‹ Mélanges offerts à M. Émile PicotChapitre 125 sur 320 · Piiiilai[nu'î, chap. \, fin · texte numérisé non relu

Piiiilai[nu'î, chap. \, fin

2. G. Compayrc, Histoire, criliqiie des doclriin's de Tcdiication eu France depuis te AT/'-' siicle, Paris, Hachette, 1879, tome I, p. 62.

jamais, à aucun moment du mo^'en âge, les petits enfants, surtout ceux des rois, n'ont pu être élevés avec une telle incurie. Un texte inédit du xV siècle qu'on pourrait rapprocher de beaucoup d'autres, va nous montrer qu'en fait ils étaient élevés avec les plus grands soins. Ces précautions et règles d'hygiène, personne ne les ignorait, le médecin Rabelais moins que tout autre. Si, les connaissant, il en a pris juste le contre-pied, c'était à dessein, et les « folies » qu'on nous dit de négliger ont une raison qu'il est possible d'entrevoir en comparant le Pantagruel au Gargantua.

Commençons par imprimer et dater au moins approximativement le petit traité d'hygiène infantile annoncé. Le manuscrit 776 de la Bibliothèque de la ville de Valenciennes (petit in-folio sur papier, relié en veau, écriture cursive gothique à longues lignes du xV' siècle) provient de la famille des Croy, les serviteurs dévoués des ducs de Bourgogne. Il contient seize pièces diverses, en prose et en vers, la plupart connues et disséminées sur presque toute la durée du xv^ siècle. Il suffira d'y signaler :

1° en tête, fol. 1-44, un extrait des Mémoires d'Olivier de la Marche, — livre II, chap. iv.

2° fol. 113 verso-124 v", n" II, une Moralité du poète Michault Taillevent jadis signalée par M. Emile Picot dans la Romania et que j'ai l'intention de publier.

Comme cette Moralité est consacrée au traité d'Arras (1435), et que la publication des Mémoires d'O. de la Marche est de l'extrême fin du xv"^ siècle, il s'ensuit que notre petit traité d'hygiène (n"7, fol. 91-92) est compris entre ces deux dates, et qu'il a vraisemblablement servi aux petits princes de la maison de Bourgogne. La langue très simple, et qui n'a rien de commun avec celle des grands rhétoriqueurs, paraît appartenir plutôt au commencement qu'à la fin du XV siècle, mais cette simplicité s'explique tout naturellement dans un traité technique, et ne permet pas, semblet-il, une datation précise. Eu tout cas le texte très clair ne demande que quelques notules.

Sx coiniticiicJk' le régime et V ordonnanche coinment l'en doit nourir cnfans de roys, de princes et de tous gr ans seigneurs jusque s a Veage de Fonde FJ ans.

Et premiers l'enfant doibt estre en chambre dont les fenestres soient vers Orient, en air assés net et cler, et en moyen estage, bien fermez contre forsvens.

Item ne soit hastc de le faire aler ' jusqucs ad ce que Nature l'adonra.

Item ne soit point souvent bagnié ^, mais soit lave tous les jours en eaue douce et de moyenne chaleur.

Item son desjuner soit d'un oef bien froit et mollet ou d'une pomme cuitte avec ung pau de pain tendre, non chault, tirant sur le blanc.

Item ne soit point acoustumé de mengier planté de soupes, et par especial a autre heure qu'au disner.

Item a son disner, pour potage, prendra de l'eaue d'un chappon, de l'eaue de veau, de l'eaue d'un trumeau 5 de boef frés, de l'eaue d'une poulie, ou de purée, avecques ung peu de verjus et de saftVen, ou de lait d'anesse boully ou de chèvre, ou de blanc mengier d'amandes ou de collés 4 de poullailes ou de pertris, ou d'escreviches, ou de perques 5 avecques ung peu desouppes.

Item soient ces chars tresbien cuittes et tresbien menuement taillies, tellement qu'il n'ait paine de les machier, et lui soient baillies avecques ung peu de licqueur conme avec sause sans gingembre, ou avecque son potaige ; et soient toutes ces chars jeunes et tendres, perdris, fliisans, plouviers, widecos (>, alouettes, poucins, gelines, moutons, veau, chevreau, lappreux, et seront ces chars [nectes]7, et soit bien adverti cellui qui taille sa char qu'il n'y ait nul osselet.

Item les oeufz frois et molles lui sont tresbons, pochés en l'eaue, foHo oi, vo ou au beurre, et cuis en l'eaue avecques les cocquilles ou es breses.

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