JOAN, I
AïTibulans autem Jésus juxla mare Galilex vidit duos fratres,Simonem qui vocatur Petrus et Andream, miltenles rele in mare.
^Matth., IV, 18\
Mes CHÈRES enfaxNts.
Qu'ils sont riches et qu'ils sont heureux ceux dont l'Église catholique est la mère ! Elle n'est pas encore expirée cette sainte octave ^ où il nous fut donné d'honorer avec un redoublement d'amour le perpétuel séjour de
1. En 1862, Pâques tombant le 20 avril, l'oclave paroissiale de la Fcte-Dieu se termina le dimanche 29 jnin.
Jésus parmi les hommes. Et voici qu'une nouvelle solennitéjS'ajoutant à la première, vient offrir à notre culte une autre perpétuité de Jésus-Christ dans son Eglise, un autre accomplissement de cette promesse immortelle :« Voici que je suis avec vous jusqu'à la consommation des siècles. » Dans l'Eucharistie, Jésus se cache comme au cœur de l'Eglise^ et de là par des canaux mystérieux, il fait circuler dans tous ses membres une grâce invisible mais fécondante. Dans la chaire de Pierre, Jésus paraît visiblement sous les traits de son vicaire; là sa voix nous instruit, là ses lois nous dirigent; les brebis fidèles reconnaissent l'appel du bon pasteur; elles se serrent autour de lui, et tranquilles, sous sa houlette, elles se rient des menaces du lion qui cherche à les dévorer.
Heureuses enfants, nourries dans ce bercail, vous êtesvous jamais rendu compte de votre bonheur? Avez-vous jamais admiré l'amoureuse prévoyance de Celui qui vous a aimées, alors même que vous n'étiez pas? Le Verbe était Dieu, etf homme était pécheur; et le Verbe s'est fait chair et il a pris la forme du pécheur pour le revêtir de sa justice. Mais ce séjour du Verbe incarné sur la terre ne devait durer qu'un temps; et son amour méditait les moyens de le perpétuer, pour étendre à toutes les générations le bienfait de sa présence. Alors cet amour ingénieux conçut deux inventions merveilleuses : l'Eglise et l'Eucharistie. Vous avez médité pendant ces jours les merveilles de 1 Eucharistie ; méditons aujourd'hui les merveilles de l'Eglise en la considérant dans son chef.
Jésus commençait sa vie publique; déjà le Précurseur avait dit en le voyant : « Voici l'Agneau de Dieu, voici Celui qui enlève les péchés du monde. » Et, à cette voix, deux de ses disciples l'avaient quitté pour s'attacher aux pas de Jésus. L'un d'eux, André, va chercher son frère Simon : « Nous avons trouvé le Messie », lui dit-il; et il
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l'amène à son nouveau Maître. Jésus le regarde et lui dit: c( Tu es Simon fils de Jean ; tu t'appelleras Céphas, c'est-àdire pierre ». Ah Simon! vous ne compreniez pas alors de quelle ébction vous étiez l'objet. Voici qu'un nouveau nom vous est donné qui vous désigne d'avance à la royauté de l'Eglise et des siècles. L'Eglise, elle, n'existe pas encore; Jésus n'est aux yeux des hommes que le fils d'un artisan, Simon n'est qu'un pauvre pêcheur; mais le regard de l'Homme-Dieu a mesuré les âges : fntuitus eum Jesus;\\di\u dans l'avenir ce vaste édifice où doivent s'abriter toutes les nations de la terre ; et déjà sa Providence en a choisi le fondement : Tu vocaberis Cephas.
Simon-Pierre n'a pas compris toutes ces choses, mais il a commencé d'aimer Jésus; depuis lors il vient souvent l'entendre; toutefois il continue d'exercer son humble profession. Un jour Jésus passait sur le rivage du lae de Tibériade; il voit Simon et André qui jetaient le filet dans les flots; «Venez avec moi, leur dit-il, et je vous ferai pêcheurs d'hommes; et ceux-ci, à l'instant, quittent tout et le saivent : relictis omnibus ^ secuti sunt eum ». Courage, généreux Apôtre; vous ne savez où l'on vous mène; mais sur la parole du Maître vous avez tout quitté; un jour vous pourrez lui dire avec confiance : Ecce nos reliquimus. — Voici que... ~ Et vous mériterez d'entendre cette réponse : «En vérité... vous qui m'avez suivi... vous serez assis sur douze trônes. . » Depuis ce jour Céphas ne se sépare plus de Jésus. Qui dira les douceurs de ce commerce intime continué durant trois années, les élans de ce généreux amour qui s'allume toujours plus ardent au cœur de Pierre, et qui éclate à chaque page dans le saint évangile?
Jésus vient d'annoncer les prodiges de l'Eucharistie ; e plusieurs de ses disciples l'ont quitté en disant : Cette parole est dure. — « Et vous aussi, voulez-vous me
quitter? dit-il aux douze. — Seigneur^ s'écrie Pierre, à qui irions-nous? vous avez les paroles de la vie éternelle. »Une autrefois, c'est pendant la nuit; la barque des Apôtres lutte péniblement contre la tempête; Jésus apparaît sur les flots : les disciples croient voir un fantôme; mais Pierre a senti la présence de sonMaître : «Seigneur, si c'est vous, commandez que j'aille à vous sur les eaux; «et la mer s'affermit sous les pas de l'apôtre. «Que disent les hommes de moi? demande un jour Jésus aux siens. — Seigneur répondent-ils, les uns vous nomment Elle, les autres Jean Baptiste ou quelqu'un des prophètes. — Mais vous^ qu: pensez-vous que je suis? » La demande est faite à tous mais Pierre s'empresse, il répond seul : « Vous êtes le Christ, Fils du Dieu vivant. — Bienheureux es-tu Simon, fils de Jean, dit le Sauveur; ce n'est ni la chair ni le sang qui t'ont révélé ces choses, mais mon Père qui est aux cieux. Et moi je te dis que lu es Pierre. Et je te donnerai les clefs. Quodcumque... »
0 promesses divines, si l'Eglise doit être un roc immobile ; si la rage des enfers, doit venir s'y briser vainement, c'est Pierre qui sera la base de cet inébranlable édifice. Si lEglise est riche des trésors du ciel, lesclffs de ce trésor seront aux mains de Pierre; à lui d'y puiser pour les distribuer aux fidèles; à lui de lier le pécheur opiniâtre, à lui de faire tomber les chaînes du pécheur pénitent; à lui d'ouvrir et de fermer les portes du Royaume. Ces paroles que Jésus adresse aujourd'hui à Simon^ il les adressera un jour à tout le corps des Pasteurs représenté par les apôtres; qu'est-ce à dire, sinon qu'en Pierre réside la plénitude des pouvoirs de l'Eglise; que tout ce que l'Église entière possède de droits et de puissance, Pierre le résume en sa personne, et peut l'exercer à lui seul? — 0 profondeur des conseils de Dieu! Jésus voit dans un prochain avenir la chute de son disciple; il sait que ce
favori qu'il relève si haut, doit passer par une heure de défaillance et d'infidélité; que trois fois, au prétoire, il reniera Celui qu'il a juré de suivre jusqu'à la mort; mais qu'importe! Dieu choisit la faiblesse pour en faire l'instrument de sa force. « Simon^ Simon, Satan a demandé à te passer au crible; mais moi, j'ai prié pour toi^ afin que ta foi ne défaille point; et toi. quand tu seras converti, confirme tes frères. » Et qui donc maintenant, grand apôtre, se scandalisera do votre chute? Jésus, qui l'a prédite, y a préparé le remède. Un regard parti de son cœur pénètre jusqu'au fond du vôtre et fait jaillir de vos yeux une source intarissable de larmes. Désormais l'humilité profonde du repentir, la reconnaissance pour le pardon enflammeront sans cesse l'ardeur de votre amour; et cet amour incomparable sera votre plus beau titre à la charge de pasteurqui voussera confiée: «Simon, m'aimestu plus que ceux-ci? Pais nies agneaux, pais mes brebis. — Seigneur, dit Pierre attristé, vous savez tout, vous savez que je vous aime. » Mais le monde saura bientôt si le disciple aime son Maitre. Jésus, monté aux cieux, en a fait descendre l'Esprit consolateur. Pierre s'élance à la tète des apôtres : c'est lui qui le premier, devant cette foule encore teinte du sang du Juste, proclame hautement et îa divinité de la victime et le crime de ses bourreaux. Déjà huit mille personnes ont cru à sa parole ; déjà le paralytique lui doit une guérison inespérée.. Vainement les princes du peuple veulent imposer silence à cette voix qui remue les cœurs : « Quoi ! s'écrient Pierre et Jean, taire ce que nous avons vu de nos yeux, ce que Dieu nous a chargés de publier? nous ne le pouvons pas: non possurnus. » S'il faut essuyer des outrages et subir des tourments pour le nom de Jésus, Pierre sera de ceux qui s'en réjouiront les premiers. Si le zèle des apôtres porte ombrage à l'envieux Hérode, des soldats jetteront Pierre dans un
cachot et un ange lui en ouvrira les portes. Si le Seigneur, touché des vertus de Corneille, veut commencer par lui la communication de l'Evangile auxGentils, c'est à Pierre qu'il l'enverra tout d'abord, c'est à Pierre qu'il révélera, dans une vision, le mystère de l'universalité de son Eglise. S'il faut élire au traître Judas un successeur, Pierre en fera la proposition ; si les apôtres se réunissent pour régler les différends de l'Église naissante, dans cette auguste assemblée Pierre parlera le premier. Si Paul, de persécuteur devenu apôtre, Paul qui a reçu de Jésus-Christ même et la mission et la doctrine, veut, après trois ans d'exil, exercer sur un plus vaste théâtre le zélé qui le consume, il viendra à Jérusalem pour y voir Pierre : Veni Jerosolymam videre Petrum. Tant il est vrai que Pierre est la colonne sur laquelle tout doit s'appuyer : Videbanivr columnœ esse. Mais quoi? Les envoyés du Sauveur se sont partagé le monde: ils se sont dispersés aux quatre vents du ciel, pour aller porter à tous les rivages la parole de paix. Au centre du monde civilisé, la superbe Rome dresse fièrement la tête : qui donc ira prêcher à cette souveraine la folie de la croix ? Qui donc lancera au pied de ce colosse la petite pierre qui doit le renverser et devenir une montagne immense? A Pierre encore 1 honneur de cette mission. Oui, grand apôtre, Antioche se glorifie de vous avoir possédé; mais Rome sera pour jamais le siège de votre empire.
