PAR LE CABINET DES MÉDAILLES
PI. Irt II.
l. Statcrc irelcctrum, (rAsie-Miiiciirc.
Chienne (levrette) couchée à droite, et levant une patte (le devant ; on lui voit un triple rang de mamelles. Derrière elle, un arbre à tige grimpante et sinueuse <'omme le lierre, forme des enroulements symétricpies au dessus de l'animal.
ly. Cinq carrés creux juxtaposés en croix, et dans chacun descpiels on voit en relief divers symboles. Dans le carré du milieu, ce sont des lignes cpii se croisent en formant une sorte d'étoile; dans celui d'en haut, un losange; dans celui du bas, une tétc dantiiope ; dans les carrés latéraux, des têtes de serpents.
Electrum, LJgr. \)\ . Flan allongé et bords arrondis.
PI. I, fig. 1.
Ce statère, de si vie primitif, est certainement de bi(Mi peu postérieur à répo([ut* de l'invention de la monnaie en Asie-Mineure, et il a sa place manpiéeau milieu des plus anciennes monnaies déleclrum (jui
soient cDiinues; au point de vue métrologique , il appartient au système que Ton a appelé tour à tour asiatique^ gréco-asiatique ou phénicien^ dont le statère normal pèse 14 gr. 25*. Par son style, sa forme allongée, la disposition du carré creux, son poids, il se rattache aux monnaies primitives des rois de Lydie, antérieurs à Crésus, ainsi qu'aux slatères, ornés du même carré creux, de Milet, d'Ephèse, de Cymé et de quelques autres villes de la cc)te d'Asie-Mineure'. On le rapprochera en particulier du célèbre statère du Musée britannique au type du cerf, avec l'inscription AMB^IM3^0kl3A<t>; Fattribution à Kphèse de cette dernière pièce nous paraît assurée, bien que quelques savants proposent de la classer à Halicarnasse '. Mais à quelle ville appartient noire nouvelle et précieuse monnaie?
11 ne saurait, ce semble, régner d'incertitude sur le type : c'est bien une levrette, caractérisée par sa forme élégante, la souplesse de son cou et do ses pattes, son museau effilé, ses mamelles. On ne peut donc songer à reconnaître ici une lionne, une panthèie, un griffon, un sphinx femelle, ni surtout une sorte de bouquetin, à supposer qu'on prenne pour une corne le cercle qu'on voit derrière le cou de l'animal, et qui est certainement plutôt une vrille de lierre, ou, en tout cas, un symbole, distinct de Tani-
1. B. Head, Metrotogical Sotea, dans le ?!umismatic Chronicle^ 1875, p. 259.
2. Fr. Leriormaiit, Monnaies royales de la Lydie, dans VAnnuairc de la Société de numismatique, 1874, pi. viii ; B. Heud, The coinage of Lydia and Persia, pi. i.
3. Newton, dans le A'/i/ni5/n. C.7</'o/iic/<r, n. s. t. X, p. 237; Hcad, Coinage of Lydia and Persia, p. 13 ; Ilisioria numorum, p. 526.
mal lui-même. Nous sommes bien en présence d'une levrette, type jusqu'ici inconnu dans le monnayage primitif d'électrum. De quelle ville cet animal est-il le symbole? c'est ce que nous ne saurions dire. L'arbre qui développe sa tige tortueuse dans le champ de la médaille fait songer à Dionysos, le dieu du lierre et de la vigne; il y a précisément dans les fables mythologiques un chien qui est le compagnon de Dionysos, et sur les grands as d'Iladria du Picenun), on voit un chien couché, au revers de la tête de Dionysos Pogon ^ Une tradition, que Pausanias recueillit chez les Locriens Ozoles, prétendait qu'Oresthcus ayant caché en terre un morceau de bois abandonné par sa chienne, il en était sorti une vigne*. Enfin, la chienne Maera, devenue le chien céleste Sirius, et dont la tête forme le type ordinaire des monnaies de Céos, faisait son apparition au moment où mûrit le raisin*. On connaît aussi la fable du chasseur Céphale et du chien Laelaps; mais tous ces rapprochements, c[ui tendent à justifier la présence de la levrette sur une monnaie primitive, ne nous éclairent point sur l'atelier de la côte d'Asie- Mineure auquel notre statère doit appartenir. A la vérité, un chien paraît plus tard sur des monnaies d'électrum de Cyzique*, mais sa forme ramassée, son aspect et son attitude nous interdisent de rap-