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Si l<»s intnprrlalions de M. HergLM- paraissaiciil un pou hardies à ceuvqui ne sonl pas familiarisés avec l'étude des monnaies à légendes sémitiques, je riippellerais(|u'elles sonl justifiées parla constatation l'aile, depuis longtemps déjà, par M. de Vogué, puis |)ar M. Six, du même principe d'abréviation sur les monnaies <le la Piiénicie et des rois phéniciens de tlilium. M. de Voglié a remarqué, par exemple, que les monnaies du roi liaalmelek portent tanlol la légende complète Tc'^^'zS a de IJaalmelek », tantôt les Irihes uu trruupes : z^ Uaahnelek; "p, \\aalmeh*\\\ T' \j'-Bfiolmf'ie\\ : ou même sS» Le-liacilmeM'. L'applii*alion <Ie la mène lui aux monnaies puniques est donc loul à fait ralionnelle, et on peut la vérifier non seulenient sur les monnaies des rois numides, mais |)rol)al)lemeiil aussi sur les monnaies de Car- Iha.i^^e pour des noms de magistrats.
Un me permelira, à mon tour, d'ajouter une remarque incidente qui a bien son intérêt : c'est que sur i\i'> monnaies (rKs|)agne, à légende latine, le s\<lème |)Ii«'nicien d'abréviation des formules monétaires a jMM'sisIé jusipie suus l'empire romain. On tr«Mive, [)ar exemjîle, sur ces monnaies :
ILSE. îibréviation de IL/ />//SK (llipaj. OSVR, abrévialiun de n<(\\\, CT. abréviation de CerrT.
Klant donnés ces exemples bien positifs, je no srrai< pas surpris de rencontrer Tapplication du même prineipe sur les monnaies à légendes celtibériennes. 11 y a là. peut-être, une voie ouverte à la
vraie interprétation de plusieurs des légendes cellibériennes qui demeurent encore incertaines.
Cependant, en essayant de classer, au Cabinet des médailles, les monnaies des rois de Numidie, d'après les lectures de M. Berger, je me suis heurlé h des diflicultésque ne paraît pas avoir envisagées le savant orientaliste. Le lecteur me permettra de lui faire part démon embarras; mais avant d'aller plus loin, il ne sera pas inutile de dresser le tableau généalogique des rois delà Numidie orientale (ci-contre).
M. Berger attribue h Micipsa toutes les monnaies sur lesquelles le nom royal est abrégé M N. Cependant, un simple coup d'œil jeté sur le tableau cicontre, permettra de constater que deux autres noms royaux, au moins, ont certainement comporté la même abréviation, ce sont : Masinissa et Massiva. Par conséquent, les monnaies qu'on nous propose d*altribuer seulement à Micipsa, peuvent aussi, en réalité, être revendiquées par d'autres princes. Laissant de côté Massiva qui ne régna pas effectivement, j'insisterai surtout en faveur de Masinissa, dont le règne fut si long et si glorieux. Nous connaissons la véritable forme punique de son nom par les monnaies d'unxiutre Masinissa, contemporain de Juba I" et de César, sur lesquelles on lit en néopunique : |x:r!C!2, Mastiniçan; ce nom est incontestablement le même que celui du grand Masinissa, roi de la Numidie orientale*. Nous sommes donc cer-
' MuUer, op, ciL, UI, 48-49. La formo ^Tocque <lu nom de Masinissa est Maaavva^x; son père s'appelait (iaia et non (ial.i (Morani!>eii dans VHermesj XHI, p. :;00; Bull rorr. h-lL, 1SS7, p. 2oa..
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lalns que le nom de ce dernier pouvait s'abréger par les lettres M N.
Mais il y a plus. Sur une grande et belle monnaie de bronze des rois de la Numidie orientale, restée incertaine jusqu'ici, je crois qu'on doit reconnaître le nom en toutes lettres de Masinissa. On y lit la fin de la légende n^Sccn ^c:- (... niçan hmninamieket), et s'il est bien avéré, comme je le crois, que les dernières lettres de ce nom royal sont ïc:- on ne pourra pas compléter ce nom autrement que par piinuc)» Mastiniçan, Masinissa. Nous avons donc là une monnaie dont Tatlribulion à Masinissa me parait assurée. (Voyez pi. VI, fig. 1.)
Or, il est remarquable que cette monnaie, de très grand module, avec le nom du roi en toutes lettres, porto des types identiques aux pièces de plus petit module qui n'ont que la formule abrégée p (M N) ou nn-:c (M N — H T). La conclusion à tirer, c'est que parmi les monnaies que M. Ph. Berger donne en bloc h Micipsa, il en est qui appartiennent sûrement à Masinissa.