Là vous prêchez dans l'ombre ce qui bientôt sera publié sur les toits; là vous semez dans les larmes ce que vos enfants recueilleront dans l'allégresse. Là vous voyez couler sous vos yeux les prémices du sang qui, pendant trois siècles, doit féconder cette terre ingrate. Mais déjà vos cheveux ont blanchi dans ces combats ; votre course s'achève, votre couronne est tressée. Une croix est préparée; l'hnmble Pontife la salue avec joie; mais il
refuse l'honneur de mourir comme son Maître; on le cloue sur le bois, la tête inclinée vers la terre; l'apôtre souffre, il prie, il expire^ il est mort. Mais que dis-je : il est mort? Non, non, il vit, il triomphe, il règne. Il règne au ciel avec Jésus-Christ ; il vi t et règne sur la terre, dans cette chaire de Rome, où, depuis dix-huit siècles, son souffle anime ses successeurs; il vit dans ces Pontifes martyrs dont le sang féconde l'Eglise; il vit dans ces Pontifes docteurs dont la parole illumine l'Église; il vit dans ces Pontifes législateurs, dont la sagesse dirige à travers tant d'écueils la barque de l'Église. Non, Rome n'a pas seulement sa cendre; elle le possède tout entier.
Quand l'orage des persécutions gronde encore sur l'Église, quand l'Évangile, armé de sa seule beauté et de la force d'en haut, se mesure avec tout l'appareil de la puissance romaine, avec toutes les folies et toute la corruption du monde païen, s'il faut des saints pour avancer ce grand œuvre, Pierre prie, et sur la chaire de Pierre on voit monter tour à tour une longue série de héros; anges de la terre, dont les vertus confondent et convertissent leurs persécuteurs; pères tendres dont la sollicitude s'étend à tout le troupeau ; confesseurs invincibles, qu'aucune menace n'arrête, qu'aucune promesse ne séduit, qu'aucun tourment ne fléchit; car pour eux l'échafaud n'est que le marchepied du ciel.
Mais voici que la Croix a triomphé : le signe qui a donné la victoire à Constantin, flotte glorieusement audessus des aigles romaines. L'épouse du Dieu crucifié ne saurait jouir longtemps de la paix. De furieuses hérésies s'élèvent et la déchirent; c'est Arius, qui lui ravit une multitude de ses enfants; c'est Eulychès, Nestorius qui sèment dans son sein la division avec l'erreur; ce sont les Césars dégénérés qui l'oppriment et se font contre elle les ministres de ses ennemis. Mais Pierre veille, il
prie, et l'on voit un Léon, un Innocent, un Giégoire et tant d'autres illustres pontifes résister à tous les efforis de l'hérésie^ en déjouer tous les complots, en pénétrer les artitices. De tous côtés les Pasteurs déposés et bannis viennent chercher au tombeau de saint Pierre sûreté et justice; les peuples inquiets, en butte à la séduction, tendent les mains vers Rome pour en recevoir la lumière et le soutien. C'est bien là le centre de l'unité, la colonne de la foi, Técueil où viennent échouer les efforis de l'enfer. Faut-il soumettre à l'Evangile des peuples grossiers, adoucir les mœurs de ces féroces barbares destinés à renouveler le monde, c'est de Rome que partiront les apôtres des nations nouvelles ; et le farouche néophyte, en courbant la tôte sous la main qui baptise, apprendra à confondre dans un même respect et le Christ devenu son Dieu et l'Église devenue sa mère. Que si, descendant le cours des âges, nous avons à traverser des époques d'obscurité et d'ignorance, regardons vers Rome, et de là, au sein des ténèbres, nous verrons luire dans sa pureté le flambeau de cette même foi qui encore aujourd'hui nous éclaire. Qu'au sortir de cet âge d'enfance des esprits inquiets, en tout précipitant, veuillent tout détruire ; qu'un Luther, un Calvin étonnent le monde par l'audace de l'erreur, et fassent pleurer rÉglisc sur la perle d'un grand nombre d'enfants; Pierre n'a pas cessé de veiller sur son troupeau; c'est de Rome que partiront les foudres qui, frappant les novateurs, désigneront leurs blasphèmes à l'exécration des vrais fidèles; c'est autour de la chaire de Pierre que se serreront les brebis, et leur foi sortira encore saine et pure de cette terrible épreuve.
Mais nous touchons à de nouveaux combats. Après les sacrilèges excès d'un siècle qui n'a su que détruire, après les efforts de cette vaste conjuration qui voulait envelopper dans une même ruine, avec nos dogmes sa-
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Icrés, les premiers principes de la religion et delà morale, iqu'avons-nous vu, que voyons-nous encore? Est-ce que itout est perdu, est-ce que l'Église a succombé? N'y a-t-il plus au monde de vérité et d'amour, plus de cœurs généraux, plus de chrétiens fidèles'? Ah! regardez vers Rome, voyez ce Pontife bien-aimé, dont les cheveux ont blanchi dans les tribulations : autour de lui se pressent d'innombrables enfants. Tous sont jaloux de lui témoigner à l'envi leur soumission et leur amour.
Voici que de tous les coins du monde les Pontifes se sont rassemblés 1 ; ils sont venus à travers les mers^ pour resserrer au tombeau de saint Pierre les liens de l'unité et de la charité, pour montrer au Père commun des fidèles qu'il peut compter sur ses enfants. Car eux aussi, ces vénérables Pontifes, ils sont Pères : il ne sont pas venus seulement en leur nom : ils ont porté aux pieds du Pontife suprême l'hommage et les vœux de tous, ils lui ont porlé les nôtres, mes chères enfants.
Oui, en ces jours bénis, nos cœurs ont suivi noire Pasteur; nos cœurs ont élé présents à ces fêtes, ils en ont savouré la sainte allégresse, ils ont senti se ranimer en eux les sentiments d'une filiale tendresse. Eh bien, persévérons dans ces transports. Oui, aimons TEglise; et, si nous aimons l'Eglise, aimons la chaire de Pierre qui en est le fondement. Prions pour PÉglise^ et au milieu d'un monde qui la méconnaît, montrons-nous fièrement ses enfants!
0 Sainte Église Romaine, nous le promettons ici devant Dieu ; jamais nous ne rougirons de vous appartenir; nous en ferons bien plutôt notre gloire, et jusqu'à la mort nous tiendrons à vous par le fond de nos entrailles. Prince des apôtres dont nous honorons aujourd'hui le
i. Pour Irt canonisation des martyrs japonais.
glorieux martyre, recevez ces promesses. Obtenez-nous de Dieu le véritable esprit des enfants de l'Église; esprit de foi et de piété, esprit de soumission et d'amour, qui nous maintienne toujours au centre de cette barque dont le Seigneur vous a fait le pilote, et nous fasse parvenir au port de la bienheureuse éternité où vous régnez avec Jésus-Christ dans la gloire. Ainsi soit-il !
Maurice Le Sage d'flauteroche d'Hulst est né le 10 octobre 1841 à Paris.
Son père était le fils du comte d'Hauteroche, député de Béziers sous la Restauration.
La famille Le Sage d'Hauteroche est originaire de Normandie (département de TOrne). En 1661, le représentant de cette famille, ruiné comme beaucoup de gentilshommes après les guerres de la Ligue et de la Fronde, épousa une héritière flamande qui lui apporta le titre et la terre d'i/w/^^, village près de Courtrai. Depuis ce temps l'ainé de la famille a toujours porté le titre de comte d'Hulst.
Le granJ-pèrc de Maurice d'Hulst appartenait à une branche cadette de la famille et portait le nom de comte d'Hauteroche. Il avait épousé une du Bourg de Toulouse, nièce de M^^ du Bourg qui fut vicaire général de Toulouse, et confesseur de la foi pendant la Révolution et premier évêque de Limoges après le Concordat II est mort à Limoges en odeur de sainteté. Une autre de ses nièces, cousine germaine deM"^ d'Hauteroche, fut la Mère Marie de Jésus, fondatrice de la Congrégation du Sauveur, morte, elle aussi, en odeur de sainteté à la Souterraine en 1861 et dont le procès de béatification s'instruit.
Lorsque le père de Maurice se maria en 1829, l'ainé de la famille, son cousin le comted'HuIst, venait de mourir. Il prit alors le titre des aînés et se maria sous le nom de comte d'Hulst.
Il épousa Antoinette-Denise de Grimoard du Rourc, descendante directe du frère du Bienheureux Urbain V, avant dernier pape d'Avignon, dont le culte a été reconnu par Pie IX en 1870 et dont on fait l'oflice au propre des diocèses de Mende et de Paris.
