NOËL
Eu ces jours bénis, mes chères enfants, ne semble-t-il pas qu'un charme divin attire tous les cœurs à la Crèche? Hier, c'étaient les bergers, demain, ce seront les mages ; que ce soit nous aujourd'hui.
Mais qu'y ferons-nous, aux pieds de l'Enfant-DieulPour moi, si j'étais saint Bernard Je sais bien ce que j'y ferais. Plein d'une confiance amoureuse, je prendrais dans mes bras celui que Marie a porté dans son sein, je le comblerais de caresses et ne sachant comment exprimer tous les sentiments qui déborderaient de mon cœur, je ne pourrais que répéter : Petit enfant, ôbien-aimé, cher petit plein de douceur! Vous étiez grand, mon Dieu, et vous étiez adorable, vous vous êtes fait petit, oh 1 que vous êtes aimable ! Mais hélas ! ô mon Jésus, pour éprouver à votre berceau ces ravissements d'amour qui ont devancé pour vos amis le jour sans fin des célestes délices, il faut y apporter ce quenous n'avons pas : un cœur pur, qui n'ait d'ardeur que pour vous; un cœur humble et anéanti comme vous. Non, tant que la frivolité aura quelque part dans nos aiïections, tant que le désir de paraître gâtera nos intentions, que la vaine complaisance corrompra nos actions, n'espérons pas de bien comprendre le mystère [de la crèche. Dieu l'a caché aux prudents du monde, il l'a révélé aux simples et aux petits, aux âmes humbles et pures, basses à leurs propres yeux et grandes aux yeux de leur Père céleste.
Eh quoi, faut-il donc alors nous éloigner de la crèche? — Maison aller, ô mon Jésus? Vous avez les paroles de la vie éternelle. Nous n'avons rien de ce qu'il faut pour goûter dignement vos mystères; eh bien, vous nous le donnerez. Si nous sommes pauvres, vous êtes la richesse des cieux; si nous sommes souillés, vous êtes la pureté des anges; si nous sommes pécheurs, vous êtes la victime du monde; si nous sommes orgueilleux, vous êtes la grandeur anéantie; idolâtres de nous-mêmes, vous êtes l'Agneau qui portez sur vous nos douleurs. Nous éloigner de vous! Mais pour nous rejoindre, ô bon Pasteur, vous vous êtes élancé du ciel en la terre; et vous voilà dans ce pauvre réduit, faible, les mains liées, captif de votre
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amour, pour être notre bien, notre propriété^ notre trésor! Aimable crèche. je fixerai près de vous ma demeure; j'y habiterai parce que je Fai choisie !
Autour du berceau deJésus je vois Marie et Joseph. Mes enfants que pensez-vous qu'ils y faisaient? Il me semble que leurs yeux avec leurs cœurs ne pouvaient se détacher du divin Enfant, dans lequel ils comtemplaient le modèle^ le docteur et la source des vertus. Et qui nous empêche, pendant tout ce mois béni de la Sainte-Enfance, de vivre nous aussi aux pieds de Jésus dans la crèche, de considérer son exemple, d'écouter sa leçon, de puisera la source d'eau vive qui s'écoule de son cœur dans tous les cœurs bien disposés'?
Son exemple, un mot le résume : c'est l'anéantissement. 0 mystère incompréhensible que celui d'un Dieu enfant! mystère pourtant que nous devons pénétrer, car il est fait pour nous. Si le Yerbe divin n'eût songé qu'à son propre bonheur, qu'avait-il besoin de venir parmi nous^, et que pouvait avoir l'étable de Bethléem qui fût capable d'attirer ses regards? Mais l'homme était superbe, l'homme était perdu; Dieu veut le sauver en guérissant son orgueil; le néant a pris l'habitude de s'adorer soimême, l'Infinie Majesté va lui apprendre ce qu'il est, en se traitant elle-même comme il le mérite. 0 merveille, s'écrie saint Augustin, est ce donc une si grande chose que de savoir être petit, pour que les abaissements d'un Dieu aient seuls pu nous l'enseigner? Oui, certes, il en est ainsi; pour atteindre ce but, le Roi de gloire n'a pascru trop faire de s'anéantir: parla dignité divine du moyen jugeons quelle est l'excellence de la fin!
