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MONNAIES D'OR D'ALEXANDRE LE GRAND

Ks stalères d'or d'Alexandre-Ie-Grand sont connus de tous, k cause de leur extrême abondance et de leur style élégant. On en rencontre partout, chez les bijoutiers aussi bien que chez les collectionneurs de nionciennes, et il semble qu'au point de léologique et numismatique, il n'y ait ire de leurs types, en apparence si

interpréter. D'un côté, c'est la tête

d'Atbéna, tournée à droite et coiffée d'un casque corinthien orné d'un serpent, d'un sphinx ou d'un griffon; au revers, outre la légende AAEEANAPOY ou BA21AEÛ2 AAESANAPOy, on voit une Victoire debout, tournée à

gauche, qui tient de la main droite étendue une couronne, tandis que, de la main gauche, elle porte, appuyée contre son épaule, une sorte de croix longue qu'on regarde comme la hampe ou l'armature d'un trophée dépourvu d'armes, et dont nous aurons, tout à l'heure, à déterminer le véritable nom et à préciser la signification symbolique. Il n'y a guère de différences que dans les lettrés, monogrammes ou symboles qui accompagnent le type du revers : ce sont, comme chacun le sait, les marques des ateliers, fort nombreux dans l'immense empire constitué pnr le conquérant macédonien, et qui, pour un grand nombre, continuèrent la frappe de ses monnaies longtemps après sa mort. (PI, VIL'fîg, 2, 3, 4 et 5.) .

Mais il est à remarquer que la Victoire paraît pour la première fois, comme type monétaire, dans la numismatique grecque, et l'on constate que les statères d'Alexandre, identiques pour le poids à ceux de son père Philippe, en diffèrent quant aux types du droit et du revers. Où Alexandre a-t-il emprunté les types de sa monnaie d'or; quelles sont les raisons qui l'ont inspiré dans l'adoption de ces emblèmes, et quelle est leur véritable signification? Triple question à laquelle on n'a pas répondu d'une manière satisfaisante et que je voudrais essayer d'éclaircir. Pour résoudre ce problème, il nous faut, préalablement, rappeler les résultats auxquels est parvenu le regretté baron J. de Witte, sur un point d'archéologie qui a une corrélation directe avec nos recherches numismatiques : je veux parler du mémoire de M. de Witte sur Les amphores panatliénaîques ^ publié en 1877, dans les Aimali de l'Institut archéologique de Rome.

On sait qua Athènes les vainqueurs aux fêtes des Panalhënées recevaient comme prix de leur adresse, de leur talent ou de leur force, des couroniies de feuilles d'olivier et des amphores de terre cuite, pleines de l'huile qu'avaient fournie les oliviers consacrés à la déesse poliade. Les peintures de ces amphores qui dépassent parfois 65 centimètres de hauteur, se composent, d'un côté, de la représentation du concours pour lequel chaque vase a spécialement été donné en prix, et, de l'autre côté, d'une grande figure d'Athéna Promachos entre deux colonneltes que surmontent des symboles variés, tels que Triptolème, la V ictoire, des sphinx, des panthères, des coqs. M. de Witte a eu l'ingénieuse idée de comparer la figure d'Athéna sur les amphores panathénaïques avec les types des monnaies d'Athènes. Il a constaté que, sur les amphores du v® siècle, ainsi que sur les monnaies de la même époque, la tète de la déesse, tout en étant présentée de profil, a l'œil de face. Plus tard, après 43o, c'est-à-dire au temps de Périclès et jusqu'à Alexandre, il se produit une transformation essentielle dans le dessin de l'œil, qui paraît désormais de profil comme le visage de la déesse : cette observation porte aussi bien sur les amphores que sur les monnaies.

Sous l'archontat de Pythodélos, la première année de la CXI® Olympiade (336 av. J.-C), c'est-à-dire en l'année même de l'avènement d'Alexandre, le style archaïsant des figures des amphores panathénaïques est, tout à coup, remplacé par un style inspiré de l'art contemporain. A partir de ce moment, Athéna, plus libre d'allure et dans une pose moins hiératique, est tournée à