Antoinette-Denise du Roure avait été élevée dans Pin limité des enfants de Louis-Philippe, alors duc d'Orléans. Sa mère, la marquise du Roure, née de Juigné, et propre nièce de M»'' de Juigné, archevêque de Paris pendant la Révolution, était dame d'honneur de Marie-Amélie, duchesse d'Orléans, etla suivit, en cette qualité, duPalais- Royal aux Tuileries après 1830. Son mari, le marquis du Roure, attaché à Louis-Philippe par ses opinions libérales et par ses sentiments, avait été officier des gardes du corps de Charles X et avait accompagné le roi jusqu'à Cherbourg. Aussi, tout en étantpartisan de la monarchie de Juillet et ami personnel du nouveau roi, il refusa l'ambassade que lui offrait celui-ci en lui donnant le choix entre Rome, Londres et Vienne, disant que son cœur appartenait à Louis-Philippe, mais son serment à Charles X.
Los relations de Maurice d'Hulst avec la famille d'Orléans remontent donc à la troisième génération. Lui-même, avec son frère aîné, allait presque tous les jours, avant 1848, jouer avec le comte de Paris et le duc de Chartres, soit aux Tuileries, soit à Neuilly, soità Saint- Cloud.
Après la Révolution de 1848, le comte s'établit au château de Louville, Eure et-Loir, propriété de famille qu'il avait achetée à la grand'mère de sa femme en 1836. 11 y vécut trois ans très retiré et y serait demeuré plus longtemps encore si, en octobre 1850, la reine des Belges, Louise d'Orléans, mortellement atteinte, n'avaitpas appelé auprès d'elle à Oslende son amie d'enfance, la comtesse
d'Hulst, pour lui fermer les yeux. En mourant, la reine pria celle-ci de se charger de l'éducation de sa fille, la princesse Charlotte, celle qui devint plus tard l'archiduchesse Maximilien et qui est aujourd'hui la malheureuse veuve de l'empereur du Mexique.
Le comte d'Hulst, s'associant au dévouement de sa femme, alla s'établir à Bruxelles où il resta deux années avec les siens. Une longue maladie de son fils aîné l'obligea de retourner en France, et dès lors la comtesse d'Hulst dut se faire remplacer auprès de son élève et ne dirigea plus que de loin son éducation.
De 1848 à 1853, Maurice d'Hulst et son frère aîné habitèrent donc avec leurs parents soit la campagne, soit la Belgique. Ils commencèrent leurs études avec le curé de Louville, puis les continuèrent avec un précepteur ecclésiastique. C'est seulementverslafinde l'année 1853, que la famille se remit à habiter Paris, après cinq ans d'absence. Les enfants commencèrent à composer avec le collège Stanislas. L'année suivante ils devinrent élèves externes de cette maison, aujourd'hui si florissante, alors déchue de son ancienne réputation et voisine de la ruine. La société de Marie venait de l'acheter à la faillite de l'abbé Goschler et l'abbé Lalanne en avait pris la direction. Ce fut lui et son successeur l'abbé de Lagarde qui la relevèrent et en firent un des premiers établissements de Paris.
Maurice d'Hulst entra en seconde; son aîné, retardé par la maladie, entra en troisième; l'année d'après, il sauta une classe et les deux frères terminèrent ensemble leurs études. La plus étroite intimité les unissait elles a unis jusqu'au jour où l'aîné, qui avait épousé la fille aînée du vicomte de Gontaut-Biron, — celui que M. Thiers nomma ambassadeur à Berlin — succomba, à tren-te-cinq ans, à une maladie cruelle, sans laisser d'enfants.
Maurice fit au collège Stanislas sa seconde, deux années de rhétorique, et une année deLogique (c'était le temps de la bifurcation). 11 devint bachelier es lettres à la fin de sa seconde rhélhorique et bachelier es sciences l'année suivante. Il obtint au concours général un premier accessit en seconde, 4 accessits en rhéthorique (nouveaux), un prix de discours français et 3 accessits comme vétéran, un prix de mathématiques, et deux accessits dephilosophie en Logique. On remarquait déjà au collège son style français, net et ferme, sa facilité envers latins et sa connaissance du grec.
Du collège, quelques jours avantd'atleindre ses dix-huit ans,ilpassa,le5 octobre 1859, auSéminairedeSaint-Sulpice àlssy. Sa vocation était décidée depuis longtemps. Elle s'était révélée spontanément à lui dès l'âge de 12 ans. Cultivée par un précepteur qui était un saint et qui remplit auprès de lui, sans être son confesseur, l'office de directeur % cette vocation ne connut jamais d'hésitation. Tout au plus fut-elle éprouvée par une tentation à l'âge de dix-sept ans. Maurice préparait alors son baccalauréat es sciences. Les mathématiques le fascinaient, lui causaient de véritables accès d'enthousiasme. Seul, dans sa chambre, en répétant son cours d'algèbre au tableau, il lui arrivait de battre des mains et de trépigner de joie en voyant les perspectives de la vérité abstraite s'ouvrir devant son intelligence. Alors le rêve de l'Ecole Polytechnique le hantait, mais il sentait que c'était une tentation et qu'à se détourner du sanctuaire, il serait infidèle à Dieu même.
Depuis son entrée à Issy, il n'eut pas un moment de doute ni de regret.
Après deux années de philosophie^ durant lesquelles il
1. L'abbé Berthet, du diocèse de Besançon, mort depuis missionnaire au Japon.
s'éprit de passion pour ladoctrine ontologiste de M. Branchereau, mais aussi fit connaissance de la Somme de saint Thomas, il entra au séminaire de Paris et se livra avec un goût soutenu aux études de théologie et d'exégèse biblique. Élève du savant et saint abbé Lehir, il était passionné pour son cours d'hébreu où ce maître incomparable, justement loué par Renan, trouvait,, dans les explications grammaticales, l'occasion des plus beaux développements sur le sens des Écritures.
Appelé à prendre part aux catéchismes de la paroisse Saint-Sulpice, il fut, la première année, attaché à la Persévérance des jeunes filles, la seconde année chef du catéchisme de Première Communion, la troisième année chef du catéchisme de Persévérance. Ces fonctions l'intéressaient vivement^ mais sans le détourner de ses études qui le captivaient toujours.
Vers la fin de son séminaire, M. l'abbé Meignan, aujourd'hui cardinal et archevêque de Tours, alors vicaire général de Paris, lui proposa, de la part de M^' Darboy, d'aller rejoindre en Allemagne l'abbé Vollot, qui y avait été envoyé pour étudier les méthodes de la critique germanique et qui mourut prématurément à trente ans, au moment où il venait d'inaugurer à la Sorbonne un enseignement plein de promesses.
Sur le conseil de son directeur, M. Grandvaux, l'abbé d'Hulst déclina cette offre et exprima le désir d'aller étudier à Rome, ce qui lui fut accordé.
Il partit donc à l'automne de 1864, étant déjà diacre, et devint le premier et même l'unique pensionnaire de M. Paillon, premier procureur de la Compagnie de Saint- Sulpice à Rome. Il suivit avec le plus grand goût les cour de théologie au Collège romain, ceux de droit canon à TApollinaire et revint, aux vacances de 1865, licencié en théologie et bachelier en droit canon.
Il allait avoir vingt-quatre ans, l'âge de l'ordination de prêtrise. Il demanda à M?' Darboyla permission d'aller passer une seconde année à Rome et, auparavant^ fut ordonné prêtre extra iempora, le 15 octobre 1865, à Chartres^ par M^'Régnault, ami de sa famille.
A la fin de cette seconde année, il conquit le grade de docteur en théologie à la Minerve et celui de docteur en droit canon à l'Apollinaire. Sans négliger ses études régulières, il s'était initié, dans la compagnie de l'illustre de Rossi, à l'archéologie chrétienne et avait conçu^ pour la Rome des premiers siècles chrétiens, un amour que les années n'ont pas refroidi.
Un de ses condisciples et de ses plus intimes amis de Saint-Sulpice, l'abbé François Gourtade, était alors vicaire à la paroisse Saint-Ambroise de Paris et avait pour curé celui qui est aujourd'hui le cardinal Langénieux. C'est par l'abbé Gourtade que M. Langénieux entendit parler du jeune prêtre qui étudiait à Rome. Il lui écrivit et le retint d'avance pour l'attacher à sa paroisse. L'abbé d'Hulst s'engagea volontiers, attiré tout ensemble par l'amitié qui l'unissait étroitement à l'abbé Gourtade et parle désir de faire ses premières armes au milieu d'une population ouvrière.
M»^ Darboy y ayant consenti, il entra en fonction, au mois de novembre 1866 et demeura dans cette paroisse jusqu'au mois de septembre 1875.
Avec son ami Gourtade, il fonda en 1868 un internat d'apprentis dans une vieille maison de la rue Folie-Méricourt. Les deux jeunes prêtres vivaient là en commun avec une trentaine d'enfants du peuple, choisis parmi les meilleures familles ouvrières du quartier; ils les plaçaient en apprentissage^ les attendaient le soir au retour de l'atelier et s'appliquaient à former en eux des individualités vertueuses, capables de résister au mal et de fonder
plus tard des foyers chrétiens. L'idée de l'œuvre, la direction maîtresse appartenaient à l'abbé Courtade; l'abbé d'Hulst le suivait, quoique son goût le portât davantage vers le ministère ordinaire. L'enfance l'ennuyait et on l'eût beaucoup étonné alors, si on lui eût dit que sa vie dût se fixer dans un ministère d'éducation. Il est vrai que l'œuvre de haut enseignement scientifique et chrétien, qui est la raison d'être des universités catholiques, ne ressemble guère à l'œuvre qui a pour objet la formation des enfants du peuple.