Mais je ne crois pas qu'on puisse aller plus loin cl s'autoriser de la lecture que nous venons de déterminer pour classer à Masinissa toutes les monnaies en question. Ces pièces de bronze et de ploml), extrêmement abondantes, doivent se répartir entre Masinissa et Micipsa, sans qu'il soit possible de déterminer la part de chacun d'eux. En «ffet, Micipsa a certainement frappé monnaie aux mêmes types que Masinissa, puisque ces types persistent encore sous les successeurs de Micipsa lui-même.
En résumé, les monnaies de bronze et de plomb
dos rois Massylicns, — qui ont, au droil, une ièle (J'hommc, laurée, quelquefois diadémée, aux traits tins^ H la barbe pointue, aux cheveux frisés; et au revers, un cheval dans des poses variées, — forment, selon moi, les catégories suivantes :
1 . Tirandes pièces de bronze avec la tête laurée et la légende intégrale nsSccn p:ncr2 (MuUer, t. 111, p. 17, n" 19). — Atlribulion certaine à Masinissa.
2. Pièces de bronze et de plomb avec la même lêle, lanlôl laurée, tantôt diadémée^ el les lelfres ] ^ (Muller, t. III, p. 18, n^' 25 à 29 (lête laiirée) el p! 32, n'* 37 à 42 (tête diadémée). — Attribution à Masinissa ou à Micipsa.
3. Pièces de bronze et de plomb, avec la même lête laurée, et les lettres nn— 10 (MuUer, t. III. p. 18, n"" 23). — Attribution à Masinissa ou h Micipsa.
4. Pièces de bronze et de plomb, avec la même lèlo laurée el les lettres ] : (Muller, t. III, p. IK. n" 30). — Attribution certaine à Gulussa.
ij. Pièces de bronze el de plomb, avec la même tête laurée et les lettres S n /Muller, t. III, p. IH, if 31 1. — Attribution certaine h Adherbal.
G. Pièces de i)ronze et de plomb, avec la même tète laurée, sans lettres dans le champ (Muller, 1. III. p. 18, \f" 32 à 36\ — Attribution incertaine.
.le doute qu'avec nos connaissances actuelles on puisse atteindre à une précision plus grande dans le c'lass*»ment de celte série africaine. Malgré les incertitudes qui sul)sistent encore, celui qui voudra i>ien comparer le groupement que nous venons de proposer avec celui qui a été adopté par L. Muller,
pourra se rendre comple des progrès iniporlants accomplis sous Timpulsion donnée par M. Berger.
A ces monnaies, toutes en bronze el aux mômes lypes, il convient de joindre le groupe suivant composé de monnaies à d'autres types, en argent et en bronze, mais où lé système d'abréviation du nom royal est le même :
7. Pièces d'argent et de bronze ayant dans le champ les lettres n ou n n (Muller, t. IH, p. 38, n**' 43 à 49). — Allribution h lliempsal I, h lliempsal II, ou même h Iliarbas. L'atlribulion à lliempsal II est plus probable, à cause des types et de* la fabrique qui rappellent les monnaies de Jugurlha, et s'éloignent de celles de Gulussa et dWdherbal.
Au point de vue iconographique, j'ai déjà fait remarquer que la tôle qui figure sur les bronzes des six premiers groupes est généralement laurée, sauf sur des pièces du deuxième groupe où la même tête parait diadémée. Les changements qu'on pourrait signaler dans les traits du visage sont dus, sans cloute, aux émissions successives; ils sont Irop peu importants pour qu'on leur accorde une valeur iconographique, et il n'est pas possible, par exemple,, pour les pièces qui ont M N, de donner à Masinissa toutes celles à la tôle laurée, puis à Micipsa toutes celles qui onl la tôle diadémée. Quant à la lôte couronnée d'épis qui figure sur les pièces d'argent allrihuées à lliempsal II (groupe 7), elle peut fort bien, comme Ta déjà conjecturé Muller, rappeler les I rails du roi.
