‹ MélangesChapitre 89 sur 104 · HOMELIE POUR LE IIP DIMANCHE DE L'AVENT · texte numérisé non relu

HOMELIE POUR LE IIP DIMANCHE DE L'AVENT

Mes CHÈRES Enfants

Aux approches des grandes solennités qui nou? rappellent chaque année l'aimable avènement de notre Sauveur, la Sainte Eglise ne néglige rien pour préparer nos cœurs à profiter abondamment des grâces qu'il nous apporte. Aujourd'hui^ mes enfants, elle vous montre, dans l'exemple du grand Précurseur de Jésus, quelle est la disposition fondamentale que Notre-Seigneur désire trouver en VOS âmes pour y établir sa demeure. Je veux parler de l'humilité. Voyez-le ce grand Saint, illustre, avant de naître, parles prodiges qui annoncent sa naissance; ce grand Pénitent dont l'austérité rehausse l'innocence, dont les vertus accréditent la doctrine; l'éclat de sa sainteté attire à lui les grands et le peuple; on va jusqu'à soupçonner que ce pourrait bien être là le Messie

promis, le Libérateur d'Israël; et des prêtres, des lévites, viennent^ au nom de toute la nation, lui demander solennellement s'il est le Christ. — Oh! quelle épreuve pour son humilité ! Un seul mot de sa bouche, et la foule va le saluer comme ce Prince de la Paix attendu depuis quatre mille ans! Mais non, écoutez plutôt l'Evangéliste : Et il avoua, et il ne voulut pas le nier, et il avoua qu'il n'était pas le Christ. — Vous êtes donc Elle, redescendu des cieux? — Je nelesuis pas. — Vousêtesau moins prophète? — Je ne le suis pas. Humble Jean, quoi? Vous n'êtes pas prophète? Mais n'est-ce pas de vous que Jésus dira bientôt aux Juifs : « Qu'êtes-vous allés voir au désert? — Un prophète! oui, je vous l'assure, et plus qu'un prophète, l'ange même du Seigneur envoyé pour préparer ses voies. » — Quel nom vous donnerez-vous donc? — Je suis une voix qui crie dans le désert : Rendez droits les sentiers du Seigneur. Je baptise il est vrai, mais ce n'est là qu'un baptême d'eau : au milieu de vous est Celui que vous ne connaissez pas. Il viendra après moi, mais il était avant moi, et je ne suis pas digne de délier la courroie de ses souliers.

Voyez comme il se rapetisse pour élever Jésus, comme il s'efface pour le faire paraître ! il semble dire : Ne vous arrêtez pas à ma personne qui n'est rien ; mais écoutez Dieu qui vous crie par ma bouche : Préparez les voies du Seigneur; et apprenez de moi à reconnaître Celui que vous ignorez: il faut qu'il grandisse et que je diminue, qu'il se montre et que je sois oublié. Vous venez me chercher au désert ; et le Christ que vous attendez est au milieu de vous.

Oh oui, mes enfants, il est bien vrai que Jésus est au milieu de vous; il est dans son Église comme son Chef et son Roi ; il est dans son Sacrement, comme notre compagnon et notre aliment; il est dans nos cœurs, mes chères

enfants, comme le principe de notre vie surnaturelle, comme la source vitale de la grâce que son Esprit y répand à grands flots.

Hélas ! serait-il vrai de dire qu'il est en nous et que nous ne le connaissons pas? Ah, du moins le connaissonsnous bien? Savons-nous tout ce qu'il y a pour nous d'amour dans son âme, et à quel retour une telle bonté nous oblige?

Mes enfants, si nous voulons le mieux connaître^ il faut aller à son école, à l'école de son cœur ; là il vous apprendra à être douces et humbles comme lui, et à lui dire comme saint Jean : Grandissez, Seigneur, et que je diminue ! grandissez en moi, au détriment de mon amour-propre ; prenez toute la place dans mon cœur, et qu'il n'en reste plus pour mes défauts. Mais aussi grandissez, Seigneur Jésus, dans l'estime et l'amour de tous les hommes, grandissez et que je diminue ! Etouffez dans mon âme ce désir ardent de paraître, de me prévaloir devant mes semblables des dons qui viennent de vous, de ce que je ne possède qu'à titre d'aumône, quelquefois même hélas ! de ce que je ne possède pas du tout. Vanité dans mes actions, vanité dans mes paroles, vanité dans mes pensées, dans mes désirs, il faut que tout cela cède la place à l'aimable empire de Jésus.