Les vues très originales de l'abbé Courtade sur lart de reprendre le peuple par l'éducation professionnelle, ont été rendues dans une brochure intitulée : De l'action individuelle dans V éducation chréti'inne parue en 1870, peu avant la guerre. La pensée de cette publication appartient tout entière à l'abbé Courtade, mais c'est l'abbé d'Hulst qui a tenu la plume.
La guerre, en éclatant, trouva les deux amis occupés à cet humble ministère. Désireux de se dévouer à nos soldats, mais ne pouvant quitter tous deux leur œuvre, ils firent assaut de générosité. Ce fut l'abbé Courtade qui remporta et qui céda à l'abbé d'Hulst l'honneur de partir comme aumônier volontaire. Celui-ci rejoignit, après nos premières défaites, l'armée de Mac-Mahon à Reims. 11 fut nommé aumônier en chef du 12** corps et suivit en cette qualité les troupes du général Lebrun dans leur marche à travers FArgonne. H assista au combat de Mouzon le 30 août et fut retenu prisonnier avec son ambulance dans cette petite ville des Ardennes pendant la décisive bataille de Sedan. Muni d'un sauf-conduit du prince royal de Saxe, il essaya, le 2 septembre, de rejoindre l'armée française dont il ignorait le désastre. Il apprit en chemin la capitulation de Sedan. Quand il arriva le soir aux portes de la ville, l'enceinte était fermée; il dut coucher dans
une maison abandonnée où il trouva des blessés, pansa leurs plaies et partagea avec eux ses maigres provisions. Dans la journée, il avait traversé le bourg deBazeilles en flammes et avait assisté au conseil de guerre où fut jugé et condamné à mort le curé de Balan, faussement accusé d'avoir tiré sur les troupes allemandes.
Le lendemain matin 3 septembre, il put entrer dans Sedan, après avoir assisté un jeune paysan de dix-huit ans qui fut exécuté pour avoir pris part à la défense de Bazeilles.
Dans cette journée du 3, il assista au défilé de l'armée prisonnière qui rendait ses armes devant la statue de ïurenne, et alla visiter les malheureux soldats enfermés dans cette presqu'île d'Iges, dont Zola, dans la Débâcle^ a décrit les horreurs sous le nom de Camp de la misère.
Sous la direction du plus ancien des aumôniers militaires, l'abbé de Beuvron, mort récemment chanoine de Paris, le ministère des aumôniers fut organisé. Chacun reçut pour sa part une ambulance de la ville et un village des environs. L'abbé d'Hulst fut chargé de l'ambulance des Frères des Écoles chrétiennes et du village deFloing. Il visita un à un tous ses malades et, sur sept cents environ, n'en trouva que sept qui refusassent de se confesser. Le souvenir de ces journées laborieuses et fécondes, est resté parmi les meilleurs de sa vie sacerdotale.
L'évacuation des blessés transportables vers la frontière allemande se poursuivait rapidement. Chaque jour voyait plusieurs milliers de nos malheureux soldats prendre la route de Pont-à-Mousson où on les mettait en chemin de fer pour les emmener en Allemagne.
Le 11 septembre, l'aumônier du 12« corps n'avait plus rien à faire à Sedan. Les Allemands répandaient les bruits les plus sinistres sur les événements accomplis, le 4 septembre, à Paris. Ils séquestraient tous les journaux
français et ne laissaient circuler que des gazettes allemandes^ décrivant, comme s'étant passées à Paris, les scènes de meurtre et d'incendie qui devaient devenir une réalité sept mois plus tard, sous la domination sanglante de la Commune.
L'abbé d'Hulst avait perdu son père en 1869 et sa mère quelques semaines avant la guerre ; mais il avait encore à Paris son l'rère marié, sa sœur religieuse^ son neveu officier de mobiles^ enfin son ministère. Il lui lardait, n'étant plus utile à l'armée, de rejoindre son poste. Il passa à pied en Belgique^ gagna Namur et de là revint à Paris par un des derniers trains qui purent entrer dans la capitale avant l'investissement,
. Durant le siège, il reprit ses fonctions de vicaire. La maison d'apprentis était presque vide. Tous les enfants qui avaient de la famille, avaient été rendus à leurs parents. Seuls^ quelques orphelins restaient avec les deux prêtres qui leur servaient de pères.
Le ministère était peu actif à ce moment. L'abbé d'Hulst employait ses loisirs, en allant se mettre au service des ambulances de la société de Genève. C'est ainsi qu'il assista à l'affaire du 13 octobre aux Hautes-Bruyères, où le général Guilhem fat tué. Un de ses amis et conTrères, l'abbé Gros, lui succéda dans cet apostolat et fut tué, au mois de décembre, au bombardement du plateau d'Avron. Son neveu, Henri de Cambrai, officier des mobiles du Loiret, fut mortellement blessé à la bataille de Champigny, le 30 novembre, et mourut pieusement entre ses bras le 18 décembre suivant.
La petite communauté de la rue Folie-Méricourt, si réduite qu'elle fiit, était encore trop nombreuse pour les ressources dont elle disposait : tout manquait^ les vivres et même l'argent, car on ne pouvait plus quêter, et durant le mois de janvier 1871, ony fit connaissance avec la faim.
Et pourtant ces épreuves n'étaient rien auprès de celles qui allaient suivre. Le quartier Saint-Ambroise était proprement le quartier général de l'insurrection. Le fameux Comité Central d'où sortit la Commune, s'était formé dans cette région de la ville. De bonne heure, un club révolutionnaire s'était installé dans l'église paroissiale. L'archevêque de Paris et tous les grands vicaires étaient en prison. L'autorité diocésaine n'était plus représentée que par M»'" Buquet, évoque deParium. L'abbé d'Hulst alla lui demander si l'on pouvait exercer le culte dans l'église où le club se réunissait tous les soirs. La réponse fut qu'il ne fallait pas priver les fidèles des secours de la religion, tant qu'il ne serait pas impossible de les leur assurer. On continua donc de dire la messe et de célébrer les offices à Saint-Ambroise. Le soir, des forcenés venaienty débiter leurs criminelles sottises.
L'abbé d'Hulst n'interrompit pas son ministère. 11 avait laissé pousser sa barbe et prenait des habits laïques pour sortir au loin dans Paris, mais sur le territoire de la paroisse il continuait de circuler en soutane.
Le 22 mai au matin, on apprenait enfin que l'armée de Versailles avait pénétré dans Paris par la porte de Saint- Cloud ; mais la semaine entière devait's'écouler, avant que le quartier Popincourt fût occupé par les troupes victorieuses; et l'instant qui, pour, les quartiers de l'Ouest, était déjà celui de la délivrance^ devenait pour celui-ci l'heure du suprême péril.
Le 23 au matin l'abbé d'Hulst, étant allé dire sa messe, fut appelé auprès d'un mourant; il s'y rendit en laïque, accompagné du bedeau, ancien soldat et fidèle serviteur. Il fut reçu comme le bon Dieu dans cette famille d'ouvriers, touchée de sa visite en un pareil moment ; et, après avoir administré le malade, il rentra chez lui, le cœur plein de consolation. En chemin il fut reconnu par des
femmes, des mégères, qui cherchèrent des insurgés pour le faire arrêter, mais il ne s'en trouva pas à ce moment. Il était à peine rentré chez lui depuis une heure que le tocsin sonna. L'église et le presbytère venaient d'être envahis par une bande de fédérés armés, suivis d'une foule tumultueuse. Il n'y avait plus qu'un vicaire présent à l'église, occupé à faire les funérailles d'un pauvre homme, et un autre au presbytère. Tous deux furent arrêtés, maltraités; on leur arrachait la barbe; une femme, brandissant un couteau de cuisine, s'eiforçait d'arriver jusqu'à eux a pour leur scier le cou »^ .
Au milieu de la bagarre, un enfant de huit ans s'écria : « Il y a encore deux curés tout près d'ici, rue Folie-Méricourt, n° 4. Je sais où ils demeurent^ je vais vous conduire. » 11 le savait, en effet, car durant tout le siège il était venu chez « ces deux curés » chercher des vivres pour sa mère.
La bonne de l'abbé Courtade et de l'abbé d'Hulst passait sur la place à ce moment. Elle vit et entendit tout et courut, avertir ses maîtres. Ceux-ci délibérèrent un moment : sortir était impossible : ils seraient tombés dans l'attroupement. Ils firent demander à une veuve qui habitait avec sa fille au fond de l'arrière-cour, si elle consentait aies cacher, à ses risques. L'excellente femme n'hésita pas. Les deux abbés étaient à peine entrés chez elle, qu'un caporal de fédérés, suivi de quatre hommes, venait pour les arrêter à leur domicile. L'énergie et le sang-froid de la bonne les sauva : elle réussit à leur
1. De ces deux prêtres, l'un, Tabbé Pilholat, conduit à la mairie, fut STuvé par un membre de la Commune, Verdure, qui lui procura des habits laïques et le fit évader, tandis que la foule demandait sa tête; l'autre, l'abbé Delma?, fut conduit à la Roquette, mis au nombre des otages, et sauvé le samedi 27, avec ceux qui se barricaderont dans la prison.
persuader, dans son langage pittoresque de plébéienne, « qu'ils ne s'étaient pas levés assez matin et que les deux oiseaux étaient envolés ». Le caporal laissa un planton à la porte, revint le soir et le lendemain, et finit par renoncer à une capture qui eût été bien facile^ s'il avait su que ceux qu'il cherchait étaient à deux pas de là dans la maison même.
