‹ Mélanges offerts à M. Émile PicotChapitre 112 sur 320 · LES PLANS DE CATHERINE II · texte numérisé non relu

LES PLANS DE CATHERINE II

Outre la nécessité de dominer la mer Noire, ces deux guerres avaient prouvé encore que, pour que la Russie pût agir efficacement contre les Turcs, il fallait que les autres puissances fussent occupées. L'intervention de la Prusse, de l'Autriche et de l'Angleterre avait déjà rendu difficiles les négociations en 1772-73. La guerre avec la Suède, l'intervention armée de la Prusse, de l'Angleterre et de la Hollande en 1790-91, avaient mis de nouveau en lumière la nécessité de complications en Europe pour que la Russie eût les mains libres. Les Polonais eux-mêmes avaient profité des embarras de Catherine pour modifier leur constitution le 3 mai 179 1. Les troubles causés chez nous par la Révolution avaient procuré leur liberté d'action cà tous nos voisins. Catherine, mettant en avant sa haine du jacobinisme, les exhorta à intervenir contre nous et à nous traiter comme elle traitait elle-même les « Jacobins de Pologne ». Le 14 décembre 179 1, Chrapowicki, son secrétaire, notait que l'impératrice lui avait dit : « Je me casse la tête pour embarquer les cours de Vienne et de Berlin à intervenir dans les affaires françaises » ; et elle lui faisait écrire au vice-chancelier Ostermann : « Je veux engager ces cours dans les affiiires françaises pour avoir les coudées franches. J'ai beaucoup d'entreprises qui ne sont pas terminées et il fout qu'elles soient occupées pour ne pas me gêner '. »

Les événements firent ce que les excitations russes n'avaient pu et forcèrent les puissances à s'engager contre la France. Catherine, prétextant ses embarras avec les « Jacobins de Pologne », se garda de les suivre. Elle en profita pour signer avec la Prusse le second partage de la Pologne dont l'Autriche était exclue (23 janvier 1793).

Ce soin de Catherine à éviter ce qui pouvait entraver sa liberté d'action ne pouvait qu'inquiéter la Porte qui avait de plus à refaire et à perfectionner son état militaire pour ne point subir de nouveaux désastres en cas de guerre. Il est dit-

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