‹ Mélanges offerts à M. Émile PicotChapitre 119 sur 320 · LES PLANS DE CATHERINE II · texte numérisé non relu

LES PLANS DE CATHERINE II

Les mômes sentiments persistèrent cliez les Anglais en 1794: le 25 août, George III écrivait à Lord Grenville : « Les conseils de la Russie engageant la Prusse à se tenir tranquille, c'est tout ce que le Nord peut nous fournir d'assistance '. « Encore le 6 janvier 1795, Whitworth écrit à Grenville : « Je suis convaincu que si l'Impératrice donne enfin son assentiment à ce que nous considérons comme la base du traité, cène sera pas par excès de zèle, mais pour assurer à ses nouvelles positions en Pologne la garantie de S. M. Britannique -. » Mais le 3 I janvier 1795, « les événements survenus en Hollande ayant entièrement changé l'état de la guerre », Whitworth se présenta au vice-chancelier et commença par lui dire que les circonstances exigeaient la prompte signature du traité d'alliance et que le gouvernement anglais reconnaissait que le concours de la Russie lui serait tout aussi utile s'il était prêté

Le comte Markow est sans doute le grand mobile de cette entreprise. Il a échauffe la faible tête du favori et l'Impératrice s'est laissée facilement entraîner à exécuter le dessein qu'elle a si longtemps couvé. On dit que le plan d'opération est d'occuper simplement les frontières et d'envoyer la flotte droit sur Constantinople dont on considère la conquête comme sûre. Pour séduire l'Autriche, on lui a promis de faire avancer un corps d'armée jusqu'à Widdin et l'on fait semblant d'être persuadè"que ce lui sera facile de défendre ses frontières depuis là jusqu'à l'Adriatique avec ses propres troupes. » — Le fait de l'évacuation partielle de la Pologne au commencement de 1794 et de la concentration des troupes russes dans le sud est attesté par diverses sources. L'absence de préparatifs maritimes simultanés de la Russie, attestée par de nombreuses correspondances contemporaines, n'est pas une preuve bien forte de l'absence d'idée aggressive contre la Porte à cette époque chez Catherine. L'insouciance et l'incurie administratives sont une des caractéristiques de son règne, si remarquable par l'habileté de sa diplomatie. La souveraine qui avait conçu le plan hardi d'une attaque directe de la flotte russe sur le Bosphore se contentait de 1 5 vaisseaux dans la mer Noire (dont 8 seulement en bon état). La Porte, dès janvier 1793, avait formé le plan d'en avoir 30 ; le 16 (27) novembre 1794, l'ambassadeur de Russie à Constantinople écrivait à S. R. Vorontsov que ces 30 vaisseaux, les Turcs « les auront dans trois ans, même plus tôt, mais des vaisseaux bien conditionnés, d'une Icnne construction, bien armés, et une artillerie bien servie » (Jikb. Fore;//.?., 14, 36).

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