droite, tandis que. dans les anciennes peinlures. elle regarde à gauche; il n'y a pas jusqu'à l'écriture et l'ortliograpbe même des inscriptions peintes à côté de la déesse qui ne soient rajeunies et modernisées, pour ainsi parler (i). C'est à la même époque aussi, remarque M. de Witte, que finit à Athènes l'émission des monnaies d'ancien style. L'éminent archéologue aurait dû s arrêter là dans ses observations; mais il se croit logiquement autorisé à proposer cette même, date pour l'inauguration de la frappe des monnaies de nouveau style. Cette conclusion ne saurait être acceptée. Il est parfaitement vrai, reconnaîtrons-nous avec M. de Witte, que si, dans un médaillier, on jette un coup d'œîl d'ensemble sur la suite athénienne, où sera frappé de la différence de travail et d'aspect des pièces de l'ancien et du nouveau style. Mais cette différence radicale, qui semble parallèle à celle des peintures des amphores, ne l'est point en réalité : les monnaies du nouveau style sont beaucoup plus récentes que les peintures auxquelles on les compare. M. de Witte a oublié qu'après la cessation de l'émission des monnaies de l'ancien style, il y eut une longue interruption dans le monnayage autonome d'Athènes. Si, en d'autres termes, l'ancien style s'arrête en 336, il ne s'ensuit nullement que les monnaies du nouveau style aient commencé à être frappées immédiatement à partir de cette époque.

lîeulé plaçait, sans raisons sérieuses, le début des pièces du nouveau style en 323, c'est-à-dire après la mort d'Alexandre. Aujourd'hui, il n'est pfus possible de remonter à cette date. M. Barclay Head (2) fait coni-

(1) Cf. Max. Collignon, Hist. de la céramique grecque^ pp. 138-140.

(2) B. Head, Attica, Megaris, Aegina, Introd., p. xxxm.

mencer le nouveau style dans les monnaies, seulement en 220 avant J. C, et M. Théodore Reinacli est porté à en placer le début en 296, quand Démétrius Poliorcète rendit à Athènes ses droits politiques (r). Quoi qu'il en soit de ces hésitations, il est certain qu'il y a un demi siècle au moins d'intervalle entre la cessation de l'ancien style et l'émission des premières monnaies d'argent d'Athènes, dites du nouveau style.

Si le monnayage d'ancien style à Athènes prend fin à répoque si habilement déterminée par M. de Witte, c'est-à-dire à l'avènement d'Alexandre, il est aisé de se

rendre compte des raisons qui l'ont subitement arrêté : l'atelier d'Athènes cessa d'émettre des monnaies autonomes pour ne plus frapper désormais que des monnaies aux types et au nom d'Alexandre le Grand. Athènes subit la loi que l'on constate dans toute l'étendue de l'empire macédonien : partout, au fur et à mesure de l'extension des conquêtes du héros macédonien, le monnayage autonome est remplacé par le monnayage royal. Ce n'est que quand le monnayage alexandrin cesse à Athènes, c'est-à-dire longtemps après la mort du conquérant, que l'on reprend les anciens types autonomes de la tête d'Athéna et de la chouette, en leur donnant tout naturellement le nouveau style courant dans l'art à l'époque où recommence ce monnayage national.

En observant qu'Alexandre, au début de son règne, continue à frapper, dans la Macédoine propre, des monnaies d'argent qui ont le même type que celles de son père Philippe, c'est-à-dire la télé de Zens, je me suis demandé si, parmi les types nouveaux inaugurés par le

(\) Th. Reinach. les St afègcs sur les m nma-'cs d Athènes, dans la Revue des Études grecques de 1888.

jeune roi. il ne s'en trouvait pas qui fussent dorigine athénienne. N'est-ce point à Athènes même que les nouvelles pièces, qui sont de poids attique, auront d'abord été frappées? Et pour concentrer nos recherches sur un point spécial, le type de la Victoire, au revers des statères d'Alexandre, n'est-il pas athénien plutôt que macédonien?

Sur l'amphore panathénaïque datée de l'archontat de Pythodélos (336 av. J. C.),on voit, à côté de la figure de nouveau style d'Athéna Promachos, une col on net te surmontée d'une Victoire ailée, vêtue d'une double tunique sans manche, tenant de la main droite un aplustre, et de la gauche le symbole qu'on désigne sous le nom d'armature de trophée, en forme de croix. (PI. VII, fig. i .) (i). C'est la première fois que la Victoire paraît dans les peintures des amphores panathénaïques^ nous avons dit plus haut que les statères d'Alexandre introduisaient aussi pour la première fois dans la numismatique le type de la Victoire; enfin, l'identité de l'attribut de la déesse sur l'amphore de J'an 336 et sur les pièces d or d'Alexandre permet de soupçonner qu'il y a une relation intime et directe entre le type de la nouvelle monnaie et celui qui est reproduit sur le vase contemporain.

