‹ Mélanges numismatiquesChapitre 37 sur 109 · ELA&ABALE, FILS D'APOLLON · texte numérisé non relu

ELA&ABALE, FILS D'APOLLON

M • AVP ■ ANXnNINOC ■ KAIC ■ AïïOAA ■ V ■ «VCCp ■ Busta de l'empereur Elagabale, à droite, la tète laurée, l» poitrine ç.ouverl« de la cuirasse et du paludameptum.

^ Légende fruste. L'empereur Elagalabe debout, ci^ cosUflM militaire, le paludamentum sur les épaules; de la ïtmii gaackf il s'appuie sur une baste, et de la main droite il lient une patère avec laquelle il s'apprête à faire un sacrifice. Pans le icbamp, h gauche, une date fruste, peut-être Là (an 4).

Monnaie de bronze, frappée à Alexandrie d'Egypte.

Tout rintérët de cette médaille qui fait partie dç la jcolleixtioi) Démétrio, au musée d'Athènes, réside dans la légende : ïfâpKOf AûpijXioç 'Aruwvi'vîî Kaïï2p, 'AitsXÀiùvoç ulij, EiffeS'^ç. Pour la première fois dans la numismatique, nous vcK^ons un prince, roi grec ou empereur romain, se proclamer dans ses titres officiels, fils d'an dieu ; Ëlagahale s'intitule fik <f Apollon.

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Une publication toute récente donne uo int4rèt d'actualité à cette légende monétaire : je veux parler de la tbëse de doctorat de M. l'abbé E. Beurlier : Le culte impérial ^ son histoire et son organisation depuis Auffuste jmqu'd JtÀStimen (iaSo^ Pari^f Tborin, 1891). Les recherches approfondies de M. Beurlier nous montrent les origines orientales de Tapothéose; k Timitation des rois successeurs d'Alexandre, les eœpereurs^ romains deviennent des dieux en montant sur le trône impérial, et ils se font représenter avec les iltributs de diverses divinités. Mais sur leurs monnaies, ils ne portent jamais les noms de dieux particuliers comme Zeus, flercule, Apollon, ou le titre de fils de ces dieux, bien que les auteurs et parfois même les inscriptions les gratifient compJaisammeni de ces orgueilleux qualicatifs. Si les titres de Seéç et de div2is sont fréquents dans Tépigraphie monétaire, ce sont les seuls par lesquels se manifeste l'apothéose officielle, bien que des types nombreux en soient, au contraire» le reflet évident* Calignla, par exemple, dans ses accès de démence, prend tour k tour les noms d'Hercule, de Castor, de Pollux, de Tropbonius, d'Amphiaraus, de Bacchas, de Mercure ; il s'affuble, sur ses espèces monétaires, du costume et des attributs de ces personnages dhrins, il appelle Jupiter son frère, mais jamais ces noms ne sont accolés au aien dans les légendes de ses monnaies. jDomitien veut qu'on le cnoie fils de Minerve et U écrit aux procurateurs en prenant le titre de Dieu, mais aucune de ses pièces ne l'appelle /itfus Minervœ. Si ses monnaies d'Alexandrie lui donnent le titre de eSOY YtOZ, c'est par allasioo à son père Vespasien devenu divus^ et non pour le désigner comme fils d'un Dieu de l'Olympe^ De même, Dîoclétien et Masimiea ELercule ne prennent pas sur leurs monnaies les surnoms de Jovim et A'Herculius^ bien qu'ils y figurent avec les attributs de Jupiler et d'Hercule^ Ce silence 1

A^ monnaies paraîtra étomiaiiisi l'on songe qu'il s'agU de surnoms officiels auxquels les empereu» tenaient plus encore qu'aux surnoms guerriers que les monnaies leur décernent souvent, alors même qu'ils les ont si peu mériiés.

Plus que tout autre, Élagabale tenait aux honneurs divins et il avait à cœur d*&tre Idendifië avec un dieu ou de passer pour

fils de Tun d'eux* Il fat dieu — un triste dieuj — mais «es monnaie s ^ grecques ou latines/ ne lui donnent pas le titre divin, à Texceplion de celle que nous faisons connaître aujourd'hui. S'il se proclame souvent prêtre d'Élagabale, le dieu d'Émëse dont il avait introduit le culte à Rome, Sacerdos dei Solis Elagabali^ il n'ose s'arroger sur ses monnaies le nom de son dieu préféré.

Le bronze d'Alexandrie qui donne à Élagabale l'épithète de fils dApolloUy nous révèle donc, à lui seul, un empiétement nouveau et insolite dans la déification des empereurs. Pourquoi ce fait se produit-il à Alexandrie, et pourquoi Élagabale se proclame-t-ii fils d'Apollon, plutôt que d'une autre divinité? c'est ce qu'il est aisé d'expliquer. Le dieu d'Émëse, Élagabale , dont l'empereur était le pontife suprême, n*était autre que le Soleil même. Sol ElagabaluSy comme disent les médailles et les inscriptions ; or, le Soleil est fils d'Apollon. La monnaie d'Alexandrie identifie l'empereur avec son dieu même, et cette identification officielle n'a pas lieu de nous surprendre, étant donné qu'elle se présente sur une monnaie frappée en Egypte. Les anciens Égyptiens vénéraient dans leurs Pharaons, les incarnations de R&, le dieu Soleil, le chef suprême de leur Panthéon. Les Lagides, héritiers des Pharaons^ bénéficièrent des mêmes honneurs, et furent considérés comme les manifestations vivantes du Soleil; l'un d'entre eux est désigné, dans un texte cité par M. Beurlier, sous le nom de fils du Soleil, ulcç tou 'HXCcu. Les empereurs romains, successeurs des Ptolémées, passèrent aussi, à leur tour, pour des incarnations de Rft, et c'est cette forme que revêt en Egypte le culte impérial. Il est donc tout naturel qu'une monnaie d'Alexandrie qualifie un empereur romain de uioç 'AxiXXcovoç ; nous trouverons même singulier que ce titre ne se rencontre qu'une seule fois sur les monnaies, alors que des qualifications divines analogues sont si fréquemment données aux rois et aux empereurs par les historiens ou sur les inscriptions lapidaires.

AliOKRS, IMP. A. BURDIN BT C^; 4, RUB GABHIBR.

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