, seule, dénuée de tout — tentée contre l'espérance et retrouvant dans les actes de cette vertu la paix et \sijoie.)

340 MÉL4NGES

Avis sur l'amour de Dieu. — Je viens vous dire aujourd'hui une naïveté : c'est que pour être vraiment pieux, il faut aimer Dieu. Belle découverte en vérité ! Cela ne nous apprend rien de nouveau. — Soit : je ne prétends pas vous apprendre du nouveau ; — mais vous faire réfléchir sur ce que vous savez.

Eh bicn^ rappelez-vous ce que nous faisons ensemble depuis quelque temps. — Nous étudions la piété. Nous avons vu que ce n'était autre chose que le développement surabondant de la vie surnaturelle en nous; que cette vie supposait deux choses : la mort à nous-mêmes parle renoncement chrétien; l'union à Dieu par Jésus- Christ. Nous analysons maintenant cette vie de Jésus- Christ dans nos âmes; nous avons trouvé qu'il y produisait toutes les vertus, mais avant tout les vertus théologales; que ces vertus, essentielles à la vie de la grâce et rigoureusement nécessaires pour le salut, étaient dans un degré plus élevé le fondement de la piété ; que si la foi, par exemple, est la base de la vie chrétienne, Vesprit de foi est lame de la piélé; que si une certaine espérance du ciel est inséparable de l'état de grâce, la vie d'espérance, q\n établit notre conversation dans le ciel, est l'aliment de la piété. Eh bien, aujourd'hui je viens vous montrer que, si la charité, l'amour de Dieu est le premier des commandements et la condition indispensable du salut, Vesprit d'amour^ devenant le mobile de notre vie, est le fond même et la perfection de la piété.

Oui, l'amour de Dieu doit avoir, dans notre vie chrétienne, le rôle principal.

A Dieu ne plaise que je veuille ici médire de l'espérance. Je vous en ai fait, dimanche dernier, le panégyrique. Vouloir supprimer dans le service de Dieu les motifs intéressés, le désir de la récompense; contraindre les âmes à s'élever et à se maintenir constamment dans

un état de perfection dont le cœur humain n'est pas capable; rejeter en un mot les puissants encouragements que Dieu même nous a ménagés, et dont les plus grands saints se sont servis; ce serait une entreprise qui aurait deux petits inconvénients : le premier d'être absurde, impraticable, propre uniquement àjeter les âmes dans le désespoir; le deuxième de tomber sous les anaihèmes de l'Eglise.

Donc je maintiens ce principe : l'amour de Dieu n'est pas tout dans la piété ; il n'exclut ni la crainte, ni l'espérance; — mais j'ajoute aussitôt : il en est l'élément princijoal.

Vous avez sans doute rencontré de ces bonnes personnes qui avaient bonne volonté d'être pieuses ; mais qui se plaçaient à un faux point de vue, tout personnel : jr. veux me sauver — éviter l'enfer ; Dieu me jugera ; — il faut faire des prières, des pénitences, etc. Ces pauvres personnes trouvaient cela bien dur et bien sec, n'est-ce pas? — Elles n'avaient oublié qu'un point : donner l'amour de Dieu comme mobile à leurs efforts... — Je vous le demande : une mère se plaint-elle des soins, des veilles, des fatigues que lui coûte la longue maladie de son enfant? — Mais supposons qu'à la place de ce cœur de mère, il n'y ait là qu'un cœur mercenaire, croyezvous que l'appât du gain remplace jamais auprès de cet enfant les tendres empressements de l'amour maternel? — Ah, pauvres âmes qui vous fatiguez au service de Dieu, apprenez donc d'abord à l'aimer, et alors votre plus doux repos sera de le servir. — Quand nous lisons la vie des saints, leurs œuvres nous étonnent et leurs sacrifices nous effraient. — Pourtant, laissez-moi vous le dire, les œuvres des saints ne sont que la moindre partie de leur vie ; et leurs pénitences prodigieuses ne sont que l'accessoire de leurs vertus. Un saint Vincent de Paul, par

exemple: — le monde n'y comprend rien. — Allez au fond: cherchez ce qui inspirait tout cela, vous y trouverez Vamour de Dieu : une estime profonde de ses perfections ; un sentiment vif de sa bonté; un désir ardent de s'unir à lui et de lui donner d'autres âmes. Voilà tout un saint; l'occasion fera le reste. Si la famine ravage des provinces, il les nourrira; — si les enfants trouvés — les pauvres paysans — les pauvres malades; — s'il trouve en lui des passions qui le détournent de son Dieu, il les mortifiera; — s'il voit le péché mulliplier autour de lui les outrages faits à son Dieu, il les vengera sur lui-même. Et ainsi ces miracles visibles de la pénitence, de la charité, du zèle, ne sont que les manifestations d'un miracle invisible plus grand et plus important, celui d'une âme entièrement possédée de l'amour de son Dieu, et animant de cet esprit toutes les actions de sa vie.