Couimençons par rechercher la nature et le véritable sens de Tîittribut qu'on appelle communément hampe ou armature.de trophée, suivant une interprétation proposée pour la première fois par Charles Lenormant. «( Quant à la nature de l'objet que tient la Victoire, écrivait ce savant en 1849, ^' ^ existé jusqu'à ce jour la plus

(1) Le dessin est d'un style très grossier. M. de Witte dit, à tort, que la Victoire tient de la main droite une branche d*olivier ; c'est certainement un aplustre. Voyez les différentes formes de l'aplusirc, dans A. Cartault, la Trière athénienne, p. 100.

grande incertitude dans Topinion des archéologues: les uns ont cru voir ici un trident, les autres ont dési<;né cet attribut comme une espèce de guidon : l'objet que porte la Victoire n'est autre chose que ce bâton terminé par une espèce de croix avec deux pointes relevées aux extrémités, sur lequel on élevait une panoplie, o\i ensemble des armes d'un ennemi vaincu, pour en former un trophée (i) ». Cette explication, qui consiste à reconnaître sur les monnaies d'Alexandre la Victoire prête à élever un trophée, n'a pas été acceptée par Ludwig MuUer sans quelques réserves inspirées à cet auteur par les diverses variétés sous lesquelles se présente ce singulier attribut. « Ce bâton de trophée, dit-il, est tantôt long, appuyé sur la terre, tantôt court, porté au bras, et la partie supérieure en est différemment formée. La barre transversale est ordinairement placée près de la pointe, quelquefois plus bas, ce qui produit une croix; elle a en général une pointe relevée à chaque bout; quelquefois on voit un cordon court pendant de ces pointes: sur quelques pièces, les extrémités de la barre transversale sont réunies par un cordon à la pointe du bâton : sur d'autres, la barre transversale est pourvue d'une frange; on trouve enfin les bouts de la barre ornés de Victoires. Il est probable que ces derniers sont plutôt à regarder comme des guidons ou des enseignes. Peut-être aussi que, quelquefois, la barre transversale étant longue et placée très obliquement, on a voulu représenter un mât avec sa vergue. Sur quelques monnaies, ce semble être le trident*, symbole de la mer, qui tient la Victoire (2) ».

Ti) Cii. Lknormant. dans le Trésor de numismatique. Rois forces, p. 21. ^2) L. MuLi.ER, Numism. d Alexandre le Grand, pp. 3 et 4.

Ces réserves que fait Muller montrent bien que ce savant ne s'accommodait qu'à regret, en quelque sorte, de l'explication donnée par Charles Lenormant; mais au lieu de persévérer dans le doute, on s'est partout rallié à l'opinion de Lenormant, qui jusqu'à aujourd'hui, n'a même plus été examinée. Cependant, c'est en observant attentivement les variétés de l'attribut de la Victoire, signalées par Muller, que j'ai pensé qu'on devait chercher une explication autre que celle qui fait loi. Voici ces principales variétés, telles que L. Muller les a relevées :

Le simple rapprochement de ces variétés suffit à faire douter qu'il s'agisse réellement de la hampe d'un trophée. Cette traverse qui, fort souvent, est placée obliquement, qui, d'antres fois, est ornée de cordelettes, de franges, ou surmontée de petites Victoires, ne saurait être simplement destinée à servir de support à des armes. En outre, à la suite de ses éclatantes victoires. Alexandre n'a jamais songé à remplacer cette armature par un véritable trophée d'armes perses (i): postérieurement à son règne, c*est toujours le même symbole en

(i) Rien n'empêchait Alexandre de donner un trophée comme attribut à la Victoire, si telle avait été son intention. Parmi les ornements du catafalque d'Alexandre, il y avait une Victoire en or portant un trophée : vîx^ xf^^* j^'.cuxtcoicfc; (Diod. Sic. XVI H, i5).

forme de croix que porte Ln Victoire, et ce symbole nous le retrouvons comme attribut d'autres divinités, par exemple Astarté, sur les monnaies de Sidon. (PI. VII. fig. 7.) La Victoire de Samothrace, au Musée du Louvre, avait aussi le même attribut, comme le prouve le tétradrachme de Demetrius Poliorcète qui en reproduit le tjpe. Pourquoi cette Victoire ne porterait-elle pas un véritable trophée, si elle a été érigée pour commémorer une bataille gagnée?