C'est donc dans l'humble et hospitalière demeure de la veuve Chevalier que l'abbé Courtade et l'abbé d'Hulst passèrent toute la semaine sanglante, depuis le mardi 23 à midi, jusqu'au dimanche 28 au malin. C'est là que par les rapports de leur hôtesse ils apprirent l'assassinat de W"^ Darboy et des premiers otages, l'incendie de l'Hôtel de Ville, le transfert de la Commune à la mairie du XP arrondissement, la transformation de l'église Saint-Ambroise en un magasin à poudre et à cartouches, que des fils conducteurs reliaient à des batteries électriques, destinées à faire sauterie monument si l'ennemi approchait. Ils vécurent cinq jours dans l'attente de cette explosion qui les eût ensevelis sous les ruines. Cependant l'armée française avançait; les balles et les obus traversaient la maison. Il fallut descendre dans la cave et y passer trois jours et trois nuits, au milieu d'alertes continuelles auxquelles l'imagination de la pauvre veuve épouvantée ajoutait, par ses inventions, un élément grotesque.
Les deux amis s'étaient confessés l'un à l'autre; ils s'attendaient à chaque instant à être arrêtés et fusillés, mais ils éprouvaient une paix profonde. Sept mois d'événements violents et tragiques avaient déshabitué les esprits de la sécurité et familiarisé les âmes avec le péril. L'idée de la mort subie, sinon pour la foi, du moins en haine delà religion, apparaissait douce et enviable. L'abbé Courtade avait encore ses parents et cependait il gardait toute sa sérénité.
L'abbé d'Hulst éprouvait un sentiment étrange^ celui d'une joie intense d'avoir perdu sa mère peu auparavant et de ne laisser derrière lui aucun souvenir capable de l'émouvoir.
Le dimanche 28 mai, à 7 heures du matin, après quatre jours et quatre nuits de canonnade et de fusillade ininterrompues, le silence se faisait, la barricade élevée devant la porte de la maison était évacuée, les pantalons rouges se montraient à l'entrée de la cour. Lo mauvais rêve était fini. Le labeur apostolique allait recommencer.
Les catéchismes interrompus furent repris, les apprentis réintégrèrent la maison de l'œuvre, L'élé de 1871 se passa dans les travaux du ministère.
A l'automne, les deux jeunes prêtres allèrent occuper une petite et pauvre maison du boulevard Ménilmontant, située à l'extrémité de la paroisse, en face du cimetière du Père-Lachaise, au milieu d'un vaste terrain de 3.000 mètres dont, six mois avant la guerre, l'abbé d'Hulst, mis par la mort de son père en possession de son patrimoine, avait fait l'acquisition pour y établir plus en grand l'œuvre de V Internat des apprentis.
Les circonstances n'étaient plus aussi favorables à l'exécution de ce dessein. La guerre et la Commune avaient laissé tant de ruines à réparer qu'il n'était guère possible de réunir les ressources importantes qu'eût exigées l'entreprise. Des jours meilleurs pouvaient revenir; mais en attendant il fallait s'occuper de ce pauvre peuple, trompé par les entrepreneurs de révolutions, et qui venait de payer si cher le crime de ses chefs.
L'abbé Courtade et l'abbé d'Hulst résolurent d'élever, sur le terrain acquis par ce dernier, une chapelle de secours. M. Chevojon, curé de Saint-Ambroise, y ayant donné les mains, l'humble édifice fut rapidement construit et les deux prêtres, ne gardant avec eux dans la petite
maison que quelques orphelins, se mirent à desservir le nouveau sanctuaire qu'ils dédièrent à saint Hippolyte, patron du nouvel archevêque de Paris, M^"" Guibert.
Ce fut pour l'abbé Hulst une année vraiment heureuse que celle qui s'écoula d'octobre 1871 à septembre 1872. Il avait enfin trouvé le ministère qu'il aimait : la visite des pauvres, des malades surtout, la confession, la prédication presque continuelle, car la chapelle s'emplissait chaque fois qu'elle était ouverte et les occasions d'instruire, d'exhorter, d'évangéliser ce peuple renaissaient à chaque instant. C'était comme une mission permanente.
Cependant les besoins intellectuels commençaient à lui faire sentir leurs exigences. Six années de ministère actif avaient largement défrayé l'ardeur d'un jeune apostolat. Durant ce temps, la part de l'étude avait été petite. L'abbé d'Hulst avait pourtant fait son premier essai de publicité dans une étude sur le Saint Paul de Renan publiée par le Correspondant (n*"^ du 25 no vembre et du 10 décembre 1869). Le désir lui vint, très encouragé par son excellent ami, de faire de la science sacrée le principal emploi de sa vie, tout en vivant au milieu des pauvres et en leur donnant une part de son activité. L'abbé Bourret venait d'être nommé évêque de Rodez, dans l'été de 1872, et la chaire de droit canon qu'il occupait à la Sorbonne, devenait vacante. La grande latitude laissée aux professeurs de la Faculté de théologie dans le choix de leur programme et dans la manière de le remplir, faisait espérer à l'aspirant professeur l'avantage de trouver dans cet enseignement l'occasion de se tracer un sillon, bien que le droit canon ne fût pas ce qui l'attirait. Il posa donc sa candidature, mais un autre lui fut préféré et, peu de temps après, M.s'' Guibert ayant demandé à son vicaire général, M. Langénieux, de lui indiquer un jeune prêtre sachant écrire et qui pût l'aider dans ses compositions, l'archi-
diacre de Notre-Dame lai nomma son ancien vicaire. L'archevêque se fit remettre les quelques écrits que celui-ci avait publiés çà et là et son choix fut fixé. L'abbé d'Hulst fut appelé à l'archevêché : pour régulariser sa situation dans Tadministration, on lui donna le titre de vice-promoteur.li devait aider et suppléer le promoteur, seconder les vicaires généraux dans la direction des œuvres, si nombreuses à Paris, enfin et surtout servir de secrétaire littéraire à l'archevêque dans la préparation de ses lettres pastorales, qui furent, on le sait, un des principaux moyens d'influence dont M^"" Guibert sut se servir pour soutenir et diriger l'action catholique en France pendant les quinze années de son épiscopat.
Une grande et douce intimité, faite, du côté du vénérable prélat, de paternité et de confiance, du côté du jeune prêtre de reconnaissance et de dévouement, prit naissance dans ces rapports et ne fit que se resserrer jusqu'à la mort du saint cardinal.
Mais le but que l'abbé d'Hulst s'était proposé s'éloignait de lui. L'activité extérieure ressaisit sa vie et la gouverna tyranniquement pendant huit ans. En même temps, les besoins du diocèse et la confiance de l'archevêque firent dévier la pensée primitive et engagèrent peu à peu le secrétaire dans les rouages de l'administration. Un an après son arrivée à l'archevêché, la mort de M. Bayle et la nomination de M. Jourdan àl'évêché de Tarbes (septembre 1873) obligèrent M'"" Guibert à pourvoira deux emplois d'archidiacres. M. Garon, promoteur, fut choisi pour occuper l'un des deux et M. d'Hulst fut nommé promoteur.
Un an après (août 1874) il reçut le titre de vicaire général honoraire, chargé des œuvres et enfin l'année suivante (mars 1875) lorsque M. Jourdan devint évêque de Tarbes en remplacement de M»"" Langénieux nommé archevêque de Reims, le cardinal, contrairement à ses premières inten-
tions et à ses promesses formelles, nomma l'abbé d'Hulst vicaire général titulaire et archidiacre de Saint-Denis, emploi qu'il occupa jusqu'au mois d'octobre 1880.
Dès la première année du séjour de son ami à Tarchevêclié, l'abbé Courtade avait été atteint de phtisie ; il avait dû quitter Paris, laissant à un jeune prêtre alsacien, Tabbé Lamiel le, aujourd'hui curé de Saint-Ouen , le service de la chapelle Saint-Hippolyte. Bientôt l'abbé de la Coste, aujourd'hui chanoine de Poitiers, vint prendre la direction de ce service. L'abbé d'Hulst les aidait dans ses moments de loisir. Mais l'abbé Courtade étant mort dans le Midi, en juin 1873, son ami, inconsolable d'une telle perte, et voyant s'évanouir les projets d'œuvres que ce prêtre admirable avait conçus, songea à se défaire de la propriété qu'il n'avait acquise qu'en vue de desseins désormais avortés. Les circonstances le conduisirent à faire la cession à peu près gratuite du terrain, de la chapelle et de la maison neuve qu'il venait de construire, aux Pères Rédemptoristes, qui occupent encore ces lieux et y rendent d'admirables services, tant par leur ministère permanent au milieu de cette population ouvrière que par les continuelles et fructueuses missions qu'ils prêchent à Paris et aux environs.
La mort de l'abbé Courtade fut un coup sensible pour l'abbé d'Hulst. Il perdait en lui cet ami précieux qu'a vanté l'Écriture, le guide de sa vie sacerdotale et le conseiller le plus sûr et le plus dévoué. François Courtade était une nature d'élite, une intelligence vive, un cœur d'or, une âme toute livrée à la grâce de Dieu. Les lacunes de ses premières études, demeurées incomplètes, étaient rachetées par le parfait équilibre de ses facultés et par le don d'autorité morale qui faisait de lui un chef partout où il se trouvait. H avait le sens de l'éducation et de la direction. S'il eût vécu, il aurait marqué parmi les réno-
vateurs de l'apostolat contemporain. Il avait la plus haute estime pour la science, et son amitié, éclairée autant que désintéressée, lui inspirait le désir d'introduire daDs la voie des grandes études celui qu'il avait toujours traité comme un frère.