Mes enfants, à quoi tend ce discours? Aurais-je la prétention de vous voir arriver tout de suite à ce sommet de la perfection? Nullement; mais il vous-est utile de savoir où il est. Vous donc qui voulez être pieuses, n'oubliez pas l'amour de Dieu; donnez-lui au contraire la part principale dans votre piété. Et pour en venir à quelque chose de pratique, je vous conseillerai trois choses : 1" de demander souvent à Dieu cet amour pur de lui-même, (c'est le cas où jamais du petite et accipictis);

2° De méditer de temps en temps sur les amabilités de Dieu, et sur le prix de son saint amour (chapitre de V Imitation : Des effets admirables de l'amour divin) ;

3° De vous exercer à faire des actes de charité parfaite; soit dans vos prières, vos communions surtout; soit dans le cours de vos occupations : par exemple faire à Dieu un petit sacrifice par amour pur (un regard, une parole, une bouchée de pain). Ces actes répétés nourrissent l'amour, attitrent la grâce et font avancer rapidement.

Avis sur la charité envers le prochain. — Cette vertu est le chef-d'œuvre du christianisme ; c'est la gloire de la morale évangélique. — Avant Jésus-Christ on s'aimait dans les autres hommes. La charité, c'est l'effusion de cet amour qui est en Dieu : Ut omnes pariter umim sint — ut dilectio qua dilexisti me in ipsis sit. — Paternoster. — Jésus- Christ en a fait le caractère de ses disciples : In hoc cognoscent omnes.

Eloge magnifique de l'amour du prochain ; surtout dans Saint Jean : Evangile et première épitre : Mandat um meum novum...

Mais il est une parole que je veux vous expliquer en particulier : Quidiligitproximum^ legemimplevit ; en l'appliquant à la piété, à la perfection. Pour cela deux questions.

1° Quelle est celle charité qui résume toute la perfection?

2° Comment la résume-t-elle?

1° Quid? — C'est l'amour du prochain pour Dieu en Jésus-Christ. Aimer Dieu, source de perfection, abîme de tout bien, Dieu notre principe, notre fin; — l'aimer en Jésus-Christ par qui seul nous pouvons aller à Dieu, et en Jésus-Christ aimer aussi tous ses membres, voilà la charité. — Demandez à lajeune baronne de Chantai qui elle aime, quand elle soigne un pauvre malade ou un enfant abandonné. Est-ce ce misérablecorps tout couvert de plaies, 'tout rebutant de malpropreté? Est-ce cet esprit grossier, ce cœur peut-être insensible, ou aigri par le malheur et fermé à la reconnaissance? Non, non, celui qu'elle aime, ah, il est vraiment aimable : c'est Jésus, mais Jésus est là; il revêt, à ses yeux, la figure de ce pauvre, et alors elle l'aime passionnément. — 0 pensée de la foi, familière à nos pères: quodcumque feceritis uni... mihi fecistis. — Histoire de celui qui rompait le jeûne avec des pauvres.

Caractères de cette charité. (V. / Cor. , xui, 4-7.)

2° Comment résume-t-elle toute perfection? Parce qu'elle est l'exercice parfait des deux actes de la vie surnaturelle : \q renoncement et Vunion à Dieu.

a) Le renoncement. — Ah ! ne croyez pas que la charité ne coûte rien. C'est la plus douce des vertus ; oui^ par ses effets, — mais c'est la plus pénible — parce qu'elle contrarie la nature. J'espère vous montrer dans la suite ce qu'elle suppose : Thumilité, la douceur, le support du prochain, la réforme du caractère, le dévouement à autrui, l'oubli de soi : et qu'est-ce que tout cela sinon le plus héroïque renoncement ?