Oui... Il faut que toutes, mes chères enfants, vous soyez comme saint Jean, des voix qui cricntdans le désert de ce monde: Préparez les sentiers du Seigneur. Quand on vous verra sincèrement humbles et modestes, toutes désoccupées de vous-mêmes et tout occupées de Jésus-Christ, vides du désir de plaire au monde et pleines de celui de plaire à Jésus-Christ; quand, à l'exemple de Marie et de saint Jean, vous rapporterez à Dieu tout l'honneur que les hommes voudraient vous faire, et que, cachées en Dieu avec Jésus, vous ne paraîtrez aux yeux des créatures

que pour leur rappeler la présence du Dieu Inconnu ; comment ne pas entendre alors l'éloquent témoignage de votre foi et de votre humilité? Comment, en vous voyant, ne pas s'écrier avec le patriarche Jacob : Le Seigneur est vraiment en ce lieu et je ne le savais pas l

Ainsi, par la modestie et la simplicité qui reluiront en toute votre personne, vous exercerez au dehors, et même à votre insu, le puissant apostolat de l'exemple! Mais surtout, mes clières enfants, vous préparerez ainsi en vous-mêmes, à l'Hôte divin de vos cœurs, une demeure telle qu'il la demande. Une fois établie dans vos âmes, l'humilité y soumettra tout à l'empire de Jésus ; elle en rectifiera toutes les voies, en aplanira toutes les collines, en comblera toutes les vallées.

Et que peut-il manquer à une âm.e humble? Elle est toujours généreuse ; car faisant à Dieu le difficile sacrifice de son amour-propre, que pourrait-elle encore lui refuser? Elle est riche en grâces et en vertus, parce que, sentant sa misère et son indigence, elle attend et obtient du Ciel ce dont elle se voit dépourvue. Elle est charitable et dévouée, parce qu'elle se met en esprit au-dessous de tous les hommes^ et que, voyant en tous l'image de son Dieu, elle se fait avec joie leur servante : Ecce ancilla Domini.En un mot touslcsdons de l'Esprit-Saint l'embellissent, parce que^ vide d'elle-même, elle se remplit de Dieu! Oh, mes enfants, ne serions-nous pas tous bientôt des saints, si nous n'opposions aucun obstacle en nousmêmes au pacifique triomphe de Jésus? Eh bien, soyons humbles, et il régnera sur nos cœurs par la seule puissance de ses divins attraits :5peae tua et pulchritudine tua intende, p ospere procède et régna.

Oh! avec quel bonheur, avec quel amour le Divin Eafant abaissera vers votre humilité sa grandeur anéantie! Eh i le moyen d'aller à lui avec un cœur su-

perbe, puisqu'il vient à'nous par la voie de la petitesse et de l'obscurité ? Roi de gloire, Dieu éternel, il se fait homme ; c'est trop peu : il se fait enfant; il veut éprouver la débilité de cet âge, en ressentir les misères^ en subir les nécessités; maître de l'univers, il veut obéir à une humble femme ; entouré au Ciel des adorations des anges, il veut naître entre les animaux^ rebuté des hommes qui n'ont point de place à lui donner dans leurs demeures.

0 aimable humilité, qui nous rend conformes à Jésus, nous permet d'approcher de lui, et lui permet de venir en nous ! Hejireux qui sait goûter ce mystère et lui ouvrir son cœur ! Pour celui-là le monde est sans péril, ses séductions sans force, ses honneurs sans attraits. Que d'autres briguent les suffrages et les applaudissements des hommes. Pour lui, il a un Maître^ un Ami, un Dieu à contenter; il vit joyeux sous son regard, fort de son appui, riche de ses promesses; et quand vient l'heure redoutable où il faut comparaître à ce tribunal dont les jugements sont sans appel, il s'applaudit d'avoir méprisé les louanges de ceux que Dieu méprise, pourplaire à Celui qui peut seul donner, en échange de quelques légers sacrifices, l'éternité d'une vie bienheureuse, que je vous souhaite. Ainsi soit-il.

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