Los remarques qui précèdent concernent surloul les monnaies de bronze des rois numides, et sauf pour les pièces qui peuvent être attribuées h Iliempsal II, avec quelque apparence de certitude, nous n'avons pas parlé des monnaies d'argent. C'est qu'en efTel, les monnaies d*argent des rois de la Numidic orientale, antérieurs à Juba I", sont presque toutes anépigrapbes et leur classement est plus difliciic encore que celui des pièces de bronze. Les Ictlrcs ([u'on remarque sur quelques-unes ne paraissent pas concorder avec les noms royaux. C'est ainsi qu*ou voil un ■» [iocrj sur des pièces attribuées par Muller à Masinissa, les lettres î et ^ sur celles que le même auteur donne à Micipsa et à ses frères; enfin la lettre n sur des monnaies classées, avec toute apparence de raison, à Jugurlba. Aussi, la répartition de ce groupe monétaire entre les différents rois numides est-elle fort incertaine, et divers auteurs ont essayé de renverser le système adopté par Muller. Celui qui s'est le plus directement inscrit en faux contre ce classement est M. Zobel de Zangroniz, dans son étude bistorique sur les monnaies antiques de r Espagne, publiée il y a dix ans^ La doctrine de ce savant vise non seulement les monnaies d*argcnt des rois numides antérieurs à Juba I", mais encore un groupe considérable de monnaies de Carlhage : les unes et les autres ne sont nullement africaines,
* J. Zobel <le Z.ini:roiiiz. Ei^tudio hhtorico de la montda antigua c$iniH'jlu, t. I, j). 7;j el suiv.
d'après lui; ce sont, îui contraiiv, des moniiiiies frappi'îcs en Kspagnc par les Carlhagînois, avant Farrivée des Romains. Cette théorie, si elle était acceptée, constituerait une véritable révolution dans le classement des monnaies puniques, et ce n'est pas sans élonnement que j'ai constaté que dans son savant et si utile manuel, M. Barclay llead a cru devoir donner, sans réserve, à la thèse de M. Zobel de Zangroniz, l'appui de son autorité scientifique *. Il importe donc de démontrer que le système de M. Zobel ne repose pas sur une base solide.
Disons tout d'abord que la thèse soutenue en 1878 par le savant espagnol ne se produisait pas pour la première fois. M. Zobel Tavait formulée, avec l'approbation de M. Mommsen, dès 1863, à propos de la découverte du trésor de Mazarron près de Car- Ihagène, et L. Muller, en 1874, dans le Supplément de la Numismatique de ranrienne Afrique (p. 61) a déjà tenté de la réfuter".
Les arguments du savant danois n'ont pas convaincu M. Zobel qui croit, au contraire, trouver une confirmation de sa thèse dans la composition d'un autre trésor découvert en 1864, non loin de Chesie, dans la province de Valence. Sa nouvelle étude de 1878 a surtout pour but d'essayer de démontrer, par la comparaison de ces deux trésors, que le clas-
' Harclay V. Hefid, WMorin numontm, p 3 îi 5 et p. 741 et 7i6* • Le Irùsor de Mazarroii est décrit el étudié par MM. Zobel de Zangroniz et Mnmm>en <lans les Monat.sbrrv:hte dcr K, Akadcmv^ der Wiss*^n:fL'htiffen zn Balin, Silzunj; von 1!S Juiii I80M, p. 2.'»3 et Fïiiv. Ce mémoire est iiililulé : Ueftrr einrn ici C'iri'itjovi j' m'ichttu Fnnd spanichph'vinhhrfir iitlfirrmunzfm.
scmcnt à TEspagnc des monnaies en question peut se jiislifier scientifiquement.
Les monnaies de Carlhage,que M.Zobelveul reporter h l'Kspagne, sont des pièces d'argent et de bronze qui, pour la plupart, ont, au droit, la tête de Cérès couronnée d'épis, et au revers le cheval ou la tête de cheval ; quelques-unes aussi ont pour type la tôle casquée de Pallas et le palmier*. Ce sont les types ordinaires et les plus fréquents des monnaies frappées par les Carthaginois, soit en Sicile, soit en Afrique : rien ne s'oppose donc, a priori, à ce que les Carthaginois aient eu également un monnayage analogue dans leurs possessions espagnoles. Il serait, jiar conséquent, difficile de réfuter comme de prouver la thèse de M. Zohel, si elle ne portait que sur les monnaies carthaginoises. Mais là où le classement proposé pèche par la hase, c'est en ce qui concerne les monnaies des rois numides.
Toutes les monnaies d'argent attribuées par Muller jui\ rois numides Masinissa, Micipsa et ses fils. Jii;:urtha. iliompsal 11. Vermina, sont données par M. Zubel aux chefs carlliaginois qui ont commandé des armées en Kspagne.
Or, ce classement ne résiste pas à la critique, comme rexamen de quelques pièces de celte sérîi' \a suffire aie prouver.