Mais pour mieux profiter de son exemple, il faut écouter sa leçon. Ah! croyez-vous, mes enfants, que Jésus fût muet dans sa crèche? Sans doute il ne prononçait pas encore ces paroles qui sortirent plus tard de ses lèvres
divines : Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur; mais déjà ses vagissements et ses pleurs ne vous en disent-ils pas assez? Cherchez dans l'Evangile tous les divins enseignements de la Sagesse incarnée; recueillez ces maximes qui sont un scandale aux Juifs, une foiie aux Gentils, mais la vérité et la loi pour les âmes fidèles: Bienheureux les pauvres d'esprit; bienheureux ceux qui pleurent; si vous ne devenez comme un petit enfant, vous n'entrerez point au royaume des cieux; que celui qui veut être le premier se fasse le serviteur de tous ; si quelqu'un veut venir après moi, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive; et tant d'autres qui vous sont connues. Eh bien, je vous le demande, une larme de Jésus au berceau ne vous dit-elle pas tout celai Elle vous dit la grandeur anéantie, l'innocence souftVant pour le rachat des pécheurs; elle vous prêche la loi de 1 humilité, la nécessité de la mortification, les avantages de la pauvreté, les richesses du dénuement. 0 voix éloquente d'un Dieu enfant! de la crèche, comme d'une chaire sublime, vous instruisez l'humanité; vous éclairez l'ignorance des bergers, vous abaissez l'orgueil des rois; vous nous convoquez tous à cette école salutaire pour y apprendre ce que le monde ne comprend pas, ce que la raison ne sait pas découvrir, ce que vous seul enseignez à la terre : Discite a me quia milis sum ethumilis corde.
Et si cette leçon nous semble difficile, ah! sachez que Jésus enfant n'est pas comme ces docteurs impuissants qui montrent la voie sans donner la force d'y marcher, souvent sans avoir eux-mêmes le courage de la suivre. Modèle et docteur de l'humilité, il en est encore et surtout la source féconde. L'apôtre saint Jean, parlant du grand mystère de l'Incarnation, nous dit ces paroles admirables : Le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous... et nous avons tous reçu de sa plénitude, grâce sur
grâce; ce que Notre-Seigneur lui-même confirme et explique mieux encore lorsqu'il nous dit : Je suis venu pour qu'ils aient la vie, pour qu'ils l'aient surabondamment; moi-même je suis la voie, la vérité et la vie. Je ne suis pas seulement la vérité, en disant ce qu'il faut faire; je ne suis pas seulement la voie, en donnant l'exemple ; je suis aussi la vie ; si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi et qu'il boive. Cessons donc de nous effrayer de la hauteur de ses leçons, de la sublimité de ses exemples; sachons que de sa crèche une vertu divine rayonne sur nos âmes, les pénètre de ses vertus et inocule en elles le germe précieux d'où doivent naître les fruits qu'il nous demande. 0 royal Enfant, vous enrichissez tous ceux qui vous approchent; vos trésors sont inépuisables ; il suffit de les désirer pour en être comblé; et les hommes ne veulent pas aller à vous : Et non vultis venire ad me ut vitam habealis. êùï, nous du moins, mes chères enfants, ne méprisons pas une telle faveur : allons porter à la crèche l'indigence de nos âmes, et nous en' reviendrons riches de grâces et de vertus, humbles surtout et pénétrés d'amour pour notre Dieu anéanti. Ou plutôt nous y demeurerons sans cesse, et jaloux de répondre en quelque manière à un amour si excessif, nous nous empresserons de lui offrir tout ce qui pourra lui plaire. Nous songerons que, dès son berceau, il a été victime ; qu'en entrant dans le monde, il a dit à son Père : a Les holocaustes ne vous ont pas satisfait : me voici, mon Dieu, pour faire votre volonté! » Et nous aussi, nous entrerons dans cet esprit d'offrande, unissant à la grande oblation du Verbe incarné les petits sacrifices que nous pourrons lui faire, heureux de nous priver de quelque plaisir, de renoncer à quelque vanité, d'exécuter promptement un ordre qui nous coûte, pour présenter au divin Enfant, comme un parfum d'agréable odeur, l'encens de notre sacrifice. Rien de tout
cela ne sera perdu; mêlées aux larraes de Jésus, nos offrandes monteront jusqu'au trône de TEternel; elles nous obtiendront ce que nous devons désirer par-dessus tout, la grâce de communier au mystère de la crèche, de devenir humbles et soumis, et d'obtenir par là ce que les anges ont promis aux âmes de bonne volonté, la paix sur la terre et la gloire au plus haut des cieux.