‹ MélangesChapitre 92 sur 104 · HOMÉLIE POUR LE DIMANCHE DANS L'OGTAYE DE L'ASCENSION · texte numérisé non relu

HOMÉLIE POUR LE DIMANCHE DANS L'OGTAYE DE L'ASCENSION

Mes cuères Enfants.

Rien n'est stérile dans l'Eglise de Dieu. Quand elle fait passer devant nos yeux le cycle annuel de ses solennités, elle ne prétend pas seulement rauimer dans nos esprits un infructueux souvenir, ou tout au plus inviter nos cœurs à la reconnaissance en leur rappelant les bienfaits des divins mystères; elle veut encore et surtout reproduire dans nos âmes la grâce propre à chacun d'eux; nous faire naître avec Jésus à Bethléem, avec lui pleurer au désert, souffrir à Gethsémani et mourir au Calvaire; avec lui reprendre une vie nouvelle, avec lui nous élever aux cieux. Et l'Esprit-Saint, époux fidèle de cette sainte Église, tient en réserve pour les cœurs bien préparés une grâce spéciale, analogue au mystère qui leur est proposé. Aujourd'hui donc, mes chères enfants, aujourd'hui que l'Église nous place entre l'Ascension et la Pentecôte, entre le départ de Jésus, et l'avènement du Consolateur, dans quels sentiments voudrions-nous entrer, sinon dans ceux qui, à pareil jour, animaient les saints Apôtres, lorsque, douloureusement séparés de leur bon Maître, ils attendaient l'Esprit de Vérité et d'Amour qui devait rendre à leurs yeux la lumière, à leurs cœurs la consolation et la paix?

Eh quoi? Ne sommes-nous pas, nous aussi, dans un Cénacle; lieu sacré où plus d'une fois Jésus lit avec nous le festin de son amour? Ne sommes-nous pas ici persévérant dans la prière avec Marie Mère de Jésus, et dans l'attente du divin Paraclet? Esprit d'amour, ouvrez nos

cœurs; préparez-nous, comme les Apôtres, aux bienfaits de votre venue!

Quelles étaient donc^ mes chères enfants, ces dispositions des Apôtres au Cénacle? Il m'a semblé qu'on peut les résumer en ces trois mots : retraite, méditation, désir.

Considérons-les un instant.

Le Cénacle était avant tout un lieu de retraite. Là les Apôtres vivaient oubliés du monde ; ils s'y étaient cachés d'abord par la crainte des Juifs; cette fois l'ordre de Jésus montant aU ciel les y avait rassemblés. Et vous aussi, chères enfants, il y a peu de jours, une douce invitation vous appelait à la Retraite; pour quelques jours vous vous sépariez un peu des affaires et des plaisirs de la terre, pour repasser plus à loisir les grâces reçues, l'emploi que vous en avez fait, pour vous remettre en face des grandes vérités du salut, et retremper dans la prière les armes de votre foi quelque peu émoussées peut-être par une année de combats. Mes chères enfants, ces jouis étaient précieux ; ils sont passés ; mais le fruit en demeure, je l'espère. Toutefois, je puis maintenant encore vous parler de retraite et vous convoquer au Cénacle. Si vous voulez que Jésus vous parle au cœur, qu'il vous envoie son Esprit pour vous enseigner toutes choses, qu'il vous donne cette paix que le monde ne connaît point; en un mot, si vous voulez que le jour de la Pentecôte renouvelle en vos âmes la grâce de votre Confirmation, il faut qu'au dedans de vous-mêmes vous prépariez un Cénacle, un retranchement impénétrable, que le monde ne puisse forcer. Restez dans vos demeures, mais sortez de vos préoccupations frivoles ; poursuivez vos travaux, mais entrez de cœur dans le repos de la retraite; conversez avec les hommes, mais qu'à la cime de vos âmes il y ait une place pour Dieu seul. Voilà comment vous suivrez les Apôtres dans le Cénacle.

Mais la Retraite n'est qu'une préparation. Elle dispose à la seconde chose que nous apprennent aujourd'hui les Apôtres; elle dispose à la méditation.

Dans ces longues heures de silence, leurs esprits, j'imagine, ne durent pas rester oisifs. Depuis la Résurrection, à peine s'étaient-ils remis de ce profond étonnement où les avaient jetés tant d'événements prodigieux. Compagnons de Jésus dans sa vie publique, auditeurs de sa parole et témoins de ses miracles, ils s'étaient longtemps nourris de l'espoir d'un royaume terrestre, où cet homme puissant en œuvres devait les associer à son empire.