Bref, il ne s'agit nullement, selon moi, de la hampe d'un trophée, mais de l'un des éléments essentiels dugréenient d'un navire, que les auteurs anciens désignent sous le nom de aruXi; ou o^'Aicxoç, et qui servait à soutenir l'aplustre. Pour justifier cette interprétation il est nécessaire d'entrer dans quelques détails.

On sait que l'aplustre, ornement de la poupe des navires, était formé d'une série de planches de bois très légères, mobiles à l'une de leurs extrémités, et disposées en volute comme la queue d'un coq. C'était une sorte de bouquet de planches, et les monnaies antiques nous en fournissent des représentations nombreuses, soit isolées, soit à la main de diverses divinités, ou bien sur les navires eux-mêmes. Cet ornement, sculpté avec plus ou moins d'élégance, était, à volonté et suivant les circonstances, relevé ou abaissé; ses éléments étaient tour à tour ramassés ou dîsjoinls. Cette manœuvre se faisait à l'aide de la cT'Ai;, sorte de croix longue qui soutenait les éléments mobiles de l'aplustre, en même temps qu'elle servait à suspendre à une certaine hauteur le pavillon ou la tœrùa du navire. Tel était le double rôle de la stjlis : c'était le support de l'aplustre; et, à sa traverse supérieure, dit M. Carlault, était suspendue « la flamme qui

est rembléine du navire (i) ». Cette traverse était plus ou mphis décorée, plus ou moins horizontale ou inclinée, suivant l'élégance et Tornementation du navire, suivant rinclinaison ou Taspect q,u'on voulait donner aux planches de l'aplustre.

Parmi les nombreuses monnaies antiques qui représentent des navires ornés de l'aplustre. il en est sur lesquelles il est possible de se rendre un compte exact de la place, de la forme et du rôle de la stylis. Les monnaies de Phaselîs et d'Histiaea, par exemple, sont dans ce cas, et Ton en trouvera d'autres indiquées dans l'ouvrage de M. Cartajdt (:?). Ici, nous aurons seulement recours, pour notre démonstration, à une magnifique pièce d'argent de la ville d'Histicea, en Eubée. On y voit (pi. VII, fig. 6) la nymphe éponyme Histiée, assise sur le navire et saisissant de la main droite la stjlis cniciforrne au-dessus de laquelle surplomhe la queue de l'aplustre. Quiconque voudra prendre la peine de comparer la stylis que tient la nymphe Histiée, avec l'attribut de la Victoire sur les monnaies d'Alexandre et sur l'amphore de l'an 336, ne pourra phis hésiter sur le nom à donner à cet attribut : c est bien aussi la stylis des navires.

La stylis symbolise le navire, comme l'aplustre ou le gouvernail. Y a-t-il rien de plus naturel que de voir la V^ictoire de ramj)hore de l'an 336 porter l'aplustre et la stylis, les deux emblèmes de la puissance maritime d'Athènes? G était dans le nombre de ses vaissaux que résidait la force d Athènes, et au début du règne d'Alexandre, c'est-à-dire quand la diète de Coriuthe

(\) A. Cartaui.t, /a Tvicrc athénienne, p. ^p. ('2 ] o/> aussi ci-dessus, pp. 20-2 1 .

décida de faire la guerre aux Perses, sous riiégémonie du roi de Macédoine, Athènes avait dans son port plus de 35o vaisseaux de guerre, c'est-à-dire, à elle seule, presque autant que le Grand Roi (i). S'il est démontré que la stylis est le symbole de la domination sur les mers, comme l'api ustre et le gouvernail, nous comprenons aisément ce svmbole entre les mains d'Astarté debout sur un navire, sur les monnaies de Sidon : ici encore, aussi bien que sur les monnaies d'Alexandre, le nom de hampe de trophée donné à cet emblème ne saurait se justifier et s'expliquer (2).

Il ne nous reste plus a présent qu'un point important à élucider. Pour quels motifs Alexandre place-t-il sur ses monnaies le type athénien qui se trouve figuré en même temps sur les amphores panathénaïques de l'année de son avènement?

Je rappellerai d'abord Thabitude qu'avaient les Grecs de mettre sur leurs monnaies des types relatifs aux jeux publics : c'est un fait si connu qu'il est superflu d'en citer de nombreux exemples, et je me bornerai à signaler l'amphore des jeux des Panathénées qui figure constamment sur les monnaies d'Athènes du nouveau style; ie

(1) Droysen, Hist.de l'Hellémstne, trad. Bouché- I-eclercq, t. I, p. i63.

