‹ Mélanges numismatiquesChapitre 41 sur 109 · IC · texte numérisé non relu

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Dans les fêtes des Panathénées qui eurent lieu en 336, le rétablissement des Victoires fut l'occasion de réjouissances extraordinaires, et il donna un éclat tout particulier aux jeux publics : les circonstances, en effet, étaient solennelles et émouvantes, puisque le dernier souvenir des malheurs de la patrie était effacé l'année même où l'on décrétait d'entreprendre la guerre nationale contre les Perses.

Voilà, on n'en saurait douter, pourquoi une Victoire est peinte à côté d'Athéna sur les amphores panathénaïques de l'an 336, date de la fin de l'administration de Lycurgue. Voilà pourquoi aussi, sur les statères d'Alexandre dont la frappe est inaugurée en cette annéelà, nous voyons figurer la même Victoire qui porte d'une main la stylis, emblème de la puissance maritime d'Athènes, et de l'autre, la couronne qui rappelle celles qui furent offertes à Alexandre, en même temps qu elle est un gage des succès militaires futurs. Au congrès panhellénique de Corinthe, on ne s'était pas contenté de décréter la guerre contre les Perses, sous l'hégémonie d'Alexandre, on avait aussi pris les mesures nécessaires pour équiper l'armée et' se créer des ressources pécuniaires. Pour payer cette armée composée d'éléments arrivés de toutes les parties du monde hellénique, l'unifornn'té du système monétaire s'imposait comme une nécessité. De là, la création de la monnaie d'Alexandre, avec ses types nouveaux, son bon aloi, son système si simple et si commode. Suivant l'expression d'un historien, l'or d'Alexandre déclarait la guerre à l'or des Perses, avant que le futur conquérant eut mis le pied sur le sol de l'Asie.

Ainsi, pour résumer cette courte notice, nous avons réussi, si je ne m'abuse, à expliquer à tous les points de

vue. le type de la \ ictoire sur les tiioiinaies d'or d'Alexandre. Mous avons démontré que relte divinité lient à la main^ non pas, comme on le dit génorale'ment. une armature de trophée, mais la stylis d'un navire : c'est une Victoire athénienne, et elle a pour attrihut Tun des emblèmes de la puissance sur les mers. Ce type monétaire a été inauguré h l'occasion des honneurs sans précédents qu'on décerna à Alexandre aux Panathénées de Tan 336. et il rappelle qu'en cette année-là on acheva de rétablir, dans le temple d'Athéna Parthénos, des yicloires d'or, à la place de celles qui avaient été fondues soixante-dix ans auparavant.

KXTIUIT DKS XriOIRKfl VHfeMPITKS AD CONGRES INThRlATIOnAL DE IflSII.S!V4TIQCR.

Bruxelles. J. Goemaerb, imp. du Roi, ru« de la Limite, SI.

PI. VIII, IX et X.

L'île d'Aradus (TIN, Ar\>ad^ aujourd'hui Ruad), est mentionnée dans la Genèse (X, 18) qui donne les Arvadites comme fils de Canaan. Strabon dit qu'Aradus fut fondée par des fugitifs de Sidon, information qui pourrait bien faire allusion à la prise de l'île par les Sidoniens vers l'an 751 avant notre ère*. Quoi qu'il en soit de ces origines lointaines, qui ne paraissent pas avoir laissé de traces dans les types monétaires d'Aradus, cette ville devint rapidement le centre du commerce de la Phénicie du nord ; trop à l'étroit sur leur rocher, qui n'a pas deux kilomètres de tour*, les Arvadites fondèrent de nombreux établissements sur la côte de Phénicie; nous avons eu l'occasion, il y a quelque temps, de rappeler ici les noms des filles (TArifad^ et de dire que l'une d'elles, Marathus, n'était, en quelque sorte, qu'un faubourg d'Aradus séparé de la cité par un large canal'.

Comme le reste de la Phénicie, Aradus eut à subir

1. Hovers, Die Phœnizter, t. II, !'• partie, pp. 368 à 370; cf. Maspcro, Hiat. des anc, peuples de l'Orient (4* édit.), p. 474 .

2. Raad a la forme d'an ovale d'environ 800 inëtrcs de long sur 500 mctref de large. E. Renan, Mission de Phénicie, p. 22.

3. Marathus j danslaRet^ue numismatique, 4* trim., 1888, p. 497 ; cf. E. Renan, Mission de Phénicie, p. 22 ; G. Pcrrot et Ch. Chipiez, Ilist. de l'art dans l'antiquitéf t. III, pp. 18 et suiv. Voyez ci-dessus, p. 86.

tour à tour, au gré des événements politiques, le joug des Pharaons et des Assyriens. Alors, elle avait déjà des rois, et plusieurs d'entre eux sont énumérés dans les récits que font les monarques ninivites de leurs conquêtes en Phénicie. Le dernier qui soit cité dans ces inscriptions, Yakinlu, fut déposé par Assurbanipal vers l'an 666 avant notre ère*.

Sous la domination des Perses achéménides, Aradus continua à avoir des dynastes héréditaires, et ceux-ci commencèrent à battre monnaie; ils étaient, comme ceux de Tyr, de Sidon, de Gébal, tributaires du grand Roi, et tenaient leur flotte à son service. Malheureusement, les auteurs ne nous ont conservé que quelques-uns de leurs noms. Nous voyons, chez Hérodote, que la flotte de Xerxès comptait un certain nombre de vaisseaux commandés par le roi d' Aradus, Merbal, fils d'Agbal. Nous ne connaissons pas les successeurs immédiats de Merbal. Pourtant, à celte époque, Aradus était la troisième ville de Phénicie, et elle égalait presque en importance Tyr elle-même. C'est, en effet, ce qu'on doit conclure du témoignage des anciens : ils nous informent que le commandement suprême de la flotte phénicienne était dévolu à un amiral perse dont le lieutenant était le roi de Sidon, et ce dernier avait sous ses ordres les rois de Tyr et d'Aradus mis sur le même rang*. Les Aradiens paraissent être restés fîdèles au roi de Perse, lorsque le roi de Salamine,

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