Privé d'un tel appui, Fabbé d'Hulst, dontlanature malléable manquait de résistance, ne sut pas se défendre contre l'envahissement des choses et dispersa dans une activité mal dirigée les belles années durant lesquelles l'homme atteint sa pleine maturité.
Les services qu'il rendait au cardinal Guibert étaient presque le seul lien qui le rattachât encore aux choses de l'esprit. Le vieil archevêque l'initiait à ses réflexions, lui en développait oralement le canevas^ se faisait apporter une première rédaction où, du premier coup d'œil, il remarquait la moindre lacune dans la suite des pensées qu'il voulait exprimer. Souvent, dans les commencements surtout, il fallait recommencer la rédaction tout entière une ou deux fois. Quand le cardinal se déclarait pleinement satisfait, tout n'était pas fini. Il reprenait, avec son secrétaire particulier, un travail de revision minutieuse, éliminait du texte tout ce qui portait la marque personnelle du style du rédacteur et y substituait la sienne; au point que le lecteur, familiarisé avec la manière d'écrire de l'ancien archevêque de Tours, de l'ancien évêque de Viviers, serait incapable aujourd'hui de signaler une différence sensible entre les mandements de 1850 ou de 1860 et l'œuvre pastorale de l'archevêque de Paris.
De toutes les muses délaissées, une pourtant avait gardé son empire sur l'esprit du jeune prêtre, la muse de la philosophie. Durant son séjour à Rome, le commerce d'un homme éminent, le cardinal de Reisach, qui fut plus tard l'un des trois présidents du Concile du Vatican,
avait exerce sur ses opinions philosophiques une influence décisive, le détachant tout d'un coup des doctrines ontologistes, pour l'attacher à l'aristotélisme de saint Thomas d'Aquin. Cette empreinte fut décisive : elle se retrouve dans toute l'œuvre du conférencier actuel de Notre- Dame.
En 1874, tandis que l'Assemblée nationale discutait le projet de loi qui devait aboutir, l'année suivante, à la liberté de l'enseignement supérieur, les catholiques du Nord voulurent préluder à la fondation prochaine des Universités catholiques par un premier essai de haut enseignement, inauguré sous le régime de la tolérance et créèrent un ensemble de cours libres. La Société générale d'Education et d'Enseignement, sous l'impulsion de M. Léon Cornudet, institua à Paris, dans les locaux du Luxembourg, une tentative pareille. L'abbé d'Hulst fut invité à y prendre part et donna, durant cette année, une série de con férences théologiques sur l'Incarnation. C'était un acheminement vers la direction nouvelle qu'allait bientôt prendre sa vie.
Au mois de juillet 1875, peu de mois après la nomination de l'abbé d'Hulst à l'archidiaconé de Saint-Denis, l'Assemblée nationale votait la loi qui abolissait le monopole universitaire dans l'enseignement supérieur. Les députés qui avaient pris le plus de part à cette conquête, vinrent aussitôt trouver le cardinal Guibert et lui dire que l'assemblée était sur ses fins, que les élections prochaines^, qui allaient mettre eu mouvement la nouvelle Constitution républicaine, donneraient probablement la majorité aux ennemis de l'Eglise et que, si l'on voulait conserver la liberté conquise^ il fallait se hâter de mettre en œuvre toutes les prérogatives consacrées par la loi.
Un mois après le vote de la loi du 12 juillet, dès le 11 août 1875, le cardinal réunissait à Paris les métropo-
litains des provinces ecclésiastiques contiguës à la sienne et décidait avec eux la création d'une Université catholique à Paris. Le titre d'université et le privilège du Jury mixte étant réservés aux groupes de trois facultés au moins, on résolut d'ouvrir, dès la rentrée, une faculté de Droit, une faculté des Lettres et une faculté des Sciences. Le local choisi fut la maison diocésaine dite des Carmes, alors occupée en partie par l'Ecole ecclésiastique des Hautes études, fondée par M^' Afifre, en partie par l'École Bossuet, et placée sous la direction de l'abbé Thenon. Celui-ci reçut son congé de la location que lui avait consentie l'archevêché, et dut trouver, pendant les vacances, un nouvel asile pour lEcole Bossuet, qu'il établit dans une maison achetée par l'abbé Hamon, curé de Saint-Sulpice, rue Madame, 51, pour y établir un cercle d'employés de commerce. L'Ecole ecclésiastique des Carmes devait être absorbée dans la nouvelle université. Il fallait un homme d'activité et d'initiative pour mener I à bien l'entreprise prodigieuse de la formation, en deux I mois, de trois facultés. Tout était à créer : installations matérielles, personnel enseignant et administrant, programmes et règlements. Les évêques qui décrétaient ce tour de force, n'avaient pas une idée bien nette de l'œuvre qu'il s'agissait d'accomplir. Le cardinal Guibert, sur qui pesait la responsabilité principale, confia l'exécution à son coadjuteur, W' Richard, et à l'abbé d'Hulst. Le coadjuteur prit la direction, le vicaire général fut le bras qui exécute. Un congé de trois mois lui fut donné dans l'exercice de ses fonctions d'archidiacre, et il dut faire presque seul toutes les démarches qui devaient rendre possible l'ouverture des trois facultés dans les mois de novembre et décembre 1875.
Il fut puissamment aidé, pour la fondation de la faculté de Droit, par M. Connelly, conseiller à la Cour de cassa-
tion, alors président de la Société d'Éducation, et qui, bientôt après, non content d'encourager l'entreprise, devait s'y associer personnellement en qualité de doyen de la nouvelle faculté. Pour les facultés des Lettres et des Sciences, l'abbé d'Hulst n'eut à compter que sur lui-même. La vieille maison des Carmes fut livrée aux ouvriers; des amphithéâtres, un secrétariat, des cabinets de physique et de chimie, des collections d'histoire naturelle, une bibliothèque furent aménagés dans l'antique monastère. Un personnel complet de plus de trente professeurs fut recruté, soit dans les facultés de l'État, soit dans les corps savants, soit dans le clergé. L'abbé Ledein, ancien élève de l'École des Carmes, aujourd'hui curé de Chaillot, fut préposé à l'Ecole ecclésiastique. Un mois après l'époque réglementaire de la rentrée, les trois facultés fonctionnaient. Mais il restait une foule de détails à régler; il fallait réunir les ressources financières considérables qu'exigeait une telle œuvre^ définir la situation et les droits des professeurs, la hiérarchie des autorités universitaires, Les évêques fondateurs, au nombre de 28 d'abord — ils sont aujourd'hui 32 — tinrent à l'archevêché de Paris de fréquentes réunions. L'abbé d Hulst y remplissait les fonctions de secrétaire, présentait les rapports, rédigeait les procès-verbaux, exécutait les décisions. Cefut une période d'activité fiévreuse. L'œuvre accomplie dans ces conditions hâtives offrait plus d'une lacune, mais l'ensemble était satisfaisant et les grandes lignes en sont restées définitives.
La naissante université n'avait pas encore de chef. Les évêques fondateurs, témoins des efforts de l'abbé d'Hulst, voulaient le nommer recteur. Le cardinal Guibert refusa de s'en séparer. On ne put pas se mettre d'accord sur le choix d'un recteur. Chargé d'y pourvoir, le cardinal fit appel à un prêtre vénérable qu'il avait connu à Aix,
l'abbé Conil; ancien vicaire général de M^'' Chalandon. Il l'appela auprès de lui et lui proposa la situation. Les évêques, réunis de nouveau, n'avaient qu'une demi-conliance dans les aptitudes de ce digne ecclésiastique, aussi instruit que pieux, 'mais qui avait déjà passé la soixantaine et que ses liabitudes provinciales, son extrême modestie, son accent méridional très prononcé, son extérieur môme un peu lourd ne désignaient que médiocrement pour un emploi si difficile et si important. 'Le cardinal tint bon et une transaction fut adoptée. M. Conil ne reçut que le titre de vice-recteur. La haute direction de l'Université fut confiée à une commission administrative composée de l'archevêque de Larisse, coadjuteur de Paris, de l'abbé d'Hulst et de M. Conil. Celui-ci devait résider aux Carmes; l'abbé d'Hulst reprenait ses fonctions à l'archevêché, mais continuait de suivre de près les affaires de l'université. Un conseil rectoral, composée des membres de la commission administrative, du secrétaire général, M. Tassin, et des doyens des facultés, tenait de fréquentes séances chez Tarchevêque de Larisse et achevait peu à peu le travail d'organisation.
Deux fois par an les évêques se réunissaient à l'archevêché, une fois en assemblée générale, une autre fois en conseil supérieur. Ce dernier conseil était composé de tous les métropolitains et d'un évêque par province ou par fraction de province. Les choses durèrent ainsi jusqu'en 1880.
En 1878, l'université se compléta par la création d'une faculté de théologie^ et l'Ecole ecclésiastique, devenue un séminaire d'enseignement supérieur, fut confiée à la direction des prêtres de Saint-Sulpice.
L'abbé d'Hulst, familiarisé désormais avec l'œuvre nouvelle, menait de front les occupations assez lourdes
qu'elle lui imposait, avec ses fonctions de vicaire général. A la mort de Pie IX, le cardinal Guibert l'emmena comme conclaviste à Rome. Il assista, en cette qualité, à l'électionde Léon XIII. Au reste^ le cardinal le prenait habituellement pour compagnon dans les voyages qu'il faisait, presque chaque année, dans la ville éternelle. Connaissant assez bien la langue italienne, le personnel et lesi habitudes de la Cour romaine, le vicaire général était pour son archevêque un socius apprécié. L'intimité qui les unissait se resserrait encore dans ces voyages.