b) L'union à Dieu. — Mais pourquoi ce renoncement? Pour plaire à Dieu par la charité. Qui nous donnera la force de ce renoncement? Dieu en Jésus-Christ, source de charité. Donc l'amour de Dieu, l'union à Dieu devient le mobile et le moyen de cette charité. Pour aimer un peu les hommes, comme il faut, il faut aimer Dieu beaucoup. Trait de M. Gossin. — Parole de saint François de Sales : (( Ce cher prochain, tant que je ne l'ai pas logé dans la poitrine du Sauveur... »

Entretien aux associés (jour de la Pentecôte). — Il semble que les fêtes qui nous intéressent le plus soient les mystères de Notre-Seigneur. (Le Saint-Sacrement, l'humanité de Jésus-Christ.) Et toutefois Jésus-Christ même nous apprend que ce n'est là que le moyen : Spiritiis est qui vivifîcat; caro non prodest quidquam. Jésus- Christ nous unit à sa chair, pour que nous soyons animés de son esprit. Aussi : Expedit vobis ut ego vadam.

Aujourd'hui il se fait une grande effusion du Saint- Esprit sur les âmes bien disposées. — Pour y avoir une part abondante, il faut : l® estimer ce bienfait ; ^° le désirer ; 3° y coopérer.

1° L'estimer. — Excellence de la vie surnaturelle. Dieu devenant le principe de nos actions. (Esprit de foi qui

faisait dire aux aaciens : les sentiments que Dieu me donne, etc.). Tout devient méritoire. Tout retentit au ciel.

2° La désirer. — Comment ne pas désirer un tel trésor ? Mais il faut le désirer beaucoup : Esurientes impïevit bonis,

— M. Olier : 0 vie divine, o vie divine ! !

3° Y coopérer. — H y a mille choses en nous qui restreignent cette vie, qui la relèguent dans un coin de notre âme, qui la démentent, la déshonorent^ en arrêtent le développement. C'est surtout l'orgueil, la dissipation^ la servitude des sens. Il faut mettre la main à l'œuvre.

Résolution. Voir ce qui, en nous, résiste le plus au Saint-Esprit, et travailler à l'extirper.

Pratique. Avant nos principales actions, invoquer le Saint-Esprit.

Bouquet spirituel. Venez Esprit-Saint.

Avis SUR l'association. — Mes chères enfants, quel âge aviez -vous, il y aceat-dix-sept ans? Vous deviez être bien jeunes ; trop jeunes pour vous souvenir maintenant de ce qui se fit alors. Mais vous étiez dignement représentées par les pieuses et vénérables personnes qui suivaient le catéchisme de persévérance. Les plus assidues et les plus fidèles obtenaient un titre fort apprécié : celui d'anciennes du catéchisme, titre qu'elles méritaient bien, puisque les archives mentionnent les obsèques solennelles faites à une ancienne de quatre-vingt-dix ans. Or il advint qu'en 1747, etc. Histoire de la fondation — associées : aspirantes.

— Dispersées par la Révolution, elles ne tardèrent pas à se réunir : dès l'année 1802 (l'année du Concordati M. de Sambucy et M. de Quélen, chargés du catéchisme, songèrent à rétablir l'Association. M. de Frayssinous, directeur des catéchismes, approuva ce dessein. Le 18 novembre 1804, eut lieu cette cérémonie. — Visile de Pie Ylï, le 23 décembre.

Voilà un glorieux passé, qui suffit à vous faire estimer cette œuvre. Mais la comprenez-vous bien?

Avant tout l'Association n'est pas séparée du catéchisme. Ce n'est pas une confrérie destinée à continuer pour les persévérantes les avantages du catéchisme. Non : c'est la tête et le cœur même du catéchisme. C'est le corps des anciennes d'autrefois, mais consacré plus spécialement au culte du Très Saint-Sacrement. Ainsi voulez-vous la définition d'une associée? C'est une persévérante de Saint-Sulpice, qui, de concert avec ses compagnes dans l'Association, se dévoue tout entière au Très Saint-Sacrement de l'autel.

Celte définition est exacte; car elle embrasse les trois fonctions d'une bonne associée, savoir : le bon exemple, la dévotion à la Sainte Eucharistie, et l'instruction des enfants pauvres.