Mais ses ignominies, ses souffrances, sa mort avaient bouleversé leurs idées et presque éteint en eux cette foi, cette confiance, que les splendeurs de la Résurrection suffirent à peine à réveiller. Enfin, quand ils commencent à s'affermir dans leur croyance, voici que leur Maître les quitte, il disparaît à leurs regards, et de cette suprême entrevue, ils ne remportent à Jérusalem que des souvenirs et des promesses; souvenirs bien doux, mais pleins de mystères ; promesses magnifiques, mais remplies d'obscurité. Eh bien, dans le silence du Cénacle, ils repassaient ensemble ces souvenirs et ces promesses; ils se redisaient avec admiration la vie de Jésus, ses enseignements et ses prodiges, puis les horreurs de sa Passion, les merveilles de sa Résurrection, et cette grande et dernière merveille qui, pour la dernière fois, l'avait dérobé à leur vue. Ils comprenaient bien imparfaitement toutes ces choses ; mais ils attendaient cet Esprit qui devait leur enseigner toute vérité, cf II vous estavantageuxquejem'en aille, avait dit le bon Maître : si je ne m'en vais pas, le Consolateur ne viendra pas; mais si je pars, je vous l'enverrai; et il vous rendra témoignage de moi. » Oh ! comme l'oreille de leur cœur était attentive! Comme ils se préparaient à entendre ce nouveau Docteur qui devait leur

révéler tant de mystères ! Quel recueillement, quelle docilité! Mes enfants, nous sommes plus heureux que les apôtres; la vie et les mystères de Jésus nous ont été dès longtemps dévoilés; mais ne nous reste-t il rien à apprendre, et n'avous-nous pas besoin, nous aussi, de méditer, d'ouvrir nos cœurs? Oh! qui nous donnera le goût de la méditation? Heureuse l'âme qui fait sa nourriture des mystères de Jésus-Christ! L'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche d'un Dieu; mais, du sein de Dieu même sort une parole éternelle qui est son Verbe ; et ce Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous, et il est mort pour nous^ et il est ressuscité pour nous; et s'il monte au ciel, c'est pour nous encore; c'est pour nous préparer une place, c'est pour nous y donner droit, c'est pour y plaider notre cause devant le trône de son Père et lui offrir pour nos péchés le trésor infini de sa médiation éternelle. Oh ! mes enfants, quel digne objet de vos pensées! Est-ce donc trop de consacrer chaque jour quelques instants à contempler ces merveilles de vos destinées immortelles^ à vous occuper de Celui qui vous a aimées avant tous les siècles, qui, selon 1 Écriture, porte vos noms écrits dans ses mains, et qui dispose pour votre salut l'admirable économie de sa Providence?

Nous méditerons donc, mes chères enfants. Mais cette méditation ne sera pas stérile; en nous, comme dans les Apôtres,elle produira une troisième disposition :. le désir.

Le désir, mes enfants, vous le savez, c'est la prière. Dieu n'a pas besoin de paroles : il exauce les soupirs du cœur. c( Bienheureux, dit-il, ceux qui ont faim et soif de la justice, parce qu'ils seront rassasiés. ^)Mais s'il épanche libéralement ses trésors sur les âmes qui en sont avides, il semble en être avare envers ceux qui les méprisent. Esurientes implevit bonis. — Il a rempli

« Je suis venu à toi, dit le Seigneur à Daniel, parce que tu es un homme de désirs. »Le désir en effet est un hommage rendu à la bonté de Dieu, c'est une profession d'estime pour les biens qu'il nous propose. Qu'il est doux, mes enfants, de servir un Maître qui nous fait un mérite de désirer ses trésors! Ce mérite fut celui des Apôtres dans le Cénacle. Avec quelle ardeur ils appelaient de leurs vœux cet Esprit Consolateur qui les devait changer en des hommes nouveaux! 0 saints soupirs, ô brûlantes demandes! Ils appelaient l'Esprit Saint : mais l'Esprit- Saint lui-même formait en eux ces désirs; car saint Paul nous apprend que nous ne prions pas de nous-mêmes; que c'est l'Esprit qui prie en nous par des gémissements inénarrables. 0 mes enfants, nous aussi, désirons l'Esprit de Dieu et son amour; désirons, et si nous ne sentons pas ce désir, désirons de l'éprouver ! Mais hélas ! nos cœurs sont froids et insensibles. Tout de feu pour les plaisirs de la terre, nous sommes de glace pour les dons du Très-Haut. Rompons, rompons ces attaches frivoles; élevons nos cœurs, sursum corda! Fils du Ciel, renoncerons-nous à la place qui nous y est marquée? irons nous, comme le prodigue, envier aux vils animaux leur immonde nourriture, quand le pain de vie nous est offert dans la cité immortelle? Non, non, notre Chef est aux cieux, et nous qui sommes ses membres nous ne tiendrons plus à la terre. 0 Jésus, vous avez dit : « Où est votre trésor, là aussi sera votre cœur. » 0 Dieu, vous êtes notre trésor, vous êtes monté au ciel ; au ciel donc sera notre cœur. Nous userons des biens de ce monde, mais notre amour montera plus haut; plus haut, jusque dans ce royaume où notre avant-coureur est entré pour nous; plus haut, jusqu'au pied de ce trône où notre médiateur intercède pour nous ; plus haut, jusque dans le sein du Père, d'où le Fils triomphant nous envoie son Esprit d'amour, avec l'abon-

dance de ses dons : esprit de sagesse et d'intelligence^ esprit de force et de conseil, esprit de science et de piété, esprit de crainte du Seigneur. Là s'élèveront nos désirs, jusqu'au jour où la mort nous permettra d'y voler; jour béni, où Jésus^notre vie, nous apparaissant dans sa gloire, nous aussi, uous entrerons en participation de son règne éternel : Quum Cliristus apparuerit vita vesfra, tune et vos apparebitis ciim ipso in gloria.

Ainsi soit-il.

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