A plusieurs reprises, sous la présidence du maréchal de Mac-Mahon, il fut question de l'abbé d'Hulst pour l'épiscopat. A la mort de M^^ Plantier en 1876, le chapitre de Nimes députa deux chanoines à Paris pour obtenir qu'il fût nommé évêque. Il fut également demandé pour le siège de Viviers. M°'Mabile, en mourant, avait exprimé le désir de l'avoir pour successeur à Versailles. M^"" Gay évêque d'Anthedon, vicaire capitulaire de Poitiers, aurait voulu le voir nommer au siège vacant par la mort de l'illuslre cardinal Pie. Le cardinal Guibert, le trouvant trop jeune et désirant le garder encore quelque temps auprès de lui, fit échouer tous ces projets. Le maréchal de Mac-Mahon, ennemi juré du népotisme, trouvait aussi dans les liens de famille, assez éloignés du reste, qui existaient entre lui et l'abbé d'Hulst, un motif de ne pas hâter sa promotion aux honneurs ecclésiastiques. Après la démission du m-aréchal, la politique prit une direction nouvelle et les relations intimes du vicaire général de Paris avec les princes d'Orléans élevèrent entre lui et l'épiscopat une barrière désormais insurmontable.
Au mois de février 1880, les lois Ferry ^ suivies de près par les fameux décrets du 29 mars contre les Congrégations, enlevèrent aux facultés libres une partie de leurs privilèges, savoir le titre d'université et la participation
de leurs professeurs aux examens de grades dans les Jurys mixtes. Les évèques fondateurs de l'Université catholique de Paris prirent peur et, craignant de voir baisser les ressources financières, décidèrent d'importantes réductions dans les cadres. Plusieurs cours furent supprimés, les deux facultés de Lettres et de Sciences furent dissoutes et remplacées par une simple école de Hautes éludes scientifiques et littéraires.
Depuis lors, de continuels progrès ont fait regagner, et au delà, à ces deux écoles tout le terrain perdu; leurs succès s'affirment tous les jours davantage, leurs élèves sont plus nombreux que jamais. On n'osait pas alors espérer un tel résullat. Les mesures prises par les évèques réunis au printemps de 1880, eurent sur la carrière de l'abbé d'Hulst une influence déterminante. Pour soutenir l'œuvre ébranlée, on pensa qu'une main plus jeune et plus ferme que celle de l'abbé Conil était nécessaire. L'assemblée épiscopale renouvela ses instances auprès du cardinal Guibert pour le déterminer à confier le rectorat à l'abbé d'PIulst. Le cardinal hésitait encore; mais quelques mois après, il se décida; l'abbé Conil donna généreusement une démission que devait suivre, au bout d'une année à peine, sa mort prématurée. A la rentrée de 1880, l'abbé d'Hulst quitta l'archevêché et s'installa aux Carmes avec le titre de vice-recteur, bientôt échangé, au mois de janvier suivant, contre celui de recteur.
Depuis lors, c'est-à-dire depuis 14 ans, il exerce ces fonctions où il a mis toute son âme. Nul n'a plaidé avec plus de chaleur la cause, si peu comprise, de la régénération de la société chrétienne par la science, de la science chrétienne par le haut enseignement, du haut enseignement lui-même par la concurrence et la liberté. Il suffit de parcourir, dans le second volume de ses Mélanges oratoires la série de ses discours de rentrée, pour voir avec
quelle ardeur de conviction il a présenté, sous toutes sesi faces, une thèse où se résume la pensée maîtresse de sai vie. Ces pages néanmoins sont loin de représenter tout ce qu'il a dépensé, au service de ce grand intérêt, de zèle et d'activité. Il a parcouru la France, donné sur le même sujet des conférences dans plus de 25 villes. Il en a fait le fond ou l'objet accessoire d'un grand nombre de ses prédications. Il a publié de nombreux opuscules de propagande, entre autres une petite brochure pleine de vie, parue après la promulgation des lois Ferry sous ce titre : Que vont devenir les Facultés libres ? et qui est un plaidoyer décisif en faveur de la liberté de l'enseignement supérieur. Il a secondé le cardinal Guibert dans ses nombreuses démarches publiques et privées auprès du gouvernement et des Chambres, pour prévenir ou pour déplorer les atteintes portées aux facultés libres. Il a parlé dans les congrès catholiques, dans les retraites ecclésiastiques, dans les collèges libres, rajeunissant, à force de conviction, un sujet cent fois traité.
Non content de se dévouer à la direction de l'œuvre, il a voulu, dans les commencements de son rectorat, prendre part à l'enseignement. Durant trois années, de 1881 à 1884, il a fait à l'Institut catholique un cours libre de \ philosophie qu'il n'a jamais eu le temps de publier, mais j dont les cahiers ont fourni le fond d'une grande partie ; de ses œuvres oratoires. Lorsque ses occupations devenues plus lourdes l'eurent obligé de renoncer à un enseignement suivi, il sut encore apporter son concours à l'effort intellectuel qu'il encourageait dans les autres en donnant, soit à la salle Albert-le-Grand, soit à l'Institut catholique plusieurs séries do Conférences philosophiques SYXvVêtre humain, sur Dieu, sur la valeur scientifique de la philosophie de V Ecole.
Au début de son enseignement philosophique, il fut
dénoncé comme cartésien à Léon XIII par un scolastique fanatique. Aucune accusation ne pouvait avoir moins de vraisemblance; car si de bons juges ont pu reprocher quelque chose au recteur de Paris, c'est de s'être montré trop sévère et à peine juste pour Descartes. Le Pape avait pris le grief au sérieux et se montrait fort irrité de voir méconnaître ainsi la direction qu'il avait donnée par l'Encyclique Aeterni Patris. L'abbé d'Hulst se rendit à Rome avec les cahiers de son cours et n'eut pas de peine à convaincre d'abord le cardinal Zigliara, puis le cardinal Pecci, frère du Pape, du peu de fondement de ce reproche. Léon XIII accueillit avec bonté ses explications et, pour effacer les dernières traces de ce malentendu, lui envoya spontanément, au mois de décembre 1881, le titre de prélat de sa maison, dignité que le cardinal Guibert, pleinement d'accord en cela avec son vicaire général, n'avait pas voulu demander, comme on l'avait fait partout ailleurs, pour le recteur de son université.
Dès les premières années de sa vie sacerdotale, la prédication avait tenu une grande place dans les travaux de l'abbé d'Hulst. Jeune vicaire, il prêchait souvent dans sa paroisse et quelquefois dans les grandes paroisses de Paris. Une fois attaché à l'administration diocésaine, il trouvait dans ce ministère, aussi bien que dans celui de la confession, une compensation à l'aridité des fonctions administratives. Ce fut alors qu'il prit part à l'œuvre des missions diocésaines aujourd'hui concentrée entre les mains d'une société de jeunes prêtres pleins de zèle et de talent. M^' Dupanlouple chargea, en 1876, de prononcer à Orléans le panégyrique de Jeanne d'Arc. Il prêcha d'assez nombreuses stations de Carême et des retraites pascales à Sainte-Clotilde, à la Madeleine, à Saint-Augustin; des Dominicales à Saint-Roch ; des neuvaines à Sainte- Geneviève; un grand nombre de panégyriques à Paris et en
proviDce; des retraites de Première Communion et de Persévérance dans les catéchismes et dans les œuvres de Paris ; des retraites aux religieuses et même aux religieux ; des retraites de dames au Sacré-Cœur et au couvent du Roule; des retraites d'hommes à Saint-Germainl'Auxerrois. Enfin il aborda en 1881 et continua jusqu'en 1890 le ministère des retraites ecclésiastiques, qu'il remplit à Metz, à Bourges, à Clermont, à Evreux, à Nancy, à Reims, à Soissons, à Chartres^ à Besançon, etc.
En 1890, le R. P. Monsabré arrivait au terme de la longue carrière qu'il avait parcourue avec tant d'éclat pendant 18 années . Illaissait, dans son exposition du Credo y un monument oratoire et théologique qui restera comme un trésor de la prédication du xix*" siècle. Le cardinal Guibert, qui l'avait soutenu de sa confiance et de son affectueuse estime, n'était plus là pour lui désigner un successeur. Il est permis de penser qu'en jetant les yeux sur Ms' d'Hulst, le cardinal Richard s'est inspiré d'une pensée qui eut été celle de son vénéré prédécesseur. Le recteur de l'Institut catholique fut désigné pour la station suivante. Le P. Monsabré avait achevé l'exposition du Dogme; le nouveau conférencier crut à propos d'entreprendre celle de la Morale. Le P. Monsabré avait pris pour cadre le Symbole des Apôtres ; son successeur choisit pour texte le Décalogue.
11 aborda sa tâche au Carême de 1891 et traita, cette année-là, àQs fondements de la morale. Le choix du sujet lui était en quelque sorte imposé. Il était impossible d'entrer dans le détail des devoirs saus avoir établi, contre les moralistes de la nouvelle école, la réalité, le caractère impératif du devoir, sou rapport avec la liberté humaine et avec l'autorité divine. Mais si l'esprit métaphysique du prédicateur se trouvait à l'aise dans ces abstractions s'il se plaisait à confronter l'antique doctrine du bien
vivre avec les audacieuses innovations de la morale évolutionniste, s'il y faisait preuve d'une connaissance approfondie de l'état des controverses contemporaines, une partie de l'auditoire se sentait quelque peu rebutée par la difficulté du sujet. La presse fut médiocrement favorable aux débuts du couférencier. Il lui fallut, les années suivantes, reconquérir la faveur du public. Il n'y réassit pleinement que la quatrième année, lorsque, ayant achevé, avec le commentaire des trois premiers préceptes du Décalogue, l'exposition des devoirs envers Dieu, il développa, à propos du quatrième Commandement, la morale de la famille.