Le bon exemple. — C'est la vertu se produisant au dehors : or une associée vraiment dévouée au Saint-Sacrement ne peut manquer d'avoir cela. D'abord elle a la vertu intérieure, puisqu'elle possède Jésus-Christ. (Rappelezvous ce qu'on vous disait ce matin. Jésus-Christ est encore là. — Sa vie doit être une communion perpétuelle). Et alors, au dehors quelle modestie! Quelle douceur! Quelle charité ! Quelle simplicité !

La dévotion à la Sainte Eucharistie. — Venir à la Sainte Messe; — à la divine communion, sacramentelle ou spirituelle (venir aux communions du mois quand même on n'y communie pas); — la visite au Saint-Sacrement dans le cours de la vie — les jours de communion du mois, — pendant l'octave de la Fête Dieu (recommander la confrérie de l'Adoration perpétuelle).

Enfin Vinstruction des enfants pauvres . —Pourquoi? Pour préparer des cœurs à Jésus-Christ. (Histoire de M. Olier : prépare-moi des cœurs!) Oh! quel zèle cette pensée doit

VOUS inspirer! Surtoutquand vous aurez affaire avec des sujets ingrats, — sans ouverture d'esprit, ni de cœur; sans autre ressource que vous sur la terre. Ah ! vous serez leurs mères : vous les enfanterez à Jésus-Clirist. Vous participerez à l'apostolat. Tous direz comme Saint-Paul : Filioli quos iterum partuiHo, donec formetur Christiis in vobis. Oh ! que Notre-Seigneur et sa Sainte Mère aiment donc cette association !

Et les aspirantes, que sont-elles'? Des associées en espérance. Elles doivent donc en étudier, en désirer^ en acquérir l'esprit.

Et les dignitaires? Elles sont dans l'association chargées de deux choses : donner plus efficacement le bon exemple, puisqu'elles sont plus en évidence; — accomplir en esprit de foi leurs fonctions pour honorer le Saint-Sacrement (un mot de chaque dignité).

Mais qu'est-ce que j'ai fait là ? Il me semble que je vous ai donné envie à toutes d'être associées. Et cependant, cela n'est pas possible. — Heureusement pour moi qu'il y a des règles. (Les exposer). — Mais encore et malgré cela, impossible de donner place à toutes celles qui le mériteteraient. Que feront donc celles qui ne s'entendront pas nommer? Elles s'humilieront devant Dieu, mais ne se décourageront pas. Qu'elles sachent que nous avons pensé à elles ; que nous n'avons pu nous résoudre sans un grand chagrin à les ajourner; que leur tour viendra bientôt si elles persévèrent.

Et vous qui allez être nommées, humilité et reconnaissance.

Avis pour l'habillement des enfants pauvres. — Mes enfants, je ne suis pas un foudre de guerre, pas plus que le lièvre du bon La Fontaine. Mais si je voulais faire fuir tout lemonde à mon approche^ je sais bien ce que je ferais (partout ailleurs qu'ici). — Je prendrais une bourse et je me

ferais précéder d'un suisse. Encore un quêteur ! diraient les mondains: nous n'avons pas trop d'argent pour nos plaisirs. — Encore un quêteur, diraient les chrétiens: nous ne pouvons plus suffire à tant de sollicitations. Nous sommes au bout de nos ressources. — Soit, les ressources s'épuisent; mais la charité jamais; elle est divine. Et avec la charité on trouve toujours des ressources.

Ce matin, mes enfants, vous avez reçu en vous le Dieu de charité. C'est avec confiance que je m'adresse à vous; sans craindre de vous faire fuir, je vais prendre une bourse et faire la quête pour l'habillement des enfants pauvres de la Première Communion. — Et vous, chères enfants, vous me donnerez, — beaucoup : c'est-à-dire selon vos moyens, peu si vous avez peu ; mais avec un grand cœur; et de cette façon, pour Dieu qui sonde les cœurs, ce sera toujours beaucoup. Vous donnerez à cause de celui qui vous demande — et à cause de ce qu'il vous promet.

