Retue numismati{ue, 1868, p. 505. Ci-des*af, p. y
Quiconque voudra prendre la peine de rapprocher cette pièce de celles d'Aradus qui portent des dates voisines de Tan 30, celle par exemple que nous venons de signaler avec Tan 27, devra conclure que ces monnaies sont rigoureusement contemporaines, car on croirait, en vérité, que les coins en ont été gravés par le même ouvrier, si bien qu'il devient par là positif qu'au moment où elles ont été émises, Aradus et Marathus, sa colonie, se servaient de la même ère. Or, nous pensons avoir démontré que toutes les monnaies de Marathus sont datées d'après Tère des Séleucides; nous ne reviendrons pas sur ce point, acquis pour nous. Il en résulte que les monnaies d'Aradus contemporaines sont également datées suivant l'ère séleucidienne.
Cet argument me paraît, à lui seul, mettre fin au débat. Mais d'autres considérations, à son défaut, auraient conduit à la même conclusion. Ainsi, par exemple, on constate que, dans la suite monétaire des rois de Syrie, les types alexandrins cessent définitivement avec Antiochus I Soter (f en 261 av. J.G.): à Acé, ces mêmes types s'arrêtent en l'an 46 des Séleucides (267 av. J.-C). En supputant les dates des monnaies aradiennes, d'après l'ère des Séleucides, leur émission cesse en 297 av. J.-C, c'est-à-dire un quart de siècle après la disparition de ce monnayage en Syrie et en Phénicie, au moins pour les pièces datées. Dans l'hypothèse de M. Six, il faudrait le prolonger jusqu'en 184, c'est-à-dire le faire durer quatrevingts ans plus longtemps à Aradus que dans toute la Syrie et la Phénicie : cela est peu rationnel.
Si ces monnaies d'Aradus, aux types alexandrins, étaient datées d'après Tère aradienne, il faudrait admettre que cette ville n'a commencé à dater ses monnaies qu'en 244 avant notre ère, tandis que Acé date les siennes dès Tan 307 avant J.-C. Sur les monnaies de Tyr, Tère des Séleucides parait dès l'an 2 (SlOav. J.-C). L'usage de dater les monnaies remonte, nous l'avons vu, jusqu'à l'époque perse, à Aradus aussi bien qu'à Tyr et à Sidon. Il est peu vraisemblable que cet usage soit tombé en désuétude à Aradus pendant près d'un siècle , quand nous le voyons se perpétuer sans interruption, avec différents computs, dans les autres villes phéniciennes.
A Acé, les monnaies à types alexandrins finissent en l'an 46 de l'ère des Séleucides ; c'est précisément en Tan 46 que les monnaies d'Aradus aux mêmes types cessent de porter des dates en caractères phéniciens : n'y a-t-il pas là une coïncidence capable de contribuer à faire admettre que les dates des monnaies d'Aradus sont séleucidiennes tout aussi bien que celles des monnaies d'Acé?
M . Six a reconnu ou même s'est efforcé de démontrer, dans divers travaux, que toutes les grandes villes de Phénicie, Tyr, Sidon, Tripolis, avaient commencé par faire usage de l'ère des Séleucides avant de se servir d'ères particulières : pourquoi Aradus n'auraitelle pas suivi, elle aussi, l'usage universel ? 11 importe, d'ailleurs, de remarquer que 1 ère dite des Séleucides, devrait plutôt s'appeler Tère phénicienne, car les princes Séleucides furent les derniers à s'en sen-ir; on ne commence à la trouver sur leurs monnaies qu'à
partir de Tan 112 (201 av. J.-C.) sous le règne d'Antiochus III, et encore c'est exclusivement sur les pièces issues des ateliers de Tyr et deSidon*. Au contraire, elle paraît dès Tan 2 à Tyr, dès Tan 5 à Acé, dès Tan 15, selon nous, à Aradus.
Le sort d'Aradus durant les querelles des Diadoques nous est malheureusement peu connu. Nous savons seulement que la Phénicie comme la Cœlésyrie furent lobjet constant des convoitises des Séleucides et des Lagides, lenjeu de la rivalité des royaumes de Syrie et d'Egypte. Séleucus I Nicator posséda au moins pendant quelque temps Aradus, ainsi que l'atteste la monnaie suivante :
5. Tète imberbe d'Alexandre, à droite, coiffée de la peau de lion.
Cf. Proue de navire à gauche; elle est surmontée, à l'avant, d'une figure d'Athéna Promachos. Au dessus, dans le champ, une ancre.
M. 16 mill. Certains exemplaires ont la tranche en biseau. PI. IX, fig. 4.
Bien que ce bronze soit anépigraphe, son attribution à Aradus ne saurait être douteuse, à cause du type de la proue surmontée d'Athéna Promachos. Ce type est particulier ër Aradus et nous verrons qu'il se rencontre constamment, en concurrence avec le type de la proue arrondie en volute, sur les monnaies datées. L'ancre qui est dans le champ est le symbole de Séleucus 1" Nicator et prouve que la pièce a été frappée à Aradus sous l'autorité de ce prince.