Dans les retraites de la Semaine sainte, l'orateur retrouvait le terrain familier de la prédication pratique, celle qui tend directement à la conversion. Il prit pour cadre le programme classique des Exercices de saint Ignace, choisissant, pour chaque année, une des pensées principales dont la série graduée compose la trame de cette incomparable synthèse chrétienne.
Fixée par l'impression, publiée en volumes et enrichie de notes étendues qui achèvent d'éclairer le lecteur sur les problèmes abordés dans les discours, l'œuvre du nouveau conférencier de Notre-Dame, qui n'est encore qu'à ses débuts, présente une physionomie particulière, nettement distinguée de celle de son prédécesseur, moins accessible à la masse, plus adaptée aux exigences des esprits qui ont reçu la discipline scientifique, et caractérisée par un genre d'éloquence intellectuelle qui ne demande l'émotion qu'à la plénitude de la conviclion. A cet égard, et sans méconnaître ce qu un talent plus chaud, une parole plus imagée ajouteraient à l'effet produit, on ne peut pas dire que le genre propre à M. d'Hulst ne réponde pas à l'idée inspiratrice de l'institution des conférences.
Avant d'entrer dans cette nouvelle carrière oratoire, M. d'Hulst a voulu réunir en volumes une partie de ses travaux antérieurs. Il a publié 2 volumes de Mélanges oratoires, dont le premier est consacré à l'éloquence de la chaire, le second aux questions d'enseignement ; — un volume de Mélanges philosophiques, où il a groupé ses principales conférences sur des sujels de philosophie et quelques articles de revues. Antérieurement il avait imprimé deux biographies ascétiques, La Vie de la Mère Marie-Thérèse et La Vie de Just de Breienières missionnaire et martyr en Corée; une étude sur l'Encyclique /mmo?^/a/e Dei, intitulée le Droit chrétien et le droit moderne] la brochure déjà citée : Que vont devenir les Facultés libres ? Ces dix volumes composent la partie consistante de son œuvre jusqu'à ce jour. Pour en dresser le catalogue complet, il faudrait y ajouter un assez grand nombre de discours et d'articles de revues qui ont été imprimés mais qui sont restés à l'état de dispersion.
Nous aurons fini de faire connaître le côté extérieur de la vie que nous racontons, en parlant de l'entrée de M. d'Hulst dans la vie publique par son élection à la Chambre des députés. Cette perspective ne s'était jamais présentée à son esprit et les circonstances ne semblaient pas l'ouvrir devant lui, lorsque la mort de M»^ Freppel rendit vacant le siège que Péminent évêque d'Angers occupait depuis onze ans. Les électeurs de la 3^ circonscription de Brest, parmi lesquels l'influence du clergé était dominante^ se montrèrent, dès le début, résolus à donner un évêque pour successeur à celui que toute la France catholique regrettait. Mais certains conflits d'influence rendaient dilhcile le choix du candidat. M»' Lamarche, alors évêque de Quimper et précédemment curé à Paris, connaissait M. d'Hulst, il avait confiance dans la modération de son esprit. Il ne pouvait rien faire sans le
concours de son clergé, mais le clergé à son tour avait besoin de son agrément. Pour écarter des choix qui ne lui plaisaient qu'à moitié, l'évêque proposa la candidature de M. d'Hulst qui fut acceptée des chefs du parti catholique dans le Léon. Il s'en ouvrit à l'intéressé lui-même à Angers, le jour des obsèques de M^*" Freppel. M. d'Hulst refusa nettement, s'appuyant sur l'avis du cardinal Richard et alléguant la surcharge de travaux qui déjà pesait sur lui. Mais peu de jours après, mieux instruit d'une situation qui devenait épineuse, le cardinal changea de sentiment et pressa son vicaire général d'accepter le mandat qu'on lui offrait. Le cardinal Langénieux joignit ses instances à celles de son»éminent collègue. M. d'Hulst déclara alors qu'il s'en rapportait au choix du comité local. Ce comité, réuni à Lannilisle 29 janvier 1892, le choisit à une majorité de plus de 80 voix sur environ 120 votants. Une rapide tournée électorale mit le candidat en rapport avec ses électeurs ; et, le 6 mars 1892, le jour même où il inaugurait à Notre-Dame sa seconde station de Carême, il était élu par 11.000 voix, sans concurrent. Aux élections du 20 août 1893, il fut réélu dans les mêmes conditions et par le même nombre de voix.
Ses rapports personnels avec les princes d'Orléans semblaient lui créer, dans ce nouveau rôle, une situation délicate en présence des récentes directions politiques du Saint-Siège. Mais il prit dès le début une attitude très nette. Sans renier ni ses affections, ni ses préférences, ni ses espérances monarchiques, il déclarait qu'il acceptait pleinement et loyalement les institutions que la France s'est données, et qu'il n'en voulait attendre le changement que de la libre volonté du pays; qu'il ne ferait pas au gouvernement républicain une opposition systématique, qu'il ne lui refuserait pas son concours pour le bien, pas plus qu'il ne lui ménagerait ses criti-
ques pour le mal, qu'en un mot son programme serait un programme de choses et non de forme.
Le nouveau député est resté fidèle à cette ligne de conduite, intermédiaire entre celle des royalistes qui se déclarent irréconciliables avec la République, et celle des ralliés proprement dits, qui, pour gagner le suffrage universel et réussir à ressaisir l'influence politique, croient nécessaire de déclarer qu'ils renoncent à tout espoir, même légal, de restauration monarchique. M. d'Hulst estime que cette seconde manière de comprendre l'action catholique est profondément respectable, mais il ne la croit pas efficace et craint que, d'ici à longtemps du moins, le suff'rage universel ne reste défiant à l'égard des proteslations républicaines faites par les calholiques. Il pense qu'il faut laisser au temps le soin de décider si les institutions actuelles sont le dernier stade du mouvement démocratique, ou si, par le relâchement de l'autorité et par l'audace croissante du parti du désordre, elles ne conduiront pas le pays à une réaction autoritaire dont la forme fatale, à défaut de îa monarchie^ ne peut être que le césarisme. En attendant, il est d'avis de laisser dans l'ombre les questions constitutionnelles, auxquelles le triomphe confirmé de la République enlève d'ailleurs tout caractère d'actualité, et de travailler au relèvement moral et matériel du pays en acceptant pour cela toutes les alliances honnêtes. C'est ainsi qu'il s'est montré partisan très résolu de l'élection de M. de Mun dans le Finistère et que, déplorant l'échec du grand orateur catholique dans le Morbihan, il a employé son influence à faire réussir sa candidature au siège laissé vacant, dès le début de la présente législature, par la mort du vicomte de Kermenguy dans la 2^ circonscription de Morlaix.
A la Chambre, M. d'Hulst n'a pas cherché d'abord à prendre un rôle très actif. Les soins qu'il continue de
donner à la direction de Flnstitut calholique a\ec Taide d'un vice-recleur, le ministère de la confession des jeunes gens et des hommes, enfin la préparation des conférences de Notre-Dame ne lui permettent pas de faire de la vie politique sa principale affaire. 11 suit néanmoins avec assiduité les séances du Parlement et il a pris la parole en diverses circonstances où les intérêts religieux étaient en jeu : par exemple à l'occasion des troubles révolutionnaires survenus, pendant le carême de 1892, dans plusieurs églises de Paris; dans la discussion générale du budget des cultes, à propos des suppressions de traitement ; dans l'interpellation sur la loi des fabriques ; dans la discussion sur la réforme du serment judiciaire, etc. Son intervention sobre et vigoureuse a été généralement bien appréciée ; il a conquis l'attention de la Chambre, même celle de ses adversaires les plus violents. Toutefois il n'a pas encore trouvé l'occasion de prononcer d'importants discours. Il pense la rencontrer dans la discussion du projet de loi sur la liberté d'association.
Il resterait à peindre le caractère de l'homme. Ceux qui le connaissent bien, le jugent autrement que ceux qui s'en rapportent aux apparences. Son abord est froid, sa physionomie dédaigneuse. C'est un exemple des tromperies possibles de l'expression du visage. Sa disposition naturelle est confiante et bienveillante ; c'est à peine si l'expérience de la vie a pu le faire revenir de l'idée trop avantageuse qu'il se faisait de ses semblables. L'envie lui est inconnue. Il aime les petits et les pauvres; il a le culte de l'amitié, le goût de la vie simple et de l'intimité.
Sa formation théologique a été tout ultramontaine. Elevé dans une famille imbue des traditions gallicanes, il a reçu néanmoins sa première empreinte religieuse du précepteur dont nous avons parlé et qui était un ardent zélateur des doctrines romaines. Ses éludes à Rome ont
fixé celte tendance. Toutefois le commerce des hommes de science, au sein de l'Institut catholique, lui a inspiré l'aversion des opinions étroites et intolérantes. Il est partisan très résolu du progrès scientifique dans l'Eglise, et ne croit pas qu'on doive identifier la tradition avec l'immobilité, ni décourager les chercheurs parce que leurs travaux dérangent les habitudes d'esprit de théologiens attardés.
Convaincu de la nécessité pour le clergé de reconquérir l'influence intellectuelle par la haute culture, il ne laisse pas de mettre la piété au-dessus de tout. Il aime la théologie mystique et lui fait une part privilégiée dans sa prédication. 11 s'adonne avec goût à la direction spirituelle et les rapports d'âme à âme tiennent une place considérable dans l'emploi de son temps et dans sa volumineuse correspondance.
M. DHULST