Qui est-ce qui vous demande ? Mes chères enfants, sont-ce vos petites sœurs indigentes ? je le veux bien : que vous demandent-elles? du pain ? non : l'homme ne vit pas seulement de ce pain grossier qui nourrit nos corps : il est un pain suprasubstanliel qui nourrit les âmes pour l'éternité; ce pain, vous l'avez mangé ce matin; et vos petites sœurs s'apprêtent à le manger pour la première fois, ou à renouveler solennellement l'auguste cérémonie de ce festin céleste. Qu'est-ce donc qu'elles vous demandent? une robe blanche, mes enfants, afin que les divin Epoux ne leur dise pas : Pourquoi êtes-vous entrées icisans avoir larobc nuptiale? — Une robe blanche quisoit le symbole de la pureté de leurs âmes ; qui leur permette ; de se mêler sans rougir aux enfants plus favorisées de la ' fortune, et de s'approcher avec elles de celui pour lequel il n'y a ni riches ni pauvres, parce que tous sont pauvres par eux-mêmes et peuvent devenir riches de ses dons :

unerobe blanche qui, unefoisdansleuryie, les lirede celle humiliation qui naît de la gêne ; qui leur procure cette joie innocente que vous connaissez, mais que trop souvent peut être vous avez gâtée par le mélange de la vanité. Yoilà ce qu'elles vous demandent, si tant est que ce soient elles qui vous prient. Mais non ; elles ne sont pas là pour vous prier^ elles ne m'ont pas chargé de le faire. Il est un autre suppliant qui vous adresse cette demande: c'est J. C. votre Dieu. Oui, c'est lui qui va faire celte quèle ; et pendant que nous étendrons la main pour recevoir vos dons, lui, il frappera à la porte de vos cœurs pour les ouvrir à la miséricorde. Il vous dira: donne, mon enfant donne pour me plaire, pour orner ces petits sanctuaires où je vais descendre-, donne pour t'habituer à donner; pour développer en loi ce germe de charité que j'y dépose chaque fois que je viens en ton cœur. Mon enfant, que de fois je t'ai vue à mes pieds, mendiant mes faveurs et mes grâces! aujourd'hui les rôles sont changés ; c'est moi qui suis le mendiant ; et c'est toi qui vas me faire Taumône.

Donnez donc, mes enfants, à Jésus-Christ qui vous demande : mais donnez aussi à cause de ce qu'il vous promet.

Ah! quand Jésus Christ mendie, on peut s'attendre que ce sera là un mendiant extraordinaire; et que, pour quelques pièces de monnaie qu'on lui donne, il aura des trésors plus précieux à nous prodiguer en retour. Que vous promet-il doncHe cieH Ah! oui; car il vous dira au dernier jour : c( J'étais nu et vous m'avez revêtu. » Le bonheur de la terre? Ah oui; car ce bonheur il n'est solide que quand il est au fond du cœur : et dites s'il est pour le cœur une plus douce joie que celle de faire des heureux. Quoi encore? Ecoutez : vous donnerez à vos petites sœurs une robe blanche; Jésus vous rendra des robes blanches; robes d'innocence et de modestie qui orneront vos âmes et les rendront chères à ses yeux. Ah! celle robe vous la

possédez déjà, je l'espère. Mais dites-moi : que devient une robe blanche, quand on la porte longtemps ? Si même on a su la préserver de toute tâche, n'est-il pas vrai qu'elle perd son lustre et se flétrit'? Jésus va vous en donner d'autres plus fraîches et plus éclatantes; car ce qui purifie les âmes, c'est sa grâce; et sa grâce coule à flots sur cœurs ouverts à la^charité.

Soyez charitables, et Jésus vous promet encore quelque chose. — Il nous promet la charité, une charité plus ardente, plus pure, plus constante; une charité qui, prenant sa source dans son cœur, inondera le vôtre et débordera sur toute votre vie; qui fera de vous maintenant des enfants de charité, plus tard des dames de charité^ qui sait? peut-être des sœurs de charité. La chose n'est pas inouïe dans ce catéchisme, et le dernier exemple en est bien récent dans nos souvenirs. Oh ! quel riche don, mes enfants, que celui de la charité. Il vous fera semblables à Dieu qui est toutamour ; il mettra dans vos cœurs le germe delà gloire future, il vous associera à la vie des trois divines personnes dont nous célébrons aujourd'hui le mystère, il réalisera entre vous ce vœu du Sauveur près de mourir : « Qu'ils soient un, mon Père, comme nous sommes un ! Que l'amour dont vous m'avez aimé soit en mes disciples et moi en eux ! Ut sint unun sicut et nos! Ut dilectio quâ dilexisti me in ipsis sit et ego in ipsis. »

Avis sur la dévotion a la sainte vierge, — Jésus, présent en nous, y produit toutes les vertus; — nous associe à son esprit; spécialement au Très-Saint-Sacrement où il nous donne sa chair, pour que nous soyons animés et vivifiés de son esprit. Or il ne saurait être ainsi en nous sans y mettre l'amour de sa mère, qui était l'un de ses plus vifs sentiments. A ce signe on peut reconnaître si vous êtes mes frères : Êtes vous les enfants de ma mère?