(2) Sur la monnaie de Sidon dont nous donnons une reproduction (PI. VII, fig. 7) on voit Astarté debout sur la galère sidonienne ornée de Taplustre ; la déesse tient d'une main la stylis et de Tautre le manche d'un gouvernail symbolique, indépendant du gouvernail du navire sur lequel elle se trouve. Dans l'intéressant article qu'il a publié récemment sur la Victoire de Samothrace {Gas^etie des Beaux- Arts , 1" semestre 1891), M. Salomon Reinach cite un passage de TertuUien dans lequel Tapologiste chrétien compare la croix à un trophée dépourvu d'armes. Ce rapprochement littéraire, qui ne saurait inlîrmer notre explication, est néanmoins curieux à noter.

noterai aussi les monnaies de Philippe, le père d'Alexandre, dont les types rappellent les prix que remporta ce prince aux jeux olympiques, à la course en char ou à cheval. Les rapports d'Alexandre avec les Athéniens, dès le déhut de son règne, nous permettent de croire qu'il fut le principal héros des fêtes des Panathénées en 336. Après le châtiment terrihle infligé par le jeune roi à la ville de Thèbes, qui avait refusé de reconnaître l'hégémonie macédonienne, les Athéniens, saisis d'épouvante, avaient envoyé à Alexandre des ambassadeurs pour excuser leur tiédeur. Contrairement à leur attentç, Alexandre leur fît bon accueil et conclut avec eux un traité d'amitié, leur donnant rendez-vous, pour le complément des négociations, à Gorinthe où la diète panhellénique allait se réunir (i). Dans cette assemblée, Alexandre fut nommé stratège des Hellènes, avec des pouvoirs illimités pour faire la guerre aux Perses. Ce fut alors qu'on célébra à Athènes la fête des Panathénées. Le peuple athénien, pris d'un bel enthousiasme pour Je jeune roi qui s'était montré si magnanime, décréta pour lui des honneurs phis grands que ceux qui avaient été accordés à son père deux ans auparavant. Une inscription de cette année, dans laquelle l'orateur Lycurgue rend compte de son administration, contient un passage dans lequel il est dit que deux couronnes d'or furent votées à Alexandre (2).

C'est de ces circonstances et de ces honneurs extraordinaires accordes au roi de Macédoine, stratège des Hellènes, qu'il faut rapprocher la création de la nouvelle monnaie d'Alexandre et, en pnrticulier. la tête d'Alhéna

(«1 niod. Sic. XVII. 4; C. /. Attic, t II, n" i^k). (2) l' KOML«^R, dans VHcrmcs, t. \\ pp. 224 tt 22O.

roiftée d'un casque corintliien, et la Victoire tenant une couronne et une stylis. A cette époque, grâce surtout à la sage administration de Lycurgue, Athènes était dans une ère de prospérité qui lui rappelait les jours de sa plus grande puissance. Les économies accumulées dans les années florissantes qui suivirent la bataille de Chéronée permirent enfin aux Athéniens de s'acquitter envers la déesse poliade d'une dette d'honneur et de pieuse reconnaissance qu'ils avaient contractée dès le temps de la guerre du Péloponnèse. En 4^7. en efiet, par suite de la détresse financière et des nécessités de la guerre, les Victoires en or qui ornaient le Parthénon et avaient été antérieurement consacrées à Athéna furent fondues pourêtre converties en monnaie. Sur dix qu'elles étaient, deux seulement échappèrent au creuset. Mais on avait laissé les socles en place, comme pour témoigner de l'enlèvement des statues et pour rappeler aux Athéniens que, conformément à leur engagement solennel, ils devaient remplacer les Victoires d'or, dès que leurs ressources le leur permettraient. Une fois déjà, au commencement du IV® siècle, l'occasion s'était offerte de réinstaller une Victoire d'or, fabriquée probablement avec les biens des Trente (i). Mais jusqu'à l'avènement d'Alexandre., il resta toujours sept supports à remplir, ce Ce fut, dit M. P. Foucart, l'orateur Lycurgue qui procura à la République les ressources nécessaires pour

la fabrication des Victoires Grâce à lui l'œuvre fut

menée à bonne fin, et les auteurs anciens citent l'achèvement des Victoires en or comme un de ses titres de gloire (2). »

(i) p. FoucART, dans le Bull de corr,hell , 1888, p. 292. Cf. ci-dessus, p. 190. (2) P. FoucART, loc. cit.; Pausan., I, 29; cf. Hermès, t. II, p. 24; C. /. Attic, t. II, n» 739.

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