Aussi la dévotion à Marie est-elle unjruit de la piété

AVIS POUR LE CATÉCHISME DE PERSÉVÉRANCE 3ol

en même temps qu'un moyen puissant de l'acquérir. Pas un saint, pas une âme fervente qui n'ait eu cetle dévotion (progrès d'une âme que j'ai connue).

Mais comment est-ce un moyen d'acquérir la piété? C'est que nous y trouvons un modèle et un secours.

Un modèle de toutes les vertus, cela est évident; mais surtout de cette vie intérieure que nous étudions ensemble. Jésus, venant en Marie, lui a communiqué ce caractère divin de sa sainteté, qui est d'être à la fois sublime et imitable (simplicité des verlus de Marie; accessibles à tous, modèle surtout des jeunes filles). Faites donc pour Marie ce que saint Vincent-de Paul faisait pour Notre-Seigneur, se demandant, avant chaque action, dans quelles dispositions il serait entré à sa place.

Mais surtout un secours.

Secours d'abord par la prière. L'œuvre de notre sanctification étant le chef-d'œuvre de la grâce, il y faut beaucoup de prières; et la prière par Marie est la plus efficace. Car alors ce que Jésus n'accorderait peut-être pas à notre indignité, il le concède à sa mère. Mais elle, Marie, nous écoutera t-elle toujours? Oh! oui; puisqu'elle est mère, et n'est que cela, n'a d'autre ministère que celui de la miséricorde. Dieu le Père a tout donné à son Fils, la clémence et la justice; c'est lui qui jugera le monde. Marie ne juge personne; partout où elle intervient, c'est pour bénir; et depuis le jour où elle a donné à la terre celui qui est la source de toutes les bénédictions célestes, elle a pris la douce habitude de les répandre sur nous.

Et c'est par là que nous trouvons dans la dévotion à Marie un nouveau secours pour la piété ; je veux dire la confiance. Cette entreprise a son côté austère, le renoncement, la croix; elle a son côté doux, l'espérance, l'amour; et c'est Marie qui se charge de nous le montrer. C'est une véritéd'expérience.Il ya, dans les âmes vraiment dévouées

à Marie une onction secrète qui adoucit toutes leurs épreuves, et qui donne à leur piété un caractère plus tendreet plus aimant. — Voyez saint Bernard^ — saint Stanislas Kotska, saint François-de-Saies. Il semblequeMarieleur ait découvert, dans le cœur de Jésus, des trésors de douceur dont elle seule a la clef. Ce qui faisait dire à un grand serviteur de Marie que, de deux âmes qui tendent à la perfection, celle qui voudra tout faire avec et par Marie, qui la chargera de tout et se reposera de tout sur elle, arrivera plus vite, plus suavement, plus sûrement au but que l'autre n'atteindra qu'au prix de rudes efforts et à travers mille écueils. Et il faut bien qu'il en soit ainsi : les âmes pieuses, ce sont les enfants de Dieu : mais, dans une famille, qui est-ce qui donne à la vie son charme, aux affections leur douceur, aux épreuves leur consolation, aux sacrifices leur récompense, si ce n'est la présence, le regard et l'amour de la mère? Ah ! quand la mère n'y est plus, il y a un grand vide.

Avis sur les devoirs d'état au point de vue de la piété. — Les devoirs d'état sont de vrais devoirs ; pourtant il n'y a guère que les personnes pieuses qui les remplissent parfaitement. Il en faut trop faire pour en faire assez. Un des fruits les plus précieux de la piété, c'est de nous y rendre fidèles.

Qu'est ce donc que les devoirs d'état ? Ce sont ces devoirs qui viennent s'ajouter aux devoirs généraux d'homme et de chrétien, etque nous imposenotre situationen cettevie.

Importance humaine : si chacun faisait son devoir, le monde serait une perfection. — Le christianisme a perfectionné la société, en apprenant à chacun à faire son devoir. Le christianisme parfait, c'est-à-dire la piété, rend encore à la société ce service.

Mais pourquoi et comment?

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